‹ Les états de la vicomté de Turenne (volume 2)Chapitre 33 sur 67 · INSTRUCTION PUBLIQUE ET AUMÔNES · texte numérisé non relu

INSTRUCTION PUBLIQUE ET AUMÔNES

L'instruction et les secours aux moines ne sont pas des services d'ordre public. — Indépendance des assemblées en cette matière. — Les Etats de Quercy allouent des gages aux régents dès Tannée 1637. — Ceux de Limousin ne subventionnent leurs écoles qu'à partir de 1703. — Quotité des gages donnés aux régents des villes du Limousin et du Quercy. — Distribution d'aumônes par les députés quercinois aux ordres mendiants. — Protestations des campagnes. — Les députés limousins n'allouent qu'une seule aumône aux Capucins de Turenne en 1695.

C'est surtout en matière d'enseignement et de distribution d'aumônes aux religieux qu'apparaît l'indépendance existant entre la partie quercinoise et la partie limousine de la vicomte. L'instruction de la jeunesse et l'assistance aux moines mendiants n'étaient pas considérées comme des services d'ordre public. Le vicomte semblait s'en désintéresser,

laissant à chaque assemblée le soin d'y pourvoir si elle le jugeait à propos.

Une seule fois nous le voyons s'occuper des maisons religieuses établies sur le territoire de la vicomte ; et s'il parle de « leur faire des honestetés et des caresses et quelques libéralités aux religieux (1) », c'est uniquement dans un but politique, pour gagner leur confiance, pour s'en faire des agents dévoués « contre les factieux », pour les « engagera parler en public... et exhorter les peuples à rentrer dans leur devoir. » En dehors de cette circonstance tout à fait exceptionnelle, il ne demande et ne fait demander par ses commissaires délégués aucune subvention pour les couvents ou les moines. Il n'a pas un mot pour engager les Etats à ouvrir des écoles.

L'assemblée de Quercy n'attendit pas d'être poussée dans cette voie. Dès l'année 1637, elle inscrivait les dépenses de l'instruction publique dans son budget ordinaire. Les régents de Martel, de Saint-Céré et de Gagnac devinrent des fonctionnaires appointés par la vicomte, touchant chaque année des gages comme le syndic général et les autres membres des Etats. Les deux premiers recevaient cent cinquante livres chacun et le troi-

(1) Pièces juëtif., n° IV, p. 39.

sième trente- six livres (1). Il n'y avait d'instituteurs rétribués que dans ces trois villes.

Jusqu'en 1661, les appointements des régents ne furent pas modifiés. Tous les ans, le receveur leur payait la somme fixée en 1637, sur le produit de l'imposition générale (2).

Dans la session de 1661, les gages du régent de Gagnac furent portés à quarante livres. Ceux des régents de Saint-Côré et de Martel restèrent fixés à cent cinquante livres comme par le passé (3). Les dépenses du Quercy pour l'instruction publique ne subirent pas de nouvelle augmentation jusqu'à l'union de la vicomte à la couronne (4).

Les députés du Limousin s'étaient laissé devancer par ceux du Quercy. Il y avait soixante-six ans que les écoles de Martel, de Saint-Céré et de Gagnac étaient subventionnées, lorsque les représentants des villes limousines songèrent à organiser chez eux l'enseignement.

La délibération qu'ils prirent à cet effet est fort intéressante. Le corps des Etats tout entier s'était réuni en assemblée générale dans la ville d'Argentat, le 20 juillet 1703. Fidèles à leur tradition, les députés du Quercy votèrent les gages de leurs ré-

(1) Pièces jusétf., n° XIX, p. 120.

(2) Pièces justtf., n°» XX et XXIV.

(3) Pièces justif., n* XXV.

(4) Voir les cahiers de 16C3, 1676 et 1722; Pièces justif., n°» XXVI, XXVII et XXXIV.

gents . Il semble que ce vote ait ouvert les yeux des députés limousins. Leurs ressources étaient plus considérables que celles dont pouvaient disposer leurs collègues ; ils représentaient en effet les deux tiers de la vicomte. Les villes d'Argentat et de Beaulieu ne le cédaient pas en importance à celles de Martel et de Saint-Céré ; Tu renne et Servières pouvaient, pour le nombre des habitants, se mesurer à Gagnac. Comment expliquer l'inférioritô dans laquelle elles étaient laissées au point de vue de l'instruction publique? Les députés du Limousin se tirèrent d'embarras en mettant sur le compte d'un oubli leur négligence invétérée. « Ils ont fait réflexion, dirent-ils, qu'ils ont obmis de pourvoir au moyen d avoir des régens dans les villes de Beaulieu, Servières, Turenne et Argentat pour l'instruction et l'éducation de la jeunesse, non seulement desdites villes, mais encore de tout le pays, et que rien n'est plus important, particulièrement dans la circonstance de quantité de familles de nouveaux convertis et qui sont dans lesdites villes et au voisinage, et qu'il est nécessaire de les faire instruire, lesdits sieur des Estats ont accordé aux susdites quatre villes et communautés la somme de mille livres qui sera imposée sur le pays de Limosin et délivrée également à chacune desdictes communautés pour être par elles employées au payement des régens de leurs écoles, laquelle somme sera imposée et leur sera payée

dans les trois années et les six termes marqués cy-dessus(l). » Ils rendaient hommage aux bienfaits de l'instruction, et pour ce service, qu'ils considéraient comme le « plus important », ils n'allouaient que trois cent trente-trois livres six sols et dix deniers par an, un peu moins que les députés du Quercy qui n'avaient que trois écoles à subventionner.

