ROBERT DE VVARG.MES
(Assemblée de villes normandes, ti-ia septembre iS-jn, Bayeiur.)
Froissart appelle Robert de Wargnies nbons chevaliers, preus et hardis de Normandie 5) '•'. A vrai dire, ce chevalier n'était pas de Normandie, mais de Picardie. C'est en i354 qii'il devint capitaine de places normandes et bretonnes, et depuis lors il resta en Normandie jusqu'à sa mort.
Wargnies est une paroisse de Picardie, aujourd'hui arrondissement de Doullens. Robert conserva des domaines dans le nord du royaume jusqu'à ses derniers jours, notamment un fief au Quesnoy, pour lequel il donna dénombrement en 1372 '-'. Il fit d'assez rudes débuts : au printemps de i3/i5, avant le 1 3 mai, il fut attaqué traîtreusement par quatre hommes d'armes, qui, après lui avoir fait vingt-six blessures, le laissèrent pour mort. Une
<') Froissarl, édil. Liice, 111, l'ii. — - La lîoi|ue, Hist.de ta Maison it'Harcourt , 1, 955.
enquêle fut ordonnée sur ce guet-apens et les coupables furent jetés en prison'". Froissart fait de Wargnies le capitaine de Caen, au moment où les Anglais prirent la ville, en i3/J6; c'est une erreur du chroniqueur qui se trom[)e d'une dizaine d'années'-'. Il est probable ([iie Wargnies, à cette date , était encore à guerroyer du côté de la Picardie. Aux premiers jours de iSSa, il porte successivement les titres de capitaine «de l'abbaye de Guynes" et de capitaine «de la bastide devant Guynes». Les Anglais étaient établis dans le château; la bastide avait été installée par le lieutenant du roi, Geoffroi de Charni, dans une abbaye de femmes. Le poste était dillicilc et dangereux. Le capitaine y était seul avec ses hommes d'armes, sans le moindre clerc; il fut forcé de payer ses hommes luimême, sans recevoir quittance «pour ce que ou tcmj)s de lors on ne povoit trouver clers qui osassent aler en la dicte bastic a faire les diz paiemens ne faire lettre de quittance )5. Plus tard, le clerc des arbalétriers refusa d'accepter cette comptabilité sommaire, et il fallut que le roi intervint pour faire passer outre (3o septembre i35/i)'^'. Dès la fin de l'année i354, Wargnies était passé aux frontières de Normandie et de Bretagne; il y fut appelé sans doute par son compatriote, le maréchal Arnoul d'Audreheni, nommé lieutenant du roi dans celle région, le 9 août i353; en tout cas, le ag septembre i35/i, il était capitaine de Saint- James-de-Beuvron et de Saint-Malo '*', ce qui le mit en rapport avec tous ces héros des guerres de Bretagne et de Normandie dont M. Luce a raconté riiistoire : le maréchal d'Audrehcra, Pierre de Villiers, Olivier de Mauny, surtout Bertrand du Guesclin. Les services qu'il rendit le désignèrent pour une charge plus importante encore, celle de capitaine de Caen, où il est déjà installé en février iSSy'^'; il devait y rester jusqu'à sa mort.
Wargnies semble, dans les premiers temps, tout au moins pendant la première aimée, n'avoir eu sous son commandement (pie la ville niéine de Caen. Le château avait alors pour capitaine Robert d'Outreleaue '"'' ; mais, en 1 30-.? , Wargnies était à la fois châtelain et capitaine de Caen ''". D'autre part, il tint pendant plusieurs années l'office de bailli; il l'était déjà au
"' Bi4/. Hn(. , Pii'Ces oriji'lii., ir«ig^Hi(;s,a 1. W Bihliulh. iial., Pioccs nn(jiii., War-
'*' Froissart, édi(. Liice, III, i4i. I,'»ics, a. <'' Chron. normande, ag'i, n. 3. ''' Dellslc, o/;. oi(. , iio, n.
