L'ESCLAVAGE DOGME SOCIAL ET RELIGIEUX. A
parmi nous, que les abolitionnistes peuvent effectuer quoi que ce soit'. »
Mais quelle est la véritable raison du changement de langage des planteurs au sujet de l'esclavage? Les fails commerciaux sont là pour nous répondre.
Jusqu'à la révolution, le colon n'avait été cultivé que comme plante d'ornement. M. de Bow nous raconte que, môme en 1784, huit balles de coton provenant des Etats- Unis furent saisies par les douaniers anglais, ceux-ci prétendant qu'une aussi grande quantité ne pouvait provenir de ce pays. En 1790, la quantité exportée, d'après M. Bigelow, n'était encore que de quatre-vingt-une balles. A cette époque on inventa des machines, en Amérique pour nettoyer la fibre du coton, en Angleterre pour la tisser plus facilement. En 1794 déjà, la récolte était évaluée à deux millions et demi de francs; en 1800, à soixante-quinze millions. Une mine de richesses inattendues venait d'être ouverte. On s'aperçut bientôt que pour suffire aux demandes toujours croissantes d'un produit obtenu par le travail servile, il fallait augmenter le nombre des esclaves. La traite avait été partiellement défendue par les conventions de diverses colonies, en 1774 et 1775; mais lorsque, en 1787, on essaya de l'abolir entièrement de par la constitution, la Géorgie et les deux Carolines déclarèrent qu'elles préféraient rester en dehors de l'Union. Cependant une loi fut passée en 1807 pour interdire à jamais la traite; des pénalités
* Journeys and Ejcploralions in Ute Cotton Kingdom, by Mr. Olmsted, London, 18f'i2, vol. II, p. 557.
4^ LES KTATS CONFKDKRKS ET L'ESCLAVAGE,
plus OU moins suvùres furent édictées par divers Etals individuellement. Ce commerce continuait néanmoins. La Caroline du Sud l'interdisait de temps en temps à ses citoyens; mais, de 1804 à 1808, ce trafic se pratiqua sans aucune restriction, et dans ces quatre années, plus de trente-neuf mille Africains furent débarqués dans le seul port de Charleston.
Après la prohibition de la traite, la demande de coton dépassa la production. Le sol ne faisait pas délaut, mais les cultivateurs manquaient : il fallait donc trouver un nouveau marché à esclaves. Celui de la Guinée ayant été fermé par le congrès, on ouvrit ceux du Maryland, du Kentucky et surtout de la Virginie, trois Etats ([ui sont devenus notoires par V élève des nènres.
L'agriculture servile avait complètement épuisé les plantations de tabac dans la Virginie. D'après le Sohihern Planter, un journal du temps, chaque ferme était ruinée, la plupart des domaines étaient hypothéqués pour leur valeur entière, les maisons tombaient en ruine, à peine recevaient-elles quelques réparations absolument indispensables, aucune demeure nouvelle, aucun bâtiment agricole ne surgissait du sol'. Encore en 1852, un membre de la législature décrivait ainsi la condition de la contrée : « Toute la partie du pays située sur les bords des rivières à marée, est entièrement déserte. L'endroit où nos ancêtres débarquèrent il y a deu.K siècles est sur le point d'être hanté de nouveau par les bétes sauvages ^ » Rien d'étonnant que des gens rui-
' Prof. Cairnes, op. cit., p. 577.
- Helper, op. cit., p. 88.
i;es(;l.vvage dogme social et religieux. 45 nés demandassent à l'élève de troupeaux humains des revenus que les plantations de tabac cessaient de leur donner. Ainsi que le disait un de leurs concitoyens, a l'ancienne récolte devait être remplacée par une récolte de chair humaine'. » En 1857, un comité spécial nommé par la chambre législative delà Caroline du Sud, constatait que de 184U à 1850, deux cent trente-cinq mille nègres avaient été expédiés des Etals éleveurs d'esclaves dans les Etats producteurs de coton. La moitié environ de ces esclaves, en bonne condition pour la plupart, provenaient de la Virginie; ils étaient évalués à r),500 francs par tête, et en masse à 822 millions-.
