‹ Les états de Normandie sous la domination anglaiseChapitre 2 sur 7 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

La première assemblée d'états que nous ayons à signaler eut lieu sous le règne de Henri V. Ce prince venait d'épouser la fille d'Isabeau de Bavière et de Charles VI. Le traité de Troyes Tavait proclamé héritier et régent du royaume, au mépris des droits du dauphin^ mais il avait été décidé que les dispositions de ce traité seraient soumises à l'approbation des trois états de la France et de l'Angleterre. Il fallait que la nation tout entière parût assumer la responsabilité de cet acte honteux par lequel un roi fou sacrifiait son fils et son royaume à l'ambition d'un étranger. Les trois états de la France furent convoqués à Paris à l'hôtel Saint-Paul, le 6 décembre 1420 (3). Les députés avaient été nommés à la

(3) Godefroy, Hist, de Charles VI, 384, 385. — Dom Félibîen, Hist. de la Ville de Paris, U, 800. — Leblanc, Traité historique des monnoies, 289, 292.

discrétion de Henri V : il en obtint ce qu'il voulut. Le traité de Troyes fut ratifié; il fut décidé que, pour faire face aux frais de la guerre, auxquels ne pouvaient suffire un trésor épuisé et un domaine devenu presque improductif, ieç aides imposées précédemment et déjà rétablies en Normandie (4), les quatrièmes et les gabelles , seraient levées encore pendant une année. De plus, et ce ne fut pas là l'objet le moins important des délibérations, dans le but de remédier à la faiblesse de la monnaie et de mettre fin à la crise monétaire qui était venue s'ajouter à la crise politique, les députés votèrent un emprunt de marcs d'argent, auquel durent contribuer tous les citoyens un peu aisés, les ecclésiastiques comme les autres. Pour comprendre l'opportunité de cette mesure, il ne faut pas perdre de vue que, depuis 1415, date de la bataille d'Azincourt, il y avait eu en France, suivant l'expression d'un chroniqueur, de grandes tribulations et pertes pour le sujet des monnoies. On avait vu les pièces frappées pour 18 sous s'élever a«' prix énorme de 9 francs, et les autres monter dans la même proportion. On conçoit quelle gêne en éprouvèrent les seigneurs (5), et quelles alarmes ils durent concevoir pour l'avenir, dans un temps où, la fieffé étant la condition générale du sol, la fixité de la rente ou du cens enlevait tout espoir de voir

(4) Lettres d'Heorî V du 44 mars 1420 (y. s.) dans lesOrdoun. des Rois do France, XI, 418.

(5) « Les censiers qui leurs dévoient argent vendoicnt un septier tt de bled dix ou douze francs, et pou voient ainsi payer une grande « censé par le moyen et la vente Je huit ou dix septiers de bled , c dequoy plusieurs seigneurs et pauvres gentilshommes recourent, o de grans dommages et pertes. » Leblanc, 289 ^ 290.

se rétablir prochainement l'équilibre entre le prix de la terre et celui des denrées. L'affaiblissement de la monnaie avait eu la guerre pour excuse. Lorsque Charles Vl, à bout de ressources, s'était décidé à porter la valeur de Técu d'or de 30 sous à 50 sous, il avait déclaré qu'il se voyait forcé de recourir à ce fâcheux expédient « pour résister à a son adversaire d'Angleterre et à sa damnable ena treprise, attendu que, de présent, il n'avait au- « cun autre revenu de son domaine ne autrement de « quoy il se pût aider (6). » La réforme de la monnaie était donc attendue comme une conséqueace naturelle de la paix, et Henri V, en s'en occupant après le traité de Troyes, entendait prouver au peuple que le pays, grâce à lui, allait rentrer dans une situation régulière (7).

Pour arriver à une refonte des espèces, on imagina de faire « une manière d'emprunt de marcs « d'argent ; ceux qui les mettroient auroient la mon- « noyé au prix que l'on diroit, et de ce qui valoit « 8 francs le marc d'argent, et qui seroit mis en « la monnoye, ils en auroient 7 francs et non « plus; qui estoit une bien grosse taille (8). »

Cette réforme, pour être d'une incontestable nécessité, n'en entraîna pas moins de graves désordres. D'un mal auquel on échappait, on tomba dans un

(6) Leblanc, 291.

(7) Vers le même temps, Henri V s'occupa de faire fabriquer une monnaie loyale en Angleterre. V. les Statuts de la neuvième année du règne de ce prince , arrêtés au parlement de Westminster, au mois de décembre 1 421 , The Stalutes of the realm , II, 209 , Cf. Ibid. 221.

(8) Leblanc, 291 .

autre que caractérise en ces termes le chroniqueur dont nous venons de rapporter le témoignage: « Or, « en icelle année que les monnoies furent de la sorte « remises à leur règle et légitime valeur, cela fit « naître quantité de procès et de grandes dissentions « entre plusieurs habitans du royaume, à cause des <c marchez qui avoient esté faits dès le temps de la « faible monnoye qui pour ce temps avoit cours , « c'est-à-dire Tescu à 24 sols, et les blancs pour a 8 deniers. . . en quoy il y avoit grande décevence, « tromperie et confusion pour les acheteurs (9). »

Il était utile d'entrer dans ces développements, parce que la convocation des états de Normandie n'est, à vrai dire, qu'une suite des états généraux de Paris. Dans les derniers jours de décembre (10), Henri V se rendit à Rouen, accompagné de sa femme et des ducs de Bedford et de Clarence; les plus riches dames de l'Angleterre faisaient cortège à la jeune reine. La réception ne put manquer d'être brillante. Il y avait quelques mois déjà que Catherine était attendue en Normandie. Dès le mois de juillet, les bourgeois de Rouen avaient contracté un emprunt pour présenter « ung joué Qoyau), à leur <( souveraine dame au joieux advénement qu'au plai- « sir Dieu, elle devait faire en leur ville (11). » La

(9) Leblanc, 290,

(10) Henri V partit de Paris pour se rendre à Rouen, le 27 décembre 4 420, d'après le Journal d'un Bourgeois de Paris (édit. de 1729), 73. — a Se partirent de Paris et s'en vindrent à Rouen, a mardi desrain jour de décembre ensuivant 4 420. » P. Cochon, Chronique normandey édit. de M. Vallet de Viriville, p. 440.

(41) Bib. de Rouen. Portefeuille de pièces relatives à l'histoire de cette ville de 1397 à 1449. — P. Cochon (p. 440) nous apprend que la ville de Rouen donna à la reine « une escreppe d'or

cour logea au château de Philippe* Auguste; le jour des Rois y fut célébré avec un éclat qui rappelait ces fêtes brillantes que Henri V, quelques jours auparavant, avait données au Louvre, au grand scandale des vrais Français. Vers ce temps-là eut lieu la réunion des états de Normandie (12). On les harangua au nom du roi ; on leur exposa « comment, à la gloire « et à Texaltation du nom de Dieu, pour la tranquil- « lité, le repos et le bien général du peuple des deux « royaumes et de tous leâ fidèles du Christ, Henri V « avait récemment, par la faveur du ciel, conclu « avec son très-cher père de France une paix définia tive et perpétuelle {i3),)y C'était sous ce titre dérisoire qu'on était convenu de désigner ce traité deTroyes, qui ne fit en réalité que mettre le comble au désordre. Tout le monde fut invité solennellement à observer cette paix d'une manière inviolable. L'attention de l'assemblée fut ensuite appelée sur les graves inconvénients et les maux sans nombre qui résultaient de la faiblesse des blancs-deniers ayant cours dans le duché, et sur l'urgente nécessité de procurer au roi des ressources qui lui permissent de mettre fin à la guerre le plus promptement possible.

Les Normands satisfirent Henri V sur ces trois #

« et riche de pierreries et qui cousta 1 0^000 nobles ; les monnoiers « lui donnèrent une nef d'argent finement dorée. »

(42) Chronique de Normandie {\^^ édition), ch. CC Lxxviii. — • Chastellain, Chronique du duc Philippe (édit. de M. Buchon), 67. — Bréquîgny, Bâles normands et français publiés par la Société des Antiquaires de Normandie^ nos 925, 927, 938. — M. Chéruel, Hist. de Rouen sous la domination anglaise , 80.—- M. Henri Martin (Hist. de France, VI, 77), place à tort la réunion des états de Normandie après la bataille de Baugé, livrée, comme on sait, le 29 mars 4421 . — Rymer, Fœdera (édit. de la Haye, 4 744),

(43) Bréquigny, no 938. — Rymer, t. IV, p. iv, 48, 74, etc.

points. Sur le premier, ils émirent le vœu qu'un édit royal prescrivît aux clercs , aux officiers royaux et aux possesseurs de fiefs de s'engager par serment à respecter la paix finale; ce serment devait être exigé pour les uns au moment de leur mise en possession du bénéfice ou de la charge, pour les autres au moment de l'hommage. Quiconque se refuserait à prêter ce serment , ou viendrait à s'y montrer infidèle, soit de fait, soit de parole, devait être tenu pour rebelle et poursuivi comme coupable du crime de lèse majesté (14).

Sur le second point, les états se prononcèrent pour la fabrication d'une forte monnaie. Pour cela on ne chercha pas d'autre moyen que celui que nous avons vu adopté aux états de Paris. Il fut donc décidé qu'on paierait au prêteur 7 francs pour 1 marc d'argent, 66 écus d'or pour 1 marc d'or; que tout particulier, à quelque classe qu'il appartint, serait obligé de déposer à la monnaie la plus voisine de son domicile autant de marcs d'argents qu'il posséderait de 100 1. de revenu , et, au-dessous de 100 1. jusqu'à 20 1., une quantité d'argent proportionnée à sa fortune. On exprimait le désir que le versement fût effectué avant la Chandeleur : toutefois le terme de rigueur fut reculé jusqu'au 15 février suivant (15).

Sur le troisième point, les députés se déclarèrent prêts à servir le roi de tout leur pouvoir. Les nobles, Anglais d'origine pour la plupart et enrichis des dépouilles des vaincus, mirent leur épée à son service ; les gens d'Église consentirent à payer deux dixiè-

(U) Bréquigny, no 938.

(1 5) md., no 937.

mes (16); le tiers-état offrit 400,000 1. 1. en déduisant de cette somme le montant indéterminé de l'imposition du clergé (17). Un pareil sacrifice était évidemment au-dessus des forces du pays; mais il n'y avait pas moyen de s'y soustraire. Les ecclésiastiques savaient de quelle manière le nouveau maître avait accueilli les remontrances de l'Université de Paris. A Rouen, moins encore que dans la capitale du royaume, soumise au moins nominalement à l'autorité de Charles VI, les votes ne pouvaient être libres : élever la voix contre le subside, c'eût été courir le risque d'être arrêté comme armagnac, en d'autres termes, comme un séditieux et un ennemi du bien public (18) : encore, après avoir rançonné avec la dernière rigueur les malheureux contribuables, Henri V pré- , tendait-il à leur reconnaissance ! Dans un mandement pour la répartition d'une partie des 400,000 1., il déclarait que les frais auxquels il était obligé de subvenir dépassaient de moitié l'aide qui lui avait été accordée. 11 n'oubliait pas de mentionner que les gens des trois états , en votant une pareille somme, l'avaient supplié de s'en contenter par égard pour la misère de la province, et que, en sujets humbles et soumis, ils avaient protesté de se soumettre à sa volonté quelle qu'elle fût (19).

L'édit relatif à la prestation du serment de fidélité fut promulgué et exécuté à la rigueur. Quant aux

(16) Plus tard^ on employa le mot décime. J'ai conservé le tenne dont on se servait au xt© siècle. — V, Lettres de Henri V à l'évêquede Coutances j Rymer, t. IV, p. iv, 21.

(17) Bréquigny, no 925.

(18) Godefroy. Hist, de Charles VI, 385.

(19) Bréquigny, n© 925. — Cf. Ibid,, n» 1022.

deux autres opérations, à la refonte de la monnaie et à la levée du subside, leur exécution rencontra des diflScultés sur lesquelles Henri V n'avait pas compté. Pour recevoir les marcs d'argent , des receveurs avaient été établis dans les diocèses. Ils devaient remettre aux particuliers des reçus sur la présentation desquels ceux-ci pourraient se faire payer à la Monnaie 7 francs par marc d'argent déposé. L'estimation du revenu qui servit de base pour déterminer l'importance des versements à effectuer fut confiée aux baillis et aux commissaires qu'il leur plairait de désigner dans les différentes classes de la société. La célérité avec laquelle il fallut agir ne permit pas de procéder à cette opération avec un soin minutieux. Le temps manquait pour dresser un inventaire détaillé des biens : on dut se contenter des appréciations nécessairement hasardées des commissaires. En cas de résistance, le bailli était autorisé à mettre la main sur l'argent des particuliers, à charge toutefois de le leur rendre, après la refonte , au taux de 7 francs par marc. Par déférence pour leur caractère, on exempta les ecclésiastiques du contrôle de l'administration laïque. Les vicaires généraux furent chargés du soin d'exhorter les clercs, et, au besoin, de les contraindre par la voie des monitoires et des censures à contribuer loyalement à cet emprunt onéreux. Ce n'était qu'à la dernière extrémité qu'il était permis de recourir contre le clergé à l'autorité du bailli (20).

(20) Rymer, t. IV. p. IV, p. 5 et 45. — Richard Warrok fut désigné pour recevoir les marcs d'argent dans les diocèses de Coutances et d'Avranches; Thomas Lespringuier fut chargé de la même commission dans le diocèse d*£vreux.

Les propriétaires et même les oflSciers du roi ne montrèrent pas un grand empressement à se conformer aux prescriptions de Henri V : il s'en fallut de beaucoup que tout fût prêt pour le 15 février 1421, comme il l'avait commandé. Le 24, il reprenait vivement les baillis de ne s'être pas .encore occupés de mettre à exécution ses lettres du mois précédent, touchant l'emprunt des marcs d'argent (21).

Pour comble de malheur, quand la monnaie votée aux états de Paris et de Rouen fut émise, il fallut la retirer de la circulation, parce que le dauphin, réduit à la dernière pénurie, et se trouvant hors d'état de fabriquer une monnaie aussi forte que celle de Henri V, trouvait son profit à attirer les nouvelles espèces (22).

Le clergé, comme nous l'avons vu, avait voté deux dixièmes, et les gens des trois états 400,000 1. t. Le roi fixa le terme du premier dixième à Pâques 1421, celui du second à la Saint-Michel suivante. Le prieur de Saint-LÔ, Guillaume Le Bourg, et messire Guillaume Le Fèvre, curé de Saint- Denis de Rouen, furent nommés commissaires pour la perception de cette imposition (23). La générosité des ecclésiastiques n'empêcha pas Henri V d'exiger rigoureusement les arrérages d'un dixième qui avait été accordé à Charles VI pour combattre les Anglais, peu de temps avant la descente de Touques (24).

(21) Bréquigny, n» 963.

(22) Le Blanc, 298. -- Bréquigny. n» 1058.

(23) Rymer, t. IV, p. iv, 70. -— Arch. de la S.-Inf., F. de Fôcamp, Compte du receveur Jean Le CuUerîer.

(24) V. Lettres d'Henri V du 8 avril 1 422, dans Rymer, t. IV, p. iv, 61.

Le subside du tiers état dut être payé en trois paiements. En attendant que Tépoque des deux derniers fût fixée, comme il était urgent de se procurer des fonds au plus vite pour payer l'arriéré de la solde des troupes, il fut ordonné qu'on lèverait avant le 1er mars 1421 une taxe de 20 s. par feu, le fort portant le faible. Henri V comptait que cette levée produirait 100,000 1. à rabattre sur l'aide de 400,000 1. : il s'en fallut de 15,000 1. que ce chiffre fût atteint. Le second terme fut fixé à la fin de mai. On comptait sur 60,000 L, on n'en put obtenir que 55,000 -, le premier dixième n'avait produit que 12,000 1.

Au 20 août, il restait donc encore à payer 240,000 L II eût été trop rigoureux , pour ne pas dire absolument impossible, d'exiger d'une seule fois le paiement intégral d'une somme aussi élevée : le roi consentit à ce qu'elle fût payée en deux fois. Mais ce ne fut plus par manière de fouage , parce que de cette, façon on arrivait à une somme trop faible. Il fut décidé qu'on paierait 120,000 1. pour le premier terme, pareille somme pour le second, en y comprenant le second dixième et ce qui restait à payer du premier (25). Ces délais ne furent point encore suDîsants : il y eut un cinquième paiement vers la fin de 1422 ou le commencement de 1423 , ainsi que le prouve une commission du trésorier général de Normandie, Richard de Wydeville, datée de Vernon du 13 décembre 1422 (26). De pareils retards sous un

(25) Bréquîgny, no 1022.

(26) Ce mandement est relatif à Passiette à faire dans la vicomte d*Auge, de 2,000 1. pour le cinquième paiement de Taide de 400,000 1. — Areb. du Calvados. Collection de M. Danquin.

prince aussi peu traitable que Tétait Henri V ne peuvent s'expliquer que par la misère et la dépopulation du pays (27).

Pendant la tenue des états de Rouen (janvier 1421), Henri V reçut dans la salle du château Thommage du comte de Salisbury pour le comté du Perche, et celui dj Arthur de Bretagne pour le comté d'Ivry (28).

Les états durent être clos avant le 18 janvier, date des lettres que le roi adressa au trésorier et au receveur général pour leur enjoindre de procéder à la levée du premier paiement de Taide de 400,000 1. (29).

Vers la fin du mois, après avoir mis ordre aux affaires de la province et en avoir confié le gouvernement à son frère le duc de Clarence, Henri V quitta Rouen et se rendit à Calais, où il s'embarqua pour l'Angleterre. Partout il fut accueilli au milieu des transports de la plus vive allégresse ; mais ce qu'il y venait chercher, c'étaient moins les applaudissements du peuple que u deux choses qui lui estoient moult « nécessaires pour finir ses besognes, savoir : finan- « ces et gens d'armes.» A Westminster, en mai 1422, le parlement fut convoqué; il confirma le traité de Troyes et vota un fort subside, non toutefois sans quelque opposition et sans remontrances. A Texem-

(27) Rôle du 28 mars U21, aux" Arch. împ., K, 648. — Je dois la coDuaissance de cette pièce et de toutes les autres qui sont indiquées sous cette cote à l'obligeance de mon confrère et ami M. Sainte-Marie Mévil, qui a bien voulu m'en adresser la copie. — « L^an 4424 fu la plus forte année à passer en France et en Nor* a mandie que oncques homme veist, de tous vivres et autres choses a nécessaires à corps d'omme. » P. Cochon, Chronique normande ^ p. 443.

(28) Chronique de Normandie (ancienne édition), ch. co LXXYIII^

(29) Bréquigny, no 925.

pie du clergé normand, le clergé anglican s'imposa un dixième, et renouvela cet octroi au mois de septembre de la même année (30). Dans les premiers jours de juin, Henri V était de retour en France, et en mesure de pousser plus activement que jamais la guerre contre le dauphin.

Il n'y eut pas d'autre assemblée d'états du. vivant de Henri V. A l'avenir, le gouvernement anglais évitera de demander d'un seul coup des sommes aussi considérables; les demandes seront plus modérées, mais elles seront en revanche plus fréquentes , et le peuple, en définitive, ne gagnera rien au changement.

La seconde réunion des états de Normandie fut postérieure de quelques mois à la mort de Henri V. Dans les premiers jours de février, les députés furent convoqués à Vemon, où le besoin de se rapprocher du théâtre de la guerre avait amené depuis quelque temps déjà Bedford et les gens du Conseil (31).

Les délibérations du chapitre de N. D. de Rouen permettent de déterminer avec assez de précision la durée de ces étatar. Le 28 janvier, les chanoines avaient nommé l'archidiacre Jean Guérin pour y comparaître en leur nom. Le 10 février, il était encore au milieu de ses confrères , mais à la veille de son départ; puisque, ce jour-là, Guillaume de Bau-

(30) Rymer, t. IV, p. iv, 25.

(31) Arch. de laS.-Inf., États, n» 5.

dribosc, receveur des chapes, fut autorisé à lui remettre 15 1. pour ses frais de voyage. Le 25 du môme mois , Guérin était de retour (32) : c'est donc entre le 12 et le 24 février qu'il faut placer les états.

Les commissaires du roi, à la tête desquels se trouvait Fabbé Robert Jolivet, exposèrent aux députés l'importance qu'il y avait pour la sûreté de la province à s'emparer du Mont-Saint-Michel, d'Ivry, et de quelques autres places encore occupées par les Français. Us obtinrent une somme de 50,0001. t., qui dut être payée en entier avant le 1er août suivant (33). Un dixième fut octroyé par les gens d'Église. Un fait peut faire juger du peu d'empressement avec lequel il dut être payé : vers ce temps-là, un demidixième ayant été accordé à l'archevêque de Rouen, dans trois diocèses sur sept, dans ceux d'Evreux, de Séez et d'Avranches, il fut impossible de trouver personne qui consentît à se charger d'en opérer la recette (34).