De même qu'ils avaient été les premiers à organiser l'enseignement public dans la vicomte, les Etats quercinois donnèrent aussi l'exemple des distributions d'aumônes aux ordres mendiants. Quels services les religieux de ces ordres rendaientils au pays? Les Récollets de Saint-Céré et d'Argentat, les Cordeliers de Martel, les Capucins de Turenne donnaient-ils aux enfants l'instruction religieuse ? La chose est possible et a pu déterminer les Etats à leur allouer quelque modique gratification. Nous croyons plutôt que, ne possédant aucune ressource, ayant fait vœu de pauvreté, vivant de la charité de tous, ils demandaient l'aumône aux dispensateurs des deniers publics comme aux particuliers. Leur influence sur le peuple était grande à cette époque. La prospérité de leurs couvents était considérée comme un honneur pour la vicomte. Les sommes que leur distribuaient les

(1) Pièces j asti /., 11° XXX, p. 257.

Etats n'étaient donc pas détournées de l'intérêt général.

L'inscription au budget de ces aumônes ne passa pas pourtant sans soulever quelques protestations. Les communautés du plat pays soutenaient que les villes seules qui possédaient des couvents avaient intérêt h leur prospérité. « Quelle raison, disaient-elles, y peut-il avoir de faire une imposition pour les Recoletz de Sainct-Céré sur ceux qui ne sont pas entrez et n'entreront jamais dans Sainct-Céré, et qui ne verront jamais lesdits Recoletz, de mesme pour les Cordelliers de Martel. Il v aurait autant de raison d'en donner à la Portionculle en Italie et davantage parceque c'est le chef d'ordre ; estant au surplus inouy de faire des tailles pour des mandians ni autres religieux quelconques, et tout a faict abusif (1). »

Dans une seule circonstance, en 1703, les Etats accordent aux Récollets d'Argentat quatre-vingts livres à titre de rémunération. Ils avaient ouvert leur monastère aux députés de la vicomte et la session générale s'était tenue chez eux (2).

Toutes les autres allocations que reçoivent les religieux de Saint-François sont portées dans les cahiers au titre d'aumônes. C'est en 1643 que cet

(1) Protestations des communautés du plat pays contre les impositions extraordinaires votées par les Etats de Qucrcy de 16GI ; Archioes Nationales, R 2 4?M.

(2) Pièces justif., n° XXX.

article apparaît pour la première fois. L'assemblée de Martel vote aux religieux de cette ville « pour ausmone » cinquante livres (1).

En 1656, « aux révérens Pères Récolets, par aumosne, sans tirer à conséquence et pour cette année seulement, leur a esté donné la somme de quarante livres qui sera imposée et levée comme les autres deniers et délivrée par ledict receveur auxdicts Pères Récolets (2). » La session se tenait h Saint-Céré et c'est le couvent de Saint-Céré qui, cette fois, recevait l'aumône sur les fonds publics du Quercy. Leur couvent fut reconstruit ou réparé en 1661. Ils obtinrent à cette occasion trente livres pour l'achèvement des travaux. La même assemblée vota quarante livres pour les réparations du couvent des Cordeliers de Martel (3). Les religieux de Saint-Céré et ceux de Turenne touchèrent sur le budget de 1676, les premiers quarante livres et les seconds vingt livres (4). Enfin, l'assemblée de Quercy de 1722 alloua cinquante livres aux Capucins de Turenne (5).

C'est en 1695 que nous trouvons la mention de la seule aumône faite par les députés du Limousin à un ordre mendiant. La session s'était tenue

(1) Pièces justif, n° XX.

(2) Pièces jastif., n° XXIV.

(3) Pièces justif, n° XXV.

(4) Pièces justif., n° XXVII.

(5) Pièces justtf., n» XXXI V.

dans le château deTurenne. Les Capucins avaient probablement déposé une requête sur le bureau de rassemblée. Ils reçurent onze livres dix sols.

Quant à la gratification de quatre-vingts livres votée par les Etats généraux de 1703 aux Récollets d'Argentat, nous avons dit que ce n'était pas une véritable aumône, les religieux ayant mis leur couvent à la disposition des députés; elle représentait la rémunération d'un service rendu au pays et devait être payée un tiers par le Quercy et deux tiers par le Limousin (1).

(1) Pièces justif., ii° XXX.

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