‹ Les Etats de Jersey et la langue française [microforme]Chapitre 16 sur 22 · OT · texte numérisé non relu

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Lecteurs érigez-vous en tribunal. Ce qui vient de se passer à Jersey n'est-il pas une grande leçon pour nous et pour ceux qui se font chiens de meute contre nous ?

Monseigneur Racine, le regretté évêque de Sherbrooke, disait un jour devant toute une foule recueillie :

“ Le fait seul de la transplantation d'un peuple sur une terre étrangère ébranle chez lui l'organisme moral trop profondément, pour qu'il soit prudent d'accroître l'intensité de ces ébranlements par des attaques inutiles à de vieilles, à de fortes traditions ; mais nulle part ce danger n'est plus grave que chez le peuple canadien-français.

“ Arraché encore enfant à toute relation

avec sa mère-patrie, ner‘retenant aucun

Sa

tisn

commerce avec le monde extérieur, obligé

de concentrer ses forces pour conserver son

existence nationale et religieuse, le peuple Ôtez

Canadien a dû vivre à l'écart, de sa vie VIE

propre, retiré au sein de ses campagnes, et de

de ses mœurs patriarcales ; pour résister nen aux séductions et aux attaques de l'hérésie, pour s'emparer du sol, et étendre autour de lui ses colonies, il s'est attaché à son admirable système paroissial ; il a fondé, malgré les plus grands obstacles, ses écoles françaises où le catholicisme règne en maître ; il

s'est réuni en masse compacte sous Ja direc-

tion de ses prêtres qu'il entoure du respect pre que l'on doit à des amis bienfaisants, à des | protecteurs ; en sorte que le Canadien-fran- esi çais s'est habitué à regarder ses costumes, ce sa langue, ses traditions et sa discipline pr comme le dépôt d'un héritage sacré. Qui ce s'attaque à cet ensemble de choses qui lui n

sont chères, s'attaque directement à sa foi.

, obligé ‘ver son peuple Sa vie ones, et résister hérésie, tour de 1 admimaloré es franaître : il a direcrespect , à des n-franstumes, scipline ré. Qui qui lui

sa foi.

ET LA LANGUE FRANÇAISE sl Sa force de résistance devant le protestantisme et l'indifférentisme est grande ; mais Ôtez lui cet entourage protecteur de ses vieilles coutumes. Il:en est de lui comme de Samson; il est déjà au pouvoir de l'en-

nemi |!”

Ces paroles là sont vraies. D'ailleurs la position absurde que l'on veut nous faire nous attire plus d'un témoignage de sympathie de l'étranger.

C'est ainsi que dernièrement un grand journal américain, le Vew- York Sun, disait à propos de linguistique :

“ La connaissance de la langue française est particulièrement utile, en ce moment, à ceux des New-Vorkais qui ont le désir de prendre langue avec les officiers des navires de guerre étrangers, actuellement à New- Vork. À part les officiers anglais, c'est à

peine si quelques-uns d'entre eux com-

prennent un mot de notre langue : en revanche, presque tous parlent le français.

On parle le français à bord des navires russes et allemands, 'italiens et brésiliens, hollandais, espagnols, à bord des bâtiments de la république Argentine, et, naturellement, à bord des vaisseaux français, à bord des navires anglais et américains. On le parle jusque sur le gaillard d'arrière des caravelles de Christophe Colomb !

“ Les officiers russes s'expriment dans cette langue avec autant d'élégance que s'ils étaient nés en France même ; les officiers allemands, et ce qui est étrange à constater, les officiers hollandais ne parlent pas mal le français, en vérité. Les officiers brésiliens l’assaisonnent comme avec une sorte de piment : ils lui donnent un léger accent portugais ; quant aux Espagnols et aux Arcentins ils le parlent assurément mieux que bien

des Français de certaines provinces.

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“ Mais si tous ces officiers donnent, ens'exexprimant en français, l'illusion qu'ils parlent leur propre langue, les officiers anglais, et avec eux les officiers américains, trahissent à chaque mot leur origine anglo-saxonne, Nous devons cependant faire une exception en faveur du vice-amiral sir John Hopkins et du contre-amiral Gherardi. L'un et l'autre possèdent le pur français des boulevards de Paris ; et ils le parlent dans la perfection.

