‹ Les Etats de Jersey et la langue française [microforme]Chapitre 9 sur 22 · RÉPERTOIRE RON 2 TES · texte numérisé non relu

RÉPERTOIRE RON 2 TES

venablement parler la langue de Corneille, il ne pouvait non plus parler celle de Shakespeare. Quant à lui, il sait qu'il s'exprime également mal en Anglais et en Français, mais il est cependant heureux de pouvoir s'exprimer dans la langue de Jean Cabot. .

A. de député Bossy dit qu'il avait eu l'intention de seconder le rejet du projet, mais non pour les raisons mises en avant.

M. le juge Falle voulait leur faire admettre que le Français était la langue officielle, mais lui (l'orateur ), après avoir fait des recherches a plutôt trouvé des preuves au contraire. Le 28 mai, 1823, M. le doyen Hue s'adressa à la Chambre en anglais, et l'un des jurés-justiciers ayant exprimé le regret qu'il n'avait point parlé la langue habituelle, le doyen Hue maintint vivement son droit de se servir de la langue Anglaise, puisqu'il

n'existait aucune loi pour le défendre. L'un

des justiciers dit alors que le doyen. Le Breton avait souvent adressé la Chambre en Anglais, et d'autres admirent qu'il n'y avait point de loi à ce sujet. On Île voit, il y avait déjà confusion de langues : plusieurs des membres parlaient leur langue paroissiale. Jamais les États-n'ont rendu de décision à ce sujet. Personnellement, il préfère parler Anglais, et s'il oppose le projet, ce n’est point qu'il croie que, en l'adoptant, on bannirait le Français de la Chambre Légis-

lative, mais parce que le projet n'est point

nécessaire, puisque l'on a aujourd'hui le droit.

de parler Anglais. Dans les comités l'on se sert des deux langues, et lundi son Excellence le Lieut.-Gouverneur et M. le juge Falle ont parlé Anglais sans en demander la permission à la Chambre. Il regretterait infiniment de voir bannir le Français du pays. Bien des personnes croient que ce serait

faire un tort considérable à l'éducation des

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A7. de recteur de Grouville demande s’il est bien permis aux membres de se servir des mots Anglais “ Year,” * hear ? ” (rires prolongés.)

A7. Le député Bossy fait remarquer que ce qui fait tort aux débats de la Chambre c'est leur manque de sérieux. Par exemple on ne sait jamais si M. le révérend Le Feuvre est sérieux on non.

A7. de recteur de (rrourille s'oppose à ce que l'on dise qu'il n'est point sérieux, et 17. le connétable de St. Hélier suggère que la question soit mise aux voix (rires).

M. le député Bossy continuant, dit qu'on avait qualifié ce mouvement de réforme progressive. Toute réforme, croit-il, est nécessairement progressive, et tout mouvement de ce genre le trouvera toujours à son poste,

Mais le promoteur d'un mouvement doit

avoir une profonde connaissance de l'histoire de son pays, ce qui ne paraît point être le cas pour celui dont il est question. M. Bossy termine en disant qu'il votera pour le rejet du projet, parce qu'il ne croit point qu'il soit riécessaire.

I. de député de St. Sauveur dit qu'il était bien persuadé que M. le député Durell ne serait point aujourd'hui à la tête de forces nombreuses. Sans doute il croit être de l'avis de ses constituants, tandis que M. le recteur de Grouville, lui, appartient à l'aristocratie qui parle l'Anglais. I! croit que le Gouvernement nous respectera davantage si nous conservons avec soin nos privilèges. Toute innovation n'est point un progrès, et ce n'est point manquer de libéralité que de défendre nos anciens droits.

M. le député Renouf regrette, la proposition de M. le connétable de St.-Hélier.

Ïl croit que le projet est très raisonnable,

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et bien qu'il ne paraisse point y avoir unanimité à cet égard, il croit que les constituants sont en faveur de la réforme proposée. 11 votera pour le projet proposé par M. le député Durell.