En n'admettant pas d'assemblée d'états entre celle de Rouen en janvier 1421, et celle de Vernon en février 1423, je ne dois pas dissimuler que je me mets en contradiction avec D. Dessin et M. de Gerville. D. Bessin donne pour titre à une note concernant

(32) Arch. de la S.-Inf., Registres capîtulaîres de Notre-Dame de Rouen. -» L'abbé du Mont -Saint-Michel, Robert Jolivet, passa dix jours à Vernon comme commissaire du roi. Bib. Imp. Gaignières, 266.

(33) Arch. de la S.-Inf., États, no 6.

(34) Ibid. F. de l'archev. Comptes de Gilles Deschamps y trésorier de la S. M, 4A%3 à 4A%U. — Le 43 novembre 1423, les chanoines de Rouen résolurent de convoquer sans bruit les prélats, afin d'avoir à aviser sur le fait du demi-dixième accordé à Vernon. — Peut-être s'agit- il d'un dixième autre que celui que nous avons mentionné. (Arch. de la S.-Inf. Reg. cap.)

une mission assez peu clairement définie de deux religieux de Fécamp auprès du duc de Bedford : « Concilium provinciale apud Vernonium,exeunte ju- « nuario vel ineunte februario 1422, de mandate « Régis celebratum (35). » M. de Gerville, dans ses Recherches sur les Abbayes du département de la Manche^ mentionne une décision adoptée par les états de Normandie, réunis à Vernon, en 1422, sur les plaintes des religieux de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Cette assemblée aurait donné l'ordre à l'official de Valognes de constater par une enquête l'importance des pertes qu'ils avaient éprouvées par suite des guerres (36).

Mais remarquons que les termes employés par ces deux auteurs donnent tout lieu de supposer qu'il y a là une méprise occasionnée par la confusion que Ton fait assez ordinairement de Tancien et du nouveau style dans la manière d'indiquer les dates. D. BessiUy en effet, nous apprend dans sa note que les deux religieux de Fécamp prêtèrent serment de fidélité d'après l'ordre de Bedford; dans le récit de M. de Gerville, c'est aussi d'après l'ordre de Bedford qu'auraient été convoqués les états de Vernon : d'où il faut conclure que l'assemblée à laquelle il est fait allusion a suivi la mort de Henri V, et ne peut être par conséquent du mois de février 1422. Ce serment de fidélité annonce que la couronne était passée sur une autre tête; d'ailleurs Bedford n'aurait pas de son autorité privée convoqué les états de Normandie dans un moment où ses fonctions de régent le rete-

(35) Concilia Rot. prov., p. i, 183.

(36) Mém. de la Soc. desAntiq. de Norm., II, 54.

naient en Angleterre, et lorsque Henri V se trouvait en France.

L'aide de 50,000 1. votée aux états de Vernon fut levée en vertu de lettres datées de Paris du 14 juin, et d'un mandement du trésorier général du 8 juillet 1423. Le paiement devait être complètement efifectuéau 1er août 1423 (37).

Cette année, les états furent convoqués deux fois encore, en juillet et en décembre. A Vernon, au mois de juillet, ils votèrent 60,000 1. 1. « pour lepaie^ « ment des souldoyers ordonnez pour la garde, sceurté « et deffence du païs et duchié de Normandie et pour le « recouvrement des places d'Itry, le Mont-Saint-Michel^ « Dreux^ et autres voisines dudit pats (38). » Le 4 du mois précédent, le régent avait écrit à ce sujet à Tabbé du Mont-Saint-Michel, son chancelier et son conseiller intime. « Il fallait, lui disait-il , songer à « payer les soudoyers et les gens de guerre retenus « aux gages du roi pour la défense de la Normandie. « A la Saint-Jean, on allait leur devoir un quartier d'année , et l'on n'avait rien à leur donner, parce « que les fonds qui leur étaient destinés avaient été « dépensés au siège du Crotoy, qui durait encore, au

(37) Arch. Imp. K. 648. — Bib. Imp., Compte de Pierre Surreau, receveur général de Normandie pour l'année 1^2^^ 9436 [4|, 62, 63. -- Arch. de l'Eure, rôle de l'assiette de VIII« 1. sur les paroisses de la vie. de Harcourt. Je dois la connaissance de ce document à l'obligeance de mon confrère et ami M. l'abbé P. Lebeurier^ archiviste du département de l'Eure. Je n'ai pas eu moins à me louer de la complaisance et des utiles renseignements de M. Chatel, archiviste du Calvados.

(38) Arch. de la S.-Inf. , États, n^s 8 et 9. — Bib. Imp., 9436 [4], 62, 63. — Après son mariage Bedford vint à Vernon : « Et là amena sa famé, faisant grans joyes. Et là firent un grant « conseil où furent grant quantité de seigneurs et les bourgeois de « Rouen. » P. Cochon, p. 449.

« voyage d'Amiens, aux expéditions de Ghajmpagne et « de Brie. » Il chargeait, en conséquence, l'abbé du Mont-Saint-Michel de se rendre en Normandie avec Raoul Le Sage et Hamon de Belknapp, pour adviser estre mis sus^ requerify demander et^ se mestier estait, imposer certain aide de 60,000 L t. sur les gens des trois états (39).

Au mois de décembre, les députés furent convoqués à Caen , par devers le duc de Bedford (40). Le choix qui fut fait de cette ville peut tenir à Tentrevue qui devait avoir lieu à Caen et aux Basses- Marches du Gotentin, le 20 novembre, entre le régent et les ambassadeurs du duc de Bretagne (41); Walter de Hungerford, Raoul Le Sage, Fabbé du Mont-Saint-Michel et Raoul Roussel assistèrent à cette conférence, dont nous ne saurions au juste indiquer le but ni les résultats. Peu de jours après, les états furent réunis. On leur demanda de nouveaux secours pour le paiement des soudoyers du duché, pour le siège du Mont-Saint-Michel, d'Ivry, de Dreux, Gaillon, Nogent-le-Rotrou, Senoncheset Beaumont-le-Vicomte. On parla aussi delà nécessité qu'il y avait d'entretenir et soutenir justice et d'extirper les brigands. Les états votèrent 200,000 1. t. Le clergé accorda encore un dixième.

(39) Bib. Imp., 9436 [4], 62, 63.

(40) Bib. Imp., S. F. 4770, (pièces du 45 août et da 24 septembre 4424). — Arch. Imp., E, 648 (pièces ^du 25 août et du 4 4 septembre 4 424). — Arch. de la S.-Inf., États, nos iO, 4 4. — C( Et là fu ordéné une taille en la duchée de Normandie, tant a sus l'église, sans le congié du pappe, comme sur le demeurant : « 200,000 1. lesquiex furent poiez à Noël Pan 4423.» P. Cochon, p. 449.

(44) Bib. Imp., 9436 [4], 345, etc.

Dans cette assemblée, on adopta un règlement pour la répression du brigandage; il y est fait allusion dans les endentures conclues entre le gouvernement et les capitaines et les baillis. Le texte de ce règlement ne nous est pas connu; nous savons seulement qu'une de ses dispositions était que toute personne saisie en état de brigandage devait être remise aux mains de la justice, à laquelle était réservé le soin d'examiner si c'était un malfaiteur à punir ou un homme de guerre à rançonner (42) : dans le dernier cas seulement, le prisonnier était rendu à ceux qui avaient opéré la capture. Ce fut peut-être aussi conformément à un vœu des états que Jean Falstalf, grand maître d'hôtel du régent, fut nommé « gouverneur et superviseur de toutes les villes, « chasteaux et païs subgiez au Roy, es bailliages de (i Rouen de là la rivière de Seine, du côté de la ville a de Pont-de-l'Arche, Caen, Alençon, païs subgiez, « comté du Maine, pour recevoir et ouïr toutes maa nières de complaintes, punir et faire punir, et cor- « riger tous ultempteurs et malfaicteurs, et garder, « tenir, et faire exécuter les ordonnances du Roi. » Outre ses retenues comme capitaine de Fresnay-le- Vicomte et d' Alençon , Falstalf entretenait 40 lances et 2 chevaliers avec 3 archers ou arbalétriers par lance (43).

Ces mesures furent à peu près complètement infructueuses. Tant que dura l'occupation anglaise,

(42) Arch. Imp., K, 648. Mandement de Pierre Poolin^ lieutenant du bailli de Rouen auœ sergent du bailliage, Pont-de-l^Arche^ 4 mai 1428.

(43) Bib. Imp., 9436 [4], 262, 263.

les brigands ne cessèrent de répandre Teffroi dans les campagnes de la Normandie. Maintes fois les états se préoccupent de ce terrible fléau ; maintes fois, en retour des subsides qu'on lui accorde, Bedford et ses successeurs renouvellent l'engagement d'assurer la liberté des chemins, de procurer aux marchands et aux cultivateurs la paix et la sécurité; mais ce ne fut là qu'une vaine promesse : bien loin d'aller en diminuant, le mal ne fit que s'accroître à mesure que les Français reprirent le dessus, que le lien de la discipline se relâcha dans l'armée anglaise, et que la misère devint plus profonde et plus générale.

Indépendamment de ces aides levées sur toute la province, npus avons à mentionner pour cette même " année quelques impositions particulières.

Au mois de juin, les habitants des vicomtes d'Auge, de Pont-Audemer et d'Orbec votèrent pour la fortification et remparement de Honfleur, i,500 1. t., qui furent perçues avec l'aide de 60,000 1. t. Il est probable que ce subside fut renouvelé peu de temps après, aux états de Caen du mois de décembre. Ce qui est certain, c'est qu'une nouvelle imposition de 1,500 1. affectée au même objet fut levée en vertu de lettres de Bedford, datées de Caen du 19 décembre 1423, en même temps que les 80,000 1. qui formaient le premier paiement de l'aide de 200,000 1. L'année suivante, des lettres du roi (Paris, 13 mai 1424) ordonnèrent de procéder à l'assiette de 1,125 1. octroyées par les députés des mêmes vicomtes pour l'achèvement de la Tour Frikuse à Honfleur, commencée du temps de Henri V. Ces allocations furent insuffisantes; il fallut prendre sur le troisième paie-

ment de Taide de 200,000 1. 400 I. pour mener à fin les travaux (44).

Cette année fut marquée par un désastre à ajouter à ceux d'Azineourt et de Crevant. Peu de jours après la reddition d'Ivry, le jeudi après la mi-août 1424, Tarmée française commandée par le connétable de Buckam fut battue sous les murs de Verneuil par les troupes du duc de Bedford. Cet événement, qui semblait présager la ruine prochaine de Charles VII et de la nationalité française, fut habilement exploité par le régent. La victoire de Verneuil ouvrait la route de Paris aux Normands. Les états de la France et de la Normandie y furent convoqués au mois d'octobre par les ducs de Bedford et de Bourgogne (45). En associant ainsi son allié au gouvernement du royaume, Bedford donnait une nouvelle preuve de son habileté consommée. Par cette marque de déférence, par la manière dont il Taccueillit et le fêta à Paris, il le rattacha au parti de r Angleterre, dans un moment où l'imprudente conduite du duc de Glocester pouvait faire craindre qu'il ne s'en affranchît pour toujours.

(44) Arch. de la S.-Inf. Etats, n© 8. Lettres de Bedford^ Caen, 19 décembre 1423. — Bib. Imp., 9436 [4], 151, 152.

(45) Bib. Imp., S. F., 4770.— Ibid. 9436, 363.— Arch. Imp., E, 648, Journal d'un Bourgeois de Paris (édit. de 1729) 101, 102. — M. Teulet, Catalogue de pièces relatives à l'Angleterre contenues dans les cartons des rois de France , p. 369. Cet

Les états s'ouvrirent le 1er octobre (46); on exposa aux députés que les dépenses avaient considérablement dépassé le chiffre de Faide accordée au mois de décembre de l'année précédente. Ce déficit s'expliquait par la nécessité où Ton s'était trouvé de lever, en sus du nombre affecté à la défense de la Normandie , de nouvelles compagnies pour le siège de Guise, Senonches , Nogent-le-Rotrou, Beaumontle-Vicomte, Rambouillet, Rochefort, le Mont-Saint- Michel, pour la journée d'Ivry et pour la bataille de Verneuil, éclatant fait d'armes dont, après Dieu, on était particulièrement redevable à la haute vaillance de Bedford et au zèle des sujets du roi. Pour solder ces compagnies victorieuses, il avait fallu prendre sur les fonds des garnisons, en sorte qu'il ne restait plus rien pour payer à celles-ci l'arriéré de leurs gages. Les députés reconnurent la nécessité d'un nouveau subside; ils accordèrent une somme de 60,000 1. 1. dont on devrait faire trois parts : 50,000 1., auxquelles on joindrait les revenus de la Normandie et pays de conquête, des termes Saint-Michel et Saint-Remi, et autres arrérages, serviraient à payer les garnisons ; 3,000 1. seraient employées aux travaux de Honfleur et de Harfleur, et le reste à la solde des troupes qui assiégeaient le Mont-Saint- Michel par terre et par mer. La construction d'uii château fort sur le quai de Harfleur avait été décidée, il y avait quelques mois à peine ; l'emplacement

ouvrage a été publié en Angleterre. Nous n'en connaissions qu'un exemplaire, lequel a été offert par l'auteur aux Archives impériales. — > Ce serait rendre un service signalé à l'histoire de notre province que de donner une seconde édition de cet important catalogue.

(46)Bib. Imp., 9436 [4], 7.

en fut déterminé, dans les premiers jours de septembre, par Fabbé du Mont-Saint-Michel, et par Raoul Le Sage, membres du Conseil (47).

Le mandement du roi pour la levée des 60,000 1.

est daté de Paris, du 12 octobre : les deniers devaient être recueillis avant la Toiissaint.

Dans la même assemblée, les états votèrent une aide de 180,000 1. 1. payable en trois termes, fixés au mois de janvier, au mois d'avril, au mois de juillet 1425 (48).

Il faut ajouter à cela une crue de 6 L ordonnée parle roi, pour une année, sur chaque muid de sel vendu dans les greniers de la Normandie et pays de conquête (49).

Les habitants de la vicomte de Coutances eurent, en outre , à supporter pour leur part une imposition de 901 1. 17 s. t. en argent, et de 885 1. 13 s. t. en vivres pour le paiement des gages et regards de Laurent Haulden, écuyer, commis depuis quelques mois à la garde de Tombelaine. avec 30 hommes d'armes et 90 archers à cheval, pour surveiller les Français du Mont -Saint -Michel. Il est assez probable que ce n'était là qu'une partie d'une aide imposée d'oflSce, dont nous voyons au mois d'octpbre un messager porter les commissions aux élus et aux vicomtes de Caen, Condé, Vire, Mortain, Bayeux, Exmes, Argentan et Alençon (50).

(47) Bib. Imp, 364 , 362.

(48) Bib. Imp. y Gaignîères, 2759. Déclaration de l'assiette de la taille qui eut cours au mois de janvier 4à%i en la Dtcomté d'Àuge. — Arch. de la S.-Inf , Etats, noH5, 47.

(49) Bib. Imp., 94361 4], 423.

Les états de Normandie furent, cette année encore, convoqués à Paris, par-devant le duc de Bedford (51); ils votèrent une aide 160,000 1. 1., payables en trois termes, « pour le paiement des gens d'armes « et de traict ordonnez par le roi, tant pour la garde « et seurté du païs, comme pour tenir les champs, « et recouvrer les villes et places dudit seigneur oc- « cupées par les ennemis 5 » notamment pour l'entretien de 400 lances qui devaient faire la conquête de r Anjou et du Maine. Le dernier paiement, de 60,000 1., fut effectué au mois de juillet 1426.

Il ne faut pas confondre avec ces états une assemblée de prélats et de notables de France et d'Angleterre, convoquée à Paris vers la même époque, pour donner avis, en présence du Grand Conseil, sur le défi que duc de Bourgogne avait adressé au duc de Glocester.

Indépendamment de l'aide de 160,000 1., le roi, de son autorité, fit asseoir sur les habitants du bailliage de Caut une somme de 2,000 1. 1. pour les travaux du château de Harfleur.

Il est fait mention dans des lettres de Henri VI, du 14 avril 1431, d'une aide de 120,000 1. 1. octroyée par

(5i) Aïch. de la S.-Inf., États, nos 48, 2i. — Arch. Imp., K, 648. « Quittance donnée par Pierre Surreau à Richard Heming- « bourgh, vicomte d^Argentan^ de 1^000 l. pour convertir au paiece ment de AOO lances , ordonnées pour tenir les champs en la confit quête d'Anjou et du Maine. ^5 avril 4S^6,n

les états en Tannée 1425; ni le lieu de la session, ni*^ le mois ne sont indiqués (52). Il est vraisemblable qu'il y a là erreur, et qu'on a voulu faire allusion à rassemblée de 1426.

Cette année, en effet, au mois de septembre, une aide de 120,000 1. 1. fut accordée par les états, réunis à Mantes sous la présidence du chancelier (53); ils s'ouvrirent le 15, et furent clos certainement avant le 21, puisque ce jour-là Raoul Roussel, qui y avait assisté comme maître des requêtes , reçut du receveur général, Pierre Surreau, l'indemnité à laquelle il avait droit pour ses vacations (54).

A la même époque, le même subside fut voté par les états assemblés à Rouen (55); il dut être employé « au paiement des gens d'armes et de traict , ordon- « nez pour ceste année à la garde des bonnes villes « et forteresses des duchié et pays de conquête, et à a expulser les brigans, ad ce que les bons et loyaulx « subgets dudit seigneur, demourans en iceulx , « pussent faire seurement leurs marchandises et la-

(52) D. Lenoir, 65.

(53) Bib. Imp., S. F., 4770. — Arch. Imp., K, 648.

(54) Bib. Imp., S. F., 4770. Quittance du %4 septembre 4â^6.

(55) Arch. de la S.-Inf., États, nos 22, 23.

« bours. » Le premier paiement, de 63,000 1., dut être fourni avant le 15 décembre 1427, conformément aux lettres du roi, données à Rouen le 22 septembre précédent; le régent, le chancelier de France et Nicole Habart, évoque de Bayeux , assistaient à ces états, dont la durée est certainement comprise entre le 5 et le 26 septembre (56).

On y fit un nouvel appel au dévouement du clergé. Dès le 24 du mois d'août, Bedford avait écrit aux chanoines de Rouen, et probablement aux autres communautés ecclésiastiques, pour leur annoncer que, dans un but d'intérêt général, une assemblée serait tenue le 8 du mois suivant ; il invitait les chanoines à s'y faire représenter par deux délégués. A l'assemblée, le commissaire du roi exposa qu'il était nécessaire, pour assurer la conservation du duché, de lever sur le clergé une somme de 20,000 1. 1., payable dans un an. Les députés du chapitre de Rouen en référèrent à leurs commettants et les prièrent de leur tracer la ligne de conduite qu'ils avaient à tenir. Le chapitre, toujours prudent, leur recommanda d'observer avec soin de quelle manière les prélats, qui devaient voter en premier lieu , accueilleraient la demande du gouvernement-, dans le cas où ils les verraient chercher des excuses pour se dispenser du subside, ils devaient résolument se mettre à leur suite; que si, au contraire, la majorité paraissait favorable à la demande, il ne fallait pas résister de front, mais se borner à la déclaration suivante : « Dans une affaire a de cette importance, qui intéresse tout le clergé

(56) Bîb. Imp., Gaîgnîères, 451. Quittance de Nicole, e'vêque de Bayeux ^ t octobre 4itT.

« normand , il n'est pas permis à un si petit nombre « de représentants d'engager les absents. D'ailleurs, a une autorisation du pape serait indispensable, et « il ne paraît pas qu'on Tait obtenue. Pour procéder « comme il convient, il n'y a qu'une voie à suivre : « faire convoquer par les évoques les ecclésiastiques « de chaque diocèse ; recueillir les observations et M les remontrances exprimées dans ces assemblées « particulières, et les soumettre ensuite à l'examen « d'une assemblée générale et régulièrement com- « posée (57). » Nonobstant ces objections, le dixième fut voté; mais le duc de Bedford ne crut pas pouvoir s'abstenir de recourir à l'autorité du saint-père. La perception fut diCTérée jusqu'à ce que la bulle qui approuvait l'octroi fût venue de Rome.

Dans la même année, les états accordèrent une aide de 50,000 1. t. pour le recouvrement de Pontorson. Ce renseignement nous est fourni par une quittance donnée par Pierre Surreau à Jean Gourdel, vicomte d'Evreux, le 10 septembre 1427(58). Malheureusement cette pièce n'indique pas à quelle époque ni dans quelles circonstances cette aide fut votée.

En 1428, nous avons à signaler deux conventions générales des états : la première eut lieu au mois de

(57) Arch. de la S.-Inf., Begf, capitulairBs de Notre-Dame de Rouen; 1 6 septembre 4 â^J .

(58)Bib. Imp., S. F., 4770.

juin, nous ne saurions dire en quel endroit; une aide de 60,000 1. 1. y fut votée. La moitié en fut affectée à la solde des gens d'armes et de trait , réunis à l'armée que le comte de Salisbury avait amenée d'Angleterre, et qu'il devait conduire sous les murs d'Angers, et aussi aux munitions d'artillerie nécessaires pour quatre mois de siège (59).