“ On voit par là que le français est bien réellement la langue vivante la plus utile à connaître lorsqu'il s'agit d'entrer en relation avec les représentants des différentes nations du globe. C'est la langue qui rendra le plus de service au voyageur en Europe et partout ailleurs. C'est d'ailleurs la langue diplomatique dans le monde entier ; elle l'est même en Chine. N'est-il pas intéressant de cons

tater que parmi les officiers des nombreuses

puissances étrangères représentées à New- York en ce moment, à peine un petit nombre comprend-t-il l'anglais, tandis que la presque totalité de ces officiers comprend et parle le français ?

“ Notre langue (l'anglais) a des qualités évidentes : elle est forte, dure, heurtée, énergique, mais, après tout elle n’est pas à beaucoup près aussi nécessaire au voyageur que le Français, langue polie, poétique, précise et

harmonieuse ; langue qui a été écrite par

Froissart. Montaigne, Condorcet, Le Sage,

Balzac, Cuvier, La Place Sainte-Beuve, Châteaubriant, pour ne citer que ces quelques noms illustres. Nous accordons que toutes les lar"1es ont leurs mérites propres : mais le français, comme langue universelle à l'usage des voyageurs, des diplomates et des marins, est la langue par excellence. Nous la

saluons de tout notre respect.”

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Unautre journal anglais, le Séar de Montréal, ajoutait ces commentaires qui sont à

notre honneur.

“ Les Canadiens-français de Montréal et des faubourgs peuvent donner à leurs contemporains de langue anglaise une belle leçon de sagesse. Partout, les Canadiensfrançais s'aperçoivent que la connaissance des deux langues est essentielle au succès dans les affaires commerciales en ce pays.

Il en résulte que les Canadiens-français apprenneni, avec une rapidité extraordinaire, à parler et à écrire l'anglais. La plupart des Canadiens-français intelligents lisent aujourd'hui un ou deux journaux anglais. C'est ainsi qu'ils acquièrent ce qu'il faut pour réussir dans le commerce. Jamais les Canadiens.

français n'ont été aussi recherchés par les maisons anglaises qu'ils ne le sont aujour-

d'hui. Conséquence :les employés de langue

anglaise dans les établissements importants éprouvent de la difficulté à soutenir cette concurrence, parce que le Canadien-français possède les deux langues, tandis que l'Anglais

n'en possède qu'une. Bravo ! Jean-Baptiste !”

Oui, bravo ! et nous ne sommes pas hommes à nous laisser écraser comme cela.

Frères du Manitoba, frères du Nord-Ouest,

rappelez-vous notre exemple : rappelez-

vous l'exemple que viennent de nous donner les Etats de Jersey. Rappelez-vous les encouragements que le marquis de Dufferin, le marquis de Lorne, le marquis de Landsdown ont donnés officiellement à Québec, à Montréal, à Ottawa à la bellelangue de nos pères. Rappelons-nous aussi ces deux pensées du comte de Derby, notre aimé et

regretté gouverneur-général.

En arrivant à Québec il disait publiquement.

ortants te conis pOS- \nglais

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lation soit composée, comme la vôtre, d'éléments divers; car sous les institutions ‘libres dont vous jouissez aujourd'hui, la prospérité peut avancer : les aspirations ‘justes doivent être accomplies ; alors la ‘“ liberté et l'autonomie se trouveront main- “ tenues.”

En quittañt Québec pour retourner en Angleterre il n'hésitait pas à couronner sa carrière de gouverneur général en ajoutant :

‘“ J'aime les deux langues que l'on païle

“ en Canada, et j'aime à constater que nous

ne formons tous qu'un seul peuple. L'expé-

rience que j'ai acquise dans mes voyages “ m'a convaincu que nulle part la variété de ‘“ langage n'a été un obstacle à l'unité d'une ‘“ nation comme la vôtre.”

Voilà l'expression d'un homme libre, intelligent, aux idées élevées et dépourvues de

préjugés.

Nous pensons tous comme nos derniers

gouverneur géneraux.

Et que disait l'homme éminent qui est devenu une autorité parlementaire et un de nos bons écrivains ?

