SECONDE RESTAURATION
«... Séparé de sa patrie et de sa famille par de grands obstacles, nous aimons à croire qu'il reste au roi Joseph, cette réserve immense des jouissances de toute la vie, une bonne conscience, avec laquelle Thomme de bien n'est jamais seul, »
L'année suivante, la Chambre des pairs aborda l'étude d'une modification à la loi du recrutement. Belliard prit part à la discussion et son expérience s'ajouta à celle de ses collègues militaires, pour produire d'utiles améliorations. Il eut également à s'occuper d'un changement dans les circonscriptions administratives.
L'automne de cette même année fut marqué par deux événements importants : la mort du roi Louis XYIII, survenue le 16 septembre, qui donna le trône à son frère sous le nom de Charles X et qui eut pour conséquence d'imprimer au gouvernement des tendances antilibérales ; puis la prise de Cadix par l'armée française et le rétablissement du roi Ferdinand sur son trône. Ce résultat était également favorable au parti de l'ancien régime. Ces faits obligèrent le général Belliard à conserver, plus encore que par le passé, l'attitude de réserve qu'il tivait adoptée.
En 1825, il n'eut à prendre part qu'à des études de projets de lois civiles et se borna à quelques observations pratiques. Il en fut de même dans la session de 1826.
Mais en 1827, on présenta à la Chambre haute un projet de loi sur les juridictions des tribunaux militaires, qui l'intéressa vivement. Il prit plusieurs fois la parole pour faire modifier différents articles et exprima son opinion au sujet des retenues auxquelles étaient assujetties les pensions militaires.
La même année, il fut heureux de voir la France intervenir dans la lutte des Grecs contre les Turcs. L'opinion publique, favorable aux efforts des Grecs pour recouvrer leur indépendance, entraîna le gouvernement à s'allier à la Russie et à l'Angleterre. Belliard partagea
la joie nationale à la nouvelle de la destruction de la flotte turque à la bataille de Navarin, et de la part glorieuse que notre marine y avait prise.
Dans la session suivante, il fut nommé commissaire pour Texamen d*un des projets de loi; il s'occupa de pèche fluviale, du mode de nomination des commissions spéciales, des retenues sur les pensions et d*une création de i millions de rentes.
La même année il reçut une nouvelle lettre du roi Joseph qui lui recommandait un de ses amis et qui se terminait par ces mots : « Je serai charmé des occasions que vous pouvez m'ofl'rir, de me convaincre de lancien attachement que je vous ai conservé. »
A la fin de i828, il eut le chagrin de voir mourir un de ses anciens compagnons d*armes de Tarmée d'Egypte, le général de division Damas, ancien chef d*état-major de Kléber, avec lequel il était resté lié, malgré la disgrâce que la volonté, peut-être la rancune de Napoléon, lui avail infligée. Il fut de ceux qui raccompagnèrent à sa dernière demeure et prononça sur sa tombe un discours éloquent qui fut remarqué (1).
Le 7 mars 1829, le général Belliard assista à un rqpas qui laissa aux divers convives un souvenir assez durable, pour que Tun d'eux, devenu plus tard le maréchal de Gastellane, éprouvât le besoin de le consigner dans ses mémoires.
Le lieutenant général Lebrun, duc de Plaisance, pair de France, ancien aide de camp de TEmpereur, et fils de Tancien archichancelier, donna ce jour-là un grand dîner. Parmi les convives se trouvaient trois autres aides de camp de TEmpereur : le lieutenant général comte Reille, pair de France, le lieutenant général comte Lobau, député, et le lieutenant général comte de Flahaut, qui n'était plus rien; puis, le grand marédial
(1) Voir aux Annexes.