Le paiement de cette aide se fit avant le 25 août 1428, conformément aux lettres patentes de Henri VI, données à Paris le 4 juin, et au mandement des con^missaires du roi du 3i juillet (60).

Vers le mois de septembre , le clergé de toute la province, représenté par les évoques, les abbés, les prieurs et les députés des chapitres, fut convoqué par le régent dans la chapelle de l'hôtel de l'archevêché. Jean Chevrot, vicafre et officiai de l'archevêque, présida l'assemblée. On demanda une somme de 30,0001. t., à titre de don gratuit : c'étaient 10,000 1. de plus que l'année précédente (61). Consultés à ce sujet par leurs délégués, les chanoines de Rouen furent unanimes pour leur prescrire cette déclaration , qui prouve le ferme attachement de ce corps aux principes proclamés en son nom l'année précédente :

« Messieurs vouldroient complaire en toutes cho- « ses au Roy et à monseigneur le Régent et à ceulx « de leur Conseil, et congnoissent bien les grans lace bours et painne que ilz seuffrent de jour en jour

(59) Bib. Imp.., S. F., 4770. -- 9456 [5], 209. — Arch. Imp., K, 648.

(60) Arch. Imp., K, 648.

(64) Arch. de la S.-Inf., Registres capitulairos de la Cathédrale de Rouen, 8 juillet 4429.

« pour 1() bien de la chose publique; mais ils ne « voient point que ilz peussent accorder la dece mande par eulx faicte ne autre subside , sans auto- « rite du pape. Mais pour leur complaire, pourveu « que il leur appare du consentement du pape , par « bulle non révoquée, nonobstant leurs pouretés, « sont d'acort de acorder un x® pour touô autres « subsides, pourveu que il y ait commissaire sur les « impotens, et que il soit reçeu par gens d'église, « et que chascun ne soit tenu fors pour soy. » Le dixième fut accordé sous cette forme et à ces conditions par le clergé, lequel ne manqua pas à cette occasion de rappeler Tétat de détresse où il se trouvait réduit par suite de la guerre, misère telle que la plupart des ecclésiastiques avaient à peine de quoi vivre. L'argent du dixième devait être employé à la deffense du pats, et par espécial pour Veœpulsion des adversaires estans en la place du Mont-Saint-Michel, La bulle parvint à Paris dans le courant du mois de mars 1429; mais quelle ne fut pas la surprise du clergé de voir que, au lieu d'un dixième accordé à grand'peine, il était question d'en lever trois : Tun pour le pape, afin de subvenir aux frais de la guerre de Bohême, et deux autres pour le duc de Bedford? Dès le 8 du mois d'avril, un mandement de Henri VI, daté de Paris, donna Tordre de procéder à la levée de ces impositions. Les commissions furent adressées à neuf receveurs spéciaux choisis vraisemblablement parmi les ecclésiastiques, ainsi qu'on en avait exprimé le désir (62). Le chapitre de Rouen protesta ;

(62) Bib. Imp., 9436 [5], 706. «Amessire Jehan Gaultier, a presbtre, curé de la paroisse Saint-Michiel, à Rouen, auquel ont <i été payez la somme de c s. t., à lui tauxez par messieurs du

quelques chanoines finirent pourtant par approuver la concession d'un dixième au pape; mais tous furent d'accord pour trouver illégal le second dixième exigé par Bedford. Ils déclarèrent qu'à leurs yeux l'évéque de Beauvais, Pierre Cauchon, qu'il avait fait nommer juge apostolique pour toutes les questions auxquelles la perception des dixièmes donnerait lieu, n'avait point à cet égard une autorité suffisante, et qu*on interjeterait appel de ses sentences et de ses

a grand Conseil en Normandie, pour certain voyage par lui fait <i dudit lieu de Rouen à Paris, audit mois de mars. » H devait aller à Rome chercher les bulles; mais, comme il était à Paris, elles furent apportées par un chevaucheur du roi, qui revenait d'Italie , 787. -— « A maistre Pasquier de Vaulx, chanoine de Paris et docteur a en décret , auquel le Roy notre sire , par ses lettres données à « Paris , le ix® jour de mars mil cccc xxviii, par Padvîz et déli— a bérations de mondit seigneur le Régent, mande être payé par ledit a receveur des deniers de ladite recepte, tant en son nom comme a pour maistre Jehan Vivien, conseiller et procureur du Roy notre « dit seigneur en court de Romme, la somme de cl salus d'or, a pour cause de l'expédition de certaines bulles octroyées du cona sentement de N. S. P. le pape , pour avoir et lever au prouffit a du Roy notre dit seigneur, pour les affaires du duchié de Nor» « mandie, deux dixièmes consentiz et accordez par les prélaff dudit a duchié. d — « A maistre Gilles Tisserant , maistre es ars et estua diant en l'université de Paris , serviteur de Mgr. l'évéque de Beauvais, conseiller du Roy, payé par Tordonnance de nos sei- « gneurs du Grand Conseil du Roy en Normandie , xii 1. pour la tt façon et escripture et expédition de ix procès et commissions à V yceulx appartenans, pour les receveurs particuliers touchans les ff bulles dessus dictes des deux dixièmes accordez au Roy par les a gens d'église du pays de Normandie , dont mondit seigneur de « Beauvais est esleu juge- »

Un des receveurs du dixième fut Nicolas Caval, chanoine de Rouen. Conformément à la délibération du chapitre , il y eut dans chaque diocèse des commissaires sur les impotens, qui furent désignés par Tévêque de Beauvais. (Arch. des Hospices de Rouen, Lettres de décharge accordées par les commissaires, %% novembre 4A30,) Dans cette affaire des dixièmes, le duc de Bedford fut secondé avec un zèle remarquable par l'abbé du Mont-Saint-Michel. Il lui témoigna sa reconnaissance en l'exemptant du paiement de cette contribution. (Arch. de la S.-Inf , États , n® 35, Lettres du duc de Bedford du %i janvier H%9 (v, s.). — V. Pièces justificatives ^ n© xxui.)

contraintes au souverain pontife, ou au prochain Concile général (1er, 2, 6, 8 juillet 1429).

Cette conduite du chapitre est un remarquable indice de l'opposition qui se produisait au sein du clergé. Le même sentiment s'était fait jour dans la délibération du tiers état aux états du 8 septembre 1428 (63). Le roi avait fait exposer aux députés « les grans désir et affection que lui et son oncle « avoient de songneusement et délivrément, par la « grâce de Notre Seigneur, entendre à entretenir Tar- « mée présentement estant remise sus pour le reboute- (( ment de ses ennemis et recouvrement de plusieurs H ses païs , villes et forteresses sous le gouvernement « de son oncle, par son très chier et très amé cousin « le comte de Salisbury, et spécialement pour le re- « couvrement d'Angers et delà place du Mont-Saint- « Michel, entretenir la justice, extirper les brigans « et répuiser telement que ses bons, vrais et loyaux a sugez pussent faire seurement leurs marchan- « dises et labours. » Pour l'exécution de ce programme , on demandait aux états une somme de 200,000 1. 1., payable à trois termes durant une année, à commencer à la Saint-Michel 1428. Les députés n'octroyèrent que 180,000 1. Il est vrai qu'ils supplièrent le régent d'agréer le subside ainsi réduit et se déclarèrent prêts, en cas de refus de sa part, à se conformer entièrement à son bon plaisir; mais Bedford crut prudent de les ménager: il se contenta de la somme votée ; là-dessus 140,000 1. furent affectées à la solde des gens d'armes et de trait qui te-

(63) Bib. Imp., S. F., 4770. — Aroh. Imp., K, 648. — Arch. delaS.-Inf., États, n"» 24, 27, 29, 34. — D. Lenoir, 66.

-Binaient garnison dans le pays et veillaient à la sûreté des chemins ; le reste dut être employé au paiement de quatre mois de service de 200 lances et de 600 archers destinés au siège d'Angers.

Ce subside de 180,000 ). fut levé par parties égales, à trois termes, fixés au 20 décembre 1428, au 15 avril et au 12 juillet 1429, par lettres royaux du 14 septembre 1428 (Rouen), 27 février et 12 juillet 1429 (Paris) (64).

Des motifs qui nous échappent, une influence à laquelle le duc de Bedford regrettait plus tard avec amertume d'avoir cédé (65), amenèrent une importante modification dans le plan des opérations militaires pour l'année 1428-1429. On renonça au projet de passer la Loire à Angers et il fut décidé qu'on s'emparerait d'abord d'Orléans. En conséquence, le 12 octobre, l'armée de Thomas Montagne, comte de Salisbury, vint s'établir sous les murs de cette place. On affecta au siège d'Orléans l'aide qui avait été votée pour le siège d'Angers. Toutefois les états durent intervenir afin de ratifier ce revirement de fonds ; ils furent convoqués à cet effet une première fois à une époque que nous ne saurions fixer au juste, mais qui précéda certainement le 15 avril 1429, date du mandement royal pour la levée du second paiement de l'aide de 180,000 1. On trouve en effet, expressément mentionnée dans ce mandement > l'ap*

(64) Bib. Imp., 9436 [5], premiers feuillets.

(65) Après la mort de Salisbury, Bedford écrivait au roi d'Angleterre : « Aile thing there prospered for you til the tyme of the « siège of Orléans taken in hand , God knoweth by what advis. n Rymer, t. IV, iv, Ui.

probation donnée par les députés à cette nouvelle destination des deniers publics.

\ la suite de ces deux assemblées générales , signalons quelques conventions particulières. Au mois d'août, les habitants des bailliages de Caen , du Cotentin et de l'ancien ressort de ces juridictions accordèrent 25,000 1. t. pour le recouvrement du Mont- Saint-Michel (66); 10,000 1. furent payées avec le premier paiement de l'aide de 180,000 1., 15,000 1. avec le second. Peu de temps après > les bourgeois de Caen, de Bayeux, de Carentan et de Saint-Lô désignèrent Jean Ànseré et Guillaume Biote, vicomte de Caen, pour veiller à ce que cette aide fût appliquée au but que Ton s'était proposé(67). Le receveur général fut autorisé par Henri VI (27 février 1429) à verser entre les mains de ces deux particuliers les 15,0001. du second terme, et bientôt après il reçut l'ordre de leur remettre en outre une somme de 11,000 saints pour faire venir d'Angleterre ce qu'il fallait de gens d'armes et de vaisseaux pour bloquer par mer le Mont-Saint-Michel (68). Le cardinal de Winchester avait promis d'envoyer 50. lances et 950 archers, et pour cela on avait dû lui faire passer 4,725 saints; mais cette somme reçut une destination différente : après être restée quelques mois dans la caisse de la recette générale, elle fut dépensée, sans qu'on indique de quelle manière, pour la garde

(66) Bib. Imp.,9i36[5], iOi.

(67) Un Jean Auzéré avait été nommé vicomte de Caen par Henri Y, en 4418. (L'abbé De La Rue, Essais hist. sur la ville de Caen, t. II, 266.)

(68) Blb. Imp. 9436 [5], 2U.

du pays et Basses-Marches de Normandie (69). Sur le premier paiement de l'aide de 25,000 1. , on avait donné 650 1. au bailli du Cotentin, Jean de Harpeley, pour achever de le rembourser de 1,400 I. qu'il avait avancées pour les frais de la construction d'une bastille à Genêts, sur le bord de la grève. La nécessité de cet ouvrage avait été reconnue par le duc de Bedford et par le Conseil du roi (70). Tant d'efforts contre l'héroïque garnison du Mont-Saint-Michel furent impuissants pour la réduire : Louis d'Estouteville et ses 119 chevaliers résistèrent aux nombreuses troupes que commandait le sire de Scales. Les noms de ces intrépides soldats furent inscrits avec leurs armes dans le chœur de l'église abbatiale, distinction glorieuse et assurément méritée, puisque, grâce à eux, il resta toujours en Normandie un coin de terre qui fut préservé du contact de l'étranger (71).

Trois mois après l'assemblée du mois d'août, le régent invita les bourgeois de Caen, Bayeux, Carentan, Saint-LÔ et Cou tances à envoyer, le 28 novembre, deux députés par chaque ville par devers Raoul Le Sage, l'abbé du Mont-Saint-Michel et le premier président du parlement de Paris, Philippe de Morvilliers, pour traiter de certaines grosses besognes. L'objet des délibérations n'est. pas autrement déterminé: il est assez vraisemblable qu'il s'agissait encore du siège du Mont-Saint-Michel (72).

(69) Bib. Imp., 198.

(70) Ibtd., 21 i .

(74) M. Le Héricher, Àvranchin monumental, t. II, 259, 264. (72) Bib. Imp., 9436 [5], 693.

Cette année, le déclin de la puissance anglaise dans notre pays s'annonça par un désastre. Les ennemis perdirent sous les murs d'Orléans un nombre considérable de soldats, Salisbury, un de leurs généraux les plus renommés, et enfin des sommes énormes. Là s'évanouit leur prestige et se ranimèrent pour ne plus s'éteindre Tespoir et le patriotisme des Français. 11 résulte de lettres patentes de Henri VI que, du 12 octobre 1428 au 3 mars 1429, les dépenses du siège s'étaient élevées à 40,0001. t. par mois. Bedford fit généreusement le sacrifice d'une partie de ses trésors : il ordonna à tous les officiers du roi , de quelque état qu'ils fussent, de, prêter un quartier d'an de leurs gages. Le gouverneur s'engageait à n'employer les fonds prêtés qu'au siège d'Orléans et à en faire restitution sur tous les revenus de France et de Normandie, sur les aides, les gabelles et les confiscations (73j. Cela fut loin de suffire : il fallut faire appel à l'Angleterre. Le régent demandait au nom du Conseil privé 200 lances et 1,200 archers pour la continuation du siège; mais le trésorier du roi déclara que les finances du royaume étaient dans un si déplorable état, que tous les revenus disponibles ne suffiraient pas pour soutenir les charges de la guerre (74).

Dans les premiers jours de juillet 1429, il y eut à

(73) Bib. Imp., 9436 [5], 787,

(74) Rymer, t. IV, iv, U3.

Harfleur une assemblée de bourgeois et d'officiers du roi, des bailliages du Cotentin, de Caen etd'Âlençon. Raoul Le Sage, Tabbé du Mont-Saint-Micbel et le receveur général y comparurent en qualité de commissaires du gouvernement. Il s'agissait d'aviser à l'approvisionnement des bonnes villes de ces bailliages, et de pourvoir à la sûreté de Harfleur. Cette assemblée ne dura que peu de jours. Elle était terminée vers le 9 juillet (75).

Ce fut sans doute dans cette convention que les députés normands affectèrent au siège d'Orléans le restant de l'aide votée pour le siège d'Angers. Ce renseignement nous est fourni par le compte de 1428- 1429. Le receveur Pierre Surreau mentionne a qu'il « retourna en toute haste de Paris à Harfleur, en la « compagnie de monsr. de Clamecy , conseiller du « Roy, pour faire requeste aux gens du païs que l'aide « pour le siège d'Angers feust converty pour le fait « du siège d'Orléans et armée à rencontre des enne- « mis (76). »

Presque immédiatement après, l'inquiétude gagnant le régent à l'aspect des succès de l'armée française, il adressa un nouvel appel aux bourgeois de Caen, Bayeux, Saint-Lô et Coutances. Il les informa par lettres closes que les ennemis étaient devant Troyes, et les invita a envoyer à Rouen , le 20 juillet , un ou deux députés par ville « pour oyr ce « que dit leur seroit de par lui. . . par Messieurs les « Abbés de Fescamp et du Mont-S.-Michiel, Mons^ « de S. Pierre et Mons' de Rouville, conseillers du

(75) Bib. Imp., 9436 [5], 626, 627. ~ Gaîgnières, 2166.

(76) Bib. Imp., 9436 [5], 655, 256.

« Roy et sur ce donner leurs advis et consentement « au nom des habitans [76^^^), »

Au mois de septembre, les vicomtes et les gens des trois états des bailliages de Caen et du Cotentin furent convoqués de nouveau à Harfleur et à Ronfleur, « pour pourvoir au paiement des soudoyers <f des garnisons et des creues et à d'autres affaires (( touchant le bien du Roy et la seurté des forteresses et chasteaux du pays de Normendie. » Pierre Surreau, Fabbé du Mont-Saint-Michel, Raoul Le Sage, le cardinal d'Angleterre et autres membres du Grand Conseil, s'y présentèrent comme délégués du gouvernement (77). Nous ne saurions dire quelle était la raison de cette convocation particulière dans des localités aussi peu centrales.

Au mois de novembre , les trois états de toute la province furent assemblés. Ils votèrent 140,000 1. 1. pour le paiement des gens d'armes et de trait des garnisons , pour le siège des places de Torcy, Aumale, Canckes et autres forteresses d'environ et non ailleurs, et pour la démolition de certaines places que les Français avaient déjà fortifiées ou s'occupaient de fortifier (78). Ces états étaient terminés avant le 26 du mois de novembre. Le premier paiement de 80,000 1. dut être effectué avant le 20 décembre (79).

(76t>") Bib. Imp., 5436 [5], 740.

(77) Ibid., 624, 627 et 657.

(78) V. deuxpièce8de8 8et26marsi42!9(v. s.), àlaBib. Imp., S. F., 4770, et aux Arch. Imp., K, 648. — Arcli. de la S.-Inf., États, nos 36-40.

(79) Arch de l'Eure, B, i09.

Jlfar«. — ÉTATS A Rouen; Aide de 70,000 l. t. (80). —Vers le même temps, les gens d'Église et les bourgeois de Lisieux obtinrent Tautorisation de lever sur eux et sur les habitants des vicomtes d'Auge, Orbec et Pont-Audemer, la somme de 1,000 1. 1. par manière d'aide, pour la fortification, clôture et emparement de leur ville. Cette aide fut reçue par des commis de leur choix (81).

Août. — États a Rouen; Aide de 120,000 l. t. (82). — Il est assez probable que Henri VI parut à cette réunion. 11 avait quitté Londres vers la fin d'avril. Il resta à Rouen jusqu'au mois de novembre, en attendant qu'on eût terminé, à Paris, les préparatifs de son couronnement, cérémonie destinée, dans la pensée de Bedford , à contrebalancer les effets produits sur le peuple par le sacre de Charles VII à Reims. Il se rattache à ces états un souvenir douloureux. Ils accordèrent « 10,000 l. pour Vachat de /e- « hanne la Pucelle, que Von [disoit estre sorcière, per~ « sonne de guerre conduisant les osts du Dauphin. » A ce prix, d'après la coutume de France, Henri VI avait le droit d'obtenir de chacun de ses sujets la remise de tout prisonnier, fût-il roi ou dauphin. Ces 10,0001. étaient comprises dans l'aide de 120,000 1.; sur cette

(80) r. une pièce du U juillet U33, à la Bib. Imp., S. F.,

(81) Arch. delà S.-Inf., Etats, n*» 43.

(82) Ibid., n"S 42, 44. — M. Teulet, Catalogue, 392.

somme il y avait aussi 10,000 1. à prendre pour le siège de Louviers et de Bons-Moulins. On commença par Louviers; on espérait qu'il suffirait de 100 lances et d'un mois de siège; mais le mois s'écoula sans qu'aucun résultai eût été obtenu : il fallut faire venir des renforts et imposer un nouveau subside de 10,000 1. t. (83).

Une assemblée des prélats de Normandie avait été tenue en la chapelle de l'archevêché au mois de juillet 1429. On y vota, sur la demande de l'Université de Paris, un subside dont j'ignore le chiffre. Il devait servir à payer les ambassadeurs que l'on se proposait d'envoyer au pape pour soutenir la défense des libertés de l'Église gallicane et hâter la tenue du Concile général (84).

11 y eut en 1431 jusqu'à trois convocations générales. Au mois de mars, les députés se réunirent à Rouen, à Caen et dans d'autres localités qui n'ont pas été indiquées (85). Le gouvernement demandait a 70,000 1. t. pour le paiement des gages, regars ({ et soudées des gens d'armes et de trait des garce nisons ordinaires du duchié de Normandie et païs a de conqueste pendant un quartier d'année , du

(83) M. J. Quicherat, Procès de la Pucelle, t. V, i78 et suiv,

(84) a Pro libertatibus Ecclesîe gallicane et acceleratione Concilii n generalis. » ( Arch . de la S . -Inf . , Registres capitalaires , 8 juillet 1429.)

(85) Arch. de la S.-Inf., Étàtb, no« 45-54.

« 29 décembre à Pâques 1431. » Ici on accorda plus ; là on accorda moins : en définitive tout se réduisit à une somme de 60,000 1. t. (86). Le roi déclara s'en contenter, et s'engagea à fournir de ses deniers le reste des fonds nécessaires. Les lettres royaux pour la levée de cette aide portent la date du 1 6 mars 1431 . Parles mêmes lettres, le roi ordonna d'asseoir sur les vicomtes d'Auge, Orbec, Pont-Audemer, Montreuil, Bernay, Falaise, Harcourt, Beaumont-le-Roger une imposition de 3,600 1. 1. EHe était destinée à payer trois mois de gages de a quarante lances et de sixvingts archers, » qu'on avait logés à Harcourt, sur la demande des habitants de la contrée, pour tenir en respect les garnisons françaises de Louviers et de Bons -Moulins, et s'opposer à leur approvisionnement. D'autres troupes de renfort, ou pour employer le terme alors consacré , d'autres crues avaient été établies dans le même but à Évreux , à Vemon et à Pont-de-l'Arche (87).

