L),00II
— de loi
— de médecine.
— divers
Total
• Les Étals-Unis en 18G1, par M. le pasteur Fisch, \). S8.
8t2 LES KTATS CONFEDERKS ET L'ESCLA VACE.
En J 800, la valeur des livres et des journaux publiés aux Etats-Unis s'est élevée à 198,590,215 fr.
D'après le même auteur, le chiffre d'affaires faites par la librairie, non compris une somme de 5,750,000 fr. dépensée pour le compte du jrouvernement dans le district de Columbia, était en 1856 de 09,500,000 fr. pour le Nord, et de 5,750,000 fr. pour les Etats du Sud.
Le vice-président Stephens disait devant la convention de la Géorgie : «En 1860, les dépenses faites dans les Etats libres pour le service de la poste étaient un peu supérieures à 65 millions de francs, tandis que les recettes étaient de 95 millions. Dans les Etats à esclaves le revenu postal était de 40 millions de francs, laissant un déticit de plus de 50 millions et demi que le Nord était obligé de combler. » Il est bon d'ajouter qu'après la sécession, les recettes de la poste fédérale ont, pour la première fois peut-être, excédé les dépenses.
A une convention de délégués esclavagistes on se plaignit que le Sud n'eût pas une littérature à lui pour défendre son principe et ses droits. Un des principaux orateurs démontra que les éditeurs du Sud ne pouvaient subvenir aux dépenses nécessitées par leurs entreprises ; il constata aussi que les deux principales revues esclavagistes, the Soulhern Literary Messenger et the Southern Quarterly Review étaient en danger de périr, par manque de fonds. Un citoyen patriote de Charleston, désireux de publier une série de livres qui fussent purs de tout levain abolitionniste, débuta par des publications pour les enfants; mais il se vit obligé de les faire imprimer, brocher et relier dans 1p Nord. Plusieurs des Étals
LES SOCIÉTÉS DU NORD ET DU SUD COMPARÉES. 85 à esclaves y font imprimer leurs rapports annuels, leurs codes, et en générai leurs publications officielles. La Southern Quarterly était publiée à la Nouvelle-Orléans, mais imprimée et brochée à New-York \
Ce n'est pas qu'il n'existe dans le Sud des individus capables d'écrire des livres Irès-intéressants sur une foule de sujets; mais la majeure partie de la population qui les entoure serait incapable et surtout peu soucieuse de les lire. Chose plus grave encore, depuis bien des années les publicistes n'étaient plus libres d'écrire un seul mot contraire à l'esclavage. En 1849, la législature de la Virginie ordonnait un emprisonnement maximum d'une année et une amende maximum de 2,500 fr. contre toute personne libre affirmant ou écrivant que la possession d'esclaves est un abus'. De semblables lois existent dans la plupart ou dans la totalité des Etats esclavagistes. Ces lois sont interprétées de manière à atteindre les indidus qui, sans aucun désir d'exciter le moindre désordre, voudraient inspirer à leurs confrères blancs la conviction que l'esclavage est à la source des maux qui accablent le Sud. Ainsi M. Helper, natif de la Caroline du Nord où ses ancêtres étaient propriétaires d'esclaves, ne put trouver dans aucun Etat à esclaves les moyens de publier son remarquable livre sur la Crise inécitable". Cet ouvrage avait pour but de prouver par la statistique que le Sud gagnerait de toutes manières en abo-
' Lmos relating to Slavery, Philadelphia, 1856, p^ 252. Ouvrage édité p;ir le juge Stroud.
- Daily Neivs, 15 août 1865.
^ On tlie Impending Crisis al Ike South and how to meet it.
84 LES ÉTATS CONFKOKRKS ET L'ESCLAVAGK.
lissant l'esclavage. L'indignation causée par la publication de ce livre fut tellement vive que, pendant la session de 1859 à ISGO, un représentant du Sud au congrès proposa la résolution suivante : « Que tout membre, coupable d'avoir recommandé ce livre ou le résumé de ce livre, soit déclaré inéligible aux fonctions de speaker de la chambre des représentants. »
De même M. Hedrick, professeur de chimie à l'université de la Caroline du Nord, fut obligé de donner sa démission et de quitter l'Etat où il élait né, simplement parce qu'il ne cachait pas que ses convictions étaient opposées à l'esclavage '. En 1857, M. Lovejoy, un ministre, rédacteur en chef d'un journal abolitionniste, fut.expulsé du Missouri. Il se réfugia dans l'Illinois, où il fit reparaître son journal ; mais la populace du Missouri l'y poursuivit , saccagea son imprimerie, et finalement l'assassina. Des centaines d'anli-esclavagistes ont été bannis, maltraités, tués pour le seul motif de leur opposition à « l'institution particulière. »
Depuis longtemps, aucun voyageur ne visitait les Etats esclavagistes, sans s'apercevoir qu'un espionnage rigoureux élait exercé autour de lui, «En fait de politique, il n'y a aucune tolérance dans le Sud, >> écrivait en 1857 l'Écossais Stirling\
M. Charles Mackay, ex-correspondant du Times de Londres, disait en 1859 : <c Le voyageur delà Nouvelle-Angleterre ne pénètre pas dans le pays des planteurs sans ressentir immédiatement l'omniprésence de l'esclavage. La
* Helper, p. 515.
