‹ Les états-majors de Napoléon. Le lieutenant-général comte Balliard, chef d'état-major de MuratChapitre 11 sur 20 · LES CENT-JOURS · texte numérisé non relu

LES CENT-JOURS

dait en Corse. On le débarqua à Bastia le 30; puis la frégate prit la direction de Naples. A hauteur de riled*Elbe« un vaisseau anglais lui donna la chasse et elle dut se réfugier dans Porto-Ferrajo, où les vents contraires la retinrent pendant quelques jours. Belliard en profita pour < visiter cette lie, si pleine de souvenirs pour un soldat de FEmpire ». — Il y reçut des nouvelles du roi Murât qui confirmaient ses premières craintes. Sa campagne contrôles Autrichiens avait été malheureuse et il avait dû rentrer à Naples après un grave échec. Le général transmit ce fâcheux renseignement i TEmpereur, par un courrier, spécial.

La Dryade put reprendre la mer le 4 m ai et navigua sans incident jusqu'à hauteur dlschia. Au moment de doubler celte lie, elle vit apparaître des navires de guerre anglais qui avaient coulé, trois jours auparavant, la frégate la Melpomène, sans qu'aucune déclaration de guerre ait été adressée à la France. Attaquée par un vaisseau, une frégate et deux bricks, la Dryade se couvrit de voiles et faisant feu de ses canons d'arrière essaya de gagner Gaête qu'on voyait à sa gauche. Elle était perdue, quand un calme plat survint et donna le temps à un grand nombre de chaloupes de venir la remorquer.

Le général Belliard, pressé d'arriver à Naples, se jeta dans un canot avec son aide de camp et se dirigea sur Soria, en passant entre le vaisseau et la frégate anglaise qui manœuvraient pour mettre la Dryade entre deux feux. Les Anglais les laissèrent passer sans s'occuper d'eux. A Soria, le général loua des ânes pour se rendre à Ischia, d'où il gagna en canot les côtes de Naples. Il débarqua à Pouzzoles, ayant réussi à tromper la vigilance des Anglais qui couvraient le golfe, et il arriva à Naples, le 9 mai, à 3 heures de l'après-midi.

Il se rendit chez la reine Caroline, près de laquelle il trouva le roi Jérôme et le cardinal Fesch. En l'apercevant, elle s'écria : « Comment avez-vous fait pour arriver?

Ah ! mon cher Belliard, que je suis contente de tous Yoir! Que n*ètes-yous venu il y a un mois? Que de malheurs TOUS auriez évités ! Murai a bien besoin de vous. Qa*il sera heureux de tous avoir près de lui! Il est dans une position fâeheuse. Il faut que tous partiez de suite poar aller le rejoindre. Ah! Pourquoi n*ètes-Tous pas arrivé aTant te départ du Roi (1)? »

La Reine lui fit alors le récit des éTénements qui aTaient précédé la déclaration de guerre, ce qu'on aTait fait pour l'empêcher, ce qui s'était passé depuis et enfin la malheu* reuse bataille de Tolentino. Ensuite, elleluifitconnattre les mesures prises pour arrêterlacolonneautrichienne Tenant de Rome et assurer la tranquillité de* la capitale, en eou- Trant les routes. Elle avait fait armer et approvisioaser les places et les forts. Un corps d'euTiron cinq miBe hommes aTait été formé avec ce qui restait de troupes et dirigé sur San Germano. La Reine n'avait plus pour la garder que la garde nationale napolitaine.

Le général Belliard lui fit part des ordres de l'Empereur, de la mission dont il était chargé et de ses bonnes dispositions pour elle et pour Murai:. Gomme il avait hiissé ses effets à bord de la Dryade^ la Reine lui fit donner du linge, des cartes, une Toiture et des cheTavz. A 10 heures du soir, il prit congé d'elle pour aller rejoindre le Roi. Le lendemain, il arriTa à Gastel di Sangro en même temps que Murât. Il fut peiné de le Toir dans une position des plus critiques : son armée étaiten déroute et en fuite. Le Roi l'embrassa et lui dit : « Eh! bien, mon brave Belliard, tu TÎens donc mourir aTec moi? »

Ge dernier lui répéta ce qu'il aTait dit i la Reine et lai communiqua le» instructions de l'Empereur. Munit lui fit connaître les motifs qui TaTaient porté à attaquer les Autrichiens, les conseils qui TaTaient décidé, la perfidie des manœuTres anglaises, la faiblesse des Italiens, enfin

(l) Mémoires de Belliard, par VineL.

