‹ Les États de Blois, ou, La mort de MM. de GuiseChapitre 96 sur 212 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

SAINTE-MALINJlS.

Ou es-tu, beau radoteur? prends garde que je ne t'avale toi-mérne.

LOTGNAC , à Saiote-Malines.

Laisse donc cette canaille. Ce n'est pas le moment.... voilà la messe finie.. . allons, en marche.... place au Roi! place au Roi!....

( Il écarte la foule, et pratique un passage assez large. Le Roi 'sort de l'église , son livre d'Heures à la main , et oiarmottaut des prières comme quand il est entré. Le duc de Guise cause à voix basse avec Brissac ; ce qui ne rempcclie . pas de saluer tous ceux qu'il reconnaît sur son passage. Arrivé à la porte du cltâteau, il salue le Roi à deux reprises, et se dirige, avec sa suite, du côté de ses appartemens. — Les soldats qui étaient dans l'vglise sortent à la file,

ot retournent à leurs postes. — La foule se disperse et se dissipe peu à peu. )

PASQUIER , à Montaigne.

Eh bien ! vous les avez vus, étes-vous content ?

MONTAIGNE

Oui , mais je suis tout ému.

PASQUIER

Et pourquoi ?

MONTAIGNE

Je ne sais; mais en voyant marcher ce duc de Guise avec un courage si haut et une contenance si fière, il m'est venu en l'esprit, soudainement et comme par inspiration surnaturelle, ce vers d'un ancien, que j'avais tout-àfait oublié depuis mon sortir des écoles :

lu tua constauter limera , dnecC;, ruis.

?M LES ÉTATS Di: lîLOfS.

PASQDIER.

Vraiment? il vous est revenu comme cela tout à coup.

MONTAIGNE

Oui, tout à coup.

PASQUIEll.

Et vous y voyez un avertissement?

MONTAIGNE

Non, mais.... il m'est arrivé quelquefois....

PASQDIER , le pif-nanl par lo bras et le conJuisaul du côlé du ponl-lovis.

Allons , je vois avec plaisir que vous êtes comme moi , vous croyez un peu aux almanachs.

MONTAIGNE

Tout philosophes que nous sommes , il nous souvient parfois de notre nourrice.

PASQUIER

C'est vrai, monsieur de Montaigne.... (Saru.*iant

et vplcnant Montaigne par le l)ias :) MaiS Si UOUS- COUSullOnS

les augures, en voici bien un plus terrible! voyez donc ce mai qui tombe !

(Un grand mtl planté sur le fossé tombe brisé par le vent. )

MONTAIGNE

Qui l'a abattu?

SCÈ1N'*V. 969

PASQUIER

Le vent , je crois.

MONTAIGNE

Il y a des gens qui diraient comme ce vieux noél :

. . . Quelque grand mourra , Et que de petit monde Sa chute écrasera !

PASQUIER

Il y en a même qui ajouteraient : le mois de mai est le mois des barricades ; le barricadeur tombera.

MONTAIGNE

Dieu éloigne de nous pareille catastrophe !

PASQUIER

N'en déplaise à nos pronostics, je crois que c'est plutôt au Roi à se garder du duc; car le duc a les ongles plus longs que lui.

MONTAIGNE

Que sait-on ?.... Mais voyez donc comme nous voilà descendus tout d'un coup à la tristesse! moi qui venais ici pour me divertir.

PASQUIER

Allons au Mail , nous y ferons une partie de

i7o LES ÉTAIS DE BLOTS.

quilles, puis nous reviendrons souper chez moi.

MONTAIGNE

Je VOUS suis , monsieur le conseiller.

( Ils sortent par le pont-levi». )

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