Les deux autres assemblées d'états furent tenues à Rouen, aux mois de juin et d'octobre. En juin, on vota une aide de 150,000 1. t. payable en deux parties : 100,000 L et 50,000 1. ; 50,000 1. étaient affectées au siège de Louviers (88). Le second paiement de cette aide fut effectué en vertu de lettres du roi du 30 août 1431. Ces lettres ordonnèrent en même temps la levée de 3,000 1. 1. destinées à acquitter Tem-

(86) Arch. de la S.-Inf., n» 45.

(87) Ibid,, n^ 46.

(88) V. une quittance de Pierre Surreau, du i8 juillet 1 434 , et une autre pièce du 24 juillet 1433, à la Bib. Imp., S. F., 4770. —Arch. de la S.-Inf., Etats, nos 55-58.

prunt que le gouvernement avait contracté pour le recouvrement de la ville d'Eu, et de 20,000 1. 1. pour la solde de 400 lances et de 1,200 archers occupés au siège de Louviers. Cet argent devait être versé avant le 16 septembre, afin que le receveur général fût en mesure de payer les assiégeants, le 19, à l'échéance du terme.

Au mois d'octobre. — Etats a Rouen ; Aide de 200,000 L. T. — Cette aide était destinpe au paiement des « garnisons gisans es places et forteresses de « Normandie (89). » On leva en plus 20,000 1. t. pour continuer le paiement de 300 lances et de 900 archers à cheval « ordonnez soubz Monseigneur de (( Willuby, » pour recouvrer Bons-Moulins, Chailloué, Saint-Ceneri , Tabbaye de Saint-Évroult et autres places situées sur la frontière de la Normandie. Cette aide avait aussi pour objet la démolition d'un certain nombre de forteresses et le paiement d'une crm de gens d'armes et de trait répartis entre Mantes, Verneuil, Dreux, etc., pour résister aux Français du pays Chartrain , de Beauvais et de Rambures. L'aide de 200,000 1. fut payée en quatre parties; le dernier paiement s'effectua en vertu d'un mandement du roi du 16 septembre 1432. Les fonds durent être versés avant le 15 octobre suivant.

Cette même année 1431 , les habitants du bailliage du Cotentin eurent à supporter une aide de 500 1. t. pour « parfaire l'emparemenl et fortification d'A- « vranches. »

(89) V. trois pièces des 8 avril U31 (v. s.), 25 février 1432, 20 décembre 1432, à la Bib. Imp., S. F., 4770. — Arch. de la S.Inf., États, n*'» 56, 59, 65. — M. Teulet, Catalogue y 399.

Septembre. — États a Bayeux et a Pont-de-l' Arche ; Aide de 80,000 l. t.

Novembre. — Aide de 200,000 l. t. (90). — Les députés avaient été convoqués à Vernon pour le 15 novembre; ils y attendirent le régent, et le lundi 17 ils se rendirent avec lui à Mantes, où les états furent tenus. On y adopta , sur la manière de lever la taille, quelques dispositions auxquelles on se réfère dans les commissions des receveurs rédigées postérieurement à cette époque.

Décembre. — États a Caen (91). — Ils ne commencèrent pas avant le 6 décembre au plus tôt. L'évêque de Thérouannes, Louis de Luxembourg, qui remplissait alors les fonctions de chancelier, partit de Rouen pour se rendre à Caen le 4 de ce mois, accompagné de Jean Stanlawe, gouverneur général des

(90) F. une pièce du 12 mars 1433, à la Bib Imp., S. F., 4770. — /6td., Gaignières^ 557. — D. Lenoir, 66. — L'assiette delà ville et vicomte de Conches, aux Arch. de l'Eure, B, 90. — Arch. de la S.-Inf., Etats , nos 66-73. Endenture entre Bedford et Roger Fenis, bailli d'Évreux, du 25 septembre 1430, Ibid., no 297. — M Teulet, Catalogue, 405. — M. l'abbé De La Rue, dans ses Nouveaux Essais sur la ville de Caen, t. II , 298 , mentionne une tenue d'états à Caen, en 1432.

(91) V. une pièce du 25 février 1433, à la Bib. Imp., S. F., 4770. — Arch. de la S.-Inf,, États , nos 74-81 . — M. Teulet, Catalogue i 406.

finances, et de quelques seigneurs du Grand Conseil (92). Les députés votèrent 160,000 l.t., payables en trois parties, pour le paiement des « garnisons gisans « es villes et forteresses du duché ». Cette somme fut considérée comme un petit octroi ; c'est ainsi du moins qu'elle est qualifiée dans les lettres de Henri VI , du 29 septembre 1434. Il faut en conclure que le gouvernement n'avait point obtenu tout ce qu'il avait demandé ; mais les impositions d'office lui fournirent un moyen facile et expéditif de porter la somme au chiffre de la demande. Outre l'aide votée, on leva sur toute la province 20,000 1. t. pour « le recouvre^ « ment du Mont-Saint-Michel et de plusieurs places (( (et) forteresses occupées par les adversaires du Roy, « du côté de la Somme; » 5,500 1. t. sur les « habitans « demourans (mitre la rivière de Saine du costé de « Rouen, Caulx et Veuquessin^ » pour couvrir un emprunt que le gouvernement avait été obligé de contracter, afin de payer des crues de gens d'armes établies à Eu et à Gisors, et les frais de démolition de certaines places frontières enlevées aux Français, notamment de la forteresse de Saint-Ceneri ; enfin 2,500 l.t. a sus les habitants (mitre la rivière de Saine « du costé d'Evreux et des bailliages de Caen, Cous- « tantin et Alençon pour icelle convertir à deffraier « Mons^ le conte d'Arondel des fraiz qu'il lui avoit « convenu supporter à Voccasion de la journée qu'il « avoit nagaires tenue contre les adversaires du Roy de- « vant Sillye-le-Guillaume » (93).

(92) Arch. de la S. Inf., Etats, no 76.

(93) Au mois de février 14'H, Jean Stanlawe fut envoyé par les seigneurs du Conseil auprès du comte d'Arondel pour faire procéder à la démolition de Saint-Ceneri. — M. Teulet, Catalogue^ 407.

20 septembre 1434, —• États a Vernon, présidés PAR LE DUC DE Bedford (94). Le régent fit exposer aux députés les charges qu'il avait eues à supporter pendant l'année précédente. Les fonds absorbés par le paiement des capitaines des garnisons gisans s'élevaient à plus de 250,000 1. 1. En outre il avait fallu payer les gens d'armes et de trait envoyés contre les Français du Mont-Saint-Michel, à la journée de Silléle-Guillaurae , aux sièges de Beaumont-le-Vicomte, Cauvay(?), Montfort-rAmaury, Baynes, Houdan, Nogent-le-Roi, Beaumont-sur-Oise , Monceaux, Saint- Valery, Jouy et autres places aux environs de Mantes et de Chartres, et dans le pays de Caux , du Vexin et du Vimeu. Il n'y avait plus moyen de le nier, les embarras croissaient de jour en jour; les Français avaient repris le dessus depuis qu'ils avaient à leur tête le duc de Richement, le bâtard d'Orléans, et autres capitaines renommés. Encore s'il ne se fût agi que de repousser l'ennemi en dehors des frontières ! mais il fallait en même temps organiser des forces imposantes pour la répression à l'intérieur, et payer cette armée que le comte d'Arondel avait levée pour réprimer le soulèvement des communes de la basse Normandie (95).

(94) V. deux pièces du 25 septembre et du 8 novembre i435, àlaBib. Irap.,^S. F., 4770. — /6id., Gaignières, 557. — Arch. de la S.-Inf., États, n^s 82-93. — M. Teulet, Catalogue, 442.

(95) Godefroy, HisL de Charles VU , 388 , 392. — Thomas BasÎDi Uist, de Charles Vll^ lib. III, cap. iv.

A ces états on .vota une aide de 344,000 1. 1., sacri- Gce bien onéreux et qui prouve la triste situation des affaires de l'Angleterre à ce moment. Cette aide fut payée en quatre parties; le dernier paiement fut de 86,000 1. On voit par les lettres du roi , du dernier août 1435, qui en ordonnèrent la levée, qu'indépendamment des garnisons gisans^ dont l'importance numérique nous est inconnue, il y avait à payer « 400 lances et 1,200 archers à cheval, ordonnés en « aucunes d'icelles garnisons sur les frontières pour « mettre siège et tenir les champs. »

En même temps quil donnait l'ordre de procéder à la levée de cette aide, le roi mandait à ses commissaires d'asseoir un subside de 1,000 1. 1. sur les bailliages de Caen et du Cotentin, pour continuer pen^# dantun quartier d'année le paiement de 100 lances et de 300 archers mis en garnison dans la bailillé^^ *' d'Ardevon, et pour construire, conformément à un vœu émis par les députés du bailliage du Cotentin, une nouvelle bastille à Saint-Jean-ie-Thomas, en face du Mont-Saint-Michel.

Cette somme de 1,000 1. n'était sans doute qu'une partie d'une aide de 22,000 I. t. imposée sur la basse Normandie. Les habitants du bailliage d'Âlençon avaient été compris dans le subside ; aux états de Rouen du mois de septembre 1434, ils réclamèrent : ils firent observer que le Mont-Saint-Michel était trop éloigné de leur pays pour qu'on pût les considérer comme directement intéressés à la prise de cette forteresse. Les seigneurs du Grand Conseil, touj; en maintenant à leur égard ce qui avait été décidé, leur promirent qu'à l'avenir on ne les obligerait

plus à contribuer aux frais de cette opération lointaine (96}.

Mai. — ÉTATS A Bayeux. -« Aide de 40,000 l. t. pour (( la solde des gens d'armes et de trait, de nouvel mis « sus pour tenir les champs et mettre siège jusques « au nombre de 800 lances et les archers à cheval, « comprins ceulx qui auparavant estbient ordonnez. » Le second paiement de 20,000 1. se fit en même K . temps et en vertu des mêmes lettres royaux que le quatrième et dernier paiement de l'aide de 344,000 1. %totée rànnèe précédente. Il y eut de plus une imposition d'office de 3,000 1. 1., destinée à indemniser le •• ^^TucVIe Bedford de ce qu'il avait avancfr'pour la solde de 80 lances et des archers qui pendant trois moia avaient servi souS le. comte d'Arondel , aux sièges de l'Aigle, de Bons-Moulins et de Saint-Ceneri , dans la campagne du Maine et de l'Anjou de l'année 1433 (97). Décembre. — États a Rouen ; Aide de ix'* x mille L.T. (98). — Dans le même temps des ambassadeurs

(96) F. une pièce du i 7 mars 4 434 (v. s.), à la Bib. Imp. , S. F. ,' 4770, et aux Arch. Imp., K, 648. — M. l'abbé De La Rue me.n-* lionne une tenue d^états à Caen , en 4434 (Nouveaux Essais sur Caen, t. II , 302.)

(97) Arch. de la S.-Inf., États, no 94.

(98) F. sur ces états une pièce du 5 mars 4 436 , à la Bib. Imp., S. F., 4770.— En 1433, le clergé du diocèse de Rouen avait accordé un demi dixième à Parchevêque Hugues d'Ourgea, probablement afin de lui donner le moyen d'assister au concile de Bâle. (Arch. de la S.-Inf., F. de Parchev., Compte du promoteur ^ 4434-1436, dernier feuillet.) — M. Teulet, Catalogue, 424.

désignés par les'états allaient à Westminster porter au roi les remontrances de la province. Les circonstances étaient critiques , et de nature à inspirer les plus sérieuses inquiétudes sur Tavenir de la domination anglaise en France. Bedford venait de mourir à Chanteraine, près de Rouen, regretté de tous ceux qu'il avait su par sa politique habile rallier à la cause de l'Angleterre (99). Les Normands appréhendaient qu'on ne le remplaçât par un gouverneur d'un rang moins élevé, par un homme étranger à l'esprit et aux besoins du pays. D'autre part il était impossible de n'être point frappé des rapides progrès du parti de Charles VIL Cette année-là même, les Français avaient repris Saint-Denis, Meulan, Pontoise. Les Bourguignons s'étaient détachés de l'alliance anglaise ; la fidélité de Paris était plus que douteuse, et dans le duché même un mécontentement général attestait tout ce que le sentiment de la patrie y conservait encore de vivacité.

Aussi le découragement se fait-il sentir et revêt-il une expression touchante dans les remontrances que les députés de la Normandie présentèrent au roi Henri VI, au nom des états.

Ils commencèrent par lui exposer l'oppression de la province, tous les maux qu'elle avait à souffrir non^seulement des partisans de Charles VII, mais encore des capitaines anglais chargés de la défendre; la force toujours croissante de l'ennemi , ses entreprises continuelles , la nécessité de sortir au plus

(99) Il était , dit la Chronique de Normandie, « noble en lignage et en vertus, saige, large^ craint et aimé. »

vite d'une situation si pénible, soit par un traité, soit, s'il le fallait, par une guerre décisive.

Les ambassadeurs furent écoutés avec bienveillance; le roi parut prendre intérêt à leurs plaintes; il les invita à les mettre par écrit, afin que chaque article pût être examiné avec l'attention qu'il méritait, et recevoir une réponse positive. Dans la supplique qu'ils rédigèrent alors , les députés normands commencèrent par remercier Henri VI et les seigneurs de son Conseil des tentatives qu'ils avaient faites pour arriver à la conclusion de la paix aux conférences de Rouen, d'Auxerre, de Corbeil et d'Arras'lOO). « Les sujets du roi, disaient-ils, avoient « éprouvé une grande joie en apprenant qu'aux « dernières conférences Charles VII avoit offert de « renoncer à ses prétentions sur la Normandie. Ils « en avoient esté et en estoient encore tant resjouis « que de quelconque autre chose mondaine plus ne « sauroient estre, parce que c'estoit les conserver dans « leur estât primitif, ce à quoi toutes choses tendent « naturellement à revenir, et qu'entre l'Angleterre a et la Normandie, il n*y avoit pas seulement alliance, « mais unité de sang , communauté d'origine. » C'était assez faire entendre, bien que d'une manière indirecte , qu'à leur avis les propositions de Charles Vil à Arras étaient assez belles pour être acceptées avec empressement. Les députés se gardèrent d'insister sur ce point; ils se bornèrent à exposer combien une paix prompte et définitive était indis-

(400) Traité de paix proposé et offert à Arras, en 4435, par le roi de France aux Anglais. (D. Martène , Thésaurus Novus , t. I , c. 4787.)

pensable au duché. Il ne fallait, pour s'en convaincre, que se rappeler la dure et terrible guerre que les Normands souffraient depuis vingt ans, guerre qui pour eux était toujours allée de mal en pis; les énormes subsides quelle avait nécessités, les injustices, les violences, les dévastations, la tyrannie que le pauvre peuple avait eues à supporter ainsi qu'un « serf en servage^ » et auxquelles il eût certainement succombé , si on n'eût fait luire à ses yeux l'espoir de parvenir enfin à la paix -, mais maintenant ce but si longtemps poursuivi échappait à ses regards, et de tous côtés, par mer et par terre , la Normandie se voyait environnée d'ennemis 2 des bandes françaises y avaient même pénétré et ravageaient impunément les campagnes.

Que si, contre le vœu unanime des Normands, on devait pour quelque temps encore renoncer à la paix, du moins fallait-il pousser la guerre avec vigueur, réunir des forces imposantes, en confier la conduite à un prince de la famille royale, un grand nom étant le seul moyen de maintenir dans l'armée le principe de la discipline, de jour en jour plus affaibli. On était forcé de l'avouer : le mal dont la Normandie se mourait ne venait pas seulement du fait des ennemis, mais de l'arbitraire des gens de guerre, de l'impuissance de la justice depuis longtemps énervée ou pervertie, et sans laquelle pourtant nulle seigneurie, pour grande qu'elle soit, ne saurait avoir une longue durée. Cette guerre intéressait trop l'Angleterre pour qu'à son tour elle n'en supportât pas les frais? Les Normands n'en avaient-ils pas assez fait? Â quels sacrifices ne s'étaient-ils pas condamnés « en espé- « rance de parvenir à paix qui leur estoit souvent

« promise, laquelle pourtant ne leur estoit pas si prouchaine comme ilz espéroient et que besoin « seroit. » Aussi les députés ne dissimulaient pas que le pays, à leur avis, se trouvait en plus bas état et en plus grand danger que jamais. Ils émettaient le vœu, en Gnissant , que Henri VI fit démolir un certain nombre de forteresses , ruineuses pour le peuple à cause des frais d'entretien qu'elles exigeaient, et plus dangereuses qu'utiles pour sa sécurité, parce que les ennemis s'en emparaient aisément et ne pouvaient en être délogés qu'avec peine. Ils demandaient aussi qu'une même personne ne fût pas chargée de plusieurs capitaineries à la fois, et que les capitaines fussent astreints à résider dans la place dont la défense leur était confiée (101).

Cette supplique fut présentée au roi le 3 décembre 1435. La réponse ne se fit point stttendre: Henri VI, dont la sympathie pour la France parait avoir été sincère, exposa son chagrin de voir la Normandie réduite à un pareil degré de misère.

Il remercia les députés d'avoir reconnu l'ancienne et naturelle union des Normands et des Anglais. Cette union, disait-il, devait li valoir amitié et confédé- « ration perpétuelle. » Aussi déclarait-il que sa ferme intention était de ne point souffrir, pour quelque motif que ce fût, que ses vrais et loyaux sujets normands fussent arrachés à son obéissance , et s'engageait-il à les relever par le plesir de Dieu des oppressions dont ils gémissaient, à les gouverner par justice, à les main^ tenir en paix et en tranquilité. il protestait du désir

(101) Bréquigny, no 1384. — Lettres de rois, reines, etc., publiétis par M. Champollion-Figeac, dans la Collection des documents inédits, t. II, 423.

qu'il avait de conclure la paix; il donnait les conférences qui avaient eu lieu dernièrement comme autant de preuves de la sincérité de ses intentions à cet égard , et rejetait sur la conduite de la France la responsabilité de la continuation des hostilités. Il convenait que, puisque la paix ne pouvait être conclue pour le moment, il était nécessaire de mettre fin à la guerre le plus promptement possible, au moyen d'un armement formidable. On y avait songé, et sur ce point les vœux des Normands avait été prévenus. Il avait été décidé par le parlement qu*on lèverait une puissante armée, la plus grosse qui, de mémoire d'homme, eût passé la mer, une armée de 2,100 lances et de 9,000 archers pour le moins; elle demeurerait longtemps sur le continent et agirait avec tant de diligence, qu'en peu de mois les Français seraient contraints de suspendre les hostilités. Une compagnie devait partir dès avant le i««' janvier; une autre vers la fin du même mois ; et bientôt après , on verrait arriver la grosse armée conduite par le duc d'York en personne, assisté des comtes de Salisbury, de Sufiblk et de Mortain. Il ajoutait que, malgré tous les succès qu'on pouvait légitimement espérer de forces aussi imposantes , il serait toujours prêt pour la « révérence de Notre Sci- « gneur et le repos de son peuple à entendre à toute « bonne et raisonnable paix dans l'intérêt de ses bons, <( vrais et loyaux sujets, quil aimoit tendrement pour « la bonne amour vraye, et la grant loyauté et obéis^ « sance^ patience, fermeté et constance qu'il avoit tour « jours trouvé en iceulx. »

Quant aux points relatifs aux finances, le roi n'était plus aussi explicite; il était loin de nier l'im-

portance des sacrifices que les Nonnands s*^aieDt imposés: au contraire, • il en aToit, assurai t-41, telle

• compassion que plus grande ne pouvoit aYoir; » mais il déclarait en même temps qu'il avait encore confiance dans leur dévouement. Pour les toucher, il évoquait le souvenir de sa première enfance, protégée par leur fidélité non moins que par les soins de son oncle Bedford; il les priait de considérer que le roi son père qui * tant orna la chose publique, Facait « laisMé en Vàge de n mcHS, et que maintenant luif avait < Nostre Seigneur donné grâce de tenir jusqu'à \sv ans

• accomplis, » C'était un encouragement pour eux à prendre en gré la volonté de Dieu et à espérer que la Providence qui toujours tacoit conduit, lui prêterait aide et renfort dans les affaires difficiles où il se Iroiivoit actuellement engagé. Cette espérance, à l'en croire, semblait d'autant plus fondée, que, pour lever cette grosse armée, les états d'Angleterre lui avaient accordé des sommes considérables , témoignant par là qu'ils ne voulaient pour rien abandonner les Normands, et se croyaient obligés de les défendre aa même titre que des compatriotes.

