‹ Les états-majors de Napoléon. Le lieutenant-général comte Balliard, chef d'état-major de MuratChapitre 16 sur 20 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

Adhésion du général Belliard. — Son ambassade à Vienne. — Ses entretiens avec le prince de Metternich. — Son entrevue avec Tempereur d'Autriche. — Sa mission auprès du Congrès national belge. — Son influence conciliatrice. — Désignation du roi Léopold I*'. — Opérations contre les Hollandais. — R61e de Belliard. — Reconnais* sance de la Belgique. -— Mort du général. — Honneurs qui lui furent rendus.

A la suite des graves événements de juillet 1830, les partisans d'une monarchie constitutionnelle se virent dans la nécessité de se rallier, au duc d*Orléans, pour sauver la patrie des dangers d'une nouvelle réaction jacobine. Le général Belliard fut de ce nombre et, témoin des passions ardentes qui s'agitaient pour ressaisir le pouvoir, il offrit son concours à la dynastie naissante du roi Louis-Philippe, qui venait de prêter serment à la nouvelle constitution et qui était monté sur le trône, le 9 août.

Ici encore on pourra lui reprocher, après avoir servi la République, l'Empire, les Bourbons, d'être devenu le soutien d'un nouveau régime. Sa conduite pourtant fut celle d'une quantité de Français qui étaient guidés par leur dévouement au pays et dont l'abstention eût été pour la France un grand malheur. Leur adhésion au contraire eut, comme celle de Belliard, d'heureux résultats.

Au début de son règae, le roi Louis-Philippe, instruit par la dure expérience d*une vie d'exil, chercha à maintenir la paix, pour avoir le temps de reconstituer les forces de la France. Il fallait d'abord faire reconnaître par les puissances étrangères un gouvernement improvisé par Témeute. Il choisit, dans ce but, des hommes de grand mérite, et songea au général Belliard pour renvoyer à Vienne, en mission extraordinaire. On savait qu'il était apprécié par le prince de Metteroich; puis, son expérience, Téclat de son passé militaire, la modération de son esprit étaient d'avance une garantie de succès.

Nommé ambassadeur extraordinaire auprès de Sa Majesté l'Empereur d'Autriche, il quitta Paris le 30 août. En Allemagne, sa présence causa une grande émotion. C'était le premier général français qu'on revoyait depuis les guerres de l'Empire. A €arlsrahe,où l'on rêvait de constitutions et de libertés, la cocarde tricolore fixée à la casquette de son vulet de chambre fut enlevée, et partagée en morceaux qu'on se distribua comme des reliques. Plus loin, en pays autrichien, on se demandait si les Français allaient de nouveau marcher sur Vienne et quelques habitants se préparèrent à fuir.

Le général poursuivit sa route sans s'inquiéter de ces incidents et atteignit Vienne le 26 août. Il eut l'ennui d'apprendre que l'ambassadeur, M. de Rayneval, était parti sans l'attendre. Mais il obtint du premier secrétaire, chargé de l'intérim, les renseignements dont il avait besoin. Il s'était installé à l'hôtel de l'Empereur» d'où il fit demander une audience au prinee de Hetternich. Ce dernier s'empressa de le recevoir, le l^demain, i 2 heures de l'après-midi.

Le général a raconté en détail les entretiena qu'il eut avec le prince, et dont l'importance était augmentée par ce fait que ce dernier passait alors pour le régulateur de la politique européenne.

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Après avoir constaté les fautes du dernier ministère de Charles X, Metteraich voulut entendre de la bouctie du général le récit des événements qui avaient marqué les trois journées de Juillet et renversé une des plus anciennes monarchies de TEurope.

Après avoir satisfait sa curiosité, Belliard lui fit connaître les projets du Roi, sa volonté de maintenir la paix, les intentions de son gouvernement et les aspirations du pays. Il répéta la déclaration que le Roi lavait chargé de faire, déclaration d autant plus sincère qu'elle était dans Tintérèt du Roi, de son gouvernement et de la France. Il fit ressortir que la paix devait être désirée par tous les peuples et que la France voulait ressenrer les liens qui Tunissaient aux puissances étrangères; qu elle marchait d'accord avec le Roi et avec les nouvelles institutions, et qu'au besoin elle se lèverait tout entière pour les défendre.

A ce moment déjà, il était persuadé que le gouvernement du Roi serait reconnu parce qu'il offrait les meilleures garanties de tranquillité; mais on craignait qu'il ne fût pas assez fort pour résister aux partis qui le menaçaient. Metternich lui parla du mal qu'avaient faits nos journaux et les accusa d'être la cause de la chute de Charles X. Le général combattit cette opinion en démontrant que les Ordonnances du ministère Polignac avaient fait tout le mal. Il demanda qu'on laissât au gouvernement le temps de s'organiser et de devenir fort; il assura le prince qu'il n'y avait pas à craindre de voir la Chambre des députés se transformer en Convention, comme il le redoutait, et il demanda à être présenté à l'Empereur . Ce premier entretien, qui avait duré deux heures, fut suivi d'un second, le 30 août.

Le général retrouva Metternich très bienveillant, mais ayant encore des appréhensions au sujet des attaques des journaux. < Leur violence, lui dit-il, et la licence de la presse seront toujours un obstacle à la marche des

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gouvernements. La liberté peut les servir; mais la licence finit par les renverser* » Belliard réclama encore pour le nouveau pouvoir le temps de se fortifier, et d'imprimer aux affaires une marche régulière. Il fit ressortir les circonstances, qui seules avaient placé le duc d'Orléans sur le Irône. Metternich parut goûter ses observations, mais voulut se renseigner sur le parti républicain. Le général lui affirma qu'il était sans consistance et lui cita, pour le prouver, la démarche spontanée faite parle duc d'Orléans à THôtel de Ville de Pans, au moment où Lafayette y avait proclamé la République. On lavait acclamé et sa présence avait suffi pour anéantir les espérances de ce parti.

Ils parlèrent ensuite du voyage des autres ambassadeurs envoyés en Europe par le roi Louis-Philippe. Metternich laissa entendre que rAutriche était d'accord avec l'Angleterre et la Prusse pour reconnaître le gouvernemeDt da Roi et que la Russie ferait probablement de même. Belliard aborda ensuite la question de l'audience de l'Empereur. A son avis, elle tardait et cette attente, contraire à la dignité de son Souverain et de la France, pourrait l'obliger à repartir, < le jour où Thonneur de son pays lui semblerait l'exiger; et le moment, dit-il, approche ». Metternich lui dit que cela ne tarderait pas, qu'il y avait une question de formes à régler et qu'elle était i peu près terminée.