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1 BbaDdon de ses officiers et de ses troupes à la bataille de TolenJino. Il avait les larmes aux yeux. Belliard essaya de le consoler en lui parlant des chances de succès de r£nipedreur ; il l'engagea à se retirer derrière le Volturne et à fortifier Capoue où il pourarait, derrière ses remparts, g«^Qer du temps et remontar le moral de ses troupes. Mais Murât voulut d abord combattre avec sa gatrde les forces autrichiennes qui marchaient sur lui. Celle-<ci fut surprise et dispersée. Désoraiais «a cause était perdue.

L*armée se débanda et Muirat ne sut pJru« quel «parti prendre. BelUard iui conseilla de Réunir le Parlement, de lui exposer la situation et de se retirer, «ans abdiquer, en laissant aux députés le^Min de traiter avec Tennemi. Par ce moyen, disait-il, le Aoi conservait ses droits pour lave* nir. Faible moyen. sans doute, car un peuple ne reprend guère un Roi qui Taabafidoftné. Mais Murattneprit aucun parti. Les Autrichiens déclarèrent qullsiie le reconnaissaient plus et proposèrent aux généraux ioapotlritaîns de traiter avec eux au nom de la nation.

Le 18 mai, un mouvement de TeoBemi sur le Volturne força Murât àxentrer à Naples. Il y fut vécu avec enthousiasme; mais son Tègne était fini. Il autorisa son général en chef napolitain À traiter aveciles J^trichiens et quitta sa capitale, ie 19 au soir, pour aller s'enfermer dans Gaête et s*y défendre jusqu'à Ja dernièire extrémité. En route, il lut arrêté j>ar la croisière anglaise, ^débarqua à Iscbia ei monta le lendemain sur :un bâtiment 'qui devait le conduire en France, sous pavillon «nglais.

Après son départ de Naples, le général Belliard eut un long «ntretieo avec la fi^ine et e'eiiabaiDqua le SO imai sur la goélette ÏJÉtoHe que 1 Ëmpejreur, après son débarquementau golfe Jouan, avaitenvoyée à Naplee, attendre les événements. Au moment où elle allait mettre à la voile, une flotte anglaise, forte «de six vaisseaux, enrtra dans .la rade et alla mouiller devant la ville. BeUiard, alors, revint à Naples pour iprotéger la Reine. Mais(eedle-

ci, indécise» hésitante, céda aux offres de l'amiral anglais et ae confia à lui pour être conduite en France.

Désormais legteéral ne pouvait plus rien, ni pour elle, ni pour le Roi. II alla prandre congé d elle et s'apprètai partir. L*amiral anglais émitilors la prétention de visiter la goélette. Belliard s'y opposa; maîa» malgré son caractère diplomatique, il dut attendre la réponse de l'amiral. Comme elle n'arrivait pas, il lui envoya un aide de camp, avec une lettre dans laquelle il protestait contre sa conduite. N'ayant pas encore eu de réponse, il donna l'ordre d'appareiller. L'amiral anglais se décida alors à autoriser son départ, le 21 au soir. Le lendemain, un brick de guerre anglais envoya trois boulets à la goélette qui n'était pas armée, la força de mettre en panne et lui envoya un officier pour la visiter. Le général le reçut de façon à lui ôter l'envie d'insister; il se retira et on remit à la voile. A hauteur de Piombino, le navire fut assailli par une tempête qui le força encore à se réfugier à Porto Ferrajo, d'où il repartit pour Toulon. Le général débarqua dans cette ville, le 29 mai au soir, regrettant de n'avoir pu dans le cours de son voyage être utile à son pays et surtout au prince qui lui avait montré tant d'affection. Désormais il ne devait plus le revoir. Après des péripéties sans nombre et une existence des plus tourmentées, l'infortuné Murât, ayant fait au mois d'octobre une tentative de débarquement dans son ancien royaume, fut arrêté le 12 du même mois et fusillé le soir même. Son courage héroïque le soutint jusqu'au dernier moment.

La reine Caroline fut de son côté cruellement punie de s'être fiée à la parole de l'amiral anglais. Elle fut retenue prisonnière avec ses fils et livrée à FAutriche, qui la maintint en captivité.

Après son débarquement à Toulon, le général se rendit à Paris, où il arriva le 3 mai. Une grande effervescence régnait dans les milieux militaires; la coalition était

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