Quatre-vingt-deux millions de francs par an, tel est donc le prix qui a déterminé les États frontières [Border States) à changer de politique relativement à l'esclavage. Du reste, celte somme est l'unique compensation, car il est universellement admis que l'esclavage pur et simple ruinerait la Virginie. Clay déclarait, en 1829, devant la société de colonisation du Kentucky : a Nulle part, dans les Etals agricoles, on n'emploierait le travail servile, si les propriétaires n'étaient induits à élever des esclaves par le haut prix que leur en donnent les producteurs de coton ^ » La même année, une loi qui interposait quelques obstacles à l'introduction des esclaves en Louisiane, fui suivie d'une baisse de 25 pour 100 sur le marché de la Virginie; et le gouverneur Wise déclarait que l'admission de la Californie parmi les États libres ferait
1 Helper, p. 140.
- Cairnes, p. ISo.
"• Uelper, p. 163.
baisser de 2,000 francs par lele le prix des esclaves'. On comprend pourquoi les Virginiens onl depuis longtemps cessé de demander l'abolition, pourquoi leurs bommes d'État sont devenus les plus acbarnés esclavagistes.
Ce commerce n'a point dépeuplé la Virginie d'esclaves, comme on aurait pu s'y attendre. Dans la période de 1790 à 1800, la population servile y augmenta de 17,84 pour 100; del800à 1810, de 15,51 pour 100; de 1810 à 1820, de 8,51 pour 100 seulement. On pouvait alors supposer que cette institution mourrait de sa mort naturelle. Mais, en 1820, le Missouri fut admis au nombre des États; il s'ensuivit que de 1820 à 1850, le nombre des esclaves avait augmenté en Virginie de 10,49 pour 100; de 1850 h 1840, la proportion n'était plus que de 4,40 pour 100. En 1845, le Texas fut admis dans l'Union à titre d'État à esclaves ; aussi l'augmentation du nombre de noirs fut de 5,21 pour 100 dans la période de 1840 à 1850. Plus l'esclave encbérissait sur le marcbé, plus on prenait soin de lui, et comme en Virginie on s'occupait plutôt de le dresser que de le faire travailler, il était rarement fatigué outre mesure. Ainsi, nous pouvons le répéter, si les propriétaires d'esclaves n'ont plus la même opinion que leurs pères sur « l'institution particulière, » c'est que cette institution leur est plus profitable. Ce n'est point « le fanatisme des abolitionnisles du Nord, » mais c'est l'ignoble cupidité, miri sacra fames, qui a de nouveau rivé cette bideuse cbaîne de l'esclave, que les fondateurs de la grande République avaient espéré pouvoir briser un jour.
' C;iirnes,ii. 128.
LES EiNVAHISSEMEINTS DE L'ESCLAVAGE.
Après s'être convaincus de la moralité d'un système aussi lucratif, les hommes du Sud ont travaillé pendant quarante années à le maintenir et à l'étendre. L'institution avait été importée dans les colonies par la Grande- Bretagne, qui, à plusieurs reprises, avait refusé d'interdire le commerce des nègres. Devenues libres, ces colonies pouvaient elles-mêmes réformer la loi; mais au lieu de maintenir l'abolition de la traite, qu'elles avaient proclamée d'abord, elles rétablirent ce hideux commerce ; au lieu de préparer l'affranchissement graduel, qui aurait guéri bien des plaies, reconnues alors par tous, elles aggravèrent et perpétuèrent l'esclavage. Ce fut un crime, ce fut une folie!
L'extension du système n'était possible que par la suprématie politique des Etats esclavagistes, et par l'adjonction de nouveaux territoires. Dans le sénat des
4U Li:S KTATS CO.NFKDl': RKS ET L'ESCLAVAGE.
Elals-Unis, auquel chaque Elal envoie deux membres, il fallait que le Sud possédât toujours, sinon la majorité, du moins une minorité capable de mettre son vélo sur toute loi contraire à ses intérêts. La composition de la chambre basse lui importait moins, puisque toutes les lois édictées par elle devaient recevoir la sanction du sénat.