M. le député de St-Pierre dit que personnellement il préfère parler Anglais. Dans les écoles on enseigne le Français comme une langue morte. Donc, si on accepte le projet, bientôt tous les discours seront prononcés en Anglais, tandis que les projets et autres documents seront rédigés en Français. Les avocats seront appelés aussi à faire leur défense en Anglais, et l'on verra l'Anglais établi partout, même dans les églises paroissiales. Pourquoi vert on hâter le jour où l'Anglais deviendra la langue nationale, et pourquoi avoir honte d'être Tersiais ? On leur a dit qu'au Canada l'on permettait aux députés de se servir dans l'As-

semblée des deux langues : mais il existe [à

des conditions spéciales qui n'existent point ici. Si une paroisse venait à élire un membre qui ne put s'exprimer en Français, alors, par courtoisie, il croit qu'on pourrait lui permettre de parler Anglais ; mais ce serait autre chose que de voter un projet comme celui qui est proposé. Quelle est donc notre langue officielle si ce n'est point le Français? L’amendement de M. le juge Falle rédigé dans un style très fleuri, paraît avoir été préparé en vue d'être transmisaux générations futures, (rires) et 1l croit que l'on fera bien de s’en tenir à la proposition de M. le connétable de St. Hélier.

M. le recteur de Ste. Marie doute si les Etats seront prêts à accepter le rapport du Journal cité par M. le député Bossy. Il croit cependant comme M. le député de St. Pierre que dans certains cas on pourrait accorder à un membre la permission de parler Anglais.

M. le député Durell a dit que les membres

parlaient un Français abominable, mais peut-

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être que si l'on nouvait qualifier le français d'abominable, on pourrait appeler l'anglais exécrable. Il est persuadé que le moment est très inopportun pour présenter un pareil projet, et il doit ajouter qu'il a été prié de voter contre.

A7. le député de la Trinité ne peut comprendre pourquoi on a proposé ce projet.

Personne n'a demandé à parler anglais.

Est-ce que, si on adopte ce projet, on pourra avoir à St. Hélier des représentants plus capables ? IT existe, il est vrai, à Jersey, certaine classe qui préfère parler anglais, et cependant son anglais n'rst point celui de Kensington. Le français que M. Durell appelle “’abominable” n'est point sans doute celui de Paris, pas plus que ne l'est celui que l'on parle dans bien des villes de France, Dans les Etats l'on voit M. le député Durell sous deux personnalités bien dis-

tinctes ; comme représentant il est désireux

de plaire à la majorité de ses constituants ; comme Jersiais, il est patriote Jusqu'au fond du cœur. I] regrette que ce projet ait été le moyen de semer la discorde au milieu du petit camp des réformateurs. Un contribuable de la ville disait à l'orateur il y a quelques jours que l'on n'oublierait point le Français à Jersey tant que les Bretons continueraient à y venir chaque année. Il croyait apparemment qu'ils pouvaient devenir nos professeurs de Français (rires). Il termine en disant qu'il votera pour le rejet du projet.

M. l'avocat-général dit que cette question était de la plus grande importance, et qu'il s'attendait à entendre des arguments et des discours dignes du sujet. Il regrette d'avoir entendu discuter le projet avec tant de légèreté. Les adversaires de ce projet ont soutenu que l'usage facultatif de la

langue Anglaise dans les Etats avait l'effet

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d'exterminer au milieu de nous la langue Française. Il ne voit pas pourquoi il en serait ainsi. Ce que l'on propose n'est point de faire de l’A nglais la langue officielle, mais seulement d’en rendre l'usage facultatif pour les membres qui pourraient s'exprimer plus facilement dans cette langue. Plusieurs des membres, notamment M. le connétable de St. Hélier, s'expriment plus facilement en Français : ceux-là pourraient continuer à se servir de cette langue, mais il ne serait point juste de l'imposer à ceux qui ne la connaissent point aussi bien.

A7. le juge Falle ne voit point, dit:il, la force des arguments de M. l'avocat-général.

Qu'importe si dans certaine séance des Etats, tenue 1] y a 70 ans, quelques membres se soient exprimés en Anglais ? Est-ce une raison de venir, au nom de la liberté, nous demander de déclarer que le Français n'est

point notre langue officielle ? I] y a une cer-

taine ingratitude de la part de M. l'avocatgénéral de venir ainsi appuyer le projet de M

M. l'avocat-vénéral pouvait à peine dire

. Durell. L'orateur se rappelle, le temps où

deux mots de Français, et ceux qui ont entendu le discours éloquent qu'il vient de prononcer ce matin peuvent juger s'il est parvenu à apprendre ce langage à fond.

C'est certainement dû au fait qu'il a été tenu de parler le Français dans les Etats et à la Cour Royale qu'il doit ‘a connaissance de la langue. Que d'autres en fassent de même.

