ETIENNE DU MOUSTIER
{Assemhtde pour Saint-Serer, dccen>ln-n i3C5, Sainl-Lô.)
Etienne du Moustier fut un des plus zélés parmi les ofllciers royaux qui administrèrent la Normandie sous les règnes de Charles V et de Charles VI. Son nom peut être plaré à côté de ceux de Jean Le Mercier et de Guy (ilirélien; il fut leur collaborateur et leur ami.
11 commença à servir le roi dans l'administration de la marine : en juin i35i, il est à Harfleur «commis de Monseigneur l'admirai de France à la garde et gouvernement des noifs et cogues du roy nostre sire»; il a sous ses ordres i3 hommes pour ladite garde des nefs et reçoit pour leurs gages et les siens 67 I. 1 0 s. tournois du 5 mai au 3 juin'''. Sa troupe est de 1 A hommes au mois de septembre, pour la garde de 1 4 nefs; ses gages montent à 79 livres pour le mois d'août '''. Quelques années après, en i35(), du Moustier était devenu huissier d'armes du roi et vice-amiral de la mer'''': huissier d'armes était un litre, vice-amiral un ollic considérable. Le vice-amiral était sans doute chargé de l'entretien des navires et (les magasins; c'était une sorte de commissaire général de la flotte. L'amiral faisait des expéditions; le vice-amiral les organisait el les préparait. Tel est du moins le rôle certain d'Ktienuc du Mouslicr. On trouve bien mention en même temps d'un autre vice-amiral de la mer, François de Périlleux; mais il paraît tout effacé à côté de l'amiral et de l'autre vice-amiral '"'. C'est par exemple Etienne du Moustier (pii fait remettre par le garde du Clos des galées de Bouen les approvisionnements en viretons , bannières , avirons , etc.,
C Biii. nnt., Clairanib. , io5, 8;!0(). '■■' Kibl. iial.. Pièces (iii);iii. , du Mims-
'-' Ibid., Pièces origin., Thihittc, 17. (ici-, 3.
''' Ln Roque, o;>. cit., H, 1347. '" Ibid.,l\.
''' Ihbl. na/. , Pièces orig. , du Moiiatier, •>. ''' Ansolme, VII, 759.
nécessaires aux maîtres des navires'". Un des principaux ports où s'armaient les vaisseaux qui allaient croiser sur les côtes d'Angleterre était HarQeur, dans l'estuaire de la Seine. Etienne du Moustier en était capitaine dès le 28 août 1 363 f'^'. Bien qu'il prenne part ( i 8 juin 1 364) à l'administration de i'aide octroyée par les Etats d'Amiens au roi Jean '^) , il est surtout préoccupé de ce qui se passe à Harfîeur : il fait verser aux habitants la part de l'aide de la délivrance qui leur a été accordée pour leurs fortiflcations (28 août i368)'*'; il installe à la garde du port 6 arbalétriers de K bonne estoffe», aux gages de 48 francs d'or par mois'^'; il fait « retraire ou païs de Caux tous vesseaux estans eu païs de entre Dyve et Caudebec n ; il est chargé de faire poser deux épis sur la Risle «affin que les ennemis estans au Pontaudemer ne meissent à voie deux vesseaux qu'il avoient pour venir en la rivière de Saine » , et passe à cet effet divers contrats et marchés (18 février i365)'^'. Puis il fallut, à partir du mois de juillet, travailler au Kvidement» des forteresses occupées par les ennemis, avec le chanoine de Rouen, secrétaire du roi, Jean de la Roche, et forcer les gens de Caen, Baveux et Saint-Lô à faire prêt au roi'"'. En octobre i36o, il s'agissait en particulier du avidement» de Livarot'*', au mois de novembre de celui de Saint-Sever '^'; c'est à ce propos que le vice-amiral tint une assemblée à Saint-Lô au mois de décembre avec deux autres commissaires royaux. Au mois de novembre, il porte le titre de «gênerai eslcu sur le fait des aides ordonnées es diocèses d'Evreux, Lisieux, Séez, Baveux, Coutances et Avranches»; il reçoit 2 francs de gages par jour: tout le mois se passa ainsi pour lui en chevauchées du i5 novembre au 1 U décembre '^"'. L'année suivante, du Moustier nous apparaît monté sur un cheval gris à la tète d'une troupe d'hommes d'armes et d'archers composée de 1 chevalier, de k écuyers et de 2 archers; un de ces deux archers s'appelle Guillaume du iMoustier; peut-être était-ce un parent du vice-amiral "''. Cette troupe faisait partie de la petite armée avec laquelle Guillaume du Merle défendait la Rasse- Normandie contre les Compagnies'^"-'. Le service armé n'empêchait pas
'" Bibl. liai.. Pièces orig., du Moiislier, h. '■') Acles, etc., 986, 387.
<" Ibid., 5. («1 Ibid., 2 56.
(') Ibid., la. m Ibid., 266.
(*' Ibid.,-0. !"» Bii/. na<.,Piècesorig., JuiUousdcr, i3;
") Actes, etc., i54. Actes, etc., 3io, 383.