Quant aux abus qui s'étaient glissés dans les capitaineries et aux dangers que présentait la conserva-' tion de forteresses mal défendues, il annonçait que le lieutenant général, le duc d'York, était chargé de donner sur ce point satisfaction aux réclamations des Normands (102\

Le roi ne se contenta pas de répondre aux députés : il écrivit aux bourgeois de Paris, à ceux de Rouen et de plusieurs autres viUes de Normandie, pour justifier

(102) Bréqnigny, no 1386.

la conduite de l'Angleterre aux conférences d'Arras, et leur annoncer l'arrivée prochaine d'une armée dont les exploits rendraient enfin la tranquillité à ses sujets de France (103).

L'effet ne répondit pas aux promesses. Confiants dans la parole du roi, les députés comptaient partir dès la fin de décembre avec le premier corps d'armée ; il leur fallut attendre en Angleterre, à leur grand mécontentement. A la date du 12 janvier, ils écrivirent de Southampton au duc de Glocçster pour lui faire comprendre les fâcheuses conséquences* qu'entraînait un pareil retard, et lui annoncer la prise de Montivilliers et deHarfleur. Le 25 janvier, les députés étaient encore à Portsmouth; ils mandèrent de là au roi que le grand navire qu'il avait ordonné à ses gens de Normandie d'amener en toute hâte n'avait point paru, et qu'il n'était encore venu que six petits vaisseaux. Et pourtant il y avait plus d'un mois qu'on avait annoncé au chancelier, au conseil, aux bonnes villes de Normandie , que sans manque, au jour de Saint-Etienne, on serait en mesure de passer à Portsmouth les montres du premier corps d'expédition; que peu de jours après, dans le courant du mois de janvier, ce serait le tour de la seconde armée, commandée par messire Thomas de Beaumont. Loin que cette promesse se fût réalisée, les soudoyers qu'on avait rassemblés s'étaient ennuyés d'attendre et s'en étaient retournés chez eux. U n'en était pas de même de l'autre côté du détroit : les Bretons, les Angevins, les Gascons, les Bourguignons et les Picards , qui n'avaient point la mer à

(103) Bréquigny,no1387.

passer et que favorisaient les sympathies secrètes d'un peuple fatigué d'une guerre si longue et si ruineuse, qu'encourageaient d'ailleurs le secours des Écossais et la faible résistance qu'on leur opposait, tous ces peuples allaient « férir et entreprendre si « avant et à coup sur la seigneurie du Roy, que la chose « n'en seroit pas aisée à réparer sans très grand coût, « peine et labour. » Dans les mômes lettres , les députés priaient le roi de faire envoyer à ses sujets de France des munitions d'artillerie et de la poudre à canon, qu'il leur était difficile, dans la pauvreté où ils se trouvaient, de se procurer en quantité suffisante , surtout depuis que la prise de Dieppe et de Harfleur avait interrompu les communications entre la Normandie et la Flandre. Ils suppliaient Henri VI de leur pardonner la franchise de leur langage, en considérant qu'il leur était inspiré par « la parfaite amour qu'ils avoient fi à Sa Majesté et au bien de sa seigneurie, aujourd'hui « durement fouilée et abaissée par gens de petit estât « comme la Haire (la HireJ , Poton fPoton de Xain- « traillesj et autres. » Ils croyaient d'ailleurs ne pouvoir, sans mériter le reproche d'inhumanité , refuser ce témoignage de sympathie et de pitié à l'infortune de leurs voisins, de leurs proches et de leurs amis, « puisque les hommes sont singulièrement tenus et obli- « gés d Dieu, au Roy, au pays et à leurs parens, » Ils écrivirent en même temps au duc de Glocester pour le conjurer de prendre en main les intérêts du royaume de France qui penchait à sa ruine, et pour lui donner avis que, d'après les dernières nouvelles, les affaires de Normandie étaient dans le plus déplorable état. Une nouvelle insurrection , plus inquiétante que la première, venait d'éclater dans le pays

de Caux; il fallait au plus vite des hommes et des finances; il était urgent de presser le départ de Thomas de Beaumont, et môme de lui adjoindre, outre le nombre de soldats déjà fixé, 2,000 combattants à pied (104).

Les députés dont nous venons de suivre les démarches et d'analyser les remontrances étaient Jean, sire de Saane, chevalier, membre du conseil de Normandie; maître Pierre Morice, docteur en théologie; maître Jean de Rinel, secrétaire du roi; Louis Gallet, échevin de Paris; maître Jean Périer; Simon de la Motte, écuyer; maître Jean Warrok et le procureur de Rouen, Pierre Daron. Plusieurs d'entre eux, sinon tous, agirent dans cette circonstance comme délégués des états de notre province ; c'est cette considération qui justifie les longs développements dans lesquels nous avons cru devoir entrer. Les députés partirent de Portsmouth à la fin de janvier 1437, en môme temps que le premier corps d'armée. Thomas de Beaumont suivit bientôt; le succès ne répondit pas à la réputation de ce capitaine : il fut battu et fait prisonnier aux environs de Saint- Denis (105). En Normandie, grâce à l'incroyable négligence de Charles VII, les Anglais furent plus heureux : le comte d'Arondel réprima l'insurrection avec une sévérité extrême ; il put rétablir l'ordre, ou plutôt le silence. Mais ses tristes exploits n'étaient qu'un grief de plus contre la domination étrangère , un souvenir irritant qui rendait à jamais impossible cette fusion

(104) Bréquigny, nos 1391, 1392.

(105) Godefroy, Hist. de Charles VU, 87, 88, 393.

entre les deux peuples que quelques esprits mal inspirés avaient rêvée.

Dans une pièce, datée du 10 mars 1435 (v. s.), il est fait mention de 30,000 1. 1., « ordonnés estre cueil- « lis pour le siège de Meulan. » Cette aide fut imposée à Vernon vers le 18 février 1436 (106).

Août. — ÉTATS DE LA BaSSE-MaRCHE DE NORMANDIE A

Caen ; AIDE DE 80,000 L. T. (107).— L'évêque de Lisieux, Pierre Cauchon , l'abbé du Mont-Saint-Michel, le seigneur de Saint-Pierre, le comte de Suffolk et quelques autres conseillers parurent à ces états. Une partie de l'aide votée fut affectée à « Vuniversité ou étude advisée « être audit lieu de Caen (108). »

Dès le mois d'octobre il fut question d'une assemblée d'états, qui devait être tenue à Lisieux par le duc d'York, lieutenant du roi. Le 6 de ce mois, le chapitre de Rouen , comme représentant alors l'autorité archiépiscopale, à cause de la vacance du siège, désigna pour se rendre à Lisieux Denis Gastinel , vicaire de l'archevêché, et Guillaume Le Machécrier, sous-chantre. La réunion fut différée. Nous voyons en effet que les lettres de procuration ne furent dressées que le 6 novembre suivant, et que le 7 du même mois les cha-

(106) Arch. deTEure^ B, 123. — M. Teulet, Catalogue, i36.

(107) F. une pièce du 25 septembre 1436, à la Bib. Imp,, S. F., 4770. — Arch. delà S.-Inf., Etats, no 95.

(108) Henri VI avait établi à Caen une étude pour le droit civil et canon, dès le mois de janvier 1 431 (v. s.). [Ord, des rois de France, t. XII, 176.)

noines agréèrent les excuses de Guillaume Le Machécrier, le dispensèrent du voyage, et nommèrent pour le remn^cAfllaoul d^angest. On remit aux deux déléguas c^nnstructions, dont on n'a malheureusement traaJyit qu'une partie sur les registres capitulaires. OM leur rappella qu'il était interdit aux gens d'Église d's^corder aux laïques aucun subside sans le consentement du pape, et que c'était là une règle à laquelle ils devraient se conformer. On leur recommanda ensuite de s'entendre avec les députés des autres ordres, afln d'assurer à la justice son libre cours. Faute de cela , la Normandie était dans le plus déplorable état : on ne voyait aucune sécurité dans les campagnes ; le service divin avait cessé dans un grand nombre d'églises, et il était à craindre qu'il ne cessât bientôt dans toutes, si l'on s'en tenait toujours à de vaines paroles, si l'on n'en venait pas enfin à de sages et énergiques mesures (109).

Au mois de décembre il y eut à Gaen une assemblée d'états (i09 bis). Nous croirions assez volontiers que la basse Normandie y fut seule représentée, et que la réunion de Lisieux n'avait été composée que des députés de la haute Normandie. Nousavonsàysigna-

(409) Item^ cum non lîceat viris ecclesiasticîs, inconsulto summo pontîfice, laïcis aliqua concedere subsidia, quod virtute dicti procuratorii aut alias non prebcant assensum vel consensum ad aliqua subsidia levanda ant accipienda super viros ecclesiasticos.

Item, quod procurent cum aliis statibus justiciam taliter exerceri quodbomines possint in pace vivere et servicium. divinum in ecclesiis continuari, quod in pluribus ecclesiis jam cessatum est et in aliis brevi similiter erit, unde, proh dolor ! nisi celeritcr apponatur reme-

dium non solum verbo sed facto (interrompu). (Délibération

capitulaire du 5 novembre 4 436.)

(109 6i») V. une pièce du 6 avril, après Pâques, 1437, à la Bib. Imp., S. F., 4770. — Arch. de la S.-Inf., États, nos 97-407. — M. Tabbé De La Rue, Nouveaue Essais sur Caen, t. II, 302.

1er la présence des conseillers que nous avons déjà cités aux états de Caen du mois d'août. On y vota une aide de 190,000 1. 1. pour ^ solde cfiwa|piisons du duché et le recouvrement de certainei^Rcj^ occupées par les Français. Cette aide dut êtyjpayée en deux termes, Gxés, le premier, au 20 jan*er, et le second au 20 mars 1437. Les vicomtes d'Arqués, Caudebec, Gisors, Gournay, Montivilliers et Neufchâtel , avaient obtenu de n'être point comprises dans cette imposition, à condition de se charger de l'approvisionnement de leurs garnisons.

On leva en même temps 1,500 1. 1. pour la démolition des forteresses inutiles, conformément au vœu exprimé l'année précédente par les députés de Normandie.

irfut de nouveau question de l'université de Caen, création toute récente, dont on sentait plus que jamais l'utilité depuis que Paris était retombé au pouvoir des Français. On désirait obtenir en faveur de cet établissement l'approbation du saint-siége et les privilèges dont jouissaient les autres universités. Pour cela il y avait des démarches à faire, des dépenses à prévoir. Sur la requête des députés du bailliage de Caen, le roi autorisa la levée sur les vicomtes les plus directement intéressées à l'existence de la nouvelle université, d'une imposition de 450 1. t., réparties ainsi qu'il suit : 160 1. sur la vicomte de Caen ; 120 sur celle de Bayeux-, 100 sur celle de Falaise; 60 sur celle de Vire; 50 sur celle d'Auge^ 80 sur celle d'Orbec. Bientôt on reconnut l'insuflSsance de ce subside : un second fut autorisé et réparti de la même manière. Il fut perçu avec le second paiement de l'aide de 150,000 1.; seulement, comme les vicomtes d'Auge et

d'Orbec ne raisaient point partie du bailliage de Caen, et qu'il était à craindre qu'elles ne s'opposassent à la levée d'unc^inposition dont leurs délégués n'avaient point eu . c^paissance , il fut décidé qu'avant de procéder à la levée de cette imposition on s'assurerait du consentement de la plus grande et plus saine partie des habitants de ces deux vicomtes (110).

Cette année il y eut une imposition d'office et deux subsides accordés par les états.

Le 22 avril , Henri VI ordonna qu'avant le 8 juin la province aurait à fournir une aide de 16,500 1. 1. Un mandement des commissaires du roi nous en fait connaître l'objet {HO bis). Il s'agissait de rem^^ourser au duc d'York , et à d'autres puissants seigneurs, les fonds qu'ils avaient prêtés au gouvernement pour le siège de certaines forteresses. Cet emprunt avait permis à Talbot, maréchal de France, et à Guillaume de Neuville, seigneur de Faucomberge, de se porter vers la Gn de janvier sur Ivry, dont ils avaient réussi à s'emparer. Un mois plus tard, le jour du mardi gras, aidés du comte de Salisbury, ils avaient repris Pontoise, grâce à un heureux stratagème et à la négligence du capitaine Jean de Villiers. Au mois de mars, Talbot, à la tête de 200 lances, sans compter les archers, s'était encore emparé de quelques places

, (HO) Lettres du roi, du 48 février U36. — Arcb. de la S.'Inf,, Etats, 004 03.

(440 W#j Arch. delà S.-Inf., Btatb, no 408.

du VexiOy que Ton n'a pas manqué d'énumérer dans le mandement. C'étaient la Tourelle- Saintr- Martin, Cbâteau-sur-Epte, Ambleville , jCenneville , Mézières, Vilarceaux, Chars, Vignayjl^iermes et Luzarches. Aux dépenses qu'avaient entraînées ces expéditions il fallait jcnndre les frais d'équipement d'un navire qui devait parcourir la Seine, afin d'assurer la liberté de la navigation (111), et de s'opposer aux entreprises des Français, restés maîtres de Tanearville et de quelques autres points importants le long des rives de ce fleuve. Les états avaient bien accordé, dans une circonstance antérieure, une aide pour le siège de Tancarville ; mais cette entreprise avait été différée, à la grande surprise des Normands. Henri VI prenait de nouveau l'engagement de s'en occuper dans un bref délai , et de se conformer à cet égard aux vœux de la province. Le mandement n'en contient pas l'aveu ; mais , on le sait d'ailleurs , les tergiversations qui , depuis longtemps déjà, entravaient la marche des opérations militaires avaient pour principale cause la discorde qui régnait au sein du

(444) n est fréquemment question de vaisseaux destinés à assurer la navigation de la Seine pendant Toccupation anglaise. Le dernier mars avant Pâques 4 444, Henri YI informa les trésoriers et généraux gouverneurs de ses finances en France et Normandie que, pour « tenir en seureté la rivière de Seine de Bonfleur a à Rouen, conduire et convoier les marchans, re'sister aux odzera saires qui sout entes fois puis nagaires avoient des troussé, pillié « et raenconné pluseurs personnes ^ il avoit ordonné estre mis sus « deux baleiniers, l'un appartenant au duc d'Yorkj lieutenant géa néral et gouverneur au royaume de France et au duchié de Nora mandie^ dont estoit maître Robert Brigier^ et de l'autre balenier « était mattre Jean de Monthion; il y avait au premier 28 hommes, « tant gens de guerre que batelliers et nageurs, y compris le mattre « et le contre-maître^ et dans Pautre 4 8 hommes seulement.

« Donné àHonfleur, sous le scel ordonné en l'absence du grand, « le dernier mars avant Pâques 4443 (v. s.), d

Conseil. Bientôt la révocation du duc d'York révéla à tous cette situation périlleuse. 11 fut remplacé par Richard, comte de Warwick, en qualité de lieutenant général et 'de gouverneur de tout le royaume de France, du duché et pays de Normandie (111 bis).

Les états des bailliages de Caen, du Cotentin, d'Alençon et du diocèse de Lisieux, que Ton ne désignait point encore généralement sous le nom de basse Normandie , avaient été convoqués par le roi , à Bayeux, pour le 22 août. Les commissaires chargés de présider les états ne purent, pour des motifs qui nous sont inconnus, se rendre à Bayeux, ainsi que cela avait été convenu. Ils mandèrent aux députés et aux officiers du roi , qui déjà s'y trouvaient réunis , de venir tenir leurs séances à Caen. Vers le même temps, les états de la haute Normandie furent convoqués à Pont-de-r Arche. En somme, le roi obtint de la province une aide de 80,000 1. t. (112).

On s'adressa peu de temps après au clergé ; mais de ce côté on éprouva une résistance assez vive, à en juger par la conduite des chanoines de Rouen. [Is avaient été invités à se faire représenter à une assemblée qui devait avoir lieu dans la chapelle de l'archevêché. On leur demandait de désigner quatre ecclésiastiques, lesquels s'adjoindraient à quatre député» de la noblesse et à quatre bourgeois de la ville pour délibérer sur la demande d'une imposition nouvelle. Le 17 octobre, les chanoines adoptèrent une

(1U bis) Ceslettres8ontdu16juillet4 437. — Rymer, t. V, p.I, p, 4^. — . Le siège de Tancarville fut entrepris, conformément à la parole de Henri VI, cette année même. — M. Teulet, Cata^ logue, 429.

(112; Arch. de laS.-Iuf., États, nos 110, 113.

décision énergique : « Considérant que, par suite « d'une guerre sans fin , les revenus de leur église (( avaient été totalement anéantis; que, dans l'état de a pauvreté auquel le chapitre se trouvait réduit, il (c lui étail absolument impossible de payer aucun «subside; que, même en admettant que ses res* « sources fussent suffisantes, il ne lui était pas permis « d*engager ses biens sans une autorisation expresse CI du siège apostolique, à peine d'attenter aux libertés « de l'Église et d'encourir les censures canoniques; f( pour ces motifs, tous, sans exception, conclurent a qu'il n'y avait point lieu de rien accorder au roi, « ni même de se faire représenter à rassemblée. » ils décidèrent qu'au nom de tout le clergé du diocèse on supplierait l'archevêque Louis de Luxembourg de prendre en main la défense des immunités ecclésiastiques. Le chanoine Henri Gorren fut chargé de notifier cette délibération aux députés '113). Qu'en advint'il? Nous ne saurions le dire; mais il est certain que cette résistance ne dut plaire ni aux commissaires du roi ni à l'archevêque, homme dévoué à la cause de IWngleterre, comblé des faveurs de l'étranger, et obligé par sa dignité de chancelier de soutenir les intérêts du gouvernement.

Au mois de décembre les états furent convoqués à Rouen par devers le comte de Warwick. Le jour de la réunion avait d abord été fixé au 10 : il fut retardé de huit jours, comme on le voit par une délibération du chapitre de Rouen* du 18 décembre llV. L'asti 3' Arch. de la S.-Ia:\ — Reg. eapit. de la Cathédrale de &:«»«:. — Difir^êfmdoa du 17 ocîobiv 1437.

Il* C^rte :;:* *rccrv? le cb*v::re re^vînmar» Aa à ses dépatés îrf }r::e*î.r ccntpî tou: ee^jui j>ourr;iit ètw cwiurafre à TEgose et*

semblée se tint dans la chapelle de Tardievèché, et durait encore le 29 de ce mois. L'aide votée s'éleva à 300,000 1. 1. pour lé paiement de cinq quartiers d'an des garnisons et de l'armée, de la fin de juin 1437 à la Saint-Michel 1438 (115). Le gouvernement prit l'engagement de faire venir d'Angleterre les fonds nécessaires pour le « paiement d'une année entière de a 400 hommes d*atmes à cheval et les archers d Vafférent « four tenir es garnisons des pays de Normandie et de « conqueste que sur les champs^ pour résister d l'en- « contre des adveriaires du Roy. . . garder et défendre les subgets des dïipays. » Il en fut de cette promesse comme de celle dont on avait bercé la patience des députés en 1435 : ^u mois de juin 1438, on n'avait encore rien reçu. Oq excusait ce retard par la cherté extrême des subsistati^es, comme si la Normandie se trouvait dans une sitii|ition plus prospère, et n'était point en butte au triple fléau de la guerre, de la peste et de la famine. Â la vérité c'était un pays conquis, et, comme tel, il avait droit à moins de ménagements. Au lieu d'alléger le poids des impositions, ainsi qu'on devait s'y attendre, le roi déclara qu'il se voyait dans la nécessité, pour payer les soudoyers qui depuis longtemps déjà réclamaient leur solde, et qu'un retard plus prolongé pouvait porter au pillage,

ses libertés. —Le \ 1 janvier suivant, il y eut, dans la chapelle de Parclievêché^ une nouvelle assemblée du clergé et de la noblesse, à laquelle le chapitre de Rouen députa R. Barbier et N. Caval.

(445)D. Lenoir, 67, 74. — Arch. de la S. -Inf., États, nos 11 4, 134. — Pièce du 11 décembre 1438^ à la Bib. Imp., S. F., 4770. — M. Teulet, Catalogue, 432. « Lettres de Henri VI aux tréso- « riers et au receveur général des finances en France et en Nor- « mandie, pour leur enjoindre de n'employer les deniers qui doivent « arriver d'Angleterre à autre chose qu'à payer les soudoyers. » Rouen, 29 décembre 1437.

de faire lever sur le duché une somme de 100,000 L pour le troisième et dernier paiement de l'aide de 300,000 1. Cette fois encore les vicomtes d'Arqués, Caudebec, Gisors, Montivilliers et Neufchatel ne furent point comprises dans cette levée. Elles contribuèrent au paiement des garnisons cantonnées sur leur territoire en leur fournissant les provisions qui leur étaient nécessaires. Outre ces 100,000 1., on leva 1 0,000 1. 1. a pour certaines besognes secrètes touchant (i le bien du Roy (H6). » Il devenait évident, même pour les moins clairvoyants, que la situation des Anglais s'empirait de jour en jour, et que tout l'argent de la Normandie ne suffirait point pour soutenir une cause déjà si gravement compromise. Dès le mois de juillet, les vicomtes et les autres officiers avaient reçu Tordre de fournir à la hâte par « emprunt ou a'u- « tremerU » de grosses sommes sur ce qu'ils pou-

valent devoir, à cause de leur recette du troisième paiement de l'aide de 300,000 1. Le receveur général, Pierre Baille, se transporta à Caen pour recevoir les fonds de la basse Normandie, et payer la solde de l'armée de Talbot (29 juillet 1438).

