‹ Les états-majors de Napoléon. Le lieutenant-général comte Balliard, chef d'état-major de MuratChapitre 9 sur 20 · PREMIÈRE RESTAURATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE RESTAURATION

Cette intervention, de la part d'un général en activité de service, ne pouvait être tolérée. Le ministre s'en plaignit; et le duc de Berry, qui se posait volontiers en chef de l'armée, fit mander Belliard. Il y eut entre eux une vive explication, dans laquelle le prince, violent et souvent grossier, traita le général assez durement. Ce dernier sortit et, à partir de ce jour, cessa de voir le prince. Le Roi, mis au courant de la question, désapprouva aussi le général. Seul, le duc d'Angoulème prit son parti. Belliard y fut très sensible et conserva pour ce dernier un vif sentiment de reconnaissance.

L'acquittement d'Exelmans lui donna raison; mais rien ne put empêcher que le blâme infligé au ministre, à la Chambre des pairs, par son inférieur, ne fût considéré par les militaires impartiaux comme un acte inadmissible.

Cette affaire fit un bruit énorme et vint s'ajouter i plusieurs autres pour achever de désafl'ectionner l'armée du nouveau Gouvernement. D'autre part, celui-ci cessait d'envoyer à l'Empereur le subside annuel de deux millions qu'il s'était engagé à payer; tandis qu'au congrès de Vienne, on se montrait disposé à interner Napoléon à Sainte-Hélène.

Cet ensemble de faits le décida à quitter son île et à

rentrer en France.

Dans les premiers jours de mars 1815, il débarqua au golfe Jouan. Belliard était aux Tuileries, quand il apprit cet événement. Au même instant, le Gouvernement du, roi décida la formation de deux corps d'armée, puis, d'une armée qui devait être rassemblée sous les murs de Paris et commandée par le duc de Berry; ce dernier était nommé en outre lieutenant général du roi. A cette heure critique, voulant effacer dans l'esprit du général Belliard le souvenir de ses dernières vivacités, il le fît venir aux Tuileries et lui annonça qu'il l'avait choisi pour major général.

See PÉRfODE D£ IrA RESTAURATION

Après avoir exprimé ses remerciements, le géBéral crut devoir aborder avec le prince Texamen des causes qui avaient ramené Napoléon en France. Il lui rappdt les observations qu*il avait déjà faites, parla du mouvement imprimé au Midi, des moyens dont disposait J^Empepenr, de son influence sur les tronpee «t la population. Tout cela était maladroit et inopportun. Le frinoe en fait blessé et chercha un autre major général.

Après éfcre resté trois jours chez lui saas recerar d'ordres, Belliard fut rappelé auprès du duc de Berry. Il lui tint le même lanigage, et ajouta que si S. A. R. nu* mait pas à entendre la Térité,*elle ne devait pas TaUacher à sa personne; qu'il avait i'habitude de la dire, quoi qu'il puisse loi advenir et qu'en agissant autrement, il trahirait la confiance que le 'prinoe ^"oulart bien 4tii témoigner.

Belliard, cette fois, avait sans doute mis dans ses expressions, une forme qui toucha le neveu du Roi. €elui-ci se leva et lui prenant la main, im AU : « Vous êtes un brave homme; vou« serez avec moi.» Belliard prit son service et organisa -d'abord son élat-^major. il voulut ensuite diriger les actes du commandement avec l'activité qui distinguait jadis r€trmée impériale. Mais il se heurta à Tinertie du nouveau régime, habituelle à des hommes qui n'avaient jamais eu la prat^ue dn m^lier militaire. H ne pouvait obtenir les décisions nécessaires; c'étaient chaque jour des atermoiements, ou des propositions de demi-mesures, ©n Toolut d'abord s'occtiper d'espionnage ; on parla de faire assassiaer l'Ei»' pereur; mais on 'neT^rHmucime résolution pratique.