W Bi'W. na(., Pièces origin., (/« jWousder, '"' BiW. na(. , Pièces orig. , (iu A/ousIicr, 1 6 .
i6. ti'l lb,d., i5.
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Etienne du Moustiorde s'occuper activement des diverses commissions dont le roi aimait à le charger. Jusqu'en 1 867, il continua à administrer les aides comme élu général aux diocèses cités plus haut'". Au mois d'avril iS^y, il faut mettre en état les places de Touques, (]aeii, Falaise, Exmes, le Vaudreuil, Bayeux et Vire'-'. Au mois de septembre, il doit visiter les forteresses de la région et déterminer les réparations dont elles ont besoin; il a pouvoir de contraindre les vicomtes à montrer leurs comptes, à payer les dépenses ordonnées par lui; il a ordre d'examiner avec sévérité ce qu'ont fait plusieurs de ces officiers qui se sont montrés négligents '''. Les années suivantes nous le montrent revenu aux affaires maritimes : en avril iSfiq, il dut, avec Aymar Bourgoise, visiter les navires réunis dans l'estuaire de la Seine et les faire approvisionner à Rouen '"'. Il vint trouver le roi peu de temps après, car le 26 mai il apportait au vicomte de Montivilliers des lettres de (iharles V lui demandant de bons martinets'^'. Ces occupalions continuèrent avec une grande activité, notamment en t.Syi "*'. Puis survint le siège de Saint-Sauveur; on ne voit pas que le vice-amiral y ait pris une part effective. Il continuait, à Harfleur, de s'occuper de la place qu'il commandait et de l'armée de la mer qu'il avait à organiser'"'. Souvent Charles V l'appelait pour le consulter et s'informer de l'état de son «navire». Le /i février iSyS, il lui accorda 5oo livres tournois sur les fouages d'Harfleur'«'.
L'avènement de Charles VI ne fit que grandir le rôle d'Etienne du Moustier. A la suite de Jean Le Mercier, il devint un des agents nécessaires du gouvernement royal. Il nous apparaît comme membre des Etats de Normandie, commissaire des aides, vice-amiial et conseiller du roi. Comme membre des Etats, il figure à l'assemblée de décembre i38o à Rouen: c'est lui fpii, toujours zélé pour les intérêts du roi. propose le subside. Mais sa proposition souleva le tumulte et l'opposition générale. Il paraît dans les mêmes conditions aux Etats de Pontoise au mois de juin iSSa : (•'est lui encore (pii offre au roi des impositions nouvelles pour la province. Son nom devint désormais impopulaire. Il fut désigné cependant aux Etats de Loiiviers (février i38i)et à (•«■ii\ dn Pontoise (juin i.38-)) comni"
>" Actes, etc., 397.
(^■) IhuL, 391.
'■" Ml., 410, 611.
■" Ihid., 507.
Les 1'"t\h diî NoniiA^nii:
l*' Actes, fie, 537.
W Ihid., 769, 808.' CI /61V/., ti.'i3, i6n5, '*' Ibid., \lii-i.
général conseiller des aides octroyées; en 1 882 , il reçut 600 livres tournois de gages pour cet office '^'. Son dévouement au pouvoir royal le fil choisir en i383 parmi les réformateurs qui devaient si rudement punir la ville de Rouen de ses imprudentes rébellions; il fut le collègue de Jean de Vienne, Jean Le Mercier, Jean Pastourel, Nicole Paisnel et Robert Thouroude''^'. 11 était initié du reste au mouvement général des finances : la duchesse d'Anjou étant venue demander des secours pécuniaires pour reconquérir le royaume de Naples, le 20 novembre i38^, Etienne du Moustier fut adjoint à Jean Le Mercier, l'évêque de Laon, Philippe des Moulins et Nicolas de Fontenay pour montrer à l'infortunée solliciteuse l'état du Trésor et l'impossibilité de donner une réponse favorable à sa requête'^'.
Comme vice-amiral , l'activité d'Etienne du Moustier fut plus grande que jamais. 11 s'occupe des barges réunies au port de Honfleur (février i38i)'*'. Il installe à Rouen un nouveau maître du Clos des galées (16 avril i38i): rien, en fait d'agrès et d'armes, ne pourra être livré sans un mandement de l'amiral ou du vice-amiral '^'. 11 ordonne de fournir à divers capitaines de la mer d'Espagne tout ce qu'ils demandent en fait d'artillerie (5 août iSSa)'^'. Les armements deviennent très importants en i383; le vice-amiral , en tant que commissaire désigné spécialement à cet effet, fait remettre aux maître des barges, canonniers et mineurs, des viretons, des canons, de la poudre et des ustensiles divers''''. Cette flotte doit aller en Flandre; dix-neuf navires sont ainsi équipés; on y embarque également de gros canons «enfustés5î('^'. Du Moustier s'occupe également des fonds nécessaires à ces armements : il travaille ainsi , en septembre 1 38/i , avec Jean Le Mercier à faire lever prestement dans la province de Rouen et à Mantes l'aide de 1 a deniers pour livre et du quart des boissons. Avec cet argent ils font faire 900 milliers de viretons r ferrez et encoffrez » , rappareiller et nettoyer les armures qui étaient dans les arsenaux de Rouen et d'Harfleur, préparer des «pavez, falloz» pris au Clos des galées de Rouen, enfin d'autres armes tant offensives que défensives, le tout par ordre du roi. La dépense totale s'éleva à 17,200 francs d'or. Enfin les deux commissaires royaux ordonnèrent
(') Bii/. «a(., Pièces orig., (/« Mu»s(i(T, 37. ''• Terrier de l^oray, ii° 76.