^'1 lliU. liai., Clairainb., 109, HâXi; '■' Bihliolh. iin(., fonds fiançais, aaiGS.
Pièces origiii., Wargnies, à. aS.
début de i357'^'; il ne cessa de l'être que dans la seconde moitié de i368''-', sans que nous puissions pénétrer les causes de ce changement. Les années iSBg-iSGa furent singulièrement actives pour le capitainebailli : la ville se trouvait entourée d'ennemis; tous les lieux forts des environs étaient occupés par des Anglais ou des JNavarrais. C'est alors que les bourgeois, secondés par les olllciers royaux, payèrent si généreusement de leur argent et de leurs personnes. R. de Wargnies ne cessa de tenir des assemblées dans la ville, d'équiper des hommes d'armes, de faire faire dimporlants travaux de construction et de démolition '". On sait comment tous ces efforts furent couronnés de succès, comment Caen fut dégagé et le danger écarté. Il fallut cependant maintenir en Basse-Normandie une véritable petite armée. A\ argnies eut à s'en occuper activement. Dès la fin de l'année 1 364, dans les derniers jours d'octobre, il fut chargé, avec Robert Le Masuyer, de recevoir «au lieu des mareschauxj) les montres des hommes d'armes qui suivaient dans les bailliages de Caen et du Cotentin, sous les ordres de Guillaume du Merle, capitaine général'*'. En quatre années, il y travaille pendant cinq cent quarante-six jours (ce total, donné par le mandement royal, n'est pas tout à fait exact), du 3 3 octobre i364 au i5 septembre i365, du aà mai i365 au i 4 juin i365, du i5 septend)re i365 au 3i décembre i365. du lo novembre i36G au i5 décembre i366, du 3 août 1367 au i3 septembre 1367'^'. Il était encore pourvu de cette commission en 1 368 et 1373 ; il ne recevait pas de gages fixes, et une seule fois seulement, le 36 décembre i364, nous le voyons loucher une gratification de 1 00 francs d'or"^'. Le capitaine de Caen remplaçait encore les maréchaux pour la réception des montres, quand le siège de Saint-Sauveur vint l'absorber presque entièrement pendant quelques années. Ce fut à lui que le roi confia le soin de tenir, en septembre 1372 . une assemblée de bonnes villes à Caen, pour défrayer les députés qui étaient venus à Paris, au nom des gens de Basse-Normandie, chercher les moyens financiers et militaires indispensables '"'. On le voit encore assister aux Etats tenus le à juin à Bayeux, pour régler la rançon de Saint-Sau-
"1 Bii/. Ho(., Pièces origin., Itnrg-nii's, a. <*' BM. nat., Vikces ongin., Wargnies, i:
W Voir la notice sur Renier Le Coutelier, Actes, etc., ibâ. p. 3i2. '=' Actes, etc., a54, 436, 946.
(') BAI. nat., fonds franc., 33469, .37; "> Ibid., ibâ.
Dclislc, 0^. cit., 117. <" Delisle. op. cit., II, ao5.
veur"'. Ces rudes années passées, Wargnies continua de garderie château de Caen; il recevait pour cet office 1,000 livres tournoispar an*'-'; sa compagnie se composait de 6 hommes et 1 0 arbalétriers '^'. Après plus de trente années de campagnes et de service armé, il mourut le 1 "septembre iS'yy'''. Le roi voulut donner une sorte de récompense posthume à son fidèle serviteur. Il y avait sans doute quelques irrégularités de peu d'importance dans la comptabilité de cet homme de guerre, plus habitué à combattre qu'à tenir compte; il avait pris, par exemple, aux garnisons du roi, pour les donner aux hommes de sa compagnie, quatre k tonneaux de viel vin qui tournoient à empirâmes. Décharge entière fut donnée à sa veuve, Catherine d'Aignicourt, à ses quatre fils, Jean dit le Galois de Wargnies, chevalier, chambellan du duc d'Anjou, Authenin, huissier d'armes du roi, Robert et Louis, clercs, et à ses quatre filles. De son côté, le défunt, par un dernier scrupule, avait, dans son testament, ordonné à ses héritiers de ne point réclamer ce qui pouvait lui être dû de gages; son fils aîné, au nom de ses frères et sœurs, en donna quittance au roi '^'.
l/EVEQUE 1)E 15AYEUX.
