RARES
mique, le concept de symptôme fondamental devient très obscur.
Quant aux symptômes donnés dès le début comme accessoires, élaborés par l’activité résiduelle et viciée de l’esprit, tels les signes positifs des Dissolutions de Jackson, ils peuvent revêtir les formes les plus diverses et c’est par eux que la Schizophrénie envahit tous les cadres nosologiques. Non caractéristiques, il s’en faut, nous avons vu qu’ils sont contingents par définition. Leur valeur se mesure à ce carac- “mbère:
Comment done distinguer une maladie qui emprunte tant d’aspects et dont les signes fondamentaux peuvent manquer ou se retrouver ailleurs ?
La pensée en défaut fait place au « flair clinique ». On en est réduit à « sentir » les différences, selon le juste mot d’Anglade père que BLEULER critique vivement.
Néanmoins, l’imprécision de la pensée ne fait pas de diagnostic, c’est-à-dire de distinction, elle engendre au contraire la confusion et conduit le médecin, tel un schizophrène, à des rapprochements abusifs et des généralisations inacceptables. Grâce à la multipheité des Schizophrénies et à l’actuelle incertitude de leurs signes, la plupart des états morbides vont être soupçonnés tour à tour. La réponse de Breu- LER Qil n’y a pas de raison pour qu'une maladie ne soit pas beaucoup plus fréquente que les autres », ne elôt pas la discussion. Notion floue, la Schizophrénie s'étend indéfiniment et devient une espèce de suzerain dont les vaisseaux ne cessent de croître en nombre. C’est à la prudence des esprits réduits au diagnostic d'impression, manquant de critère sûr et redoutant les rapprochements abusifs, qu’on doit la multiplication des certificats interrogatifs : possibilité d’un état schizophrénique sous-jacent. état schizophrénique probable.. trouble « d’allure » schizophrénique.. possibilité d’un évolution schizophrénique ultérieure (?) etc... souvent contredits par les certificats qui suivent.
Ainsi, en dépit de son « désir séparatiste » qu’il évoque à propos des Paraphrénies, BLeuzer jetait les bases d’une synthèse toujours accueillante. Le besoin d’ordre et de clarté devait faire rechercher l'existence d’un trouble véritablement fondamental et spécifique, qui fut un critère et une explication. Trouble qui définit un type morbide, permît d’en accepter ou rejeter le diagnostic d’une façon positive, et rendît compte, dans une large mesure, de la symptomatologie.
En France, la perte du contact vital de Mixskowski, l’athymormie de Guiraup, dont la théorie organique n’est pas d’un mince mérite, se sont vu attribuer tour à tour la place d'honneur. Aucune de ces hypothèses n’est encore devenue une certitude définitive. (Mais quand donc connaîtrons-nous le définitif en cette matière ?) On peut au moins leur objecter que si leurs auteurs ont de la Schizophrénie une conception moins large que son créateur, elles tendent néanmoins, par un trouble très général, à expliquer « trop de schizophrénies », et aucunement à réaliser la prophétie de BLeucer quant au démembrement du groupe. Il ne semble donc pas que la voie de l’observation clinique pure ou de l’anatomo-pathologie, non plus que la voie spéculative puissent avant longtemps conduire à la solution du problème.
Il était fort tentant de passer à l’action directe et de forcer l'âme du schizophrène. La méthode active d’exploration qu'est la psychanalyse permet-elle de s’y introduire ? Chau-
dement défendue par BLeuLer — « Je dois m'élever contre les critiques qui ont été faites à la Psychanalyse » — elle est
loin de rallier tous les suffrages. Elle refuse, dit Me Pascaz, tout secours aux hébéphrénistes, tant au point de vue de l'exploration psychique qu’au point de vue thérapeutique. Reste alors la voie expérimentale.
Provoquer par un procédé héroïque un ébranlement de l’âme schizophrénique sur ses bases, la jeter dans une violente agitation, faire naître des réactions paroxystiques, pour
ROME en rendre les lacunes plus éclatantes et le mécanisme plus saisissable, tel est le but des méthodes pharmaco-dynamiques. L'alcool, l’éther, la cocaïne, ete... (Pascaz et DescHaAmps) ont tour à tour été sollicités pour déclancher ces manifestations révélatrices, mais en dépit de résultats intéressants, aucun fait véritablement sigmficatif n’a vu le jour
et X. et P. ABezy pouvaient écrire en 1932 : « En somme aucune méthode systématique ne réussit chez les D. P: »
C’est dans un but thérapeutique, et avec plus ou moins de bonheur, que nous avons plongé des schizophrènes dans le coma insulinique. En dehors de quelques améliorations, nous avons observé surtout, avec une fréquence mecomparable, des: modifications que leur valeur neutre quant à la guérison est loin de priver d'intérêt. Sous l’effet d’une dose ehoquante d’Insuline, l’âme du schizophrène entre en ébullition, et à la faveur de ee bouillonnement, émergent en surface des éléments multiples et polymorphes.
La D. P. la plus muette et la plus fermée peut ainsi, en crise, revêtir une symptomatologie d’une surprenante richesse. La fréquence et la vivacité des réactions sont telles qu’elles évoquent et font admettre l’idée proposée par SAKBL d’une action spécifique sur l’inertie schizophrénique, imassimilable à celle d’un choc banal. Toute une floraison de signes s’épanourent ainsi journellement à nos yeux et nous acquîimes le sentiment que nous avions peut-être entre les mains un réactif de choix, qui nous permettaït de mobiliser à volonté l'énergie psychique bloquée chez de tels malades. Le choc insulinique, méthode d'exploration, prenaït une valeur nouvelle.