Le prince revint ensuite sur la fameuse entrevue de Dresde^ sur les conseils qu'il avait donnés et lui lut ce qu'il avait écrit sur ce sujet. L'entretien finit au bout d'une heure et demie. Notre ambassadeur était satisfait; en résumé son audience lui était accordée et promise dans un très bref délai. Il fut en effet prévenu que l'Empereur le recevrait le 4 septembre à midi^ au chftteau de Schœnbrûnn.

Ce jour-là, lorsqu'il fut introduit, le souverain vint au-devant de lui jusqu'au milieu de la grande galerie,

OÙ tous deux se rencontrèrent. Ils étaient seuls. Le général exprima en ces termes Tobjet de sa mission :

Sire,

Chargé par mon Roi, Louis-Philippe P', Roi des Français, d'apporter à Votre Majesté Tavis de son avènement au trône de France et l'assurance de son amitié la plus vraie pour votre auguste personne, je suis heureux, en remplissant la mission dont j'ai été honoré, de pouvoir mettre aux pieds de Votre Majesté mes hommages les plus respectueux et ma vénération la plus profonde.

Sire, le Roi des Français veut vivre en paix avec tous ses voisins, avec tous ses alliés, rester dans ses limites et tenir à l'exécution des traités faits avec la France. Le Roi m'a chargé d'en donner l'assurance à Votre Majesté.

Sire, pour le repos du monde, la France, comme les grandes puissances, doit peser de tout son poids dans la balance politique; tous les soins du Roi tendront à la maintenir dans son rang.

Le Roi veut le bonheur des Français; il s'en occupe sans cesse; il veut la prospérité de la France, faire fleurir les arts, ouvrir tous les canaux au commerce et raviver l'industrie; tous ces heureux résultats, Sire, ne peuvent s'obtenir qu'avec la paix, source féconde du bonheur et de la prospérité des États; aussi le Roi veut-il franchement la maintenir et la conserver, cette paix si profitable à tous les peuples.

Le Roi veut resserrer de plus en plus les liens d'amitié qui unissent la France aux autres puissances du monde; tels sont, Sire, les sentiments du Roi que j'ai l'ordre de faire connaître à Votre Majesté.

Le Roi des Français, Sire, se croit en droit d'espérer de trouver les mêmes sentiments chez tous ses alliés.

J'ai l'honneur de remettre à Votre Majesté, les lettres du Roi et de la Reine.

Ce discours fut bien accueilli. L'Empereur lui exprima sa satisfaction des assurances de paix qu'il apportait, lui dit qu'il voulait aussi le maintien de la paix, qu'il ne se mêlerait pas des affaires de la France, et que la Prusse,

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TAngieterre et l'Espagne feraient de même. Le général lui renouvela les assurances qu'il venait de donner, et lui parla des dangers qu'il y aurait à attaquer de nouveau la France. L'Empereur en convint, maison ajoutantque le gouvernement du Roi avait besoin de prendre de la force. Belliard lui dit qu'on pouvait y compter, mais qu'il fallait lui en laisser le temps. II expliqua ensuite que si le Roi avait voulu prendre de suite en mains le pouvoir qu'il aurait plus tard, il aurait été renversé; que déjà tous les généraux qui avaient été remis en place, étaient une garantie pour la paix extérieure et intérieure.

L'Empereur Tentretintensuite des récents événements dont Paris avait été le théâtre. Belliard lui en expliqua l'origine, les causes, les résultats. L'Empereur lui fit ses observations personnelles sur les fautes de Charles X et de son gouvernement, sur la licence de la presse, sur la nécessité de maintenir chacun à sa place. Il lui parla du Roi de Rome avec bienveillance et affection, et l'entretint d'un récent envoi de troupes autrichiennes en Italie. Belliard demanda qu'elles ne fussent pas envoyées en Piémont, pays voisin de la France, ce qui obligerait le Roi à des mesures de précaution. L'entretien roula encore sur les questions de représentation à la cour de France dont on avait jasé à l'étranger, sur la future demeure du Roi qui était encore au Palais-Boyal et qui devait aller aux Tuileries. L'Empereur le termina par des expressions de sympathie personnelle pour le général et l'annonce d'une prochaine remise de lettres pour le Roi et la Reine.

Belliard quitta Schœnbrûnn très satisfait de l'accueil qu'il avait reçu, des promesses qui lui avaient été faites et de l'impression qu*il avait ressentie. En résumé, il reviendrait près du Roi avec la reconnaissance officielle de la cour d'Autriche et de plusieurs autres puissances, la certitude du maintien de la paix et celle d'une bien-

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veillance assurée^ due surtout à la satisfaction qu'avait fait naître la reconnaissance, en France, du régime monarchique.

Il ne lui restait plus qu*à prendre congé du prince de Mettemicb et à regagner la route de France. Il eut sa dernière .entrevue avec lui le 1 septembre. Le prince fit valoir Tattitude de son souverain, lui dit que la reconnftissaoce était franche et que TAutriche voulait soutenir le Roi parce que c'était son intérêt; il se plaignit encore des journaux, demanda que la Chambre des députés ne songeât pas à devenir une Convention et en vint au choix de l'ambassadeur. « Il fallait pour cette négocia* tion un homme de consistance, de considération et habitué aux affaires; on vous a choisi; on ne pouvait mieux faiire. Nos rapports, vous l'avez vu, ont été réciproques en loyauté et en franchiâe ; j'espère que vous aurez été aussi content de ma manière de traiter les affaires que je l'ai été de la vôtre. » Enfin, il lui renouvela la satisfaction que l'Empereur avait éprouvée à le recevoir et à causer avec lui, lui recommanda à son retour à Paris de pousser son gouvernement à agir au plus tôt pour inspirer confiance à l'Europe et à réorganiser son armée dont la France avait le plus grand besoin.

Le général donna au prince, sur ces divers sujets, les meilleures assurances; il le remercia ainsi que l'Empereur du très aimable accueil dont il avait été l'objet, et se félicita de la franchise et de la cordialité qui avaient présidé à cette négociation; il quitta ensuite Metternich, convaincu de l'importance du rôle que la France jouait encore en Europe, et de la crainte que ses agitations intérieures inspiraient aux puissances. Il resta persuadé qu'avec un gouvernement fort et une bonne armée, elle exercerait encore dans le monde une grande influence(l).

' (1) Le prioce de Metternich a résumé, dans le 5* Tolume de ses Mémoires, les incidents qui ont marqué l'ambassade extraordinaire du

Lorsque le gouveraemeDt du roi Louis-Philippe eut été reconnu, une des questions qui absorbèrent le plus son attention fut celle de la Belgique. Le général Belliard, qui avait su se créer des amitiés dans ce pays et qui y avait conservé de nombreuses relations, suivait aussi avec intérêt les événements qui Tagitaient.

