‹ Les États Affectifs Supérieurs Chez Les SchizophrènesChapitre 19 sur 38 · EE RE · texte numérisé non relu

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nique et l'insuffisance des formules générales qui s’efforcent de les définir. On chercherait en vain un point d'application électif du processus schizophrénique qui réalisit un type de dissociation déterminé.

— Cet arbitraire porte également sur la qualité des sentiments. À l’inverse de la régression sénile, la fragmentation schizophrénique ignore notre distinction entre sentiments inférieurs et supérieurs, égoiïstes et altruistes. La pitié la plus vive pour les souffrances d’autrui peut s'exprimer avec force, alors que l'instinct de conservation personnelle reste muet, ou même se trouve délibérément sacrifié.

S., est inactif, muet, et indifférent à toute chose depuis 5 mois. Il est mis en traitement le 22 février 1937. Au bout du 132 coma, réveil agité au cours duquel se manifeste un violent ébranlement affectif. Le premier état dont nous recueillons l'expression est une pitié angoissée pour son voisin de lit. Celui-ci, encore comateux, est agité de mouvements choréiques et raidis par de fortes contractures. Sa vue bouleverse S., qui nous supplie de le secourir. « Je vous en prie, Docteur, occupez-vous de M. Ab., Il souffre ! Regardez comme il se tord ! C’est affreux, Docteur, faites quelque chose ! Ne le laissez pas souffrir comm? ça ! Faites-moi souffrir à sa place ! »

Voici donc un cas où, dès la renaissance de l’affectivité, l’altruisme prend avec éclat le pas sur l'intérêt personnel, et à qui s’appliquent parfaitement les paroles de BLEULER : « On est parfois surpris de découvrir telles délicatesse de sentiment chez des sujets par ailleurs violents et malpropres. » Si dans ce cas l’activation insulinique provoque la résurrection élective des sentiments les plus désintéressés, s’ils sont moins réfractaires à une restauration que les sentiments égoïstes, c’est que leur morcellement est moins poussé. La schizophrénie ne fait pas de choix dans la hiérarchie des états affectifs.

— Capricieuse, la dissociation ne l’est pas moins dans le temps. Appliquée au même sujet et dans les mêmes conditions, la même cause d’activation ne provoque nullement

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les mêmes réactions. D’un coma à l’autre, le malade est ondoyant et divers, et l’insuline fait émerger de son psychisme des états nouveaux. Puissamment affecté aujourd’hui par tel objet, il lui restera demain tout à fait indifférent, et réciproquement.

H., 29 ans, dément catatonique très hostile, s’est trouvé débloqué le 20 janvier 37. Il désespère sa famille par le caprice singulier de son comportement. D’un jour à l’autre, 1l n’est plus semblable à lui-même.

Jeudi 15 février. Accueil affectueux à l’égard de ses parents.

Dimanche 18. Il écoute complaisamment les nouvelles qu'ils lui donnent de son frère.

Jeudi 22. Indifférence absolue à l’égard de ses parents.

Dimanche 25. Toujours indifférent. Par contre, l'évocation du souvenir de son frère le fait sourire.

Jeudi 1 mars. Indifférence complète.

Dimanche 4. Embrasse sa mère. ‘Ne prononce pas une parole.

Jeudi 7. Demande spontanément des nouvelles de son frère. Refuse d’embrasser, sa mère, sans d’ailleurs témoigner d’aucune hostilité.

Rappellerons-nous le cas du malade V. dont nous avons déjà parlé, et qui montre alternativement l’émotion la plus vive et l'indifférence la plus complète quand on évoque devant lui le souvenir de son père et de sa fille ?

C’est que, pas plus qu'aux idées ne correspondent des Cimages » emmagasinées dans l’encéphale, les états affectifs ne sont supportés par des engrammes, éternellement présents, qui entrent dans le torrent psychique au gré des circonstances. Comme les concepts, ‘ils sont des synthèses sujettes à un perpétuel travail de destruction et de restauration, d'ordre éminemment associatif auquel le processus schizophrénique apporte des entraves. Or, il semble bien que les obstacles rencontrés par l’influx nerveux n’aient rien de définitif et se déplacent facilement, puisqu’à la faveur d’une action pharmacodynamique, ou même spontanément en

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