L'histoire des deux grands partis qui divisent les Etats- Unis ne serait autre chose que le récit des efforts constants, mais timides du Nord pour repousser les agressions du Sud, marchant de victoire en victoire. Les planteurs et leurs représentants ont toujours été unis par un même intérêt, celui de l'exploitation du sol par le travail servile. Les délégués du Nord, au contraire, représentaient les intérêts divers d'États agricoles, manufacturiers ou commerçants. Divide et impera était la politique du Sud, et cette politique lui a longtemps
/, réussi.
il nous suffira de rappeler en quelques mots les triomphes des esclavagistes. D'abord, la Louisiane, partie du territoire que la France avait cédé aux États-Unis en 1803, fut admise dans l'Union comme État à esclaves. En 1808, les propriétaires de nègres du Missouri, soutenus par tous les hommes politiques du Sud, réclamèrent en leur nom l'admission de leur territoire au rang des Etals. Les représentants du Nord protestèrent en invoquant l'esprit de la constitution et les inlentions de ses fondateurs; mais après deux années de luttes parlementaires ils tlnirenl par céder, et l'admission du Maine comme Etat libre fut contre-balancée par celle du Mis-
souri comme Etat à esclaves, sous la condition expresse que la servitude serait à jamais exclue des territoires situés au nord du 56°, 50' de latitude. Par cela même, les territoires situés au sud de cette ligne étaient sacrifiés, et bientôt l'Arkansas et la Floride furent ajoutés au nombre des Etats à esclaves.
Cependant la population libre s'accroissait incessamment dans le Nord, et sous peine de décliéance politique les planteurs se croyaient tenus d'agrandir leur domaine. Le Texas fut envabi, l'esclavage que le gouvernement mexicain y avait aboli fut rétabli de force, et la guerre du Mexique amena l'annexion de l'Utab, du Nouveau-Mexique et de la Californie, que les gens du Sud considéraient comme autant de futurs Etats à esclaves. ToutefoislaCaliforniedemandasonadmission comme Etat libre; mais elle ne fut reçue qu'à la suite de discussions orageuses, et en vertu d'un nouveau compromis confirmant et aggravant la clause de la constitution relative à l'extradition des esclaves fugitifs. Ce nouveau compromis ne put satisfaire les convoitises des bommes du Sud. En 1854, un transfuge du Nord, M. Douglas, sénateur de l'Etat libre de llllinois, vint au secours des esclavagistes en demandant que dans les territoires du Kansas et du Nebraska, situés au nord de la latitude 50°, 50' et par conséquent libérés de l'esclavage en vertu de la loi, les colons fussent autorisés à introduire ou à interdire la servitude à leur gré.
Cette rupture d'un traité solennel, respecté par les esclavagistes aussi longtemps qu'il avait été favorable à leurs intérêts, convainquit enfin les gens du INord que
48 LKS |':TATS CONFÉDÉRÉS KT L'l-ISCLAVAGK.
s'ils voulaient conserver leur liberté et celle de leurs enfants, ils devaient se hâter. Ce n'était pas seulement contre le Sud qu'ils devaient se garder, mais surtout contre les traîtres qui formaient au milieu d'eux l'avant-garde de l'esclavagisme. Ce qui acheva peut-être de leur ouvrir les yeux, ce furent les expéditions des flibustiers contre l'île de Cuba et rAméri(jue centrale, et surtout la fameuse décision de la cour suprême, rendue dans l'affaire de Dred Scott, et portant que le nègre libre n'étant pas citoyen des Etats-Unis «ne possède aucun droit que le blanc soit tenu de respecter » et que tout esclave peut être transporté dans un Etat libre pour y être possédé comme simple marchandise. Les politiciens du Sud déclarèrent en même temps que la tolérance montrée par le congrès à l'égard de l'esclavage ne pouvait plus leur suffire ; ils exigeaient désormais que leur institution fût établie et protégée dans les territoires libres ^
Tous ces actes agressifs du Sud produisirent dans le Nord une vive réaction contre l'esclavage; le parti démocratique fut brisé en morceaux, et son candidat pour la présidence, M. Douglas, dut faire place à M. Lincoln, représentant du parti républicain opposé à l'extension de l'esclavage. Le Times de Londres, qui depuis s'est fait le trop zélé défenseur de la politique de M. Jefferson Davis, résumait ainsi la situation dans un article en date du 29 novembre 1800 :
« Qu'on ne se méprenne point sur l'opinion des Anglais. Si nous avons rendu un sincère hommage à la
' Bigclow, op. cit., p. 159, 140. —Annuaire des Deux Mondes, 1860- 1861. — Daihj Neivs, 5 sept. 1800.