Tandis qu'on perdait mitisi un iemps précieux, TËmpepeur, ecdlamé partout, mardbait *vec rapidité sur Paris et arrivait à Fontainebleau 4e 49 «mwrs.

A cette nouvelle , ie ^jovwroeiDetft 'voukit porter l'armée à Essonne, puis * Villejuif, puis sur l'enceinte extérieure de la capitale. Mais il s'aperçut alors qae

rapproche seule de Napoléon avait ébranlé la fidélité des troupes. On abandonna ilonc l'idée de marcher contre )uiv et la cour ne songea plus qiu'à parbior*. L^Empeiiear pouvait entrer dans la capitale le lendemain. En consé^ quence, le soir même, le roi et les princes la quittèrent saos bruit et prirent la roule de Lille.. En partant, le due de Berry prescrivit à Beliiard de rester à Paris. Mais ce dernier crut plua convenable de le suivre aT-eo rétat-miaj4>r et un bataillon de sapeurs qui était rerté fidèie, tandis que le reste des troupes avait pris le parti de Napoléon.

Une fois à Beauvais, le comte d*Ârtois, frère du Roi, fit appeler Beliiard, (|ui trouva près de lui le duc de Eterry. « Mon cher Beliiard,. lui dit le prince, aller plus loin serait vous compromettre. — On nie se compromet jamais, monseigneur, quand on remplit son devoir. Je sui» major général de monseigneur le duc de Berry; je dois vous suivre, c'est mon devoir et ma volonté. — Que savez'vous de Tarmée?» Beliiard venait de receTOor on officier qui lui avait été expédié de Paris pour le faire revenir. Il répondit : «Je reçois à Tinstantdes noUf Yelles de Paris; Tempereur Napoléon est arrivé; il a ordonné à tous les corps de rester en position et d'attendre de nouvelles instructions. » Il avoua ensuite au. prima que les troupes de la capitale avaient abandonné la eaflsae royale.

c Noua allons hors de France, répliqua le prince; il est inutile de venir avec nous; ainsi, retournez, nous vous y engageons; nous vous Tordonnons même, si cela est nécessaire. »

Le général insista pour le suivre au nsioins jusqu'à la frontière, disant qu'il pourrait peut-être Lui être utile. A ce moment, on annonça le déjeuner; il s'y rendit avec les princes. Après le repas, ils renouvelèrent au général l'ordre de se rendre à Paris. Il dut s'y résigner et demanda à prendre congé du Roi. On lui répondit

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qu'il était parti, mais qu'on serait son interprèle auprès de lui et qu'on ne lui laisserait pas ignorer sa conduite dans ces moments difficiles. Les princes l'engagèrent à emmener avec lui, à Paris, les généraux Ruty, Haxo et tout l'état-major.

Belliard remercia les princes de leur bonté et leur exprima la peine que lui faisait éprouver leur refus d'être accompagné par lui jusqu'à la frontière. Il ajouta que puisqu'ils lui rendaient son serment, il tenait à leur dire quelle serait sa conduite. S'il n'y avait pas de guerre, il était résolu à ne pas prendre de service ; mais si Tennemi se présentait, il était Français avant tout, il se croyait obligé de rentrer dans les rangs de l'armée < pour défendre son pays en homme d'honneur, comme il l'avait toujours fait. — Cela ne tardera pas, répondit le comte d'Artois; les alliés sont en marche; dans trois mois, nous nous reverrons. Allons, nion cher Belliard, embrassons-nous ». Ce fut, dit le général, un moment d'attendrissement qu'il ne devait jamais oublier.

Quand il sortit de chez le comte d'Artois, le duc de Berry le suivit et lui donna des ordres qui furent fidèlement exécutés; ensuite, il lui recommanda d'user du peu d'influence qu'il pourrait avoir auprès de Napoléon, pour protéger les personnes qui avaient montré du dévouement à sa famille. Cette recommandation ne pouvait manquer d'être suivie; elle était dans la nature conciliante du général. II fit alors ses derniers adieux aux princes et s'éloigna.

