‹ Les états-majors de Napoléon. Le lieutenant-général comte Balliard, chef d'état-major de MuratChapitre 13 sur 20 · SECONDE RESTAURATION · texte numérisé non relu

SECONDE RESTAURATION

menlir à sa conscience et se retira. Il fut mis alors en non-activité.

A partir de ce moment, il vécut dans la retraite. Mais différents amis le prévinrent qu'au milieu des passions déchaînées, il ferait bien de pourvoir à sa sûreté et de quitter momentanément la France. Il s*y refusa, disant qu'il n'avait rien à se reprocher, qu'il ne craignait rien, et il resta. Guidé par le désir d'être utile à sa patrie, il l'avait servie de son mieux, s'efforçant de venir en aide à ceux qui pouvaient avoir besoin de lui et montrant en toute occasion le plus grand esprit de conciliation.

Mais la haine aveugle qui poursuivait tous les serviteurs de l'Empire, ne lui laissa pas de répit. Le 21 novembre, sa maison fut envahie par la police et les gendarmes ; on visita son domicile ; on saisit ses papiers ; il fut arrêté et emprisonné à l'Abbaye. Il y resta six mois sans savoir pourquoi il était détenu ; il reçut maintes propositions pour tenter de s'évader et de se réfugier dans un pays voisin. Mais il refusa même les passeports qui lui furent offerts, préférant la prison dans sa patrie, à la liberté sur la terre étrangère. Au mois de mai 1816, après avoir vainement réclamé des juges, il fut remis en liberté* Comme la plupart des anciens généraux de Napoléon, il avait le cœur ulcéré par les procédés des Bourbons qui venaient, en le persécutant, de lui montrer la mesure de leur reconnaissance. La Terreur blanche ensanglantait alors les départements et renouvelait sur divers points du pays les atrocités sanguinaires de la Terreur républicaine. A Paris même, au moment des exécutions du colonel Labédoyère et du maréchal Ney, les sentiments de haine et de vengeance qui animaient la société la plus élevée, dépassaient toute idée. Pour des hommes comme Belliard, il n'y avait plus qu'à s'isoler dans l'ombre de la retraite et à s'apitoyer en silence sur les maux qui désolaient la patrie.

Ils durèrent jusqu'au moment où le roi Louis XYIII,

eoraprenant les dangers d'une réaction aussi impitoyable, résolut d*y mettre un terme. La direction qu'il imposa alors aux esprits eut bientôt une heureuse influence.

Pendant ce temps, une réoi^nisationdelarmée avait lieu en 1818, sous l'inspiration du maréchal Gouvion Saint-Gyr, alors ministre de la guerre. Divers auteurs ont prétendu à ce sujet que le maréchal avait fait de larges emprunts au projet que le général Belliard avait soumis au duc de Berry en 1814.

La nouvelle organisation comprenait un corps spécial d*état-major qui a duré jusqu'en 1870 et fourni à Tarmée des hommes de valeur.

L'état-major général avait été aussi reconstitué. Belliard avait eu la satisfaction de se voir, à cette occasion, rappelé à l'activité et inscrit comme disponible, dans le cadre des lieutenants généraux, à la date du 30 décembre 1818.

Cet aclo était d'un bon augure ; et, en effet. Tannée suivante lui apporta une réparation complète des injustices passées.

Les élections qui eurent lieu au mois de février suivant affaiblirent le parti des ultra-royalistes et donnèrent une grande force au ministère Decazes. Ce dernier •s'en servit pour imprimer au gouvernement une marche plus libérale. Une de ses premières mesures fut la création de 60 nouveaux pairs de France, dont 16 furent choisis parmi ceqx qui avaient été supprimés en 1815. Le général Belliard était du nombre. Sa nomination fut datée du 5 mars ; le 9, l'ordonnance royale qui le concernait fut lue à la Chambre et le 13, après avoir prêté serment devant le président de cette assemblée, il fut admis à siéger. Il y avait un mois que l'assassinat du duc de Berry avait eu lieu.