Depuis 1814, la Belgique, enlevée à la France, formait, avec la Hollande, le royaume des Pays-Bas. Des mesures maladroites et souvent vexatoires avaient provoqué, en 1830, l'irritation du peuple et une opposition violente aux actes du roi Guillaume. La révolution de Juillet à Paris, en fit éclater une à Bruxelles. Dès lors une lutte acharnée commença entre le peuple belge et la maison de Nassau qui régnait à la Haye. Au mois de septembre, les États généraux décidèrent la séparation de la Belgique et de la Hollande; et, deux mois plus tard, un congrès national réuni à Bruxelles, proclama Tindépendance de la Belgique. Au début de Tannée 1831, une conférence européenne tenue à Londres, décida sa séparation d'avec la Hollande, fixa ses limites, et proclama sa neutralité. Là-dessus, un congrès national se réunit à Bruxelles,

général Belliard, à Vienne, en août 1830. Les entretiens y sont reproduits dans un sens favorable k l'Autriche et avec une bienTeilUnce limitée en ce qui concerne la France. Mais il n'en est pas de même poor la personne de Tambassadeur qui est qualifié d'ancienne connaissance et dont il fit resssortir, auprès de son représentant aa France, « l'altitude également franche ».

Le prince et l'Empereur avaient cependant dissimulé leur manque absolue de confiance dans la durée du gouvernement du roi Louis-Philippe. Ils ne voyaient dans les journées de Juillet qu'une nouvelle appati» tion de la Révolution; cela suffisait pour faire envisager à rétranger, ce qui venait de se passer en France, comme une menace pour la tranquillité des autres Etats.

Le récit du prince Metternich est complété par la lettre du roi Louis-Pbillipe à l'empereur d'Autriche, par deux lettres de l'Empereur au Roi, l'une officielle, l'autre confidentieUe; par une lettre de Metternich au comte de Nelsserode, le l*' septembre, par sa circulaire aux représentants de l'Autriche pour leur annoncer la reconnaissance de la monarchie de Loùis-Phillipe, et par une lettre au comte Apponyi, ambassadeur d'Autriche à Paris, au sujet de la mission du général Belliard & Vienne.

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adopta une monarchie constitutionnelle, comme forme dte gouTernement, et offrit la couronne au duc de Nemours, second fils de Louis-Philippe*. Après le refus du Roi, un régent provisoire, M. Surlet de Chokier, fut nommé et Ton s*oeeupa du» choix d'un» nouveau souverain'.

Ce futdanffces'ciTGonetafnces'qne'le roi Louis-Philippe-, voiriiBMit envoyer dans ce pays un homme d» talent, bien vu des Belges, libéral comme eux, dteué d'une grande expérience et êfvtn esprit concijiani, jeta les yeux sur Ve général Fdliard.

Dans" les premiers jours de mai's^, ïe ministre des affaire» étTrangères-l^ prévint d^s intentiions dbR'ei et lui eommuniqua la mission* dont il était chargé. llFe avait pour objet lie nsraân'tien de l^ pars; il devait persuader au gouvernement belge que son admission parmi Tes États européens l^i créait des obligations à côi^ d^ ses d^oitB^ qulM^i' fallait apporter beaucoup de modération el df équipé dians* ses» prétentions ; qu'il réussirait surtout paT des concessions et dëfr transactions ; que les autres États n'admettraient pas, de sa part, d!es volontés trop prononcée»; enfin, qu'on lui demandait d^ lever le blocus delffiaëstricht. « Sai Miafesl^, disait li& ministre, place en TQxrs toute sav co^fia^Nse et vous serez autorisé à faire- de sa parf! au Gou'^rnement Belge toutes les communitaticms nécesesÂres au succès de* votre mission. » — R 1^'invita à partir es suite.

Au même nvoment, ce goirvememenf remplaça son ministre en France et Bèlliard fut chargé d'en exprimer tonS' le» rugret^ do? Roi .

En réalité, suce ntoment^ la^Kelgique'était trèstroubi^e ; dtes amiiitî^UK s^agitaien^) dbuB les ehibs et pariaient db ia proelamotioff d'une* République que fes Étkts européen» n»'auraiea4 pas tolérée. Btelli^rd devait éviter cette éventualité et fttire MtoiMhre^tes ceneeife de la prudence, dan» lintérèi^ même de la nationaHl'é belge.

Il avait laissé à Bruxelles de grandes sympathies, et il y reçut le meilleur accueil. Il ne parla, au début, que de modération et se montra très réservé sur les candidats au trône belge. Il obtint de suite la levée du blocus de Maëstricht, ce qui produisit le meilleur effet.

Mais à côté de cet acte qui reçut l'approbation générale, il s'en produisit un autre, assez inattendu, qui fit an effet tout opposé. Les Belges convoitaient le Luxembourg; et leur Régent, méconnaissant les déclarations de la conférence de Londres, venait d'adresser une proclamation aux habitants du grand-duché. Belliard fut chargé de faire des représentations, d'abord en raison des inconvénients de Cette proclamation à un point de vue général, ensuite parce qu'elle était un manque d'égards vis-à-vis de la France, qu'on aurait dû au moins prévenir. La Belgique ne pouvait oublier qu'elle devait son indépendance à l'appui de notre pays, et ce défi porté à la Confédération germanique pouvait compromettre la paix. Le général présenta ces observations au Régent et aux ministres, ce qui l'empêcha de faire un voyagea Paris, qu'il avait projeté.

La situation était assez grave pour qu'à l'annonce des convoitises belges sur le Luxembourg, le roi de Hollande eût menacé d'entrer en campagne. Les démarches de Belliard avaient eu jusque-là un heureux résultat; on espéra le voir réussir. Le ministre des affaires étraogëres lui écrivit : « Je suis plein de confiance en votre sagesse, en votre prudence. Le Roi est entièrement satisfait des services que vous lui rendez. »

Pendant ce temps, le représentant de l'Angleterre, Lord Ponsonby, se montrait hostile à la France et excitait les Belges. Belliard put néanmoins maintenir les esprits dans des dispositions pacifiques, tout en évitant de s'ingérer ouvertement dans les affaires intérieures de ce pays. A Paris, on reconnaissait tellement sa prudence qu'on lui écrivait : « Vous avez un digne et noble

rôle; et celui qui au milieu de tant d'écueils, de complications et de difficultés de toute espèce, saura préserver cet Élat naissant, de cet esprit de guerre et d'anarchie, toujours prêt à compromettre sa cause, aura bien mérité de la Belgique, de la France et de l'Europe entière. »

La question du Luxembourg ne fut pas cependant abandonnée de suite et elle était si épineuse, qu'au commencement d'avril, notre représentant dut prendre un ton plus affîrmatif et déclarer que l'état de crise qui en résultait ne pouvait se prolonger. Belliard fit même entendre qu'il y avait lieu de se décider entre le Luxemboui^ qu'on n'aurait qu'à la suite d'une guerre et l'indépendance du pays qui serait sûrement détruite.

