L'USAGE FACULTATIF DE LA LANGUE ANGLAISE DANS LES ÉTATS
La Chambre prend de suite la discussion du projet de loi à ce sujet présenté par M.
Ernest Le Sueur— alors député de St,
Hélier—et logé au greffe le 11 Janvier,
1892. Voici ce projet qui ne contient qu'un seul article :
‘ Paraissant que des doutes existent quant q q
au droit des membres des Etats de se servir
de la langue anglaise en adressant la parole à l'assemblée :
“ Les Etats, considérant qu'il y a lieu de faire disparaître ces doutes, surtout en présence du fait qu'une proportion très considérable des habitants de l'île se sert usuellement, et dans plusieurs cas exclusivement de la langue anglaise, ont déclaré qu'il est loisible à tout membre des Etats de se servir de la langue anglaise en portant la parole
dans les discussions de l'assemblée."
ÎZ. le député Durell dit qu'ayant été constitué par le greffier son légataire universel, il espère travailler avec le même succès qu'il aurait pu faire lui-même, S'il ne réussit point à convertir ses auditeurs, il espère au moins répandre une semencequi produira rapidement des fruits. On a dit qu'on avait le désir de faire disparaître la langue Fran-
çaise : tel n'est point le cas. Il désire sim-
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plement que l'usage de la langue Anglaise soit rendu facultatif. Pourquoi, après tout, ne se servirait-on point de la langue dans laquelle on exprime le plus facilement sa pensée ? On parle souvent du Français comme étant notre langue maternelle; mais notre langue maternelle est réellement le patois Jersiais. Le Français que l'on parle dans les Etats est une langue abominable.
(AZ. le connétable de St. Hélier : La langue abominable de Durell !) M. le connétable de St. Hélier est probablement le seul membre qui sache s'exprimer parfaitement en Français. (Ze connétable de St. Hélier :
Après vous !). M. le député Durell, en continuant, dit que récemment un Français avait assisté à une séance des Etats, et n'avait point admiré le langage dont on s'était servi. Il avait entendu des expressions qu'on ne trouverait pas dans aucun diction-
naire—par exemple, le mot compulsoire au
lieu de celui obligatoire, &c. Même M. le juge Falle. l'un de leurs orateurs les plus distingués, qui parfois avait des idées assez justes (rires), se servait d'expressions qui prouvaient qu'il pensait en Anglais, et qu'il s'exprimerait plus facilement dans cette langue. Ne serait-ce point agir d'une manière libérale que de permettre aux membres de se servir du langage qui leur conviendrait le mieux ? Les Jersiais, en général, possèdent les deux langues, mais il y a des personnes qui ne parlent ni l'Anglais ni le Français ( Lear, hear ), Pourquoi n'aurait-on pas dans les Etats l'avantage de faire usage de la langue que l'on préfère ? Les deux langues doivent marcher de front. M. le député Durell termine en proposant l'adoption du préambule.
AN. de recteur de Grouville. 1 a été le premier, dit-il, à présenter un projet dans
ce sens. Le Français n'est point la langue
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maternelle du pays ; l'Anglais est la langue dont la plupart des membres se servent dans le particulier, et c'est la langue maternelle de presque tous les membres des Etats. Ila eu plusieurs discussions assez vives à ce sujet avec des membres de la Chambre, et, chose assez étrange, toujours en anglais. Il était heureux de voir que M.
le juge Falle avait fait lundi dernier un petit discours en anglais. Un Jersiais, chose assez étrange, ne voudrait point être appelé un Normand. La langue maternelle n'est-elle point celle que parlerait sa Majesté la Reine si elle venait à Jersey ? (rires et cris de 4eur hear). Chaque année nous sommes envahis de plus en plus par les Français : si nous ne leur enseignons point l'Anglais, il nous enselgneront le français. L'Anglais est la langue maternelle de la génération naissante.
M. le connétable de St. Ffélier propose le
rejet du projet. M. le député Durell dit-il à