‹ Les etats de BloisChapitre 42 sur 225 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Savez-vous que voilà tantôt cinq mois que je recule et qu’il avance ?.... Il faut voir mes pauvres serviteurs, comme je leur fais pitié! Et moi , quand j’ai le bonheur d’être seul , ou quand vient la nuit, je ne puis me défendre d’en pleurer de rage !....

CATHERINE

Faiblesse , mon fils.

• LE ROI

La faiblesse , c’est de lui céder tout ce qu’il me vole , de signer tout ce qu’il me dicte. Depuis ce maudit édit de juillet, m’a-t-il mis assez souvent la plume à la main? aujourd’hui encore.... Mais à propos , vous ne savez pas , ils sont venus cet après-dîner dans mon vieux cabinet me demander de révoquer les commissions pour la levée des trois millions d’écus, sous prétexte qu’il avait plu à messieurs des Etats de se soulager de ce fardeau.

CATHERINE

Comment! c’est encore Guise!...

Lui et sa meute. Ya-t-il jamais seul ?.... Et moi je dois recevoir toute cette canaille dégoûtante ! Il faut que je les écoute parler, que je leur parie, et je ne puis me satisfaire en disant à

mon grand-prévôt : Mène-moi pendre monsieur Marteau et tous ces misérables de Paris....

CATHERINE

Mon fils, achevez, je vous prie; qu’avez-vous fait?

LE ROI

J’ai signé ; mais leur peine sera perdue ; car les commissions ont été expédiées hier au soir dans toutes les provinces, avec ordre d’y pourvoir sur-le-champ et nonobstant meme mes ordres contraires. J’avais prévu le cas.

CATHERINE

Vous avez fait sagement, mon fils : de cette manière vous n’en aurez pas moins l’argent.

LE ROI

Oui : pour un enfant, pour un pauvre idiot, l’invention n’est pas trop mauvaise; elle me fera peut-être rentrer dans leur estime !.... Ce serait dommage ! Ils rient si bien à mes dépens ! C’est lui, surtout.... comme il me méprise! Il faut le voir, ma mère, quand il me parle, une main dans ses chausses, l’autre à sa moustache, les lèvres demi-closes, la tête en arrière....

Mon Dieu ! mon fils, ne parlons plus de cela....

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