Au mois de mars, l'archevêque Louis de Luxembourg, sur l'invitation du pape, convoqua à Rouen une assemblée notable de prélats et de gens d'Eglise de la province de Normandie ; les députés du clergé du pays de l'obéissance du roi d'Angleterre y com-

(i16) Arch. de laS.-Inf., États, d» 430.

parurent d'après Tordre du comte de Warwick. On remarqua parmi eux Pasquier de Vaulx, évêque de Meaux,qui témoigna toujours un grand attachement à l'Angleterre, fut honoré de la confiance de Louis de Luxembourg, et successivement promu aux sièges d'Evreux et de Lisieux. Cette assemblée se sépara du Concile de Bâle. Elle donna son adhésion au parti du pape, que favorisait ouvertement le roi Henri VI (117). Dès le 18 février, le chapitre de Rouen avait révoqué Nicolas Loiseleur, son procureur à Bâle, et protesté d'une voix unanime, à l'exemple du roi, contre les attentats que le concile s'était permis sur l'autorité du souverain pontife (118).

Au mois d'octobre, les états de la haute Normandie s'assemblèrent à Pont-de-l'Arche, et ceux de la basse Normandie à Bayeux, sous la présidence de commissaires du roi. A Bayeux, les séances durèrent une dizaine de jours, comme on le voit par la taxe accordée à un bourgeois de cette ville, Pierre Le Cave , qui s'y était présenté comme député du tiers état. En somme, l'aide votée ne fut que de 80,000 1. 1. Elle était destinée au paiement du quatrième quartier des garnisons et retenues du duché et pays de conquête, et dut être fournie avant le 3' décembre 1438. Les habitants des vicomtes de Caudebec, Neufchatel, Gisors, Gournay continuèrent à en être affranchis, aux conditions que nous avons signalées (119).

(117) Pièces justificatives, n© 24.

(118) Ibid, Reg. capît.

(119) F. sur ces états une pièce du 17 décembre 1438, à la Bib. Imp., S. F., 4770.— Arch. de la S.-Inf., États, nos 138, 144,299.

Décembre.— ÈTKTS a Rouen; aide de 300,000 l. t.

Le 11 janvier, les bourgeois de Valognes nomment pour les représenter aux états prochains Thomas de Clamorgan et Pierre de La Rocque, écuyer. Ces états devaient s'ouvrir à Caudebec le 24 janvier; ils furent diflërés ; la réunion eut lieu à Rouen au mois de mars, et fut présidée parle comte de Warwick (121).

Mars.— ÉTATS A Rouen; atoe de 200,000 l. t. — Cette assemblée dut commencer dès les premiers jours du mois. Elle était certainement terminée avant le 26, date des lettres du roi (122).

Indépendamment de cette aide votée par les députés, il y en eut une de 20,000 1. t., qui fut imposée d'office pour payer les frais d'équipement d'un navire de guerre destiné à protéger contre les Français établis à Harfleur la navigation de la Seine, que le défaut de sécurité avait fait abandonner presque complètement. Cette aide devait aussi servir à la solde des gens de guerre de crue logés à Bernay, à Pont-Audemer et en d'autres places des vicomtes d'Auge et d'Orbec, plus particulièrement exposées aux incursions de la garnison de Dreux (123).

(120) Arch. de la S.-Inf., États, nos ^35, 437.

(i2i) Arch. Imp., KK, 648. — M. Teulet, Catalogue, 438. — Lettre de Henri YI aux états, de Lisieux. Rouen, 17 mars 4438.

(4221) V, une pièce du 27 octobre 4489, à la Bib. Imp., S. F., 4770. — D. Lenoir, 72, — Arch. de la S.-Inf., États, noi 44549.

(423) Arch. de la S.-Inf., États, uo 445. — Assiette d^impôts

On leva, en outre, en vertu de lettres du roi, 2,400 L t. pour les ambassades des années 1435, 1436 (lettres du dernier décembre 1438); 1,462 1. 10 s. t., afin d'indemniser Talbot de ce qu'il avait dépensé pour le recouvrement . de Saint-Germain en Laye (lettres du 11 avril 1439), et 3,510 L accordés à Foulques Eyton (lettres du 19 mars), tant à titre d'indemnité qu'en récompense du service signalé qu'il avait rendu au pays par la prise de Lillebonne.

L'aide de 300,000 1. fut payée à trois termes, fixés le premier au 22 avril et le second au 22 juin ; le troisième ne fut pas d'abord déterminé: le roi se réservait de le fixer ultérieurement, en prenant conseil des besoins plus ou moins pressants de l'État,

Aux mois d'août et de septembre, il y eut en divers lieux des conventions particulières pour le diocèse de Lisieux et les bailliages de Caen, du Cotentin et d'Alen* çon. Le seigneur de Scales, sénéchal de la province, gouverneur au nom du roi des Basses-Marches de la Normandie^ et Raoul Roussel, maître des requêtes, furent chargés par Henri VI (27 juillet 1439) de se transporter « es lieux de l'éveschié de Lisieux et de la « basse Normandie que mieulx verraient appartenir « pour ilkc dire et remonstrer de par le Roy aux per- « sonnes qu'ils manderaient les nécessités urgentes de

« l'Etat y et leur demander et requerre. . . certaine aide « de deniers convenable. » Il s'agissait « depourvoir com^ « ment pourraient estre entretenuz de paiement les souh a doiés des garnisons des lieux et places du duchié de « Narma/ndie etpaïs de canqueste pour ce présent quar-

faite en la vicomte de Harcourt. . . de 35 1. t. pour le troisième et dernier paiement de l'aide de 20,000 1. t. pour la garde de la mer. 43 août 4439. — M. Teulet^ Catalogue, 444.

« tier d'an qui allait finir à la Saint-Michel prochain « venant; affin, mesmement qtM par deffaut de ce, Hz ne a pussent prétendre excusadon de faire dommages, « griefz et oppressions sur les sugiez du roi, et aussi « pour aider à supporter les très grans frais que néces^^ « sairement convenait faire pour résister aux entreprises « des ennemiz et adversaires qui ores estaient assemblez « à puissance pour envayr la seigneurie du Roy, et faire « grief et nuysance à ses subgiez , et desja étaient à siège « devant Meaulx , et d'autre part cùntendaient venir « entrer et descendre hostillement es Basses Marches de « Normandie (124). » Les sommes votées s'élevèrent à 50,000 1., t. qui durent être perçues dès avant le 20 octobre; sur cette aide 40,000 1. étaient affectées à la solde d'un quartier d'an des garnisons et des retenues ordinaires, 10,000 1. aux gens d'armes et de trait ordonnés pour veiller à la garde de la mer, et protéger les vicomtes d'Auge et d'Orbec(125).

Au mois d'octobre et de novembre, il y eut de nouvelles assemblées à Caen et à Pont-de-l' Arche (126).

A Pont-de-F Arche, le 22 octobre, les commissaires du roi représentèrent que les revenus ordinaires du domaine et les impositions votées Tannée précédente étaient loin de suffire aux charges de l'État. Ils demandèrent 90,000 1. 1. pour payer aux garnisons leurs

(424) M. Teulet, Catalogue, 440.

(1 25) V. des lettres du 2 et du 4 octobre 4 439, à la Bib. Imp., S. F., 4770, et aux Arch. Imp. , K K, 648. — Arch. de la S.-Inf., États, no« 450,154.

(426) V. une pièce du 24 décembre 4 439, à la Bib. Imp., S. F., 4770. — Arch. de la S.-Inf.. Etats, nos 452-455.— D. Lenoir, 77, 78.

gages du quartier d'année expiré le 28 septembre» et subvenir à leur entretien pendant quelque temps encore. Les députés trouvèrent la somme trop forte ; si les charges de l'État étaient grandes» leur pauvreté malheureusement était extrême^ ils proposèrent 80,000 1. 1. pour toute la Normandie : les commissaires crurent devoir s'en contenter.

 Caen, on ne se borna pas au vote de l'aide de 80,000 1., on s'occupa aussi de la nouvelle université. Plusieurs fois on avait envoyé en cour de Rome de notables personnages pour hâter Texpédition des privilèges que Ton sollicitait du souverain pontife. Les frais de voyage et d'expédition s'élevaient à 1,600 1. 1. Cette dépense intéressant toute la basse Normandie, il parut convenable de ne point la fj^ire peser sur le bailliage de Gaen et le diocèse deLisieux exclusivement, mais d'en étendre la charge au Cotentin dans une proportion équitablement réduite. 11 fut imposé à 400. 1. (127).

11 est fait mention, dans des lettres de Henri VI du 10 septembre 1445, d'étals du duché de Normandie qui auraient été tenus à Rouen au mois de

(427) F. D. Lenoir, 73, 75, et une pièce du 30 novembre 1439, aux Arch. Imp., E E, 64S. — Dans ses Essais historiques sur Caen, t. II, 134, M. l'abbé De La Rue dit que l'université de Caen étant civilement constituée, les états de Normandie, tenus à Caen en 4437, et présidée par P. Cauchon, évêque de Lisioux, et Ro6ert Jolivet, abbé du Mont- Saint-Michel, arrêtèrent de demander au pape la confirmation de cet établissement, a Intéressée, dit-il, plus a particulièrement à terminer cette négociation, la ville de Caeu c fit les avances pour Tobtention des bulles et paya au pape « 4 ,606 1. » Malgré Pautorité de ce savant antiquaire , si exact d'ordinaire, nous pensons qu'il y a plus d'une erreur dans cet énoncé. II fut arrêté, dès 1436^ qu'où demanderait au pape la confirmation de l'université de Caen ; et les 4 ,600 1. furent votées en 4 439. — V. aussi les Nouveaux Essais du même auteur, t. II, 302.

décembre 1439. N'y aurait-il point encore là une confusion d'année, et ces prétendus états ne devraient-ils pas être reportés au mois de décembre de Tannée précédente (128) ?

Février et mars. — États A Rouen ; Aide de 200,000 l.t. <c pour le paiement des gens des garnisons des pals « de Normandie et de conqueste de deux quartiers « d'an, commençant le 29 septembre derrain passé « (1439), et finis le 29« jour de ce présent moys in- « cluz, que ou payement d'icelles garnisons et re- « tenues d'un quartier d'an ensuivant, commençant a le xxx« jour de ce dit moys le plus avant que faire « se pourroit.)) — Cette somme dut être payée à trois termes : 80,000 1. au 12 avril, 80,000 1. au !«' juin, 40,000 1. au jour que jugeraient convenable de déterminer les trésoriers et généraux gouverneurs, et le receveur général des finances de Normandie. Le troisième paiement fut certainement antérieur au 5 octobre 1440 (129}.

Juin. — ÉTATS A Rouen. — Ils commencèrent le 29 ; ils avaient été convoqués par les a commissaires ora donnés par le Roy au gouvernement de la France et de « la Normandie, à V effet de pourvoir tant à la seureté « et défense de la seigneurie du Roy, comms à la recou- (( vrance d'aucunes villes très nécessaires pour le bien <( et entretenement du duché (130). » J'ignore quelle

(128) D. Lenoir, 74.

(129) Arch. de la S.-Inf., Etats, no» 156-174.

(130) M. Teulet, Catalogue, 451.

somme fut votée dans cette assemblée ; elle dut être considérable à en juger par l'importance des armées qu'il fallut mettre sur pied, notamment pour le siège de Harfleur, dont le soin fut confié au comte de Dorset (131); mais il est certain que cette somme, quelle qu'elle fût, fut insuffisante, puisque au mois d'août nous voyons le roi Henri VI obligé de contracter un emprunt. Le 7 de ce mois, on paya à un messager 15 1. t. pour sa peine d'être allé de Honfleur à Lisieux porter « pltisieurs lettres closes de nos seigneurs du « Conseil du Roy... adressant aux gens d'Église^ nobles, « manans, etc,^ faisant mencion de certain prest pour le « recouvrement de la dicte ville de Harfleur {iZ2), »

Le dernier jour de novembre, le roi manda à Pontde-l' Arche « plusieurs notables personnes, tant d'Église comme nobles et bourgeois de son obéissance, « pour adviser la manière de entretenir pour aucun « temps les garnisons ordinaires de son obéissance « de France, mesmement comme l'on pourroit brief- « ment résister aux entreprinses des ennemiz, qui (( puis aucun temps en ça estoient venus à puissance « occuper la ville de Loviers. » Peu de jours après, les députés se transportèrent à Rouen par devers certains commissaires du roi (133). D'autres conventions eurent lieu vers le môme temps à Caen et à Honfleur; l'aide votée fut de 60,000 1. t. payables à deux termes, 40,000 1. avant le 24 janvier 1441, 20,000 I. un mois après. Sur cette somme, 50,000 1. devaient être employées à la solde des gens d'armes

(131) M. Teulet, Catalogue, 452.

(132)Arch. Imp., KK, 648- (133) M. Teulet, Catalogue, 462.

et de trait des garnisons et retenues ordinaires a pour « leur aider à vivre et acquitter le Roy sur ce qu'il « leur pouvoit devoir, et 10,000 1. au paiement des a gens de guerre en campagne contre les François ft de Conehes et de Louviers (13i). » Les lettres du roi sont du 2 janvier 1441. Ces deux places, si souvent disputées, venaient de retomber au pouvoir de Charles VII ; la première avait été prise par Poton de Xaintrailles, le capitaine Salezar et Antoine de Chabannes ; la seconde par Pierre de Brezé et le capitaine Floquet.

Le 19 décembre, un mandement du roi ordonna d'asseoir sur les vicomtes de Rouen, Pont-de-rArche, Gisors et Vemon, Harcourt, Beaumont-le- Roger, Pont-Audemer et Mantes, telle somme de deniers qu'il serait nécessaire pour fortifier Tile d'Elbeuf, et assurer la liberté de la navigation de la Seine. La vicomte de Pont-de-rArche fut imposée pour cela à 70 1. t. (135).

Février et mars. — États a Rouen ; AmE de 30,000 l. t. — Les députés s'étaient assemblés vers la fin de février, sous la présidence du chancelier Thomas Hoo; il leur remontra quelles énormes dépenses le roi avait à supporter pour pourvoir à la défense de la Normandie, que le Dauphin s'apprêtait à envahir, et que dévastaient sans relâche les Français de Couches et de

(134) Arch. de laS.-înf. États, nO" 172-174.

(135) Arch. de laS.-Inf., États, n» 156.

LouTÎers. 11 les pria de venir en aide au gOQTeraement, en leur laissant la liberté de choisir tel système d'imposition qu'ils jugeraient à propos. « Henri Yl^ « plein de conGance en leurs bonnes discrétions « et grans loyaultés, Touloit»» ajoutait le chancelier, « s'en rapporter à eux comme à ceux qui bien sa- « voient connoitre et juger le besoin qui en étoit. » Sous cette présidence, plus débonnaire que celle des ducs d'York et de Warwick, les états se sentirent à l'aise ; ils signalèrent la pauvreté générale » l'oppression du pays, la diminution effrayante qu'il avait subie dans sa fortune et sa population. Bref, ils n'offrirent qu'une aide de 30,000 1. t. et ne purent s'entendre sur le mode de la perception -, les uns voulurent faire porter l'impôt sur les marchandises et les denrées \ les autres préférèrent continuer à fournir leur quotepart a par forme d'assiette, » tout en convenant que ce système avait donné lieu à bien des abus. Le 20 mars 1441, le roi autorisa les députés à faire mettre à exécution le mode de perception qu'ils avaient choisi (136).

Notons, comme une particularité intéressante, l'affectation sur l'aide de 30,000 1. d'une somme de 87 I. 20 s. 8 d. t. à Richard Rodes, écuyer, commis pour achever la fortification de l'île située devant Elbeuf(137).

Le 8 août, les états de toute la Normandie se réunirent à Rouen. La convocation s'était faite au nom du duc d'York, qui était revenu d'Angleterre avec le

(136) D. Lenoir, 79, 80. — Aroh. do la S.-Iiif., Etats, no 475.

(i37)16td., 84, 82.

titre de lieutenant général et de gouverneur de France et de Normandie. Le leraoût, à son arrivée à Rouen, il se rendit à la cathédrale, accompagné des évéques de Bayeux et de Lisieux et du cardinal de Luxembourg (138). Le fait de sa présence à Rouen à cette époque doit naturellement faire supposer que ce fut lui qui présida les états.

Au mois de septembre, assemblée de tous les états de la province. Les demandes du roi étaient toujours à peu près les mêmes et basées sur les mômes motifs. On exposa de nouveau aux députés a les très « grans charges que Henri VI avoit eues à supporter (( pour le fait de la guerre, tant à l'occasion de la garde et deflfence des villes, places et forteresses « d'iceulx païs de Normandie et de conquest, pour « résister à son adversaire, lequel en personne estoit « entré à grant armée aux dits duchié et païs, en « intention de y prendre villes et forteresses, et de « grever et dommagier ses bons et loyaulx subgets « (que Dieu ne veuille !) comme aussy pour résister a aux grans vioilences que faisoient aux dits subgiez « les ennemiz et adversaires estans à Louviers, (( Couches, Beaumesnil et ailleurs. » Il fallait de plus aviser à payer « les grans sommes de deniers qui « estoient deues aux gens des garnisons et retenues a ordinaires des dits duchié et païs, h cause de leurs « gaiges de ceste présente année commenchant le «jour de feste S. Michiel, derrainement passé, et a autre temps précédent. » Le roi priait les états de

(438) Arch. de la S.-Inf. — Reg. capit. de la Cathédrale de Ronen.— ./fetd., Etats, no» 477-481.— Arch. de l'Eure, B, 430. — La commission du duc d'York est du S juillet 4440. — Rymer, t. V, p. i , 85.

vouloir bien a en ceste urgente nécessité où ils le w voyoient, et pour la conservation de leurs corps et « biens, lui aidier à fournir le paiement des dites « garnisons et retenues pour ung an commenchant « le xxixe jour de ce présent mois de septembre, « jour de feste S. Michiel , que peult monter environ « la somme de 600,000 1. 1., comme leur fut clerement « monstre. » Les députés recommencèrent leurs doléances ; ils rappelèrent la misère, l'épuisement général de la province, et, en fin de compte, ils accordèrent libéralement, au lieu de cette somme de 600,000 1.; « une imposition de 2 s. pour livre et au- « dessus à Téquipolent sur toutes denrées et marchan- « dises tant de fois qu'elles seroient vendues et échan- « gées, troquées ou menées hors et transportées du (( païs et duchié de Normandie. G'estoit-là, disaient- (( ils, la plus doulce et aisée voie et moins grevable « qu'ils eussent sçeu veoir ne adviser, pour obvier à « plusieurs pilleries, oppressions et abus qui, au préce judice du Roy et de ses subgiez, avoient autrefois (( esté fais. » Dans chaque vicomte, les élus firent proclamer cette aide et l'adjugèrent par parties au plus ofirant. L'ordre de procéder à l'adjudication porte la date du 27 septembre 1441 (139). Cette aide, votée d'abord pour une année, fut renouvelée et ne cessa que le 1er octobre 1443. Nous ne saurions dire ce qu'elle produisit^ nous savons seulement que l'aide de 2 s. pour le vin vendu en gros ou échangé dans la ville et la banlieue de Rouen, pour un an, du 1er qc-

(4 39) V. D. Lenoir, 85, 86 ; une pièce du 4 octobre 4 444 , à la Bib. Imp., S. F , 4770; deux pièces du 16 novembre et 22 décembre 4 441» aux Arch. Imp.^ KK, 648. — Arch. de la S. Inf., États, u»» 181 194.

tobre 14i1 au dernier septembre 1442, fut adjugée à trois bourgeois au prix de 3,000 1. 1. (140).

j4ux moig d'avril et de mai. — États a Rouen ; AIDE DE 1 10,000 L. T., indépendammentde rimposition de 2 s. pour livre (141).— Cette fois encore la basse Normandie ne voulut pas être confondue avec le reste de la province. Les représentants des bailliages de Caen et du Cotentin, faisant bande à part, offrirent de payer 56,447 1. t. pour les gages de leurs garnisons pendant une demi-année qui devait finir à la Saint-Michel, et de fournir en outre 12,000 1. 1. à titre de secours aux autres bailliages. Ils proposèrent de payer de môme les gages de leurs garnisons et retenues ordinaires pendant Tannée suivante, et de se soumettre à une aide de 12 d. t. pour livre, à condition toutefois que la province entière y fût comprise. Ces deux bailliages portaient à eux seuls plus de la moitié des impositions de tout le duché. La guerre avait sévi avec plus de violence dans la haute Normandie et y avait causé une misère d'autant plus profonde que le commerce et l'industrie, au moment où les troubles commencèrent, y étaient déjà très-développés. Un demi-siècle plus tard, du temps de Charles VIII, les bailliages de Caen et du Cotentin avaient conservé leur supériorité au point de vue

(140) Arch. de laS.-Inf. — États, n^» 495, 196.