A partir de ce moment, et pendant la Restauration, il se contenta de prendre part aux séances parlementaires de la Chambre haute et de se mêler plus spécialement

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aux discussions militaires. Il suffira de les énumérer pour connaltee le rôle d^aîUeurs assez effacé qu'il eut à remplir.

Il commença à se mêler aux discussions au mois de mai 1819. Il combattit, dans Tintérèt de la défense du royaume, un projet de loi relatif aux servitudes militaires, défMidit la liberté individuelle et prit part à Télaboralion d'un projet de loi sur une nouvelle répartition territoriale de la Corse. En 1821, il se mêla à une discussion sur Tancienne dotation du Sénat. Ce fut à la fin de cette session qu arriva en France la nouvelle, déjà prévue depuis quelques. semaines, de la mort de TËmpereur. Il avait 9ucoon>bé le 5 mai dans sa triste habitation de Long^ood, au mal qui le rongeait depuis plusieurs mois. Cet événement, qui remplit de joie la Mainte- Alliance, causa en France, dans le peuple et parmi ses anciens compagnons d'armes, une profonde émotion. Belliard la ressentit vivement. C'était la fin du drame terrible commencé, à Fontainebleau, en 1814, le jour où, conduisant à Napoléon Tofficier d'état-major qui lui annonçait la défection de Marmont, il s'était écrié : c Le coup de grâce est porté! v

Cette mort fortifia en France le parti rétrograde dont Belliard combattait les tendances. En 1822, cependant, il n eut pas à prendre parti contre lui. Les projets de loi présentés i la Cbambre des pairs n'étaient pas de sa compétence.

A ce momanl ce qui attirait le plus l'attention c'était l'état du Roi : accablé d'infirmités, il ne régnait plus que de nom, et le pouvoir était tout entier dans les mains du comte d'Artois. Les jésuites dominaient à l'intérieur et la Sain te- Alliance, au dehors.

Ces influences décidèrent l'expédition d'Espagne à laquelle tous les vieux généraux s'intéressèrent, d'autant plus que l'armée rassemblée pour la faire, forte de quatre-vingt mille hommes, commandée par le duc d'An-

goulème, était dirigée par un des hommes de l'Empire qu*ils estimaient le plus, le maréchal Oudiaot. Dans la session des pairs de la même année, le général Belliard se contenta de présenter des observations au sujet d une allégation qu^il jugeait erronée, relative à Tétat de larmée française en 1792.

Peu de temps après il eut la surprise de recevoir des nouvelles du roi Joseph.

Ce dernier, comptant sur son influence, s'adressait à lui pour faire rectifier les bruits répandus en France sur sa personne et sur son rôle sous TEmpire.

Il lui écrivit de Pointe-Breeje, le 28 octobre, pour lui annoncer la visite d'un ami, M* Carret, qui possédait sa confiance, et qui pourrait répondre aux questions dont il serait l'objet. Le roi Joseph réfutait une quantité de faits que lui attribuaient les biographies récemment iç) primées sur sa vie publique et privée.

Mais à cette époque un général de TEmpire ne pouvait rien pour modifier les récits publiés sur les personnages de la famille de Napoléon. Cependant, pour répondre au désir du roi, il écrivit une notice, qui fut publiée lorsque les circonstances lui parurent favorables. Il y rendit hommage à ses qualités, à son ardeur pour faire le bien et le disculpa des calomnies qui Tavaient atteint.

Après avoir rappelé une manifestation sympathique des habitants de Jersey, un des Etats de l'Union, il la termina ainsi :

< Juges éclairés et impartiaux des hommes, ces peuples libres ont pu devancer le jugement de la postérité, surit foi que l'on doit prêter aux calomnies de toute nature dont on a essayé de noircir le nom de l'Empereur et de sa famille.

« Ce fut ainsi que les peuples de Naples et d'Espagne, éclairés par l'expérience, apprécièrent à leur juste valeur les jugements calomnieux qu'on avait portés sur ce nouveau roi.

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