- Letters from the Slave Slatrx, p. 200.
LES SOCIÉTÉS DU NORD ET DU SUD COMPARÉES. 85 pensée n'y est pas libre. On peut dire que la dissolution de l'Union est désirable, qu'elle est probable; on peut insulter le président et les ministres, médire du congrès et de ses membres ; on peut être cynique ou proftme dans son langage ; mais qu'on ne se permette jamais un seul mot conlre la sainteté de l'institution particulière \))
Ce système de terreur est déplorable, sans aucun doute ; mais les raisons qui l'ont fait adopter sont bien pires encore. Le journal de Calhoun le disait fort bien- : ce n'était pas une révolte de nègres que l'on avait à craindre, mais on redoutait que la conscience des propriétaires du bétail humain ne s'insurgeât. La Revue de M. de Bow révélait un autre motif d'inquiétude : « La grande masse de nos petits blancs commence à comprendre qu'elle a des droits. Ces gens apprennent rapidement qu'un monde presque sans bornes, celui de l'industrie, peut s'ouvrir devant eux ; qu'ils peuvent s'élever, eux et leurs familles, de la misère et de l'ignorance au savoir et au bien-être. C'est ce grand soulèvement de nos masses que nous avons le plus à craindre, au point de vue spécial de notre institution '\ »
Voilà pourquoi toute connaissance des effets pratiques de l'esclavage compares à ceux du travail linre a été minutieusement interdite aux populations du Sud ; voilà pourquoi on leur a fait croire que leur institution était un précieux avantage conféré à leur pays, et que tout abolilionniste était leur implacable ennemi j voilà
* Life aud Liherlij in America, vol. II, p. 58. - Olmsted's Journeys, etc., vol. II, p. 357. ^ Southern Qiuirterhj Review, pnvAHbO.
pourquoi des millions d'individus sont condamnés à la misère et à l'ignorance pour enrichir quelques milliers de propriétaires.
Examinons maintenant quelle est la condition religieuse du Sud.
Aux États-Unis, il n'y a pas de religion d'Etat. Ce sont des contributions absolument volontaires qui procurent les fonds pour la construction des édifices religieux, le traitement des ecclésiastiques, l'entretien des diverses sociétés de propagande. El l'on peut facilement se rendre compte de l'importance que les fidèles attachent à leur religion par la libéralité avec laquelle ils subviennent à ses besoins divers.
En 1850, la valeur des édifices religieux dans le seuJ État de New-York était estimée à 107,012,800 francs, et à 107,687,800 francs dans l'ensemble des États à esclaves ^ Ces deux chiffres sont à peu près équivalents, bien que la population de la confédération soit triple environ de celle de l'État de New-York. Les New-Yorkois ont donné pour la propagation de la Bible 580,000 francs de plus que la totalité des États à esclaves ; les habitants des Etats libres ont donné aux sociétés de traités religieux quatre fois plus que la population esclavagiste; ils ont donné cent fois plus aux sociétés des missions et sept fois plus aux écoles du dimanche; la société des missions domestiques a reçu dans le Nord 998,150 francs, et dans le Sud 1,550 francs seulement, bien que dans
' Helper, p. 340-542.
LES SOCIÉTÉS DU NORD ET DU SUD COMPARÉES. 87 celle dernière contrée l'on compte six ou sept millions de noirs et de blancs, plongés dans l'ignorance et l'immoralité.
Nous lisons dans le journal d'un colporteur employé à visiter la population blanche indigente de la Caroline du Sud : a J'ai visité soixante familles, comprenant deux cent vingt et une personnes au-dessus de dix ansj de ces personnes, vingt-trois seulement savaient lire, et dixsept écrire; quarante et une familles étaient dépourvues de Bibles ; chacune d'elles avait été à l'église en moyenne une fois tous les sept ans; plusieurs individus de trente-cinq à quarante ans n'avaient assiste au prêche qu'une ou deux fois dans leur vie. Plusieurs adultes n'avaient jamais entendu ni sermon ni prières avant ma visite. Ils ignoraient l'existence d'un Sauveur; des filles et des garçons de dix à quinze ans ne savaient pas qui les avait créés. Tous les membres d'une certaine famille se précipitèrent chez un voisin quand ils me virent agenouillé pour la prière ; ils venaient demander ce que je pouvais faire ; d'autres, au lieu de se mettre à genoux, tombaient la face contre terrée » Si nous réfléchissons que la Caroline du Sud est l'un des plus anciens Etats à esclaves, que ses législateurs appartiennent aux plus riches et aux mieux élevés de tous les planteurs ; et que ce sont eux qui font l'opinion publique dans le Sud, nous ne serons pas injustes en supposant que la condition religieuse des petits blancs, en général, ressemble fort à celle que dépeint le colporteur.