Tout dernièrement, devant la Société Royale du Canada, le docteur Bourinot, d'Ottawa, dont la compétence en telle matière est incontestable, s'exprimait ainsi :

‘ En toute probabilité la langue française continuera dans un avenir bien éloigné à être celle d'une partie nombreuse et importante de la population du Canada, et elle exercera par conséquent, une grande influer ‘sur le développement physique, intellec el et moral du pays. De même que das le passé, les deux nationalités française et anglaise ont travaillé de concert à l'édification de cette Confédération: de même

qu'elles se sont toujours élevées au-dessus

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des rivalités et des antagonismes issus des différences d'opinion aux heures de crises de notre histoire, rivalités et antag'onismes, que le bon sens, la raison et le patriotisme de nos hommes d'Etat des deux races ont su dissiper et faire disparaître, ainsi nos meilleurs et nos plus belles intelligences à quelque nationalité qu'elles appartiennent, sauront établir entre elles une noble rivalité, et développer le génie respectif de leur race, sur le terrain le plus noble, le plus élevé de la littérature, de l'histoire, des arts et des sciences.

“ S'inspirant aux mêmes sources et obéissant à des sentiments et à des aspirations ayant la même origine patriotique, ces hommes distingués quelque soit la différence qui existe dans leur langageetleur tempérament, travailleront à faire disparaître des préjugés invétérés et à ramener dans la vie et les

relations sociales entre races, ce charme et

cette entente qui sont l'apanage de la culture intellectuelle et morale. En provoquant et en cultivant ainsi les sympathies entre les divers éléments de notre population ; en faisant disparaître ce provincialisme que l'on devrait appeler étroitesse d'esprit ; en développant notre expérience et nos connaissances ; en montrant plus de sympathies au talent qui naît et croît sur notre sol, au lieu de chercher à le aéprécier et à l’etouffer ; enfin en ajoutant plus de confiance et de foi en nous même et dans les ressources intellectuelles que la Providence nous a

départies, nous pouvons espérer atteindre

un niveau de vie intellectuelle beaucoup

plus élevé, et sentir sur notre caractèit national la complète influence de ce qui peut mieux grandir le peuple canadien et le rendre plus heureux et plus sage.”

Voilà ce qu'écrivait dernièrement M. Bour-

rinot et ses paroles méritent d'être méditées.

culture uant et atre les on ; en que l’on 1 déve- OnNnaIshies au au lieu touffer ; e et de sources nous a tteindre >aucoup aractèrc qui peut

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M. Bou-

éditées.

D'ailleurs, ici ne sommes nous pas formés

encolonnesserrées ? Personne n'entreradans nosrangs. Nos idées—et, il n'y a pas de parti politique qui nous en imposera sur l'usage de notre langue—nos idées sont celles que mon confrère de l'Everement exprimait d'une

façon si mâle, si énergique, le 12 juillet 1893,

“ Les Canadiens-français, disait-il, sont les premiers habitants de ce pays ; ce sont les seuls vrais Canadiens et la poussière que les autres respirent est peut-être celle de milliers de nos ancêtres. Le Canadien-français a quelque chose de lui partout, aux arbres, à la végétation, à la terre, aux cailloux des routes.

“Il n'a pas de home lui, en Angleterre, en Ecosse ou en Irlande. Son Zoe: est ici :

et depuis le cap Breton jusqu'à Vancouver, comme depuis le Mississipi jusqu’au de là de la baie d'Hudson, il n'est pas un endroit

où il n'ait pas tracé un sillon, un sentier; il

n'est pas de nappes d’eau, de cascades, ou de

cours d’eau qu'il n'ait pas franchi en canot.

“ C'est lui qui a préparé la colonisation de ce vas: ts, èt on voudrait lui dire insolemmer: ::,urd'hui qu'il a moins de droits dans son pa;; que ceux qui y sont venus après lui.

“ Allons donc !

“Les mânes des voyageurs et des défricheurs d'antan doivent tressaillir dans leurs tombes, devant pareil langage, et il nous semble les entendre nous implorer de venger

l'injure. ”

Voilà ce que nous pensons. À nos compatriotes de se rallier. Ils sont tête de colonne ; ils doivent obéir au clairon. Ces vers du poète Déroulède sont pour eux :

J'ai vu des régiments au jour de défaillance

Se porter en avant et se dévouer seuls

Pour qu’on püt dire au moins, en parlant de la France.

Que ces drapeaux étaient encore de fiers linceuls.

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nceuls.