Le Régent et les ministres savaient que les conditions de l'existence de la Belgique comme État européen avaient été définies par le protocole du 20 janvier précédent, signé à Londres par les représentants des grandes puissances ; mais ils ne se décidaient pas à les accepter. Le rôle de Belliard était de les amener à ce résultat.

Ces négociations continuèrent jusqu'au commencement de mai sans faire de progrès sensibles. A cette époque, Belliard fut prévenu que le prince de Saxe- Cobourg était décidé à accepter la couronne de fifelgique, à la condition stricte que les Belges adhéreraient, sans restriction au protocole du 20 janvier.

Ceux-ci envoyèrent à Londres, pour s'en assurer, un membre influent de leur congrès national, M. Devaux, auquel le prince Léopold tint le même langage. Malgré ces assurances, les Belges ne se résignaient pas et s'agitaient encore. Au mois de mai, on crut un instant que les hostilités allaient reprendre à Anvers, entre eux et la Hollande. Ce fut Tintervention de Belliard qui empêcha ce malheur. A Paris, le Roi et le gouvernement en éprouvèrent une vive satisfaction et lui adressèrent leurs félicitations.

Les Belges eurent alors l'idée d'envoyer, par un de

6S8 PÉAIODfi. DR LA. liONkiffiCIUE CONSTITUTIONNELLE

Jeurs agenla, une note à la diète germanique de Fraocfort, dans leapoir d'obtenic son adseniîment à l'anoexioB du Luxembourg.

Cette fois, le gouvernement français s'irriitt. Sud son ordre, le général BelUard se présenta chez le Régent et lui. demanda impérativement le rappel de Tagent et le désaveu de Tétrange démarche qu'il* venait de faire. Ra la. lui.pr^scriivantv le gouvernement finançais. Lui fitcoA'naitre la bonne impceseion que s& conduite' à Anvers a.vait faite à Londre»»

Le général obtint les satisfactions demandées; mutB ea dépit dâ ses^eiSont» afe de son entente; avec le mioîfltDe d'Aiigleteme,, il ne réussit paâ^ an faire abandonner aux Belges. leurâ) prétentions teDmtoriales..Ea.Europev on* fut surprJâ et mécontent de voir unÉtbt qui &vait. àt peine .q,uBlquBa moifi: d* existence,, etqui était su peine constitué, témoigneruue. ambition, et un désir d'agrandiaeementbds que son indépendance en< étaiti compromise.

La conférence de Londres, pour en finir, modifia son premier protocole et en établit uà second pac lequel le Luxembourg poujcrait être annexé à I& Belgique, moyennant une cession territoriale équivalente; faitB a. la Hoir Lande. Gette combinaison ne satisfit paa les Belges; et leur entêtement fut qualifié de déraison. Belliard toutefois ne se découragea pasi^ pearsuadé qu'eiii pensévérani il atteindrait le but désiré..

A Paris> d'ailleurs> on. tenait à. Fencourager. Le ministre des affaires étrangères lui. en renouvela Tassurance, le 30 mai, en lui disant : a Le gouvernement el la natioa belge honorent votne caractère et apprécieni vos intentions ;. vos conseilâ^sont- toujours, &inoii suivis^ du moins accueillis avec respect; le Roi vous accorde ici la confiance la plus entière » ; etc.

Néanmoins, au commencement de juin, Tobstinatiofl des Belges à refuser les propositions de la conférence de Londres faillit tout gâter, et le général reçut, le 8, Tordre

de quiltei* immédiatement Bruxelles. Il en ftrt de môme de fion collègue anglais.

Il re^ta alare à Parks, 's*occupant toujours d'arranger las-affttiies de bob vciBÎns'el donnant de« iimtructions à U. Sol, Bon attaché dumbassade, reské -à BraKelles oomme 'un simple "parfictilier, mFais recueillant toirtes les nouyeitles qui pouvaient intéresser le général.

(Ce decnier, très lié avec le 'fiégent, lui 'en<v^oyait *dc temrps à autre des communications de nature à l'aider dans «es démarches. Elles démontraient de^plos en 'plus l'amitié et le dévouement «de Belliard pour la Belgrqueé

A la Un de juin, les «paroles de conciliation parurent a^oir produit un bon effet « Le 26, le général alla passer ht fioivée à Saint-^Cloud. On lui montra tout Tintérèt qiie r*on portait à ce pays voisin, dans lequel Belliard ne demandait qu*à revenir. Il trouvait même qu'on aurait bien fait de l'y laisser. Le lendemain, il apprît à M. Sol qu'à Londres, le prince Léopold «était prêt à jurer la aanstittttion belge et à régler toutes les questions -pendantes, pourvu qu'il fût idaccoord, sur (tous les point», avec la ^Belgique, la France et «l'An^teterre. Il fît transmeltre ces nouvelles au Régent.

.Enfin, le 29., il lui annonça que l'acoord s'hait fait à Londres, entre le prince et la députationibelge qui était en route pour regagner Bruxelles. Tout dépendait maintenant de l'acceptation du iCongrès national, sur laquelle on comptait.

£t cependant, cette solution ne marcha pas toute seule, ce qui :obMgea Belliard à rester encore à Paris* Aandant les .premiers jours de juillet, les discussions les plus vives animèrent les séances du Congrès belge. Le général recevait, sur les incidents qu'elles provoquaient, desrappcorts qu'il envoyait ausnitôt au Roi. Le 3 juillet, (m crut un instant que les affaires allaient s'embrouiller.; et elles avaient une telle importance que Belliard écrivait jà fton attaché : « Qn attend a^ec anxiété des non-

Telles de Bruxelles; les yeux sont fixés sur la Belgique; c'est elle qui doit fixer les destinées de TEurope. » Le 7 heureusement, la face des choses changea et lacceptatien parut probable. Une proclamation du bon Régeat, comme disait Belliard en parlant de son ami de Cbokier, produisit le meilleur effet. Il eut Toccasion de la lire à la Reine et à sa fille qui en furent très heureuses.