Le Français est sans aucun doute la langue officielle, ainsi que le prouvent les contrats et autres documents. M. le député de St. Pierre a dit qu'il avait fait usage dans son amendement d'un grand nombre d'adjectifs et qu'il en marquait une certaine va-

nité ; mais il sait très bien que les actes passés

par les Etats, lorsqu'ils sont enregistrés, ne

portent point le nom de l'auteur. D'ailleurs

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toutes l2s expressions en sont véritables.

Il y a des milliers de personnes qui voudraient posséder les privilèges dont nous Jouissons à Jersey. Pourquoi irions nous mettre ces privilèges en danger ? Ainsi que

l'ont dit déjà plusieurs orateurs : c'est un

immense avantage pour les enfants du pays

d'apprendre dès leurs premières années l'Anglais et le Français.

M. de connétable de St. élier en appuyant son amendement, dit qu'il ne veut point entrer en compte avec l'opinion exprimée par M. le juge Falle à l'évard de M. l'avocat-vénéral. Il a à ce sujet son opinion personnelle. Il dira seulement qu'il est bien certain que le Français n'est pcint la langue maternelle de M. Turner, et il ne croit pas que l'Anglais le soit non plus.

M. Durell à dit que pour conserver sa connaissance de la langue Française, il était

obligé de lire chaque jour quelque ouvrage

ou quelque journal dans cette langue. Ceci prouve que du moment où l'Anglais sera admis dans les Etats et à la Cour, il abandonnera le Français. Est-ce parce que M. Durell n'a point d'enfants qu'il ne doit prendre aucun souci des intérêts des générations futures ? Tous les anciens contrats sont en Français. Quand ils auront oublié cette langue, il faudra faire venir des Français pour leur lire leur propre histoire. Il faut même savoir un peu le Français pour comprendre bien l'A nglais—pour savoir, par exemple que “ Kotten Row” est simplement la Route du Roi; que “ Birdcage Walk” était anciennement le Bocage, et que “Charing Cross” est dérivé de ‘“ Queen's Cross.” Il espère que les Jersiais sauront conserver leurs privilèges.

A7. le député Durell dit que le Canada n'a nullement souffert de l'emploi des deux

langues dans l'Assemblée Législative. En

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adoptant l'amendement de M. le juge Falle, on produira un effet bien triste sur les Anglais. Le Français n'a jamais été notre langue nationale ; le Jersiais seul l’a été, et cependant on ne le parle point dans les Etats. Il doit féliciter M. le député de la Trinité qui à fait aujourd’hui son “ waiden

speech. ”

dernière fois qu'ils auront le plaisir de l'en-

Il espère que ce n'est point la

tendre, bien que dans cette occasion il ne partage point ses sentiments. Je ne crois point qu'il y ait de danger à voir disparaître le Français du milieu de nous, car notre île est soumise à une véritable invasion pacifique de la part des Français. Tout ce que l’on demande c'est qu'à l'avenir on permette à ceux qui ne savent point le Français de parler l'Anglais. Je crains de perdre aujourd'hui ma cause, mais je reviendrai à la charve, et je suis persuadé que je rempor-

terai la victoire.

36 LES ÉTATS DE JERSEY à

Le Président met alors aux voix l'amen- | dé dement de M. le juge Falle qui est voté vel par 26 contre 13 comme suit : Sat

En faveur: MM. les juges Gruchy, Falle,

Messervy, F. N. de Quetteville, Gallichan, .

Dorey, Nicolle et ‘)u Jardin ; les recteurs . de la Trinité, St-Martin, St-Clément, Ste- St. Marie, St-Laurens et St-Ouen ; les connétables de St-Martin, St-Pierre, Grouville, | St-Ouen, la Trinité et St-Jean : les dé- putés de St-Ouen, la Trinité, St-Martin. } NI St- Laurens, Ste-Marie et Grouville. à Le Contre : MM. les recteurs de St-Hélier, Hé

Grouville et St-Brelade ; les connétables de ©t-Hélier, St:Brelade, St-Laurens et Ste-Marie : les députés de St-Sauveur, St-Brelade, Durell, Bossy et Renouf, de St-Hélier et celui de St-Pierre.

bé tp berne TE Hi - St ER AR RE CET AU

Se sont abstenus : MM. le juge C. A. fi Év

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