SCENE lit
LE CARDINAL
Oui, d’ici là, nous avons le temps de grisonner, vous et moi. Laissez donc courir mes lévriers, mon cher Henri ; ils arpentent plus de terrain en une semaine que tous vos bassets en six mois.
GUISE
Besogne si vite faite ne dure pas Je n’ai pas envie d’un trône bâti sur quatre fourches.
LE CARDINAL
Qu’importe ! pourvu que les fourches soient solides : et cl’ abord, grâce à nos amis de Jésus, notre saint-père le pape en tiendra une dans sa main....
GUISE
C’est précisément ce que je ne veux pas.
LE CARDINAL
Eh bien, pardieu! faites-vous roi tout seul; mais hâtez-vous, car on finira par rire de vos lenteurs.
GUISE
En effet, la chose est facile dans un pays peuplé de cette race à tète dure qu’on appelle bourgeois? Imbécilles qui s’imaginent qu’on n’est pas bon pour régner, si l’on n’est engendré roi dans le ventre de sa mère !
LE CARDINAL
Soit : mais vous conviendrez cependant que dans leur temps le petit Pépin et le grand-père du Valois n’en ont pas moins très-bien fait leur affaire.
GUISE
Beau mérite , dans ce temps-là !...
LE CARDINAL
Dans ce temps-là, il y avait des politiques tout comme du nôtre.
GUISE
Des politiques, je n’en sais rien; mais du moins il n’y avait pas de bourgeois, il n’y avait pas cette fourmillière de manans qui se sont faits riches à auner de la serge, et qui maintenant ont plus de puissance en leurs bailliages que des châtelains dans leurs donjons. — Maudits soient ceux qui ont laissé grandir cette mauvaise herbe, elle finira par nous étouffer tous ? Allez , mon frère , une royauté , vieille de cinq siècles, et flanquée d’une bourgeoisie, c’est un bastion qui ne s’emporte pas du premier assaut... Ah! s’il n’y avait que des moines et des nobles!... Mais laissons tout cela... Il se fait temps d’ouvrir les portes... Le vestibule doit être plein. — Holà! quelqu’un.