Enfin, le 10 juillet, les hésitations cessèrent; tout fut terminé, le Congrès accepta Taccord conclu entre le prince Léopold et sa dépulalion. Belliard exprima de Paris, à son attaché, la joie que causait cette nouvelle, gage de paix pour tout le monde. Il lui demanda quelle était rimpression ressentie dans les provinces belges, et adressa une note confidentielle au Régent : « Allez chez lui, écrivait-il à M. Sol, dans lequel, j'ai toute confiance et que nous aimons. Faites-lui lire la note ci-jointe eu toute confidence, pressée, et priez-le de répondre de suite. Vous m'enverrez ses idées » ; etc.

Le général venait de recevoir Tavis du départ du prince Léopold pour la Belgique ; il demanda qu on lui signalât son arrivée à Bruxelles et les incidents qui pourraient survenir en cours de route.

Il ne s*en produisit aucun. Le prince, qui avait été élu roi des Belges le 4 juin, fut salué par d'unanimes acclamations quand il entra à Bruxelles, le 19 juillet. Le général Belliard se mit de suite en rapport avec lui. Il comptait maintenant que son absence serait de courte durée. A la même date, il accompagna le roi Louis-Philippe dans un voyage de Calais à Dunkerque. Us restèrent seuls dans la même voiture pendant le trajet entre ces deux villes et Belliard fut enchanté de son souverain.

Le jour même où le roi Léopold prêta serment à la Constitution et fut définitivement proclamé, sous le nom de Léopold I", le 21 juillet 1831, Belliard reçut Tordre de retourner à Bruxelles. Il y fit préparer son apparte-

ment et annonça son arrivée au nouveau souverain. Il espérait partir dans la nuit; mais une interpellation faite au ministère, à la Chambre des députés, le força de retarder son départ jusqu'au 2 août.

Le rôle qu'il venait de jouer dans Tacceptation d'une monarchie constitutionnelle par le Congrès belge et dans le choix du prince Léopold, lui réservait, près de ce dernier, un accueil des plus flatteurs et une position de faveur.

D'autres raisons d'ailleurs devaient concourir à ce résultat. Le roi Léopold était un militaire; il avait servi activement dans l'armée russe comme général ; il avait fait campagne et était homme à apprécier tout particulièrement un représentant de la France qui alliait aux talents d'un bon diplomate, des services de guerre éclatants et une carrière des plus brillantes.

Les événements allaient du reste contribuer à les rapprocher encore. La Hollande n'accepta pas les dispositions arrêtées par la conférence de Londres. Se trouvant lésée par le nouvel Etat, elle lui déclara la guerre et envahit son territoire. Belliard exposa à son gouvernement la nécessité de secourir la Belgique dans l'intérêt de la paix européenne et obtint qu'une armée de 50,000 hommes viendrait promptement à son secours. Elle fut commandée par le maréchal Gérard, qui avait près de lui les ducs d'Orléans et de Nemours, fils atnés du roi de France.

Dans l'intervalle, le roi Léopold avait pris le commandement de l'armée belge et s'était porté àu-devant des Hollandais, avec des troupes composées en grande partie de gardes civiques. Belliard suivait les opérations à distance. Les Belges ayant été battus à Hasselt, Belliard annonça cette défaite en France et expédia un officier au maréchal Gérard pour lui demander instamment de mettre son armée en mouvement et d'entrer en Belgique.

Trois jours auparavant, sachant que le général hol-

632 PÉRIODE J>£ Là MONARCHIE G0NS7ITUXI0NSiËU£

landais, Chassé, maître de la citadelle d'Anvers, menaçait «de bombarder cette xiche cité, il se rendit près de lui et le décida à conclure une convention par laquelle il s*engageait à ménager la ville. Mais le roi de Hollande refusa de la ratifier et l'armistice fut rompu le 9 août à onze heures du soir. — Le gésaéral Belliard lit envoyer ces nouvelles au duc d*Orléans.

Puis, sachant à quel point Tarrivée d'une armée française devait modifier la situation et Tétat d'esprit des Hollandais, il se rendit, avec l'autorisation de «on gouvernement, auprès du prince Frédéric, fcoœmandant eo chef de l'armée hollandaise^ et réusart à ccuclure avec lui une convention en vertu de laquelle son armée devait se retiror. Cette solution sauvait la Belgique.

U adressa ensuite un rap|>ort à son ministre et écrivit à M. Sol, son attaché : c J'ai été très content du prince d'Orange, en traitant avec lui ; il s'est expliqué de suite pour la conservation de la psûx avec la Fjsance ; mais il ne m'a pas cacbé que notre arrivée le -dérangeait beaucoup ; car, sanA nous, il allait à iBraxeUe6,<et il a raison; c'en était fait du royaume pour un moment, et la restauration déployait ses étendards, pour -peu de temps i la vérité. Nous ne pouvons pas k seufifrir.

c Le roi des Belges s'^est jnontré 4'unel)ravoure et d'un saog-tfroid extraordinaires... Sans lui, sains les soins qu'il a pria, l'armée belge était Anéantie «t l'autorité des Nasr sau, de nouveau imposée à la Belgique....

c ... J'ai été reçu au canijp du Prince on ne peut mieux ; les troupes de service prenaientetjprésentai^ntlesarmes. Je n'ai qu'à me louer de la politeese et des égards des piinces «et de tous les officiers. J'ai tr«ouvé là beaucoup de connaissances.

« ... Le prince d'Orange m'a témoigné grand désir de voir nos jeunes prinoeset le laaaréchal ; il m'^ chaigé de lui métnager une enlti^vue.

« P^ndanA la retraite, le prince m'a |urié de veiller à

ThervureD .et à fiom palakten ville, gu*il con&idèpe comnie saproprié&é. »

La convention conclue entre le général Belliard et le prince d^Orange reçut son exécution immédiate ; et la reftraite de l'armée hollandaise commença le 14 août. Le prince envoya au maréchal Gérard, sonn^hef d'État-anajor^ pour régler la marche de ses troupes, d'accord avec le chef d'État-major du maréchal.

Le lendemain, iS^ fieiliard rentra à Bruxelles, rapporlant de cette courte campagne une situation exceptionnelle. La reconnaissance du roiLéopold, celle de Tarmée et de la nation belge tout entière lui étaient désormais aoquieeB. Et le service qu'il venait de rendre à la Belgique s'étendait au même titre à la France et à TËorope.

L'armée française me tarda pas à se replier à son tour, buasant en Belgique un corps de 42,000 hommes, pour soutenir le Roi, en attendant qu'il ait réorganisé son année.