''• Moranvillé, 90. '') Bibl. nat.. Pièces ong., du Moustier, io.
''> Ibid., 95, n. 8. ''' Terrier de Loray, n" 82.
(«) Terrier de Loray, n° 74. W Moranvillé, 98.
l'achat de bon «bescuit»'". Tant de besognes diverses demandaient des auxiliaires, des commis: le 18 mars 1 385, il y en avait deux, Robert de Harguevilio et Robert de Gronmesnil, écuyers, appelés scommis du viceamiral pour faire porter le bescuit et les armes du Honfleur à l'Escluse » '-'. Cette année 1 385, il s'agissait d'une grande expédition que Jean de Vienne devait conduire en Ecosse. Ce n'était pas seulement des provisions qu'il fallait se soucier : le vice-amiral , le i avril 1 385 , fait armer deux grands navires avec quatre chambres de bois ornées pour l'amiral et les seigneurs*-". Il était lui-même à l'Ecluse au mois de mai, mais le convoi de provisions dont il avait surveillé le départ n'avait pas dépassé Saint-Valery-en-Caux et était revenu au port de l'Eure''".
Tant de services avaient désigné Etienne du Moustier à la faveur royale. Le 3o mai 1 384 , Charles VI lui donne, en tant que conseiller, 2,000 francs d'or pour acheter une maison afin qu'il vienne demeurer à Paris et puisse assister au Conseil'^'. On le trouve siégeant encore le i5 mai 1387 "''. Il mourut cette même année. Voici la brève et peu sympathique oraison funèbre que lui fait une chronique rouennaise : <s-Ilemen l'an mil ccciin" et vn un des gregneurs reformateurs du Roy nommé Estienne du Moustier trespassa de ce siècle, tout esragié'^'. n
PIERRE D'ALENÇO.N.
(Asfemblée de linase-Nnrmandie , septembre iiî^o, Caen.)
Nous ne pouvons donner ici une biographie de Pierre II, comte d'Alençon, du Perche et de Porhoët. vicomte de Beaumont au Maine, seigneur de Verneuil, Uomfront, Fougères et Argentan, dit le Noble. Il y aurait toute une étude à faire sur ce prince qui, parent des rois, maître d'un grand fief, donna de plus à Charles V et à Charles VI un si précieux concours dans leurs guerres contre les Anglais. Son existence active et loyale est à peine esquissée dans ïArt de vérifier les dalex (\\ ^ 885-8(3) et dans Anselme, Histoire généalogi(jue de la Maison df, Vrnvre (I, 171). Les Actes et
'" Moranvillé, 99. '-" BM. iiat., Pièrcs origin., du Mouitier,
u) Terrier de Loray, n° 9/1. ag.
W Ibid., 97. i«) Moranvillé, lit, n. G.
'" Ibid. ,10.=). '" P. Coclion , 3a I .
mandements de Charles V pourraient donner d'utiles renseignements sur le rôle de PiciTe d'Aiençon de i364 à i38o. En i36i, il est encore otage en Angleterre (n° i^). De i365 à 1370, le roi lui donne de grosses sommes d'argent et une part importante des aides pour relever ses terres et réparer ses forteresses (989, /I08, ^09, 71 9); il y a échange de terres entre le roi et son cousin et vassal le 8 juillet 1370 (703). En 1370, Pierre d'Aiençon est lieutenant général en tout le pays de Normandie outre la rivière de Seine et reçoit 1,000 francs par mois pour son état'*'. Charles V est pour lui d'une grande générosité pendant tout le reste de son règne, exemptant ses terres de fouages en 1371. lui concédant un tiers des fouages des années suivantes, lui assignant à plusieurs reprises 3,000 et i.ooo francs sur les aides (79^, 839, 993, 1073, 1097, 1112, 1911, 1912, 19 1/1, i559, 1 809); il lui accorde également de lever une aide pour réparer les forteresses du comté du Perche (i554); il lui donne les terres de Routot et de Quatremares (1 9 17). D'autre part, Pierre d'Aiençon ne cesse de combattre et d'amener avec lui de respectables contingents : au siège de Saint-Sauveur, à la journée de la reddition, il avait 3o9 hommes d'armes; il apporta également un appui efficace au siège de Derval sous le duc d'Anjou. Il mourut le 20 septembre i4o4.