‹ Les états de la vicomté de Turenne (volume 2)Chapitre 32 sur 67 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LRS TRAVAUX PUBLICS.

Le domaine public de la vicomte. — Le château de Turenno appartient en propre au vicomte. — Comment les Etats pourvoient à son entretien. — Solde du capitaine et do la garnison du château. — Réparations aux églises. — Elles sont à la charge des communautés. — Construction d'une halle ;\ Saint-Cérê. — Toutes les paroisses intéressées contribuent aux travaux. — La voirie. — Les Etats font face aux dépenses d'intérêt général. — Ils contribuent pour une quote-part aux dépenses d'intérêt restreint. — Ils autorisent les communautés à s'imposer pour le surplus. — Travaux sur le ruisseau la Tourmente. — Constructions et réparations des ponts. — Le voyeur et le grand voyeur.

Quand les Etats de Turenne avaient créé les ressources nécessaires pour assurer le paiement de l'octroi ordinaire et des dons extraordinaires faits au vicomte et à sa famille, pour rétribuer les fonctionnaires et les employés, pour indemniser les personnages qui avaient rendu des services au pays, pour soutenir les procès et solder les frais

de la session, quand ils avaient repoussé, à force d'argent et de démarches, les entreprises dirigées contre les privilèges, leur tâche n'était pas encore accomplie. Il restait à s'occuper de l'entretien de tout ce qui constituait le domaine public de la vicomte ou s'v rattachait. Le mémoire de 1711 reconnaît qu'il était de leur compétence de pourvoir aux « réparations des chemins publics et autres pareilles nécessités (1). » Que faut-il entendre par ces « autres pareilles nécessités » ? Les cahiers nous apprennent qu'il s'agissait de l'entretien du château de Turenne et des édifices qui appartenaient aux communautés, tels que les églises et les halles, de la réparation et de la construction des ponts, des travaux de voirie et de canalisation.

Le château de Turenne n'était pas un édifice public. Il appartenait en propre au vicomte et non îi la vicomte. Mais c'était une vieille coutume féodale que les vassaux devaient la corvée à leur seigneur pour la construction et l'entretien de sa demeure. Au surplus, le château de Turenne était considéré à juste titre comme la place forte, la citadelle de la vicomte. En cas de guerre ou de trouble, c'est dans ses murs et sous la protection de ses tours que toutes les milices du pays devaient

(1) Pièces justif., n°I ? p. 14.

se concentrer. Il était la sauvegarde de la contrée. L'intérêt général voulait qu'il fût entretenu en bon état.

Depuis que la prestation en argent avait été substituée à la prestation en nature, le vicomte ordonnait de faire les réparations utiles, celles que demandaient le gouverneur, l'intendant ou le commandant du château. Il en payait la note et réclamait aux Etats le remboursement de ses avances. En 1650, Frédéric- Maurice de La Tour priait l'assemblée « de pourvoir au remboursement des frais exposés Tannée dernière pour la conservation du présent chasteau, ensemble ceux qu'il convient faire présentement pour mesme faict, attendu les troubles qui sont dans le présent royaume. » L'assemblée accueillait sa demande, en ce qui concernait du moins les dépenses déjà réalisées, et allouait une somme de deux mille livres représentant la quote-part à la charge de la partie limousine de la vicomte (1).

Non seulement le pays prenait à sa charge l'entretien du château, mais il payait encore, dans les moments critiques, les gages du capitaine qui en commandait la garnison (2), et soldait la troupe qui le gardait. En 1650, cette dernière dépense montait à mille livres par mois pour le Limou-

l'I) Piùce*jtt8tif. t n° XXHl.

K 2) Pièces justif., n™ XX et XXIV.

sin (1), ce qui représentait environ une charge de quinze cents livres pour l'ensemble delà vicomte.

Dans les sessions dont nous avons conservé les procès-verbaux, les Etats n'eurent pas à s'occuper des églises de la vicomte. Les réparations de ces édifices incombaient non à la vicomte tout entière, mais aux communautés auxquelles ils appartenaient. Les Etats n'avaient donc pas à voter des impositions pour faire face à ces dépenses; leur rôle se bornait à autoriser les communautés à s'imposer particulièrement. Et comme ils avaient délégué au sénéchal de Turenne le pouvoir de donner ces autorisations (2), leurs délibérations sont muettes à ce sujet.

Cette délégation qu'ils avaient consentie en 1655, ils conservaient la faculté de la révoquer. Ils la révoquèrent, en effet, lorsque, dans leur querelle contre le syndic général de Tersac, ils redoutèrent Tinfluence de ce personnage sur le sénéchal de Turenne. On se rappelle les mesures révolutionnaires qu'ils prirent en cette circonstance. Dans leur session de 1661, ils « défendent au séneschal du vicomte, dit l'auteur du mémoire de 1663, de donner permission pour imposer aucunes sommes soit pour réparation des églises ou autres lieux

(1) Pièces justif., n° XXIII.

(2) Pièces justif., u« XXI V.

publics, bien que cela se fust fait de tout temps ( 1 ) . » Après que la paix fut faite entre eux et le syndic de la noblesse,, les choses reprirent leur cours accoutumé, le juge du vicomte pourvoyant aux autorisations demandées par les communautés.