(141) V, D. Lenoir, 86-89; une pièce du 28 septembre 1442, aux Arch. Imp.^ KK, 648— Arch. de la S.-Inf., États, n"» 197- 207. — Bib. Irap., Gaignières^ 557. — M. Teulet, Catalogue,

de ia richesse , comme on peut le voir par le Journal des États généraux de 1484.

En octroyant une aide relativement si élevée , les députés bas Normands obtinrent du gouvernement la liberté de choisir le mode de perception qui leur paraîtrait le plus équitable, sauf toutefois à le faire approuver par le duc d'York. Cette liberté n'était pas réservée aux délibérations d'une assemblée générale. Chaque vicomte put percevoir à sa manière sa part de contribution: c'est ce qu'il faut conclure, ce nous semble, de la démarche. faite isolément auprès du gouvernement par les procureurs et députés de la ville et vicomte de Carentan, à reflfet d'être autorisés à cueillir par manière d'assiette, comme cela avait lieu d'habitude, les sommes imposées pour la demiannée qui allait finir à la Saint-Michel 1442 et l'année suivante.

La basse Normandie obtint une autre faveur : sur la demande de ses députés, il fut décidé qu'elle aurait un receveur général dont la résidence serait à Caen ; un bourgeois de cette ville , Jean de Semilly, fut immédiatement désigné pour remplir cette fonction (142).

L'aide de 110,000 1. fut payée en trois paiements : le premier de 50,000 1., le second de 40,223 I., le troisième de 20,776 1. (143), en y comprenant quelques impositions d'office dont nous ignorons l'objet.

(U2) Arch. do la S.Inf., Etats , nos Î09-211. — Avant la nomination d'un receveur particulier pour la basse Normandie, le receveur général était obligé de se transporter à Caen pour y recevoir des vicomtes et des autres officiers des finances les deniers de leurs recettes, et pour procéder h la vérification de leurs états. (Bib. Imp., 9436 [5|, 652, etc., etc.)

(143) Arch. de la S. Inf., I^tats, no» 203, 204.

Aux mois de novembre et de décembre 1442 et en janvier 1443, il y eut à Pont-de-r Arche, à Honfleur, à Caen, à Bayeux, à Carentan, à Saint-Lo, etc., des assemblées particulières des états de Normandie, toutes convoquées pour le vote d'un môme subside. Les commissaires rendirent compte aux députés de ce qu'il fallait dépenser pour tenir les champs à rencontre des ennemis, et pour renforcer les garnisons et les retenues; ils déclaraient que, sans une aide de 80,000 1. t., il serait impossible au roi, eu égard à la diminution des revenus de ses domaines, de pourvoir avec la célérité nécessaire à toutes les exigences de la situation, de s'occuper notamment du recouvrement de deux places importantes : Granville et Dieppe, enlevées aux Anglais, la première par Louis d'Estouteville, gouverneur du Mont-Saint-Michel; la seconde par le maréchal de Rieux et Charles Desmarest. Les états n'accordèrent que 60,000 1. 1. Cet impôt fut payé à deux lermes, fixés l'un au 1er février 1443, l'autre au mois d'avril suivant; une partie de l'argent fut employé au siège de Dieppe (144). Dès la Toussaint 1442, Talbot, à la tète de 1,500 combattants, vint s'établir devant cette place, et fit construire sur la côte du Pollet une bastille de bois d'un circuit considérable. Le siège dura plusieurs mois, et il était à craindre que la ville ne fût forcée de capituler, lorsque le dauphin Louis, depuis Louis XI, vint à son secours, et mit à son tour le siège devant la bastille des Anglais : il la prit d'assaut le mercredi veille de la mi-août 1443.

(U4) Arch. de la S.-Inf., États, nos 209, 210.— A Bayeux, les états furent présidés par Pévêque do cette ville, Zanon de Castiglione. (K. M. TabbéDe La Rue, Nouveaux Essais sur Caen, t. II, 304).

 Granville, les Anglais n'eurent pas plus de bonheur. L'argent pourtant n'avait pas été épargné; 24,000 1- avaient été affectées, sur Taide de 60,000 I., pour le siège de cette forteresse. A cette occasion, nous signalerons en passant des lettres adressées par les commissaires du roi pour le recouvrement de Granville à Jean Raudulf, écuyer, vicomte de Caen, pour lui enjoindre de se transporter aux îles de Gersey et de Guernesey, à Teffet de s'y pourvoir de navires, de gens de guerre et de marins. (11 janv. 1442) (v. s.) (145).

L'aide de 2 s. pour livre sur toutes les marchandises, octroyée au roi par les états du mois de septembre 1441, fut continuée pour une année encore, à partir du l«r octobre 1442; on l'adjugea dans la vicomte de Pont-de-r Arche , le dernier septembre 1442, pour 673 1. 19 s. t. Tout le poids de cette imposition portait naturellement sur le chef-lieu de la vicomte; ainsi l'aide de Pont-de-l' Arche, à elle seule, fut baillée à ferme pour 505 1. 19 s.; il ne restait donc que 68 1. pour les paroisses rurales ^146).

Les états, d'abord convoqués à Caudebec pour le 14 août, furent transférés ensuite à Rouen le 18: ils se prolongèrent jusque dans les premiers jours de

(H5) Arch. de la Manche. — Pièces relatives à l'occupation anglaise.

(U6) Arch. delà S.-Inf., Etats, n^' 205-209.

septembre. On a conservé la liste de ceux qui y assistèrent. L'aide votée fut de 175,000 1. 1. (147).

Le 20 décembre, nous voyons Henri VI mander aux élus sur le fait des aides ordonnées pour la guerre aux bailliages de Caen et du Gotentin , de payer des indemnités aux députés et procureurs que « les bour- « geois, manans et habitans es dits bailliages avoient « envoyés depuis aucun temps en ça à Rouen besou gner et conclurre en la présence de Richart , duc « d'York (148). » Ce mandement donne lieu de supposer qu'il a dû y avoir une convention d'états, soit particulière, soit générale, entre la fin du mois d'août et le 20 décembre.

Une aide d'office avait été imposée au mois de janvier. Le sénéchal de Normandie, Thomas, seigneur de Scales, avait fait asseoir sur les vicomtes d'Avranches, de Vire, de Mortain et de Condé, une somme de 1,3701. t., affectée au paiement « des gaiges des gens Cl d'armes et de traict établis à Villedieu , pour tenir « frontière aux adversseres du Roy occupant les a places de Granville et du Mont-Saint-Michel (149). »

Le grand événement de l'année 1444 fut la conclusion avec la France d'une trêve de vingt-deux mois, à partir du 1er juillet I444jusqu'auler avril 1446.

(U7) F. D. Lenoir. 93. — Arch. de la S.-Inf., États. uo» 215-217. — Bib. Imp., Gaignières, 2759 [1].

(U8) Arch. de la S.-Inf., États, no 213.

(449) Bib. Imp., Gaignières, 557.

On était si las de la guerre, que la nouvelle de cette suspension d'hostilités fut partout accueillie avec une allégresse extraordinaire. Epuisés et comme rapprochés par des misères communes, Anglais et Français s'offraient des fêtes, et semblèrent un moment plutôt des compatriotes que d'irréconciliables ennemis fl50). Une trêve de moins de deux années, c'était pourtant un repos bien court après de si longues soufiFrances, et il n'était guère permis d'espérer qu'en si peu de temps le pays pût se relever de ses ruines; mais on avait l'espoir de s'entendre prochainement sur les conditions d'une paix définitive , également nécessaire aux deux partis. On sait qu'il n'en fut pas ainsi, et qu'il fallut se contenter de prolonger les trêves.

Cette situation précaire ne permit pas de diminuer, autant qu'on eût pu le désirer, les tailles qui pesaient

(150) Th. Basin, Hist, de Charles VII. — Re«. capit. de la Cathédrale de Rouen, jeudi 4 juin 4444.

« De releveya, fuit facta proclamacio tractatûs treugarum factarum inter serenissimos et illustrissimes principes reges Francorum et Anglorum, et illotunc in ecclesia Rothomagensi convenerunt viri eoclesiastici, nobiles, burgenses, mercatores et artifices cujus camque status, et ibi solemniter in cboro dicte ecclesie fuit decantatum : Te Deum laudamus l organis pulsantibus campanisque; et erant superinduti Domini canonici, capellani et choriales cappis cericeis, et postmodum fuit per populum ibidem existentem alta voce cum magno gaudio proclamatum : Noël! Noell et deinde in ipsa nocte fuerunt igni accensi in vicis civitatis Rothomagensis.

«Lundi 8 juin. Dicta die, fuit tractatum in capitulo de modo receptionis facieude ipsamet die ad introitum nobîlis et potentis principis , Domini comitis de Suffolk qui , gracia Dei mediante , procuravit tractatum treugarum, et adhunc (sic) procurabat de pace iin^li consequenda ; et fuit ordinatum inter dominos et conclusum quod honorifice reciperetur. . .

cr Et ipso Domino comité de Suffolk, veniente per vicos et plateas universus populus cum gaudio et fletu clamabat alta voce : Noël ! Noël ! »

sur le peuple. Il fallait entretenir de nombreuses garnisons, et dédommager, au moyen de sommes convenues, connues sous ie nom d!appati$, les troupes ennemies campées sur la frontière, que les trêves privaient de leurs moyens de subsistance. Il fallait aussi , et c'était la difficulté la plus embarrassante du moment, se procurer des fonds pour licencier, et au besoin désarmer par la force ces bandes dangereuses dont rénergie, ne pouvant plus être dirigée contre Tennemi, allait maintenant se retourner contre les • sujets du roi. A cet effet, les états furent convoqués à Caudebec pour le 1er septembre par devers le duc d'York; le terme fut différé de quelques jours, et le lieu des séances fixé à Rouen. Les états votèrent 200,0001. t. (151). Cette somme dut être payée en quatre paiements. Les deux bailliages du Cotentin et de Caen furent imposés à 1 20,000 1. , les autres à 80,000 1. L'avant-dernier paiement devait être effectué avant le 2 juin 1445. Le dernier avait été fixé au 2 septembre suivant; mais il fut avancé d'un mois,

(15t) Bib. Imp., Gaignières, 557. — D. Lenoir, 95, 96. — Arch. de la S.-Inf., États, n®» 218-238. — Voici comment Vobjet de cette aide est indiqué dans des lettres des trésoriers et receveurs généraux de Normandie aux élus, sur le fait des aides (Argentan, 34 juillet 4445). « Laquelle somme de deniers est nécessaire et convenable d* avoir, tant pour mectre sus justice comme pour restituer et rembourser certains grans empruns, qu*il est convenu et convient faire pour traire et hoster les gens dô guerre vivans à présent sur le païs, et soldoyer d'eulx ceulx qui seront trouvés estre plus convenables et suffisans pour mettre en garnison es lieux et places où il sera ordonné, adfin d'entendre à la deffence et garde du païs, prendre et apréhender les malfaicteurs qui seroient trouvés, pour iceulx livrer à justice, et les autres qui ne seront trouvés estre suffisans ou recevables trouver moien de les envoyer et faire passer en Angleterre, ou autrement de les mectre hors et en wider le païs. x> — (M. Teulet, Catalogue, 544 .)

« pour aucunes nécessités très-urgentes . touchant « grandement le bien public. )> Sur cette aide, quelques fonds furent assignés à maître Pierre Pingrenon pour les travaux de la rivière de Touques, dont on avait décidé la canalisation depuis Lisieux jusqu'à la mer (152).

La perception de Faide de 200,000 1. donna lieu à des diflScultés qui se reproduisirent assez fréquemment pendant la durée des trêves. Le vicomte de Pontde-r Arche ne put réussir à se faire payer d'une partie des paroisses de sa circonscription ; les Français de Louviers les encourageaient à la résistance, en faisant valoir qu'elles étaient de leur parti , et ne pouvaient par conséquent être soumises à une imposition levée au nom du roi d'Angleterre. Le cas avait été prévu à Rouen dans une assemblée des commissaires de Henri VI et de Charles VII, et il avait été décidé que les impositions et les revenus des terres et des seigneuries en litige seraient perçus par des officiers commis cui hoc par les deux souverains. Malheureusement, comme c'était à prévoir, ces officiers ne s'accordèrent pas toujours sur les limites du territoire des deux puissances. Ainsi, cette année-là, Jean deLouraille, qui avait été envoyé à Louviers pour conférer avec les Français en qualité de commissaire de Henri VI, ne put rien en obtenir, et déclara qu'il se voyait dans la nécessité de renoncer à sa commission (153,\

(1521) Arch. delà S.-Inf., Etats, no2l18

(453) F. une pièce du %S octobre 4445, aux Arcb. Imp;, KK, 648.

Les appatis prélevés par les Français dépassaient d'une somme assez considérable ceux qui avaient été accordés aux garnisons anglaises. Pour compenser cette diflférence, Henri VI, par le traité de Nancy conclu au mois d'avril , s'engagea à payer à son oncle de France (ainsi désignait-on Charles VII dans les actes de la chancellerie anglaise) 4,500 1. 1., et à la garnison de Bellême 1 ,078 1. t. par chaque trimestre. Nous ne saurions dire si cette somme fut imposée d'office, ou si ce fut en conséquence d'un vote des états ; toujours est-il qu'elle fut fournie chaque année jusqu'à l'expiration des trêves (154).

Au mois de juillet, une aide de 30,000 1. t. fut votée dans une assemblée d'états tenue à Argentan, sous la présidence du duc d'York. Voici à quelle occasion : la trêve une fois conclue, Charles VII et Henri VI se trouvèrent également embarrassés d'une partie de leurs troupes. Ils n'osaient les licencier, de peur de les pousser à la révolte, et d'autre part ils craignaient, en les gardant, d'exposer leurs sujets, déjà assez grevés d'ailleurs, à tous

(154) V, trois mandements des trésoriers et généraux gouverneurs des finances : l'un du 4 5 novembre 4 445, dans un vidimus du garde du scel des obligations de la vicomte d'Auge; le second, dans un vidimus du garde du scal de la vicomte de Falaise, du 20 mai 4446, aux Arch. du Calvados; le troisième, du 27 décembre 4448, aux Arcb. de TEure, B, 407. — Arch. de la S.-Inf., États, n» 239. —M. Teulet, Catalogue, 545, 518. — Rymer, t. V, p. ii, 3, 4, 7, etc.

les excès d'une soldatesque indisciplinée. Le meilleur parti qui s'offrit était de les employer dans quelque expédition lointaine, où ils vivraient sur Tétranger et ne feraient tort qu'à lui. Ce fut la principale cause de r^^pédition de llontbéliard et de Suisse , entreprise par Charles Vil. Telle est aussi 1 explication de cette permission donnée par Henri VI à 8>000 soudoyers anglais et normands de s'engager pour cette campagne au service du roi de France; permission qui, à première vue, doit paraître singulière, puisque, si Charles VU n'était plus un ennemi , ce n'était pourtant pas encore un allié. Ils partirent sous la conduite d'un capitaine gallois, Mathew Gothe ou Gough, plus connu sous le nom francisé de Matagim, L'expépédition n'eut qu'une assez courte durée; ils revinrent plus nombreux et plus tôt qu'on ne s*y attendait, et s'établirent de leur autorité privée dans cette partie de la Normandie que l'on appelait alors les Basses- Marches. C'était le plus grand malheur qui pût arriver à cette contrée, déjà si déplorablement dévastée. Les plaintes, les murmures de toute la population mirent le duc d'York dans la nécessité d'agir; il sentit qu'il ne pouvait soufTrir un pareil abus sans achever de discréditer le gouvernement anglais aux yeux du peuple, d'autant plus que les états, au mois de septembre de l'année précédente, avaient déjà accordé des secours au roi pour mettre les soudoyers à la raison. 11 partit donc de Rouen pour la basse Normandie, grandement et notablement accompagnié de gens de conseil, de justice et de guerre. 11 s'assura, au moyen de dons secrets, la soumission des chefs, et

purgea le pays de ces bandes redoutées , qui ne vivaient que de meurtres, de pillage et de rapine (155). Les plus coupables furent punis d'une manière exemplaire ; ceux dont il vit qu'on pourrait tirer parti furent incorporés aux garnisons et mis immédiatement à la solde. Les autres, des nations d'Angleterre, de Galles et d'Irlande, qui paraissaient peu propres au service, furent forcés de passer la mer sur un navire équipé à la hâte et à ses frais ; on leur donna ce qui leur était nécessaire pour leur subsistance jusqu'à leur arrivée à destination. Mathew Gough, qui pendant longtemps s'était trouvé à leur tête, rendit dans cette occasion de grands services au gouvernement. Il fut chargé d'aller s'entendre avec quelques troupes de partisans qui s'étaient logés aux environs de Bernay, et de les « induire et mouvoir à vivre et eulx « gouverner courtoisement, si que plaintes n'en « dussent, à l'occasion d'aucuns oultrages, estre c( faictes. » Il prit sous ses ordres et emmena dans le comté du Maine 100 hommes et 300 archers «... des « mieulx en point et gens de faict. . . pour illec vivre « et eux gouverner le plus doulcement que faire se « pourroit. » Cette œuvre de pacification exigea des fonds assez considérables; le duc d'York se vit obligé de contracter des emprunts au nom du roi , à grand danger et à perte ^ et d'engager une partie de ses joyaux et de sa vaisselle d'or et d'argent. L'aide de 30,000 1., votée à Argentan, était précisément destinée à l'indemniser de ses avances et à fournir l'excédant de dépenses qui résultait de l'incorpora-

(155) M. Teulet, Catalogue, 513.

tion des soudoyers dans les retenues des garnisons. Cette aide fut votée par « aucuns députez et procu- « reurs de la plus saine et entière partie des gens des « estas du pays et ducbié de Normandie, et auxquels « la chose touchoit le plus. » Elle fut assise par un gouverneur et un receveur spéciaux , et levée avec le quatrième paiement deTaide de 200,000 1. 1. (156). Dans les derniers jours de novembre et en décembre , il y eut à Rouen , dans la chapelle de Tarchevêché, un concile provincial convoqué sur la demande de Henri VI. II s'ouvrit le 27 novembre; les points que Ton y traita étant exclusivement relatifs à la discipline ecclésiastique , à la réforme des abus qui s'étaient introduits dans l'Eglise de Normandie, nous n'avons pas à nous en occuper. Nous nous bornerons à mentionner ici l'invitation adressée par le concile à tous les fidèles de faire des prières pour la conclusion de la paix entre les deux royaumes, et une requête des écoliers de l'université de Caen tendante à ce qu'on leur réservât une partie des bénéfices qui étaient à la collation des chapitres (157).

Vers la fin de janvier, les états s'assemblèrent à Rouen. Henri VI leur fit exposer Textrôme désir qu'il avait de conclure la paix ; dans ce but, il se proposait

(1 56) F. Pièces justificatives, n» xxv.

(157) D. Bessîn, Concilia, I, 488. — Le chapitre de Rouen se fit représenter à ce concile par Ph. De La Roso^ André Marguerie, Girard Folie, Jean Bidault, Jacques Deshaies et Thomas Ba-

de passer prochainement en Nornaandie, et d'avoir une conférence avec son très cher et très amé oncle de France. Mais en attendant il se voyait contraint de demander une aide pour « pourveoir au bien et au c( gouvernement de sa seigneurie, et à la garde et c( seureté d'icelle. » Les états durent finir dans les premiers jours de février. Les députés accordèrent 130,000 1. t. , qui durent être affectées à a Tentretene- « ment des gens d'armes et de traict des garnisons et c( retenues, à mectre en règle et gouvernement les c( gens de guerre vivans sans ordre sur iceulx et au- « trement pour les affaires nécessaires du Roy et le « bien de justice (158). »

sin. La requête de rUniversiié de Caen ne nous est connue que par la délibération suivante du chapitre de Rouen, qui ne lui est pas favorable : a lletulerunt quod scolares Universitatis Cadomensis fecerant in dicto concilio requestam de concedendo eis porcionem benefîciorum ecclesiastîcorum existentîum ad coUaciones capitulorum, slcut habuerant provisionem per dominum nostrum Regem, supplicantes ipsi domini coramissarii quod domini de capitule super dicta petitione sive requesta dicte Universitatis habeant délibéracionem in ter eos ad iinem quod dicti domini commissarii possint super hoc dare responsum. Eapropter, domini super hoc deliberaverunt et concluserunt quod commissarii per dictum capitulum ordinati et deputati in dicto concilio différant et dissimulant («te), dare responsum super hoc, quousque audierint responsum et deliberacionem dominorum prelatorum. Quod si forte non possent obtinere et quod ipsi domini prelati non fuerint aut sint contenti de expectando, tune poterunt dare responsum juxta conclusionem dominorum de capitule, videlicet quod bonum esset per concilium provinciale rescribi domino nostro Régi ut ipse dominus noster Rex velit rescribere domino nostro Pape quod velit concedere, quod bénéficia omnia illius provincie sint et remaneant collatoribus ipsorum beneflciorum juxta jus commune et etiam quod rescribatar per dictum concilium provinciale de premissis dicto domino nostro Pape et per premissa ipsi de Universitate predicta et alîî existentes in obedîencia dicti domini nostri Régis poterunt provideri, médian te b(»na delibcracione super hoc facienda et ordinanda. » — Arch, de la S.-înf. — Reg. capit. , dernier novembre 1445. Cf.,— /6td., I*' septembre, 8 octobre, 26 novembre 1445.

