‹ Les états-majors de Napoléon. Le lieutenant-général comte Balliard, chef d'état-major de MuratChapitre 10 sur 20 · LES CENT-JOURS · texte numérisé non relu

LES CENT-JOURS

allant, il rencontra Fouché, lui dit ce qui venait ^e se passer et obtint de lui la promesse qu*il parlerait à Napoléon dans le même sens. Le duc d'Ângoulème se tit reconduire dans un port du Midi, où il put s'embarqner et gag^ner TEspagne.

Vers la fia d'avril, le général fut invité par le duc de Vicence, ministre des relations extérieures, à venir le trouver. Il apprit là que TEmpereur voulait l'envoyer en mission à Naples. Il refusa plusieurs fois, en exposant ses raisons et en déclarant qu'il ne pouvait accepter. Caulaincourt finit par lui dire que c'était un ordre impératif. Belliard se crut alors forcé d'obéir et se décida à entreprendre ce voyage.

Autant qu'on peut juger cet acte, près de cent ans après, il est regrettable que le général n'ait pas persisté dans son refus.

D'après le consentement des princes, il pouvait demander un commandement devant l'ennemi. Mais après avoir accepté auprès du duc de Bcrry des fonctions qui avaient, vis-à-vis de ce dernier, un caractère intime, après l'avoir accompagné à son départ comme un officier attaché à sa personne, après avoir été l'objet des adieux touchants qui ont été relatés plus haut, il aurait dû refuser ToiTre de l'Empereur. Toutefois en appréciant la conduite d'un homme aussi droit que Belliard, on ne peut s'empêcher de remarquer combien de pareils changements de régime troublent les consciences et les volontés. Aussi quelles que soient les erreurs des hommes de ce temps, le» hovh leversements qu'ils- ont subi« sont pour eux une excuse dont il faut tenir compte. Pour juger leurs actes avec sûreté, il faudrait s'être trouvé soumis comme eux, aux influences, aux souvenirs, aux séductions même qui les ont entourés. Il faut se rappeler qu'aucun des généraux de Napoléon ne comptait le voir revenir en 1815. Et lorsqu'un souverain d'un pareil prestige demande à un ancien compagnon d'armes, un voyage à Naples, comnïe

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un service personnel, quel est celui d'entre eux qui aurait refusé? Betliard fut entraîné par rautoritéderEmpereur, par le culte de toute sa vie, par Tamilié que Murât et la reine Caroline lui avaient vouée ; enfln par Thabitudequ il avait d*obéir à Napoléon. Dans ralternative où il se trouvait, bien d'autres, après Tentrevue qui va suivre, auraient fait comme lui.

Le jour même où il finissait pardonner son consentement, FEmpereur le fît demander à l'Elysée. Il eut avec lui, dans son cabinet et dans le jardin, un nouvel et très long entretien.

< Vous ne voulez donc pas aller a Naples? lui dit Napoléon. — C'est vrai, Sire, et Votre Majesté connaît mes raisons. — J'ai besoin que vous vous rendiez auprès de Murât; il a toute confiance en vous; c'est votre ami; vous l'aiderez de vos conseils; vous lui serez utile en me servant. » Il lui dit ensuite que Murât avait attaqué les Autrichiens. Le général le déplora, estimant que dans ce cas, il était perdu ; ses troupes étaient belles à la parade, mais mauvaises pour la guerre; il n'avait pas un officier sur lequel il pût compter. Belliard prévoyait les plus grands malheurs. L'Empereur parut aussi contrarié de savoir que Murât avait commencé la guerre ; il développa au général ses vues sur l'Italie et termina en lui disant : € Au surplus, vous verrez sur les lieux ce qu'on peut faire et, d'après les événements, vous arrangerez tout pour le mieux, dans les intérêts de tous, comme vous le jugerez convenable; je vous donne carte blanche ; mais partez bien vite; Murât a besoin de vous. Caulaincourtvous donnera mes instructions. Voyez le ministre de la marine; demandez un bâtiment. »

Le général Belliard, nommé ministre plénipotentiaire près S. M. le Roi de Naples, quitta Paris le22avriH8i4t et s'embarqua à Toulon, le 27, sur la frégate la Dryade, mise à sa disposition par le Gouvernement, et sur laquelle se trouvait le général Arrighi, duc de Padoue, qui seren*

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