La chàtellenie de Saint-Céré fit construire une halle en 1655. Il fallut acheter un terrain, approvisionner les matériaux et les mettre en œuvre. Ce bâtiment était à, l'usage non seulement de la ville de Saint-Céré, mais aussi de toutes les paroisses de sa juridiction; par conséquent, il était juste que toutes les paroisses intéressées contribuassent aux frais de l'acquisition du terrain et de la construction. Une ordonnance du vicomte enjoignit « aux paroisses dépendans de la chastellenie dudict Saint-Céré de contribuer par chasque habitant au bastiment de leur halle d'une journée de bœufs. » Il restait à régler la quote-part ;\ la charge de chacun dans le prix du sol. La ville avait avancé les quinze cents livres payées au vendeur. Ses consuls demandent aux Etats de les indemniser au moven d'une imposition établie sur les autres paroisses de la chàtellenie. Leur réclamation paraît fondée, et l'assemblée, dans sa séance du 7 mai 1655, ordonne que « les ha.bitans des dictes paroisses payeront, pour soulager ladicte ville de partie du susdict prix,

(l) Pièceêjustif., n° II, j> 27.

la somme de trois cens livres, laquelle somme sera cottisée sur les paroisses de la chastellenie dudict Sainct-Céré est adjoutée à la mande desdictes paroisses pour estre après délivrée par le receveur des Estats aux consuls de ladicte ville de Sainct-Céré (1). »

Les mêmes paroisses furent encore frappées d'un impôt particulier de deux cent trente sept livres dix sols, affecté au paiement de bâtiments et de réparations dont le détail était contenu dans une requête présentée par les consuls de Saint- Géré à la session de 1661 (2). »

L'entretien et l'amélioration de la voirie publique grevaient le budget de la vicomte d'assez grosses dépenses. Il en supportait tous les frais lorsque le travail à faire pouvait être utile à tous les habitants. Il n'y contribuait que pour une part quand quelques paroisses devaient être seules à en profiter; les Etats autorisaient pour le surplus les intéressés à se cotiser particulièrement.

En 1722, les sieurs Toulzac et Valette, syndics des paroisses de Saint-Palavy, Cavaniac, Les Genestes, Beyssac et autres, se plaignirent, dans une requête, des dégâts que le ruisseau de Tourmente occasionnait aux propriétaires riverains.

(1; Pièces jtt.itif. t n° XXIV.

(2; Pièces justif., n° XX V.

Le lit du ruisseau étant trop étroit, les eaux ne pouvaient y contenir pendant les temps de pluies et d'orages, débordaient sur les prairies, ravinaient et entraînaient le sol. Des réparations étaient urgentes. Les Etats décidèrent qu'elles seraient incessamment effectuées sous la direction et la surveillance du syndic Toulzac et du sieur de La Chieze, juge de Martel, auxquels ils donnèrent les pouvoirs les plus étendus. Les frais devaient être payés par le produit d'une imposition que les deux délégués étaient chargés d'établir « sur tous les aboutissans et autres intéressés. » Ils étaient aussi chargés de procéder à la répartition et à la levée de cet impôt; ils avaient le droit de décerner des contraintes ; leurs ordonnances étaient exécutoires nonobstant opposition et appel. Quelques deniers avaient été votés dans la précédente session pour être employés à ces travaux. Le délégué de La Chieze était autorisé à les toucher et aies dépenser suivant leur destination. Les Etats allouaient, en outre, sur le budget général, une somme de quatre-vingts livres pour aider à la construction d'un pont sur le ruisseau, au lieu appelé la Croix- Marty (1).

Deux ponts avaient été construits en 1661 par la petite ville de Saint-Céré, qui avait obtenu, pour ces travaux d'un intérêt général, une subvention

(1) Pièces juttif., n° XXXIV.

de six cents livres (1). L'assemblée de 1722 lui accorda encore quatre-vingts livres pour la construction d'un pont « sur le ruisseau qui coule de Saint- Vincent à la rivière la Bave et sur le chemin de Saint-Céré à la ville de Figeac », et cinquante livres pour la réparation du « chemin de Saint-Céré à la Ronquières (2). »

En cette année 1722, les Etats se montrèrent généreux. Le sieur de La Chièze, qui dirigeait les travaux sur la Tourmente, reçut une somme de cent livres pour des réparations à faire aux « côtes appelées de Besse, du Mathieu et du Pont- Rond (3). »

Des agents spéciaux étaient chargés de la surveillance et de l'entretien des chemins. L'un était le « voyeur » dont l'emploi peut être assimilé à celui d'un cantonnier actuel. Il reçut, en 1643, quarante livres « pour les soins par luy pris à faire accommoder les chemins de Turenne à Rocamadour (4). » L'autre, appelé le « grand voyeur », était un fonctionnaire du vicomte; les Etats de de 1695 lui allouèrent trois livres de gages sur le budget ordinaire (5).

^l) Pièces justif., n° XXV.

(2) Pièce* justif., n° XXXIV.

(3) Pièces justif., n° XXXIV.

(4) Pièces justif., n° XX.

(5) Pièces justif ., n° XXIX.

Page 1