SCÈNE I
GUISE
Sire, ce n’est qu’un vain titre, une feuille de parchemin que j’abandonnerai sans regret.
LE ROI
Mais quoi ! sérieusement vous voulez nous quitter ?
GUISE
Sire, on me chasse.... — En signant l’édit de juillet, j’attendais mieux de l’avenir !
LE ROI
Eh bien ! que vous faut-il , que demandezvous ?
GUISE
J’aime mieux un moindre pouvoir, et n’étre pas réduit à le disputer pièce à pièce tous les matins.
LE ROI
Nous vous ferons justice, monsieur le duc : mais , au nom du ciel , ne nous quittez pas ; non, je ne veux pas.... La nuit vous donnera conseil.
Sire, mon parti est pris.
LE ROI
Mais, voyez donc quel temps vous choisissez pour me laisser tous le poids des affaires ! Ma
i3Ô LES ÉTATS 1)E BLOIS.
mère est malade : vous savez les saintes dévotions que j’ai entreprises , et que, pour rien au monde, je ne voudrais interrompre. — Si du moins j’avais quelques serviteurs.... Mais je me suis arraché les yeux de la tète en me privant de mes vieux conseillers. Je n’y vois plus que par votre lumière, mon cousin, et vous m’abandonnez !
GUISE
Sire , à quoi vous suis-je bon ? vous voit-on jamais faire ce que j’ai proposé ?
LE ROI
Comment? et tout à l’heure encore, ces trois millions d’écus.... n’est-ce pas vous?....
GUISE
Sire, c’est votre chambre du tiers qui vous a demandé ce sacrifice , et vous seul en profiterez, car l’amour de vos sujets est votre meilleur subside.
LE ROI
Je le veux bien : il est fâcheux seulement que cette monnaie-là n’ait cours ni en Poitou ni en Dauphiné pour payer les gages de mes soldats. — Mais n’en parlons plus, et dites ce que je vous ai refusé.