(158) Arch. de la S. Inf., États, no» 263, 264. — M. Teulet, Catalogue^ 514, 516.

En juillet, antérieurement au 28, les états furent convoqués à Rouen et à Lisieux, « afin d'adviser rai- « sonnables voyes et manières pour entretenir le « bien de justice, et conserver en seureté la Norman- « die et pays de conqueste. » Le subside ne fut que de 60,000 1. t. ; mais il faut remarquer que , concurremment avec cette aide, on eut à supporter une imposition de 12 d. pour livre. Le subside de 60,000 1. servit au paiement d'une année des gages des garnisons, finissant à la Saint-Michel 1445. Elle fut payée à deux termes, le 24 septembre et le 8 novembre (159). Il est probable que les états se prolongèrent dans le mois d'août. Dans une taxe accordée à Jean de Courville, on mentionne qu'il avait comparu comme procureur des habitants de la vicomte de Pontde- l'Arche, avec les députés mandés au mois d'août 1446(160).

Aux mois de novembre et de décembre, ^ Nouvelle

RÉUNION DES ÉTATS A RoUEN *, AlDE DE 30,000 L. T. — Elle ^

fut imposée en vertu de lettres du roi du 6 décembre (161). Il fallut en outre se soumettre encore à une imposition de 12 d. pour livre pendant une année, commençant le l«r octobre (162). L'aide de 30,000 1. fut employée « à entretenir de paiement et (( mettre en règle et bon gouvernement les gens « d'armes et de traict des garnisons et retenues pour « demi-année, commençant au jourSt-Michiel 1446.»

(159) D. Lenoir, 99. - Arch. de la S. -In f., États, no» 255, 561-— M. Teulct, Catalogue, 524, 524.

(460) V. les lettres du 25 septembre 1446, à la Bib. Imp., S. F[., 4')70.

(161) Arch. de la S.-Inf., États, nos 241, 251-254.

(102) Ibid,, n"» 243-250. — M. Teulet, Catalogue, 525

Elle fut payée à deux termes , le 1©^ janvier et le 1er mars 1447.

On leva sur les habitants de la vicomte de Pont- Audemer, en même temps que leur quote-part dans cette contribution y 210 I. accordées à un bourgeois de cette ville, Colin Lenfant, comme indemnité de terrains situés sur la paroisse de Saint-Âignan, qu'on lui avait pris pour la fortification et Vemparement de la Forte-Maison du Roy (163). ,

Cette même année , aux mois d'avril et de mai , des ambassadeurs de France et d'Angleterre s'étaient réunis à Evreux et à Louviers pour «beson- « gner sur plusieurs points et articles discordables, « le tout au bien et entretenement tant d'amour « entre les deux roys ^ comme des trêves et absti- (( nences. » On connaît les noms des ambassadeurs de Charles VU : c'étaient Guillaume Cousinot, Jean Havart, Jean Fournier, Guillaume Courtin et Antoine Raguier. Ils ne purent s'entendre avec les commissaires de Henri VI ; ils menaçaient de se retirer, ce qui eût été au grand murmure et au grand trouble de la chose puhlique, lorsque , à la requête des commis ordonnés au gouvernement de la Normandie, se présentèrent aux conférences « plusieurs conseillers , « écuyers, procureurs et commissaires du duc d'Alen- « çon , de Charles d'Anjou et autres gens de plusieurs « estas, tant des garnisons du Mont-Saint-Michel et « de Granville que d'ailleurs en très grand nombre. » Les négociations furent reprises. Elles duraient encore le 4 juin 1446, date d'un mandement du roi au receveur général pour faire payer aux commis de

(163)D. Lenoir, 400.

l'oncle de France et aux gens de leur compagnie 850 1. t. à titre d'indemnité, afln de «les entretenir « et faire vacquer et entendre plus doulcement, lon- (( guemen( et diligemment es besognes et affaires des- (( sus dictes , au bien et appaisement de la chose. » Le fait même de cette indemnité, et les termes que que nous venons de rapporter prouvent clairement que le temps n'était plus où le roi d'Angleterre parlait en maître et jouissait en France d'une autorité prépondérante (164).

Cette année il y eut deux réunions d'états; la première eut lieu à Rouen : elle avait d'abord été fixée au 20 mars; elle fut remise au 20 avril, et se prolongea dans le mois de mai (165). Le roi fit exposer aux députés « les très grans charges qu'il avoit eues «en maintes manières à supporter pour entretenir « en bonne règle et gouvernement les gens d'armes <( et de traict des garnisons et retenues de ses pais

(164) Arch. Imp., K, 68, n"" 18-49. — Je dois la connaissance de cette pièce à l'obligeance de M. de Stadler, inspecteur général des archives de l'Empire ; elle se trouve analysée dans le Catalogue de M. Teulet, 520.

(165) On voit par les lettres de Guillaume Plompton, vicomte de Falaise, relatives à l'élection de Ricbart Bernier comme député de cette ville , que la réunion avait pour but de « pourveoir c( par bonnes et gracieuses voyes à la conduite des affaires du Roy « concernant son pays et ducbié de Normandie, tant au regard de « la seure garde des places comme pour le bien de justice , à la « correction et pugnicion des raauvoys , et aflBn que les loyaulx « subgetz d'icellui segneur puissent vivre , faire leurs labours, be- « soignes et marchandises en joieuse paix et bonne tranquilité. » — (M. Teulet, Catalogue, 530. Cf. — Ibid., 533.)

« de France et Normandie, et autres (gens d'armes) « prenans gaiges sur ses subgets. . . faisant énormes «oppressions, inconvéniens , maulx, dommages. » Ces soldats, sans chefs et sans discipline, il avait fallu les mettre sous les ordres des capitaines des places, et moins dans leur intérêt que dans celui du peuple, pour lequel ils étaient une perpétuelle menace, on avait dû pourvoir à leur habillement et à leur subsistance. On demandait en conséquence aux états 100,000 1. 1., « qui estoit, disait-on , la moindre « somme à quoy, considéré ses affaires, le Roy se « pût restreindre. » A leur tour les députés remontrèrent, « par plusieurs moyens et à divers jours, les « grans et excessives pertes et charges qu'ils avoient « eues à supporter. » Ils accordèrent enfin , sinon à l'unanimité, du moins par la plus grant et saine partie, une aide de 40,000 1. t., dont le gouvernement déclara se contenter pour cette fois. Une réduction aussi forte n'aurait certainement été ni proposée ni acceptée du vivant de Henri V ou du duc de Bedford (166).

Quelques jours après, il est vrai, usant d'un droit que la souveraineté royale s'était toujours réservé , les conseillers du roi, parmi' lesquels se trouvaient alors Adam Moleyns, évêque do Chichester, garde du sceau privé, et le sire de Dudley, ordonnèrent qu'il serait levé 10,000 1. t. en outre de l'aide de 40,000 I., reconnue insuffisante. Mais cet acte d'autorité ne réparait pas l'échec subi aux états. Ces 10,000 1. durent être employées a en certaines choses secrètes,» à une ambassade (167) et à des négociations qui avaient

(166) Arch. de la S.-lnf., États, n» 240.

(167) TeuXat, f Catalogue, 533.

sans doute pour objet la conclusion de ta paix. Elle devenait de plus en plus nécessaire, si l'on tenait à conserver quelques débris des conquêtes de Henri V. L'armée anglaise était en pleine désorganisation; les violences des gens de guerre pouvaient d'un moment à l'autre porter à son comble l'exaspération des paysans, et exciter une insurrection qu'on n'aurait plus eu le moyen de comprimer comme les précédentes. Nous avons la preuve de ces désordres dans un mandement du gouverneur général des Gnances, pour faire payer à Thomas Hoo, chancelier, une somme de 100 1. sur l'aide de 10,000 1. Celui-ci avait pris sous ses ordres quelques soldats logés à Fresnayle- Vicomte, où ils vivaient sans gages des rançons qu'ils imposaient à leur gré sur les sujets du roi. Il devait les employer avec d'autres troupes à la « ré- (( pression des damnables entreprises du seigneur de « Camoys et des gens de guerre qu'il avoit rassem- « blés de son autorité privée, dont grans et innuméc( râbles maulx , inconvéniens et dommages s'ensui- « voient journelment au préjudice du Roy et de ses « sujets (168). »

(168) y, une pièce du 7 septtimbre 1447. — Arch. de la S.-Inf., Etats, nos 246-252, ^ Dans une commission, donnée le 28 novembre 1447, à Richard Haryngton, chevalier, pour passer en revue les retenues de Mathew Gothe, et de Fouques Eyton, le roi déclare qu'on n'y pourra comprendre a aucun des gens d'armes ir et de traict, qui uagaires ont esté en la compagnie et assemblée a faicte de voullenté désordonnée par Rogier, seigneur de Camoys.» — (M. Teulet, Catalogue^ 536.) — Roger, seigneur et baron de Cafnoys, écuyer banneret^ commandait une compagnie de 22 lances et de 68 archers dans l'armée mise sus auœ mois de juillet et août 1 429j pour rebouter les ennemis qui se trayaient à puissance es pays de Champaingne et Brie et sur la rivière de Seine. (Bib. Imp., 9436 [5] p. 541 et 556.)— Henri VI autorisa les bourgeois de Caudebec à employer à relever les murs de leur ville la somme de 100 1. t., à quoi s'élevait leur part de contribution dans l'aide de 40,000 1. t. (D. Lenoir, 101.)

La seconde réunion fut fixée au 2* septembre; les séances se prolongèrent dans le mois d'octobre. L'aide votée fut de 10,000 1. t., payables en deux termes (169).

A ces aides et aux sommes promises par le traité de Nancy, il faut joindre certaines impositions pour le paiement des «voyages, légations, ambassades, « grosses messageries et autres frais en diverses maie nieres, pour le fait et à l'occasion des appatis , et à (( la réparation des déliz et attemptaz qui estoient ou « pourroient estre commis et perpétrez en l'un et en « Tautre party, au préjudice des dites trêves (170). »

Il y faut joindre aussi certaines impositions locales, notamment une de 200 1. t., assise, d'après un mandement des gens des comptes à Rouen, sur les habitants de Ja vicomte de Coutances, pour la réparation du pont d'Hienville, sur la rivière de Sienne (171); une autre de 500 I. t., votée par plusieurs nobles, procureurs et députés des bailliages de Caen et du Gotentin , venus à la convention d'avril et de mai 1447, pour le paiement « des gaiges ordonnez par le Roy (( aux docteurs maistres, régens et lysans es haultes « facultés de l'université de Caen , en ceste présente « année. » Jusque-là ils avaient été subventionnés à l'aide des bénéfices qui appartenaient en Normandie aux communautés et aux personnes du parti de Charles VII (172); mais une convention passée avec le

(169) Arch. de la S.-Inf., États, n»» 253-260. — Arcb. du Calvados, collection de M. Danquin.

(170) Arch. de la S.-Inf., États, n® 261.

(171 ;D. Lenoir, 105.

(172) Arcli. de la S. Inf., États, n» 241. -- La fondation de r université de Caen fut une des bonnes mesures du gouvernement

roi de France venait de leur enlever cette resssiHirre x de là la nécessité d'une imposilion* L'aide do 10»<M>0 K avait encore un autre objet : elle devait servir À ct)u« vrir les frais d*une aroltassade envoyée on An^^lolorro i la cour de Henri VI pour les aflaires do rUiù>\>r8il^« et peut-être aussi dans un autre dessein qu\)n voulait tenir cacbé. La grave atteinte portée à Tunité du duché et à la prépondérance de sa capitale par h création d'une université et d'une recotto gtW^rnlo À Gaen, avait inspiré aux bourgeois do cH'tto villo ridée de secouer le joug que Rouen imposdil onooro à leur commerce , et d'effacer les dernièrt^s tracoH d'une suprématie qu'il leur en coûtait de reoonnnllro. Le secret ne fut pas si fidèlement gardé que le bruit ne s'en répandit à Rouen. On s'en émut uu conneil de la ville; il fut décidé qu'on enverrait en cour une personne notable d'une capacité reconnue, munie de lettres de recommandation à riulresse de haulN personnages qui connaissaient la légitimité des droilH de la ville de Rouen et prenaient intérêt à hiï prospérité. Le 23 janvier 14i7 (v. ».)> ^^^ nouvelle délibération fut prise à ce sujet. Im» comminnaireH ordoniiéM au gouvernement de la France et de la Normandie avaient renseigné les bourgeois de la manière lu phm positive sur ce qui se tramait contre eux ; Il était certain que les délégués des bailliagen de lltum , du

anglais; aaui subtUta-t^cll^, Charl«« VII, par U'Xirtm '\n moU d'octobre 4452« ccrfifirmaxit la cr^Mtifm 'U a-i HnUUimttumut fUmi il rapportait Vh'mMur aux f>a|i^ Kny^mn IV <ft Nl/f/la» V, \tttHf ne poÎDt parler àia H«firi VI, ^\yf.titi a ^'mh, «ur la f**f\Hf^Ui ^Um trois ^t» 4a pay» et duché 4<î Sf/rm»tt4i*Cf hu*î ut$\vttrnii/i y/'uA^ nie db cinq (Mf:n\tHt à \w\nH\Ui il «/^>/f'la Ui* itrÏYiïÂfftdt^ ffdh' ebises et IStirv^ 'i//ui joui^^mtt Utt a<itr<^ mtiVKf^ith^, «-* Kf-U, de la Ti.AuC. Éiaw, r.» 315, - Y, M, VtâM Uk \m Um^, y.(tm*

Cotentin et d'Alençon avaient porté plainte au roi en son grand conseil des privilèges de la ville de Rouen, privilèges, suivant eux, illégitimes et tyranniques, bien que l'autorité royale les eût naguère confirmés. A cette nouvelle, « tout d'un commun accord fut déa libéré et advisé qu'il esconvenoit envoier notables « personnes devers le Roy en son Grand Conseil, en « son royaume d'Angleterre, pour remontrer et ré- « primer à rencontre des déléguez dessus diz, et que « ce que les dits déléguez avoient dit et déclaré estoit « une grant charge contre l'honneur de ceste dicte « ville, qui soubz dissimulacion ne autrement n' estoit « à tolérer, » Pierre Daron , procureur général de Rouen , et Jean Le Prince, receveur des quatrièmes, furent chargés d'aller défendre le droit de la commune contre les attaques des bas Normands (173). Il est probable que leur mission fut couronnée de succès, car on ne voit pas que la démarche des députés de Caen ait amené aucun résultat.

Une assemblée des états avait été fixée d'abord au 1««" mai; elle fut remise au 10 du mois suivant (174).

(473) Documents relatifs à l'histoirs de Caen , publiés par M. Ch. Richard dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie , XIY® vol. , 365 , et sujv. Pierre Daron , après avoir exercé les fonctions de procureur général de la ville de Rouen pendant trente ans, fut nommé par le duc de Sommerset conseiller du roi en la chambre du Conseil de Normandie ; il oflFrit alors sa démission h la ville, le 5 mai 1449. — Reg. de délib. de Thôtel de ville de Rouen.

(474) Arch. de la S.-Inf., Etats, n« 263. — L'objet de la réunion , d'après un mandement de Henri VI aux élus de Cou-

On voulait attendre l'arrivée d'Edmond Beaufort, duc de Sommerset, qui, favorisé par la reine et par le marquis de SuflFolk, venait d'évincer des fonctions de gouverneur Richard d'York, que les Anglais considéraient avec raison comme un de leurs généraux les plus habiles. Ce fut là une des causes de ces longues discordes intestines qui affaiblirent l'Angleterre et fournirent à la France l'occasion de se relever. Le 8 mai, Sommerset était à Rouen; ce jour-là même il fit son entrée dans la cathédrale, où il fut reçu avec tous les honneurs dus à sa dignité; les tryptiques des chapelles, ouverts comme dans un jour de fête, étalaient aux regards leurs riches panneaux ; le chœur avait été décoré avec magnificence ; on avait découvert les mausolées du roi et du régent, de Charles V et de Bedford , inhumés par un singulier contraste dans le même sanctuaire. Une courte allocution fut adressée au duc et à la duchesse sa femme, par le trésorier Philippe de La Rose (175). Deux jours après, Sommerset ouvrit les états ; il obtint des députés une aide de 90,000 1. 1. « pour condvertir et emploier le « plus avant que faire se pourroitau paiement et en- « tertenement des gens d'armes et de traict du duchié « de Normandie et pays de conqueste, tant de ceulx « qui y avoient esté de pieça, comme d'autres qui a nouvellement y estoient venus et ordonnez estre. . . « de demi-an. . . finissant à la S.Michiel prochaine. »

tances (Rouen ^ 26 mai), était « de communiquer et avoir ad vis, « délibérer, conclurrc et trouver manière et voye raisonnable do « entretenir, moiennant bonne justice, le paiement des soudoyers <c des garnisons de nosdiz païs et duchié, et autres choses concernans a le bien des affaires publiques de notre seigneurye de par deçà. » — M. Teulet, Catalogue^ 538.

(175) Arch. de la S.-Inf. — Reg. capit. Délib. du 8 mai U48.

Cette aide fut payée en deux fois; le second terme fut fixé par le roi à la Saint-Michel 1448 (176).

Une seconde convention, à laquelle assistèrent certainement les députés des trois états des bailliages de Caen, fut fixée par les commis du roi au 22 septembre 1448. La convocation s'était faite au nom de Sommerset, « afin de communiquer et avoir avis et « délibérer manière et voye convenable de entrece tenir, moiennant bonne justice, le paiement des « souldoiers, et gens de guerre des garnisons de « Normandie et autres choses concernant le bien des ft affaires publiques. » Nous manquons de renseignements sur cette assemblée ; nous ignorons même quelle somme y fut votée Nous serions assez porté à croire que ce fut conformément à un vœu des états que Zanon , évoque de Bayeux, et Martin Pinard, évêque d'Avranches, visitèrent et inspectèrent les villes et les forteresses des bailliages d'Alençon et du Cotentin, pour le « fait de certaine « réformation générale advisée estre faite au païs et « duché de Normandie, sur toutes gens, officiers et a autres de quelque état, nation ou condition qu'ils « fussent. » (177).

Nous touchons au terme de la domination anglaise. Il n*y eut cette année-là qu'une assemblée d'états, et ce fut la dernière. Les députés furent convoqués à

(n6)Arch. delà S.-lDf., Etats, n»» 262-278.

(177) Arch. de la S.-Inf., États, n© 279.

— iOl —

Caen d'abord, mais il y eut contre-ordre ; Rouen fut désigné pour le lieu de la réunion. La basse Normandie était envahie, et Sommerset avait de bonnes raisons pour ne pas abandonner la capitale du duché dans des conjonctures aussi critiques. Le 24 mars, à l'instigation secrète du gouvernement anglais, le capitaine de Vemeuil, François de Surienne, connu sous le nom de VArragonais^ avait violé ouvertement le droit des gens et les trêves conclues par la prise et le pillage de la ville de Fougères, appartenant au duc de Bretagne. Ce fait avait rallumé la guerre dans un moment où Charles VII se trouvait en mesure d'en tirer parti. Dès les premiers jours de mai, Pont-de-r Arche, la clef de la haute Normandie tomba au pouvoir des Français; la nouvelle en vint à Rouen dans le temps même où les députés normands s'y trouvaient réunis : toute la noblesse y avait été convoquée; les évêques de Bayeux, d'Avranches et de Lisieux , s'y étaient rendus à l'appel de Sommerset (178); ils furent témoins de la consternation du duc; quelques consolations banales relevèrent son courage. Aussi prompt à se rassurer qu'à s'émouvoir, il se persuada bientôt qu'un événement aussi important que la prise de Pont-de-l' Arche serait sans conséquence, et que, dans peu de jours, les Français battraient en retraite. On peut douter qu'il ait réussi à faire partager aux députés son espoir. Partout les Anglais étaient détestés, le gouverneur peut-être plus encore que les autres, à cause

(178) Th. Basin, I, 203. Vie de Thomas Basin, par M. J. Quicherat, xvii, xviii. — La prise de Pont-de-l' Arche arriva le 1 3 mai ; les états avaient été convoqués pour le 8.

de son avarice et de son orgueil (179): toutefois une s^ide fut votée; un mandement d'Osbern Mundeford (2 juin 1449) en ordonna même la perception par vicomtes (180); mais le temps manqua pour la recueillir. Au premier bruit du succès des armées françaises , l'amour de la patrie, le désir d'un gouvernement national avaient enflammé les esprits. Bientôt appelé par les vœux de la population tout entière , Charles VU faisait son entrée à Rouen aux applaudissements du peuple, et Sommerset se retirait, humilié autant que surpris de voir lui échapper si facilement et si vite une conquête qui avait coûté à TAngleterre tant de sang et de si longs efforts.

(479) « Il fut, dit la Chronique de Normandie ^ plus avaritienx «i que les autres; Anglois furent mal payez, par quoy furent plus « abandonnez à prendre et brctonner sur le peuple, o (K* aussi Th. Basiu, I., 402.)

(180) Arch. de la S.-Inf., Etats, no 288.

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