SCENE IL
dire ce qu’il faut faire ; vous ne me prêterez pas un peu d’appui ?
CATHERINE
Mais quoi! ne vous ai-je pas toujours été bonne mère et bonne amie ?
LE ROI
Eh bien ! dites , madame.
CATHERINE
Voulez-vous que nous consultions Zarlino?...
LE ROI
Votre astrologue ?
CATHERINE
Oui; il vous dira peut-être quelque chose...
LE ROI
Ce n’est pas un astrologue qu’il nous faut.... N’avez-vous point d’autres moyens?
Non, rien... Mais dites , quelle est votre idée? ( Baissant la voix :) Voudriez-vous vous en défaire ?
LE ROI
Si je le voudrais !
CATHERINE
C’est jouer gros jeu.
LE ROI
Ne faut-il pas risquer quelque chose?....
i6ï LES ÉTATS DE BLOIS.
CATHERINE
Si vous en veniez jamais à cette extrémité, juesurez bien ses forces et les vôtres; supposez-le deux fois plus puissant qu’il n’est, et soyez en état de le vaincre.... Alors je vous permets... Mais écoutez : quel bruit? Des voix, des instrumens...
le roi , se levant et s'approchant de la fenêtre.
C’est la fameuse fanfare... Que de flambeaux! Allons , courage ! Ils boivent , ils s’amusent ; leur vie est douce... J’espère pourtant qu’ils nous laisseront dormir... Tout ce train va devenir fatigant. On devrait bien ne loger jamais chez soi que ses valets, afin de leur commander le silence à volonté. C’est une hôtellerie que ce grand chateau... (Sa voix s’émeut par degrés.) Mais non, j’ai tort, nous sommes chez mon cousin de Guise ; c’est lui qui nous héberge , ma mère : vraiment, l’envie me prend de lui rendre aussi ma visite, de lui verser à boire!... Allons, mes ordinaires, mes Ecossais, vous ne dormez pas , venez avec moi; et tue, morbleu! tue... Il n’y a pas assez de vin sur leur nappe, nous y mêlerons un peu de sang...
(Use laisse tomber dans un fauteuil placé devant la fenêtre. )