1 Olmsted, op. cit., p. 510.
Si les petits blancs sont d'une telle ignorance au sujet des choses religieuses, il ne faut pas nous attendre à trouver les noirs plus instruits. Les esclaves ont la permission de fréquenter le culte, moyennant certaines restrictions. Dans la majorité, sinon dans la totalité des Etats à esclaves, la loi n'autorise aucune personne de couleur à donner l'instruction religieuse aux nègres si ce n'est en présence d'un ou de plusieurs blancs. Toute réunion qui ne se conforme pas à celte mesure doit être dissoute, et les membres doivent en être punis. Présidée par un blanc ou par un noir, aucune réunion religieuse d'esclaves n'est permise avant le lever ou après le coucher du soleil. C'est du moins ce que porte la loi ; mais la pratique ne s'y conforme pas toujours. Comme instructeurs religieux, les esclaves préfèrent généralement des noirs; quant aux nègres libres, il leur est interdit de prêcher.
On admet communément que la religion améliore les nègres, en tant qu'elle les rend plus dociles ; mais tant d'obstacles s'opposent à leur instruction religieuse qu'on la néglige le plus souvent. Les domestiques sont instruits dans les rudiments du catéchisme ; mais pour le nègre de champ, on ne fait rien ou presque rien. Dans la Caroline du Sud, une remontrance formelle signée par plus de trois cent cinquante des principaux planteurs et citoyens fut remise à un missionnaire méthodiste que la conférence de cet Etat avait choisi pour prêcher aux esclaves, en considération de sa prudence et de sa discrétion. 11 avait nettement déclaré que son intention était de se borner à une instruction verbale. «Une instruction verbale, lui remontrait-on, ne fera qu'augmenter le
LES SOCIÉTÉS DU NORD ET DU SUD COMPARÉES. 89 désir d'instruction qu'ontdéjà les nègres. Ouvrez récluse missionnaire, et le courant se précipitera pnr l'orifice. Bientôt se développerait un système progressif d'ainéliorations, et quels que soient les déguisements et les sophismes sous lesquels il se cache, ce système finirait, si nous ne l'arrêtions, par révolutionner nos institutions sociales ^ ^) En conséquence le missionnaire fut obligé de se retirer, elle journal de la localité, Ihe Grenville Mountaineer, déclara que la grande masse de la population était manifestement opposée à ce que la moindre instruction religieuse, même orale, fût départie aux esclaves. Cet exemple peut suffire pour donner une idée de ce qui a lieu dans la généralité des cas. Le témoignage à peu près universel de tous ceux qui connaissent les nègres d'Amérique, est tout à fait positif pour constater qu'en dépit de leurs manifestations religieuses, causées par une excitation purement physique, ces malheureux sont ignorants et superstitieux au possible^ Le correspondant du Times raconte que dans son voyage il visita une plantation sucrière très-considérable, appartenant à un Anglais. Avisant un négrillon, il lui demanda s'il savait lire et écrire? La question ne fut pas même comprise. « Yas-lu à l'église ou à la chapelle?» Signe négatif. « As-tu jamais entendu parler du Sauveur?» A ce moment V économe s'interposa : « Je crois que nous ferions bien de nous en retourner, il commence à faire chaud. » Quand nous fûmes assez éloignés, mon compagnon me dit, un peu en manière d'excuse : « Nous ne croyons
' Olmsted's Journeys, vol. II, p. 510.
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pas devoir mettre ces choses-là clans la tôle de ces jeunes enfants, cela troublerait leur cervelle et les mènerait à mal.» En ce seul endroit, raconlc le journaliste, il n'y avait pas moins de quatre-vingts enfants, dont plusieurs de douze à quatorze ans. « Comment, demandai-je, aucune éducation, aucune connaissance de Dieu? Toute leur vie consiste donc à manger et à jouer, pour exercer leurs muscles, jusqu'à ce qu'ils puissent faire le travail d'un esclave. Et qu'arrive-t-il quand ils meurent?» c< Eh bien ! me fut-il répondu, on les enterre dans ce champ là-bas, et sur la tombe de certains, on dit une espèce de prière, je crois \ »
A l'ouïe de ces faits, dira-t-on que l'esclavage est un moyen choisi par la Providence pour christianiser les Africains? Même les misérables efforts qu'on a tentés dans ce but, et qui eussent pu être des actes splendides de charité chrétienne, sont empreints d'un égoïsme grossier et honteux. Ainsi, dans un sermon que l'évêque Meade, de la Virginie, daigna écrire lui-même pour que lecture en fût faite aux nègres, il leur rappelle solennellement que leur propre corps ne leur appartient pas, mais est la propriété exclusive de leurs maîtres. Puis il s'exprime ainsi : a Ne croyez pas que je veuille vous tromper quand je vous dis que vos maîtres et vos maîtresses sont des surveillants donnés par Dieu. Si vous êtes fautifs envers eux, Dieu lui-même vous punira sévèrement dans l'autre monde, à moins que vous ne vous repentiez, et que vous ne rachetiez ensuite votre crime
* Russell's Diary, vol. I, p. 557.