{Etnts (te liasse-i\(irman(lie , i3-i5 janvier i3']3, Caen.)
Aux Etats de Caen de janvier 187 3, il ne peut s'agir que do Louis Tézart, évèque de Baveux, et non de son successeur. Miles de Dormans. Louis Tézart avait été oIEcial, vicaire général et archidiacre de Reims. Il prit possession de l'évéché de Bayeux par procuration, dès le 2/1 décembre i36o. l\ quitta le diocèse en mai 1873 pour retourner à Reims, cette fols comme archevêque. C'est donc quelques mois avant son di'qiart qu'il eut à s'occuper du siège de Saint-Sauveur et à figurer aux Etats de Basse-Normandie. Le Gallia Cliristiana nous donne les renseignements essentiels .sur sa vie ecclésiastique à Bayeux et à Reims (IX, 1 3 0, et XI, 87 4).
"' Dclisic, Ilisl. de Saiiit-Stmvcur-le-Vi- ^" Bibl. nat., Vièccsorigiu., Wargnies, ib.
comte, II, aSo. '*' Aclet, de, t63g.
") Actes, de, 5i3, io35. W Ibid., 1484.
REMER LE COUTELIER. (Etal» Je Basse-Normandie, ia-i5 janvier iSyS, Caen.)
Ce personnage était un écayer normand (jui, pourvu de divers ollices et comniissions, rendit de grands services à la défense locale contre les Anglais et contre les Navarrais. Dès août i356 il est reçu à montre, lui et ses gens, par Pierre de Villiers; le dauphin envoie un ordre pressant de payement en sa faveur (3 août)"'. De i363 à 1072, Renier Le Coutelier montra une très grande activité; il était alors vicomte de Bayeux '-'. Outre son office de vicomte, il fut chargé, en i363 et i36/i, de centraliser le produit des aides des diocèses de Lisieux, d'Evreux, de Séez, deBayeux, de Coutances, d'Avranches et de Chartres, et de remplir auprès de la petite armée de du Guesclin la place de trésorier des guerres. Il commença par se laisser faire prisonnier : dans les premiers jours de septembre i3G3, il fut pris par le Navarrais Michel de Villeneuve et ses gens: il fallut que, «pour eschiver et évadera péril de mort, tant par force de jehine comme par force de prison, il paiast comptans douze cens flourius d'or au mouton vieux du coing du roy, deux bachinés, dcu.x chainfures d'argent, et environ cent trois francs pour despeuce pour le temps ipi'il demeura en la dite prison»'-*'. Délivré, il assista au siège de Rolleboise (mars 1 36/i) et à la prise de plusieurs places du Colentin. Cela dura jusqu'à ce que du Guesclin ait été fait prisonnier à Auray, à la Saint- Michel 1 364 ; pendant tout ce temps, le vicomte était accompagné de deujc archers et de trois chevaux; il perdit même r de fait d'aventure;; un de ses chevaux qui valait 53 francs '''. Après la prise de du Guesclin, il passa sous les ordies de Guillaume du Merle, qui, comme «cappitainc gênerai es parlies de Caen et de Cotcntin», dirigeait alors les opérations militaires de Basse-Aormandie. Il était à la fois vicomte de Baveux, receveur général des aides des bailliages de Caen et du Cotentin, commis ^pour paier les^^ gens d'armes, archers, arbalestriers et gens de pied qui servent es partiesj» des bailliages de Caen et de Cotentin» '^'. Ces diverses commissions le for-" çaient à être sans cesse par voies et par chemins : tantôt, et c'était le plus
''' Ilibliutli. mit., fonds français, 25701, '■ S. Luce, Hisl. de du Giusclin, 7G.