I LES ÉTATS DE JERSEY
tellement maltraité son enfant adoptif qu'il ne lui reste guère de vie. Le jour où l'on rendra facultatif dans les Etats l'usage de la langue anglaise, ce sera porter le coup de mort au Français. Pourquoi ne point déclarer qu'à Jersey tout doit devenir Anglais ? Alors les noms de Durell etde Le Feuvre deviendraient “ Hardwing et Smith,” La littérature Anglaise n'a jamais contenu autant de mots Français qu'on y en trouve aujourd'hui, tandis que de l'autre côté l'on trouve dans les livres et dans les journaux Français une foule de mots Anglais ; ce qui prouve que l'on doit conserver les deux langues. Si les membres parlent mal le Français, ils font de leur mieux, et peut-être s'expriment-ils mieux qu'ils ne le feraient en Anglais. [ne croit point que le temps soit arrivé d'entamer cette discussion, et il doute si à la ville les électeurs se prononceraient en faveur de
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que les députés de la ville ne désirent point de changement : tous les membres de la campagne sont opposés au projet. Même M. le recteur de Grouville, dans un rapport au sujet de l'éducation, a mentionné la nécessité d'enseigner le Français.
IT. le connétable de St-Martin seconde l'amendement. Il est persuadé que les Etats seront presque unanimes pour rejeter le projet.
WT. le juge Falle dit qu'il a été depuis trente ans membres des Etats. Il n’a jamais entendu qu'il put y avoir de doutes quant à savoir si l'on pouvait ou non se servir de la langue anglaise. Plusieurs fois, les Etats ont déclaré que les membres n'avaient point ce droit. Donc le préambule tombe de luimême. Impossible d'adopter ce projet.
Sans doute, si un membre présentait un projet en anglais, le greffier ne serait point
obligé de le traduire : voilà le seul avantage.
Mais la confusion qui résulterait de discours prononcés dans deux langues différentes serait indescriptible. C'est un immense avantage pour les Jersiais de pouvoir apprendre dès leur berceau l'Anglais et le Français. Il parlait récemment avec une dame anglaise charmante : elle lui disait que son fils avait appris le Français en Angleterre, mais en Anglais (rires). C'est une méprise que l'on fait quelquefois à Jersey. Nos Lieut.-Gouverneurs savent le Français, c’està-dire ils le comprennent, ils le lisent, mais ils ne peuvent le parler. Si l'Anglais est adopté dans les Etats il y tue le Français, et bientôt il sera parlé aussi à la Cour Royale, où déjà l'on entend des témoins en anglais ! Rien au monde n'oblige le secrétaire d'État à nommer des Jersiais pour remplir les postes du bailli, de procureurgénéral, où d'avocat général : si l'Anglais
est adopté à la Cour Royale, il est probable
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que l'on verra un jour nommer pour président un juge anglais de troisième où de quatrième ordre. Maintenant, on ne nommerait point un Anglais, parce qu'il ne saurait parler Français. La proposition de M. le connétable de St. Hélier ne va pas assez loin, et il propose l'amendement suivant :
“ Les Etats fiers de la protection accordée à cette île par sa Majesté la Reine Victoria et par ses devanciers, depuis tant de siècles, désirent réitérer l'expression de leur inaltérable loyauté au Trône ; sentiment qui n'est en rien diminué par le fait qu'ils considèrent la langue officielle de l'île, lécuée par leurs pères, comme étant un héritave trop précieux pour être méconnu et altéré,
“ Vivement sensibles aux grands avantages qui résultent pour les habitants, d'une familiarité avec les deux langues acquises dès
leur jeune âge, les États repoussent éner-
giquement un acte susceptible de compromettre les intérêts insulaires en portant atteinte à l'ancien usage de la langue officielle.”
Les Etats doivent être fiers de leurs privilèges, et ils doivent désirer exprimer en leur langue leur loyauté inaltérable au trône. Ce projet de loi serait un acte d'injustice, lorsque l’on considère les avantages que notre ile a retirée de sa connaissance de la langue française. Il n'y aurait que dans le cas où Jersey serait forcé d'abandonner ou la langue française ou la protection de l'Angleterre, qu'il pourrait se résoudre à accepter la première alternative.
AN]. le député de St-Martin seconde l'amendement, en disant qu'il croyait qu'il devait être inscrit sur les rôles des Etats.
M. le député Durell veut d’une manière indirecte substituer la langue Anglaise à la
langue Française, mais s'il ne pouvait con-
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