‹ Les États Affectifs Supérieurs Chez Les SchizophrènesChapitre 23 sur 38 · NOT · texte numérisé non relu

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IV. Nous savons combien sont fragiles chez le normal les agrégats cellulaires qui servent de bases aux édifices psychiques, combien ils sont prompts à se dissoudre et à se regrouper, et soumis à un perpétuel travail de destruction et de restauration. Les créations du dissocié sont le jouet d’une égale variabilité.

— Si, sous l'effet du traitement, les déficits se comblent brusquement par la récupération d’apports associatifs adéquats (nous en avons donné des exemples), les synthèses pathologiques elles aussi peuvent se mettre instantanément sur pied. Cette activité constructive atteint son comble au cours des impulsions, dont l’observation clinique est riche, mais que l’activation insulinique réalise avec une incomparable fréquence. Rappellerons-nous l’exemple frappant de Az, fixé depuis 5 ans dans une indifférence complète, qui se « débloque » tout à coup, embrasse sa mère, retombe aussitôt dans l’anarchie schizophrénique qui le conduit à cracher brusquement sur elle ?

— La fragilité de ces combinaisons n’est pas moins sensible. L’affinité hasardeuse qui avait réalisé la conjonction : idée de mère — haine — réaction hostile, passe en éclair. Aussi soudaine que sa formation est la dislocation du complexe. L’instant précédent, un baiser avait été la fugitive expression d’un amour maternel passagèrement récupéré ; de même, la réaction violente reste unique. À peine née, l’hostilité meurt sur place. AIL retombe bientôt dans une pure indifférence.

— L'insuline déclanche, et multiplie les modifications observées en clinique : renaissance de l’affectivité tout à

fait remarquable et inespérée — retours affectifs de quelques heures ou de quelques jours — réveils brusques, suivis de barrages — déviations de Fintérêt, ete. Ainsi se

trouve au maximum réalisée cette variabilité que décrit la clinique (« Les malades manifestent une activité eapricieuse. Leur affectivité est sujette à des sautes extraor-

SOS rEe

dinaires »), et que nous avions déjà relevée à propos des troubles déficitaires. C’est que nous avons jeté l’énergie psychique dans un mouvement impétueux qui interdit toute construction stable, et réalisé des états aigus où il ne peut être question de systématisation. Sans doute, chez les schizophrènes intacts, que les tentatives thérapeutiques ont encore respectés, et qui sont fixés depuis longtemps dans un état d'équilibre, existent des « complexes », des cristallisations d’une stabilité relative, qui « peuplent » son psychisme, et répondent aux états prévalents de l’homme normal. Il est douteux néanmoins que les affinités qui se satisfont à la faveur de la dislocation schizophrénique aient la même solidité que les liens créés par l’expérience si l’on considère la variabilité chnique et la netteté des régressions réalisées par le traitement. Nous reviendrons sur cette question d'intérêt thérapeutique.

V. Dans l’affectivité comme dans la pensée, les troubles affectifs introduisent donc le plus grand désordre. Discret, il teinte d’étrangeté les manifestations affectives du schizophrène, et l'on peut dire d’elles ce que BLeurer dit de leurs discours : « Tout cela sonne si bizarrement qu’on ne saurait l’attribuer à une fuite des idées maniaque, et encore moins à une pensée normale ». Profond, il aboutit à l’incohérence complète. Fragmentations et conjonctions pathologiques se combinent pour donner naissance à des états inconnaissables. Les sentiments deviennent aussi étrangers à notre affectivité que les concepts à notre logique. L'homme normal ne peut se flatter de pénétrer l'esprit schizophrénique, pas plus par ses affects que par ses représentations intellectuelles.

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2 OBS Les troubies de la régulation

Il est un troisième aspect des troubles affectifs qui ne s’expliquent nécessairement ni par un déficit, n1 par un excès d'associations.

I. Nous avons soulevé l'hypothèse (1) selon laquelle Pactivité constructive de l’esprit était étroitement soumise à une action régulatrice qui agissait à la manière d’un frein, et dont l'effet était d'adapter la résultante psychique à sa cause par un dosage rigoureux de l’énergie hbérée. Nous assimilhons cette action à celle du cervelet, appareil coordinateur par la mise en jeu des antagonistes. L'existence d’un tel mécanisme est déduite a posteriori de l’observation de troubles particuliers qui impliquent son défaut, et se présentent comme des équivalents, dans le domaine mental, de la dysmétrie et de l’hypermétrie.

Le déséquihbre émotionnel réalise la forme la plus pure du défaut de régulation. Soit un grand émotif. La simple menace d’un danger, et même sa représentation purement hypothétique, suflisent à déclencher en lui une vive émotion, égale à celle qui éclaterait devant sa réalisation effective. Sollicité par l'idée de danger, le centre affectif hbère son énergie sans retenue. Les innombrables représentations qui opèrent la distinction du réel et de limaginaire, ou permettent d'estimer l’importance et limminence de la menace, et qui interviennent chez le normal pour adapter la réaction émotionnelle, c’est-à-dire non seulement pour en mesurer l'intensité, mais pour lui imprimer des caractères adéquats aux circonstances, restent sans effet sur le centre de l’émotif. IT s’agit là de tout autre chose que de l'éclat d’un état anxieux latent, à qui tout est prétexte à paroxisme. La joie sera, à

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l’occasion, aussi excessive. Le défaut global de régulation condamne l’émotif à tous les dérèglements, et le fait osciller sans mesure entre les deux pôles extrêmes de l’affectivité. Pour nous, ce vice déborde le domaine de l'émotion proprement dite et entache l'élaboration de tous les affects.

IT. Chez le schizophrène se font jour des troubles absolument comparables. Avec cette différence que la dissociation intervient pour leur imprimer ce cachet de fragmentation et de caprice qui marque toutes ses mamifestations. Rejoignons-nous par ce chemun les troubles déficitaires, et la réaction du centre sentimental dépasse-t-elle le but parce que les influences freimatrices ne disposent plus momentanément des voies associatives nécessaires pour lui parvenir ? C’est ce dont nous ne préjugerons pas, car il est aussi vain que séduisant de ramener toute une symptomatologie à une même cause. Quoi qu'il en soit, le schizophrène est hyperaffectif à propos d’une certaine représentation, et à un moment déterminé. Le noyau psychique se charge brusquement d’un affect de tonalité peut-être adéquate, mais hypertrophié. La discordance est ici dans l’intensité, aussi bien que dans la qualité.

La période d’activation qui suit le réveil, (nous entendons par là non la période désordonnée qui l’accompagne, mais Péquilibre qui lui succède), est riche d’explosions affectives. Tous ceux qui ont la pratique de l’insulinothérapie les connaissent bien, et nous jugeons inutile d’en donner des exemples. Comme nous-mêmes, sans doute, ont-ils d’abord été dupes, erû à une soi-disant «renaissance » de Paffectivité, et porté un pronostic favorable. En fait, ces démonstrations débordantes sont profondément morbides, ces émotions franchement pathologiques. Souvent la réaction est isolée, limitée à sa cause précise, et le malade reste inaffeetif sur tout autre point. Elle est stérile, sans écho, sans lendemain. Surtout, sa violence même est suspecte, car elle est inadé-

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