Trois semaines après sa rentrée à Bruxelles, Belliard afiâista à l'ou^verture solennelle, parle Roi, des chambres nouvellement élues en vertu de la constitution Kbre du ooyaume. Dans cette cérémonie, le Roi souleva une qjofiBtion qui avait pour la Franoe un intérêt indirect. U tdemanda l'adhésion des chambres au Irailé, dit des vingt-quatre articlea, que la conférence de Londres imposait à la Belgiqueet a la Hollande. Elle lui fut donnée sans discussion.

Il en résulta que^ le 45 novembre, le traité de paix définitif fut signé à Londres entre les représentants des grandes puissances et celui du roi des Belges.

Le général transmit en France, le 18, l'impression que cette nouvelle avait causée en Belgique.

C'est, diit-il, la reconnaissance la plus éclatante que la Belgique puisse désirer. Le traité sera communiqué demain aux chambres.

Cette nouvelle, si impatiemment attendue, s*est répandue partout avec la rapidité de l'éclair et produit les plus heureux effets.

... Voilà donc, monsieur le Ministre, cette grande et difficile affaire terminée, dont la conclusion doit être du bonheur pour la France comme pour la Belgique, et conserver la paix à l'Europe. Je m'en réjouis avec vous, monsieur le Comte, et je serai doublement heureux d'avoir pu contribuer pour quelque chose à ce grand acte, si ma conduite est approuvée par le Roi et le Gouvernement.

J'ai l'honneur, etc.

Auguste Belliard.

La haute mission dont le général avait été chargé auprès du Congrès national belge était donc remplie à l'entière satisfaction de son gouvernement. Il en reçut toutes les félicitations qu'il pouvait désirer. En outre son rôle dans ces difficiles circonstances lui avait créé dans le pays, de telles attaches, qu'il eût été impolitique de l'en retirer. Il y fut conservé comme ministre chargé de la Légation de France et put enfin prendre quelques semaines de repos.

Mais le 21 décembre, il dut se rendre à Paris. U y avait une suite au traité du 15 novembre; il fallait r^ler la question des places fortes voisines de nos frontières. Un premier projet de traité, élaboré en Belgique au mois de décembre, fut rejeté par notre gouvernement; Belliard fît coup sur coup plusieurs voyages de Bruxelles à Paris et réussit à aplanir les dernières difficultés. Rassuré de ce côté, il eut la satisfaction de voir commencer Tannée 1832 sous les plus heureux auspices.

Il était revenu à Bruxelles pour présenter au Roi les souhaits de son souverain, avec les siens propres, et assister à la première cérémonie de nouvel an par laquelle les Belges allaient exprimer à leur prince, les plus vifs témoignages de leur dévouement.

Il jouissait des heureux résultats obtenus et de la haute

situation qu*il s*était acquise dans ce pays où il n'avait que des amis. La mission dont il avait été chargé, et son heureux résultat, succédant a son ambassade extraordinaire à Vienne, lui avaient créé dans le monde diplomatique une position en vue et des titres à de nouveaux honneurs. Le gouvernement français songeait à l'en récompenser en le nommant à l'ambassade de Madrid, dans un pays où il avait également laissé les meilleurs souvenirs. Il songeait déjà à cette nouvelle situation, quand un malheur imprévu vint ruiner tous ces projets.

Le29 janvier 1832, le général, en se levant, s'était senti légèrement indisposé. Mais, plus tard, se croyant mieux, il avait déjeuné comme à l'ordinaire et s'était rendu auprès du Roi. En sortant du Palais, vers midi et demi, il s'était trouvé mal à son aise et était entré au Parc. Obligé de s'asseoir sur un bauc, il avait été pris d'une syncope dont on n'avait pu le tirer. On l'avait transporté dans son hôtel, où deux médecins, immédiatement prévenus, lui avaient prodigué leurs soins. Mais tout avait été inutile, et à trois heures de l'après-midi, le général expirait, sans avoir repris connaissance.

La mort de ce héros, si modeste et si droit, fut en Belgique un événement extraordinaire. Et la nation belge montra, dans ces douloureuses circonstances, ce qu'un peuple jeune et uni dans un commun devoir, peut témoigner de reconnaissance à un diplomate étranger qui lui avait maintes fois prouvé son affection et son dévouement.

LeroiLéopold éprouva le premier une douleur profonde qu'il exprima librement à son entourage. Après lui, les ministres, sûrs de répondre au sentiment de tous, décidèrent de lui rendre les plus grands honneurs.

Pendant toute la journée du 31 janvier, son corps fut exposé sur un lit de parade dans son hôtel. Il était revêtu de ses insignes militaires et de ses décorations. Sa physionomie, oujours bienveillante, avait conserve l'em-

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preinte de son sourire. Toute la journée k foule défila devant sa demeure. Deux artistes, un dessinateur et un sculpteur, furent désirés pour reproduipe ses traits.

Il avait été décidé que ses restes seraiieB^t inhumés dans le nouveau cimetière de Laeken. Les obsèques eureDt lieu le 1*' février. Après la oérémome religieuse, qui -eut lieu à Téglise Saint-Jacques sur Caudenbeck, le cortège, Q&mposé de toutes les notabilités beflges, se dirigea vers liaeken, où le curé vint le recevoir à la lète de son dlergé. Arrivées au cimetière, les troupes formèrent le carré et rendirent- au général lefs honneurs ^militaiveséiifi à son rang.

Plusieurs discours furent prononcés et M. de tfoeienaenre, ministre des affaires étrangères, ^prrt le premier k parrolo dans los 'termes suivants :

Messieuns,

Réunis autour de cette tombe pour rendre les derniers honneurs à celui que la mort vient d'arracher à notre affection, vous n'att-endez pas de moi que je vous retrace le tableau de la vie militaire 'de M. ie comte Auguste Belliard. pair de France, lieutenant général, gcand-oroix de la Légion d'Jionneur, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Sa Majesté le Roi des Français. Qu'est-il besoin de vous rappeler ces brillants faits d'armes que TEurope connaît et admire, et que le burin de Thistoire a déjà transmis à la postérité? Tel est le privilège des hommes vraiment illustres, qu'il suffit de prononcer leur nom poiir réveiller dans tous les esprits de grands et d'impérissables souvenirs.

Le guerrier qui avait assisté à ces luttes gigantesques de la République et de l'Empire ne dédaigna pas de s*associer, depuis, aux travaux plus paisibles de la politique et des gouvernements représentatifs. Homme d'une double époque, il avait compris son siècle et son nom se rattache à la fois a rage héroïque et à Tâge pacifique des peuples modernes.

C'est aiosi cpi'uQ des conquérants de la Belgique en 1794, est devenu un de» soutiens- de son indépendance en i830i

La deuxième partie de la carrière du général Belliard a été plus courte et moins éclatante que la première; mais elii^ sera plus utile à l'humanité et à la civilisation.

