SCENE 111. 20 î
de lièvre, il y a long-temj)s que j'aurais pris la fuite. Mais avec le nom que je porte, et au point où j'en suis avec le Roi , on ne recule pas, à moins d'avoir envie de s'avouer vaincu.
LE CARDINAL DE GUISE
Au nom du ciel ! mon frère, faites-nous grâce de vos idées de paladin; vous n'êtes point sur un champ de bataille , mais dans un repaire de voleurs, et vous jouez un jeu à nous faire tous égorger; depuis huit jours je ne rêve que guet-à-pens.
GUISE
Vous ne voyez pourtant pas qu'il soit fort aisé de me surprendre. Je ne connais point d'homme sur terre qui , mis aux mains seul à seul avec moi , ne doive prendre pour lui la moitié de la peur; et je marche d'ailleurs si bien accompagné , qu'il n'est pas facile de m'investir sans qu'on me trouve sur mes gardes.
LE CA.RDI1NAL DE BOURBON
Tant mieux, monsieur le duc, tant mieux; car il ne faut pas vous fier aux caresse^ du Roi. Hier au soir, je l'ai vu chez sa mère, et ce n'était plus le même homme que quand il vous parlait.
ao'2 LliS ÉTATS DE BLOIS.
BRISSAC
Vous euteiulez , monseigneur, loul le monde le juge comme moi.
GUISE
Eh bien ! oui, c'est un fourbe, il est perfide comme une hyène ; mais ne sait-il pas que ma partie est la plus forte, et que j'aurais des vengeui's? Le croyez-vous assez fou pour se mettre, de gaîté de cœur , en guerre avec tous ses sujets ?
l'archevêque de BOURGES.
Ah î monseigneur, la colère est une passion aveugle, cœciis furor : tous les auteurs sont d'accord là-dessus
GUISE
Monsieur Tarchevèque, je ne suis pas savant comme vous; mais, n'en déplaise à vos auteurs, j'ai remarqué qu'il y a aussi des colères prudentes , et celle du Roi est de ce nombre.
l'archevêque de BOURGES.
Notez bien, cependant, monseigneur, que VOUS l'avez contraint de sortir au galop de sa ville capitale; fût-il un saint, c'est une honte qu'il ne pourra jamais oublier ; et si vous ouvrez Homère, au livre premier de son Iliade, vous y apprendrez une belle leçon de Galchas