Il revint au quartier général de l'armée royale, transmit à toutes les personnes présentes l'ordre du prince de retourner à Paris et s'y rendit lui-même peu de temps après (1).

(1) Mémoires du général Belliard, par Vinet.

Les Cent-Jours.

Rentrée du général Belliard à Paris. — Ses entrevues avec l'Empereur. — Sa mission à Naples. — 11 est nommé au commandement des 3* et 4* divisions militaires à Metz.

A son retour, il sut que l'Empereur Tavait fait demander. Il se présenta aux Tuileries et fut reçu de suite. Napoléon, le qualifiant de major général de Farmée blanche, lui demanda d*où il venait et où étaient les princes. Puis, quand il eut répondu à ces questions, il lui demanda ce qu'il comptait faire. Belliard lui fit connaître ce qu'il avait dit au comte d'Artois et qu'il demanderait du service si la guerre éclatait. L'Empereur approuva, lui dit qu'il le reverrait et l'envoya chez le maréchal Davout, son nouveau ministre de la guerre, auquel il répéta son entrelien avec l'Empereur en demandant qu'on ne lui donnât aucun emploi. Le ministre le lui promit.

Il eut bientôt avec -Napoléon une seconde entrevue plus longue que la première. Après lui avoir parlé des derniers événements et de leurs causes, l'Empereur, revenant sur ses fonctions de major général du duc de Berry, lui dit : « Vous auriez donc fait tirer sur moi, si nous nous étions rencontrés. * Belliard répondit affirmativement, en ajoutant que cela eût été son devoir. Il lui avoua qu'au premier bruit de son débarquement il avait proposé d'aller au-devant de lui aussi loin que

possible, avec un corps d'élite, intrépide et dévoué, de l'expédier en poste avec du canon, et de le pousser jusqu'à une journée de son avant-garde, une fois là, il devait se porter en avant et tirer à grande dislance, sans écouter aucun parlementaire. € Il est probable, disait-il, que nous aurions réussi. » L'Empereur en convint; ce moyen lui semblait le seul pratique. Il reconnaissait que s'il avait trouvé de la résistance avant Grenoble, son entreprise aurait échoué. 11 se serait alors jeté en Italie. 11 lui parla ensuite longuement des fautes de Louis XVUI et des chances de succès qu'on lui donnait au fur et à mesure qu'on le laissait s'approcher de Paris. Cette conversation fut très longue; elle frappa vivement Belliard; elle était pour lui un nouveau témoignage de la confiance de l'Empereur.

11 resta à Paris, sans emploi, allant souvent auï Tuileries, où il fut assez heureux pour rendre quelques services à des amis de la famille royale. L'Empereur, du reste, lui montra toujours la meilleure volonté.

Un jour où il était dans le cabinet de Napoléon, on remit à ce dernier la dépèche télégraphique qui lui annonçait l'arrestation dans le Midi, du duc d'Angoulême par le général de Grouchy. Le général ayant montré un peu d'émotion, l'Empereur lui dit : « Il semble que cela vous fasse de la peine. Vous aimez le duc d'Angoulême. — Oui, Sire; il ne m'a jamais parlé de Votre Majesté qu'avec vénération; il m'a toujours comblé de bontés... b Le général lui fit observer que si on laissait le prince aller en Espagne, où il se rendait, ce serait une mesure utile à Napoléon et à la famille royale. L'Empereur lui fit développer son idée, Técoufa avec attention, parcourut deux fois la longueur de l'appartement, puis, revenant vers lui et le regardant fixement, lui dit : « Je ne vois pas d'inconvénient a laisser aller votre prince en Espagne; je vais écrire à Grouchy. » Il remercia l'Empereur et sortit. En s'en

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