Si nous Tadmirons à Jamumpes^ à Arcole, aux Pyramides, à Aoisterlitz et à la Moscowa, nous le bénissons pour avoir puissamment contribué, à sauver Anvers d'un nouveau bombacdement, pour avoir concouru à détourner de la Belgique et de L'Europe les calamités de la' guerre.

L'histoire appréciera le général Belliard sous ce dsuble rapport. Mais* ce que la postérité ne saura peut-être pas, ce sont les qualités privées: qui le rendaient si cher à tous ceux qui ont eu le bonheur de le connaître ; c'est la rare modestie d'un homme qui, après avoir fait de si grandes choses^ croyait n'avoir rempli que son devoir; c'est cette égalité d'humeur, cette bonté de caractère, cette compassion pour le malheur, toujours sûr de trouver en lui appui et protec* tion; c'est enfin cette antique bonne foi. qiii'iL apportait dans toutes ses relations, et qui lui interdisait toute* défiance envers les autres.

Voilà les vertus qui avaient concilié au général Belliard un si grand nombre de vrais amis. Un de» souvenirs les plus doux de ma vie sera d'avoir eu quelque part à l'estime et à< l'amitié de cet homme de bien, qui, élev» si haut par son mérite, condamnait au silence- L'envie même, et se faisait pandonner son illustration par aat bonté et sa; bienlaisance. La dépouille mootelle da générât Belliard est confiée.- à un pays qui n'est pas sa< patrie, mais son} ombre n'aura jamais ài se plaindna nLde l'oubli ni del'ingEatitAide. Si,. dans les rases monifintsr da loisio que: lui faisait une dévorante activité, Tidée de reposer sur. lat terre étrangère avait pu- se présentera son imagination, elle n'aucaiteu.rien' d'effrayant pour luit

Homme v^taBux,> qiia notre douleur accompagne dans le tombeau, vous, serez regretté comme, le seraient les plus grands citoyens belges. Organe de la nation tout entière,, je mfestimo hîsuceux de pouvoir vouft payer ici Le tribut de la reconnaissance; puhlic|ue. La- Belgique a'est point ingrate, votœ sou venin vivna éteroellement dans nos- cœurs, et la terre étrangère^ sera poun w)us comme la terre de la patrie.

Après le ministre des affaires étrangères, M. le général Desprez, dont les traits étaient altérés par le chagrin, prononça, en s*interrompant plusieurs fois, les paroles suivantes :

Au milieu des regrets que fait naître la perte d'un guerrier illustre, qui ne croirait que c'est dans sa ville natale qu'on lui rend de tristes et derniers devoirs? Ce deuil public honore à la fois, et celui qui en est l'objet, et la nation qui paie d'éminents services par tant d'amour et de reconnaissance.

La Belgique était pour le général Belliard une seconde patrie : en défendant ses intérêts avec tant de chaleur, il parut moins obéir à un devoir que céder à l'entraînemeat d'une vive et profonde affection; ce sentiment avait pris naissance lorsque, pour la première fois, de hautes fonctions l'appelèrent dans les lieux qui conserveront sa dépouille mortelle.

Les Belges n'oublièrent jamais la douceur de son commandement, et ce besoin d'être utile qui fut sa passion dominante. Pendant qu'il se signalait dans des contrées lointaines, ils faisaient des vœux pour aa oonaervalioa, comme s'ils eussent pressenti qu'un jour ils auraient besoin de son dévouement et de son habileté : le jour est venu, rhistoire redira quelle était la situation de la Belgique lorsqu'il fut accrédité auprès de son gouvernement. L'arrivée de Belliard ranima la confiance. Ses paroles, qui devaient leur puissance à sa loyauté non moins qu'à sa raison, calmèrent les esprits les plus passionnés, et on se rallia autour du prince dont l'élection allait commencer une ère nouvelle. L'anarchie fut vaincue. Mais bientôt une agression soudaine menaça le trône que le vœu national venait d'élever. Dans cette grave circonstance, Belliard sembla se multiplier. Tantôt vaillant et habile capitaine, il partageait les périls du Roi, et lui offrait les conseils de sa vieille expérience; tantôt ministre de paix, il se jetait au milieu des combattants; le succès couronna ses efforts, et les hostilités cessèrent sans que l'ennemi eût obtenu une seule concession qui pût blesser l'honneur des Belges. Ce fut alors que le prince qu'il avait secondé avec tant de dévouement conçut pour lui une amitié que la mort ne saurait éteindre, et que de

nobles larmes nous ont révélée tout entière. Naguère, lorsqu'une question délicate eut fait naître des difficultés imprévues, on vit Belliard franchir quatre fois en quelques jours l'intervalle qui sépare Bruxelles de Paris. Le zèle qui l'animait lui fit illusion sur ses forces. Ces voyages, entrepris dans une saison rigoureuse, parurent altérer sa santé, et peut-être faut-il leur attribuer l'accident funeste qui termina ses jours.

Les services que Belliard a rendus à la Belgique, l'importance que leur donnent les circonstances actuelles, ont détourné nos regards de sa vie militaire : que de faits glorieux elle pourrait nous offrir I II courut aux armes lorsqu'en 1792 une coalition redoutable se forma contre la France : défendre le sol de la patrie était à ses yeux le plus sacré des devoirs; il le remplit consciencieusement, à l'époque même où des excès déplorables révoltaient son cœur généreux. Indulgent pour toutes les opinions, accordant son estime aux hommes de tous les partis, quand leur bonne foi ne pouvait être mise en doute, il ne conçut jamais les persécutions politiques : elles l'atteignirent lui-même sans altérer la modération de son caractère.

Après avoir servi dans les armées du Nord et de l'Ouest, il se distingua dans ces campagnes mémorables où un jeune guerrier étonna l'Europe par l'éclat de ses victoires. Il combattit auprès des Pyramides, avec ces bataillons qui avaient triomphé au delà des Alpes. Digne compagnon de ce Desaix auquel les Égyptiens décernèrent le surnom de Juste, il vit avec lui les ruines imposantes de Thèbes et d'Éléphantine. La science des antiquités dut à cette expédition de précieuses découvertes : aux yeux de Belliard, ces trophées n*étaient pas sans gloire. Les savants qui ont décrit les contrées mystérieuses que parcourut l'armée française le peignent secondant leurs efforts, s'associant à leurs recherches, et interrogeant avec eux ces vieux monuments d'une civilisation éteinte. Lorsque TÉgypte fut abandonnée de nouveau à la barbarie, il revit le sol natal. Le grade de général de division et le commandement d'une partie de la Belgique furent le prix de ses brillants services. Plus tard, la guerre le conduisit successivement aux bords du Danube, de la Vistule et du Tage. Gouverneur de Madrid, il y laissa comme à Bruxelles les plus honorables souvenirs.