À l’intérêt thérapeutique, raison d’être souvent défaillante de la cure par l’Insuline, s’ajoutait le bénéfice d’une expérimentation occasionnelle. La foule anarchique des éléments qui émergent à la lumière, ne porte-t-elle pas un cachet significatif ? qui se signale par sa constance et sa netteté et
AN, Se
que le nouveau révélateur rend visible tout à coup, inséparable de l’état schizophrénique ? C’est dans cette attente, volontairement oublieux de tous les enseignements reçus, qu’au cours de l’année 1937 nous avons fixé les yeux sur nos malades en état de choc. Un trouble est apparu, si l’expression nous est permise, monté en épingle parmi les réactions vives et polymorphes qui se faisaient jour : le trouble des associations. Nous devions nous ÿ attendre, mais il nous a semblé moins banal de le retrouver aussi bien dans la sphère affective que dans la sphère intellectuelle où BLreurer le confine résolument. Nous fûmes heureux de trouver dans la littérature une étude uniquement fondée sur une patiente observation clinique (1) qui mettait le même fait en lumière et à qui notre « expérimentation » apportait avec prodigahté des éléments confirmatifs. L’altération de ce mécanisme de base qu'est le mécanisme associatif, serviteur nécessaire de l’activité psychique sous toutes ses formes, intellectuelle, affective, psychomotrice, ne peut-elle caractériser et éclairer en grande partie la symptomatologie de la D. P. ? Ne peutelle expliquer le seul signe qui, souvent, et en fin de compte, fasse « senür » le diagnostic, à savoir la discordance ? Est-1l abusif de voir en elle le critère et l’expheation, en un mot le trouble fondamental cherchés ? Cette thèse se propose d’en Juger. |
Son ambition primitive était beaucoup plus modeste et se réduisait à exposer des résultats thérapeutiques. Mais quand il s’est agi de les définir avec précision, et surtout de les comparer avec ceux qui ont été obtenus par d’autres, nous nous sommes trouvés dans le plus grand embarras. Alors que pour les Suisses les guérisons atteignent le chiffre merveilleux de 80 %, (avec la réserve attendue qu'il s’agit de cas favorables), d’autres auteurs, surtout français, après une longue pratique de la méthode, se déclarent prêts à l’abandonner.
(1) Xavier et Paul Agezy. — L'affectivité dans la Démence précoce. Annales médieo-psychologiques, mai 1932,
ere
Ces contradictions s'expliquent, n’en doutons pas, en grande partie par la difficulté du diagnostic à la période tout à fait initiale, qui serait précisément la seule favorable. Le désaccord qui divise les auteurs sur tant de points en matière de schizophrénie les rend plus ou moins exigents pour le diagnostic, et rien n’est moins sûr que leurs efforts thérapeutiques s’adressent dans tous les cas à la même maladie. Laissons si l’on veut, provisoirement, aux « œuérisons » le bénéfice du doute, mais, ce n’est pas sur de telles incertitudes que nous pouvons interpréter nos résultats d’une façon satisfaisante pour l'esprit. Le fait le plus frappant est qu'ils paraissent dans l’ensemble également éloignés du succès et de l'échec, et que si le terme « guérison » n’est positivement mérité par aucun d’eux, celui d’indifférence ne peut davantage leur être appliqué. Quoiqu’on puisse à première vue assigner aux modifications un sens général : amélioration ou résultat négatif, 1l reste impossible le plus souvent de dégager en elles une direction aussi simple, car elles conservent un caractère fragmentaire, parcellaire, incomplet et capricieux qui ne peut être résumé en une formule. Ainsi, les exigences d’une interprétation difficile nous ont-elles fait glisser sur le terrain, de la pathogénie.
À notre travail, nous avons en conséquence assigné cette marche : en premier lieu viendra l'exposé des circonstances dans lesquelles, sous l'influence de l'insuline, naît l’activation psychique. Nous nous attacherons ensuite à mettre en valeur le rôle fondamental que joue ie mécanisme associatif dans l’activité générale de l'esprit, et particulièrement dans l'élaboration des états affectifs, point qui présente pour notre thèse le plus haut intérêt. Nous verrons ensuite, à la lumière des faits, comment le processus dissolvant de la schizophrénie en s’attaquant à ce mécanisme de base détruit l'harmonie affective, comme l’intellectuelle et la psychomotrice, et nous essayerons pour terminer, d'analyser en utilisant les données acquises les résultats obscurs que nous
Ein ee
avons obtenus, et de préciser ce que l’on peut entendre par guérison en matière d'insulinothérapie.
C’est avec joie que nous rendons un hommage de vive gratitude à nos maîtres de l’Asile de Villejuif. Au Docteur Ducosre, qu nous à fait l'honneur de nous confier, au cours de l’année 1937, le traitement de 80 malades, nous donnant ainsi chaque jour la précieuse occasion d’observer une dizaine de comas, d’où naquit l’idée de cette thèse. Au Docteur P. ABezy, notre cher et premier maître en psychiatrie, qui lui aussi nous à confié ses premiers malades traités par lPinsuline, et dont les travaux en collaboration avec le Docteur X. ABEezy ont fortement contribué à nous mettre sur la voie de nos recherches. Au Docteur DEébieu-ANGLADE, qui nous a permis de faire quelques tentatives de traitement dans son service. Au Docteur Y. Por’HERr, qui a bien voulu nous intéresser à ses essais personnels. Il m'est agréable de terminer en adressant toute ma sympathie à mes camarades d’internat, dont la piquante ironie a su conserver leur agrément à des travaux d’où la déception fut loin d’être toujours exclue.