grandeur croissante de l'Amérique, cet hommaiie ne s'adressait point à ce que les Sudistes veulent conserver, mais à ce qu'ils veulent détruire. Tout ce qui dans les Etats-Unis est digne et noble se trouve associé à la constitution fédérale. Ce ne sont point les grossières démonstrations dans le congrès, ni les expéditions des flibustiers, ni la loi contre les esclaves fugitifs, ni la décision Dred Scott, ni l'acte Kansas-Nebraska, ni autres triomphes analogues qui ont mérité l'admiration de l'Europe. M. Lincoln aura l'appui de tous ceux qui, même résignés à l'esclavage, ne veulent pas que cette institution devienne la base d'une confédération hostile et contraire aux lois. »
Un mois plus tard (4 janvier 1861) le jT/mes disait encore : « Aucun acte de fanatisme de la part du Nord n'a été aussi extravagant que les doctrines ouvertement avouées par le Sud. Les États esclavagistes ontdepuis longtemps renoncé à être simplement tolérés. Ils ont eu l'audace effrontée de déclarer que l'esclavage, loin d'être une honte, est une bénédiction divine, qu'il est la véritable base du travail national, et le lien par excellence des institutions sociales. Ils ont réclamé le droit de le garder à tout jamais; mieux que cela, de l'étendre h tous les territoires que s'annexera l'Union américaine. Les unes après les autres, ils ont renversé toutes les barrières qui, sous le nom de compromis, s'opposaient au développement de l'esclavage... »
En effet, la politique agressive du Sud ne s'arrêtait point aux limites des Etats-Unis ; elle jetait aussi des regards de convoitise au delà des frontières du vaste continent de l'Amérique du Nord. Dans la période de 1849
à 1858 diverses leiilalives furent faites pour envaliir Cuba ; toutes échouèrent, soit par l'intervention du gouvernement fédérai, ainsi qu'il arriva sous la courte administration du président Taylor, soit par la résistance des autorités espagnoles. En 1854, trois ambassadeurs des Etats-Unis se réunirent en conférence à Ostende, pour faciliter l'acquisition de l'île: M. Buchanan, de la Pennsylvanie, ambassadeur à Londres, M. Mason, de la Virginie, ambassadeur à Paris, et M. Soulé, de la Louisiane, ambassadeur à Madrid. Voici quel fut le résultat du conciliabule: «Il est parfaitement clair pour tout homme sérieux, que, par sa position géographique, Cuba nous appartient naturellement. Si l'Espagne, sourde à la voix de son propre intérêt et poussée par un orgueil aveugle et un faux sentiment d'honneur, refuse de vendre l'île de Cuba aux Etats-Unis, alors, en vertu de toutes les lois humaines et divines, nous aurons le droit de l'arracher à l'Espagne, si nous en avons le pouvoir ^ »
La convention du parli démocratique, tenueàCincinnali en 1856, ratifia ce manifeste et ses doctrines, puisqu'elle lit choix de M. Buchanan, l'un de ses auteurs, pour son candidat à la présidence. M. Buchanan fut élu, et M. Slidell, commissaire actuel des confédérés auprès du gouvernement français, s'empressa de proposer le vote d'un crédit de 150 millions de francs pour faciliter l'acquisition de Cuba ; en même temps M. Mason, ex-commissaire des confédérés à Londres, demanda que pour le même but on accordât au président des pouvoirsdiscrétionnaires impliquant l'emploi des forces de terre et de mer. Ces
' B'gclow, les Étals-Unis en 1865, p. 151,
LES ENVAUlSSEMEiNTS DE L'ESCLAVAGE. 51
propositions furent rejetées; mais elles montrent sui'lisamment quel était l'esprit de ceux qui maintenant travaillent avec le plus d'activité à lindépendance du Sud.
En 1854 eut lieu l'expédition du flibustier Walker contre le Nicaragua. Elle avait pour but de rétablir l'esclavage dans ce pays qui s'en était affranchi, et de s'emparer d'un point d'attaque contre Cuba. La première tentative eut d'abord un certain succès, et l'esclavage fut de nouveau proclamé comme loi dans le pays'.