Maintenant, vous savez tout ce qui s'est passé à Jersey. J'ai tenu à vous faire connaître ce nouveau document apporté vers la défense de la langue française : j'ai tenu à le déposer aux pieds de mes compatriotes pour qu'ils limmatricule dans leurs archives. Descendants des preux qui ont créé la Nouvelle-France, ils sauront faire apprécier à ceux qui souffrent parmi eux le noble exemple des Etats de Jersey. Ils sauront alors mériter ce témoignage que l'on donnait à un grand homme :

—ÎÏls ont respecté, ils ont honoré la langue française : c'est quelque chose, surtout

de notre temps.

Une anecdote pour finir.

En 1837, le docteur Marmette, de Saint- Thomas de Montmagny, était à Boston.

Il y faisait de brillantes études médicales, et cela se passait en bonne compagnie. À Boston le père de mon ami Marmette, de la Société Royale du Canada, était devenu le compagnon du poète américain Longfellow. Je tiens cette confidence de sa part, et j'écris ces lignes chez ce vieillard fier, hospitalier, octogénaire et qui sait pourtant se faire aussi jeune que nous.

Un soir, le futur docteur se promenait sur la Commune en causant français avec un ami. Îls s'aperçurent qu'ils étaient filés. Cela les intrigua d’abord, puis les impatienta. Le docteur Marmette se retournant brus-

uement vers le gêneur lui dit :

— Pourquoi vous obstinez-vous à nous suivre ainsi ?

Et l'autre de répondre :

Saint-

oston.

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à nous

—Si vous saviez, monsieur, comme cela me fait du bien d'entendre parler le français. Je suis un Bélanger, de la Carnardière : vous savez, c'est tout près de Beauport. J'ai été élevé avec les Lortie, avec les Bilodeau., Je suis confiseur au ‘“ 7remont House” Je vous y invite. Venez. Cela nous fera plaisir ; nous ne sommes que deux Canadiens-

Français, à Boston.

N'y a-t-il pas là quelque chose de touchant, quelque chose qui indique toute la puissance et le charme exquis de la langue française ?

Et maintenant aux Manitobains aux Canadiens- Français de l'Ouest de profiter de ces confidences et de ces conseils venant de haut lieu. Les Canadiens-français et les Jersiais, nont pas eu besoin d'autant d'encouragements et d'autant de préve-

nances pour faire leur devoir et pour ne pas

manquer aux traditions du passé et à la

langue des ancêtres.

En sera-t-il de même au Manitoba et au Nord-Ouest ?

Pourtant la liste des droits de nos compatriotes de l'Ouest est péremptoire et explicite : Voici leurs droits. Je cite le document entier dans la pièce justificative qui est à la fin de ce travail.

16° Que les langues française et anglaise soient communes dans la législature et les cours, et que tous les documents publics, ainsi que les actes de la législature soient

publiés dans les deux langues.

17° Quele lieutenant-gouverneur pour la Province du Nord-Ouest possède les deux

langues anglaise et française.

18° Que le juge de la Cour Suprême

parle le français et l'anglais.

Voilà qui est clair, n'est-ce pas ?

et au

s comire et ite le

cative

nglaise et les JU blics,

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Jour la

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1prême

Allons, compatriotes, n'oubliez pas la vieille devise française du comte de Derby :

® Sans changer. ” Ne perdez pas de vue ces sinistres paroles

écrites dans le beau livre “ La Cité antique.”

—.… Foyers éteints, familles éteintes.

N'oubliez-pas non plus la voix du grand poète qui disait en parlant de nos ancêtres ;

—.. Leur âme parlait dans des clairons d’airains.

La Minerve de Montréal vient de livrer au public la liste des droits de nos compatriotes du Nord-Ouest, en la faisant précéder

des commentaires suivants :

“ Aujourd’hui que les droits des catholiques et des Français de Manitoba sont foulés aux pieds, aujourd'hui que l’on ignore les garanties formelles données à la minorité, il est bon de faire reconnaître officiellement l'existence du pacte solennel qu'a répudié le Manitoba.

L'organisation du système des écoles séparées, au lendemain pour ainsi dire de l'érection de Manitoba en province, et l’acte de Manitoba lui-même prouvent surabordamment que la double question de l'enseignement et de l'usage de la langue française, avait été réglée dans le sens voulu par les délégués

du gouvernement provisoire d'Assiniboia.

Voici la ‘‘ liste des droits ” en question :

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