Dans la campagne db Russie, il remplissait les fonctions de Major-général auprès^ dis ce prince valeureaz qpni n^aurait dû tomber que sur le champ de' bataille. A* Mbjaîsk, une gpave blessure milr ses jours en péril : iiorcé de sume Tafinée pendant une rel^ite désastreuse; il dut son salut moins encore- aux secours die Fart qu^'àt la force de* son âme. La promp1!itude de ssp guérison surpassa toute» le» ^péranofts, et on le vit, avec surprise, paraître dans les champs de k Saxe et dans ceux de la France, devenue à son tourlë théâtre dift la guerre».

Eh 181>4, la capriëre politique s*oinnrit pouo BeUioni, et h Ghamfane diss pairs te' compta parmioes nsembrss. Sescottègués diront ài quel) point son esprit. sage et conciliant avait mérité teur estime et; leur affeotiioin; ses^ ponsnto, ses amiss ses comfyagnou» d^armes tiendront un langage plus ton»* chant encocQi Btix seuls ont. pu complètenneait ^piéder l'aménité dt» son* caractère, soa inépuisable' biénfaisiiirce, cette modestie cpai lui dérobait ses titresdeigtoirevetGett» candeurqui mtf^ pure au miUeu d'une vie à' agitée..

Privé des douceurs de tai paternité, ii von» aux entei9d« ses sœurs la tendresse qu'il aurait euepaur lesoîeusi

Il les appela auprès de lui : en- lui prodiguant tenrs^ soins, ils ont rendu heuveux ses derniers jours. Puisse- leus amèn douleur être- adoucie par cette aonsola<nte idée^. et par V&r pression! unanime* d'une reconnaissanice quif ne périn jumafs I

Mt Ch. de Brouokère, miotertnadA^Ia guienve^ pnMoii^ ensuite Its» phrases (pii raivenii, A'ms» vroàa swi^iitenieBt altérée :

niVistre générât receve^no^dtemiers^adieuix.

La; Belgique cooserv^sa comme la France le soaveBÎB d« votfe. gloira;. eUe. ^'oubliera, jamais qu'au jour du. péril. va0 avez, parlai les^ dangers de se& enfants r comma autnft)» pendant q,Mâranie asia vous^ avez eu une pari céelle à louii les triomphas de voire patrie. Ella n'oublteca^ j^s c|ue veitf aidiez des conseilsr de vôtres vieilla expérience ie& homiati nou.veaux appelés à la tète de ses aSaices. Elle diraqnavouft étiez pour elle aussi bien un. dJtoyen. généreux et toutdévûiBi

PÉRIODE DE Ul MONABCHIB GONSTITUTIOKMBLLE 641

qu'un habile diplomate; que Taiaénité de votre caractère et une modestie sans exemple rehaussaient encore le prix des éminents services que voua lui avez rendus.

Mais pardonnez, général : aujourd'hui nous ne trouvons pas d'expression pour vous célébrer dignement, nous n'avons que des larmes pour vous pleurerl Adieu donc! adieu pour toujours, vous que, tous, nous estimions, que nous aimions tant. Adieu I

L'attendrissement produit par ces discours, sur tous les assistants, était extrême. Sir Robert Âdair (1) était si vivement ému, qu'il ne prut trouver de paroles pour exprimer à son tour la douleur qu'il ressentait.

Après de nouvelles salves de mousqueterie, chacun s'est retiré triste et pensif.

Le récit des obsèques du général a été complété par M. Hymans, aujourd'hui conservateur en chef de la bibliothèque royale, par les détails suivants :

c La reconnaissance des Belges ne se borna pas i des discours. Dès le lendemain des funérailles, des listes de souscription pour l'érection d'un monument circulèrent dans les rangs de la garde civique. Tous les patriotes tinrent à honneur d'y apposer leur nom. L'armée, pour sa part, abandonna une journée de solde.

« Le 4 mars 1832» les souscripteurs s'assemblèrent dans la salle du Yauxhall qui servait, à cette époque, indifféremment de salle de concert, de spectacle et de lieu de réunion pour les sociétés et les meetings. Une commission fut élue, chargée de déterminer la forme et l'emplacement du monument. Elle se composait de MM. le comte Vilain XIIU, Rouppe, bourgmestre de Bruxelles, Cb. de Brouckere, Meens et le comte d'Arsehot. Un concours fut ouvert. Les dessins et les plans , de M. Guillaume Geefs furent adoptés et, en 1838, la statue du général Belliard fut inaugurée à Templace-

(1) Minisire d'Angleterre.

ment qu*elle occupe encore aujourd'hui, faisant faceaa Parc.

<c Le nom de Belliard a été donné également à une des plus belles artères du quartier Liéopold, qui s*ouyre précisément en face du monument, au delà du Parc.

c Les restes du général furent transportés en France le 12 mars 1832 (1). »

Une cérémonie nouvelle eut lieu à Paris pour honorer la mémoire du regretté général. A la Chambre des pairs, un de ses collègues qui était eu même temps on de ses anciens officiers d*Etat-major, le général Guilleminot, prononça un beau discours dans lequel il retraça la carrière militaire du général, et dont la Chambre ordonna Timpression.

Il y eut en outre une cérémonie funèbre et, sur la tombe, au cimetière du Père-Lachaise, le Ministre de Belgique en France termina son discours ainsi :

« Il a voulu que son corps reposât sur le sol français. Cette volonté a été respectée. La Belgique, privée de ce précieux dépôt, consacre les services du général Belliard par un monument, moins durable que le souvenir, mais qui honorera à la fois Thomme généreux qui sut le mériter et le pays qu*il fit aimer en le servant. Heureux Thomme dont les restes mortels sont enviés i sa patrie, par le peuple chez lequel il la représentait! »

A Bruxelles, le monument élevé à la mémoire du général Belliard est une belle statue en pied, en marbre blanc, supportée par un piédestal en pierre d'environ deux mètres de haut qui repose lui-même sur trois marches. L'ensemble est entouré d'une grille. Le général est en grande tenue, le grand cordon de la Légion d^honneur sur la poitrine, la main gauche sur le

(1) Extrait de Bruxelles à travers les âges, t. 111, par BiM. II. cl P. Hymans.

pommeau de son épée et la droite tenant le traité de reconnaissance du royaume de Belgique. Sur Tépaule gauche est placé un manteau d'ordonnance qui enveloppe la statue par derrière et sur le piédestal on a gravé rioscription suivante :

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