Quand on regarde sur la carte l'immense étendue de pays occupé par les esclavagistes, on demande naturellement : « Pourquoi voulaient-ils s'étendre encore? Ne leur suffisait-il pas d'avoir un domaine de 220 millions d'hectares, dont 100 millions seulement sont entre les mains de particuliers et 52 millions en état de culture? » Les esclavagistes répondent qu'il leur fallait de nouveaux États pour la réalisation de leurs plans politiques. En second lieu, ils avaient acquis la triste expérience que l'esclavage ruine le sol avec une effrayante rapidité. La culture par des mains esclaves est si maladroite et ignorante, elle est si superficielle et en même temps si épuisante, qu'elle doit passer incessamment d'un sol vierge à un autre sol vierge. On aurait tort de croire que dans les plantations cultivées par les esclaves la main d'œuvre est gratuite ; elle est au contraire ruineuse, car on doit mettre en ligne de compte le haut prix auquel se vendent les nègres robustes, et le nombre d'individus incapables de travail qu'on doit nourrir à perte. S'il fallait au fur et à mesure régénérer le sol épuisé et lui
* Bigelow, op. cit.
5tJ LES ÉTATS CONFÉDÉRÉS ET L'ESCLAVAGE,
rendre sa fertilité par des jaclières, des engrais ou autres moyens, les plus riches planteurs pourraient seuls suffire à ces dépenses; les propriétaires préfèrent donc pour la plupart abandonner leur domaine dès que les énergies naturelles du sol commencent à s'éteindre, et s'établir sur des terrains vierges achetés à bon marché. Dans ce système, les quantités de terrains disponibles doivent être en quelque sorte illimitées en même temps que très-fertiles et d'une culture facile. La déclaration suivante, faite parle juge Warner devant la législature de la Géorgie, exprime parfaitement la conviction de tous les planteurs intelligents du Sud :
« Dans cette enceinte et au dehors personne n'ignore que si l'esclavage était restreint à de certaines limites, il serait par cela seul condamné à mort, sa destruction n'étant plus qu'une affaire de temps. Prenez un seul district producteur de sucre et de coton, et supposez que la population esclave ne puisse se répandre au delà des frontières de ce district; il arrivera que dans l'espace de quelques années seulement, les esclaves se multipliant rapidement, et le sol s'épuisant avec non moins de rapidité, il sera complètement impossible que cette terre nourrisse ses habitants; le maître et l'esclave périront tous les deux par la famine. Et ce qui arriverait dans un seul district, se produirait infailliblement dans tous les Etats esclavagistes. Le cantonnement de l'esclavage entre des limites fixées serait la destruction certaine du maître et de l'esclave : il faut à la servitude des territoires toujours nouveaux \ »
* Daily News, 18juiiH8(i5.
Aussitôt que l'élection de M. Lincoln eût prouvé aux hommes du Sud que le Nord ne consentirait plus à l'extension de l'esclavage, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, ils avaient à choisir entre trois politiques : ou se résigner à périr par la famine, comme l'exposait si nettement M. Warner; ou bien abolir l'esclavage graduellement; ou rompre l'Union. Ce fut pour la rupture qu'ils se décidèrent.
Qu'on ne l'oublie pas, une fois séparé de l'Union, le Sud n'en est pas moins toujours forcé d'agrandir son territoire, car le système d'agriculture qui lui est imposé parla force des choses restera toujours aussi ruineux que par le passé. Le pays pourra bien changer de nom et de forme politique; mais son système économique restera le même. Il faut qu'il grandisse à tout prix, qu'il étende l'esclavage partout et de toutes les manières. Personne ne fut donc étonné d'entendre M. Spence, l'agent chargé des intérêts financiers de la confédération à Liverpool, décrire en termes emphatiques cet « empire de l'avenir, s'étendant des foyers de Washington aux palais de Montezuma, réunissant les fières et antiques colonies de l'Angleterre aux plus riches et romanesques possessions (romantic dominions) de l'Espagne, riche à la fois des produits de la grande vallée du Mississipi, et des mines inépuisables, de la beauté enchanteresse, de la grandeur volcanique du pays mexicain '. »
* Spencp, American Union, p. 28fi.