‹ Les états-majors de Napoléon. Le lieutenant-général comte Balliard, chef d'état-major de MuratChapitre 4 sur 20 · CAMPA6NKS DE L'ARGONNE ET DE BELGIQUE · texte numérisé non relu

CAMPA6NKS DE L'ARGONNE ET DE BELGIQUE

Celle relraile, aggravée par la pénurie des vivres et par les privations de tout genre, avait démoralisé les troupes. Belliard eut alors sous les yeux le spectacle navrant de la décomposition morale que la défaite impose aux soldats, surtout quand ce sont de jeunes recrues. Quant à lui, son courage au milieu des revers avait frappé ses chefs; et le 8 mars 1793, le grade d*adjudant-général, chef de bataillon, vint récompenser ses services et soutenir son ardeur pour le métier. Il en avait besoin, car le spectacle de nos maux était des plus tristes. La désertion faisait de grands ravages dans les corps et Ion compta plus de 10,000 hommes qui abandonnèrent leurs drapeaux pour rentrer dans leurs foyers. La Belgique de son côté était prête à se soulever.

Dumouriez, irrité, accourut. Comprenant la nécessité d une victoire pour rendre confiance à son armée et maintenir les Belges, il rassembla 4S,000 hommes et les lança, le 18 mars, sur les positions retranchées des Autrichiens à Neerwinden. A droite et au centre, la lutte resta indécise; mais à gauche, Miranda, accablé par des forces supérieures, fut battu et rejeté en arrière.

Dumouriez, débordé sur son flanc, dut battre encore en retraite, d^abord sur Bruxelles, puis sur les camps de Haulde et de Bruille, évacuant ainsi la Hollande et la Belgique.

Pendant cette marche, d'après divers récits, Belliard, ayant eu Toccasion de charger avec un régiment de cavalerie, eut un cheval tué sous lui et reçut sur la tète un coup de sabre qui ne lui fit heureusement qu'une contusion.

Ce fut une campagne désastreuse. Dumouriez, exaspéré, essaya d'entraîner ses troupes contre la Convention qu il accusait de nos malheurs et qu'il voulait renverser. Hais abandonné par ses soldats, il n'eut d'autre ressource que de passer à l'ennemi, avec les Princes d'Orléans, son étal-major et quelques hussards.

Dans ces douloureuses circonstances, Belliard montra cette droiture et cette loyauté qui devaient le distinguer toute sa vie. Sollicité par ses camarades de Tétat-major général de les suivre à Tétranger, il résista à leurs instances, et fut obligé de mettre le sabre à la main pour se défendre contre leurs menaces quand les insinuations firent place à la colère. Il les quitta aussitôt et se rendit à Valenciennes auprès du général Dampierre qui lui avait toujours témoigné beaucoup d'amitié.

Cet acte de courageux patriotisme ne devait pas cependant être récompensé. Les jours d'épreuve allaient commencer pour lui. Il avait fait partie de Tétat-major de Dumouriez ; cela suffisait pour faire de lui un sus> pect, et l'inculper sinon de trahison, au moins de connivence avec ceux qui avaient abandonné leur poste. Et, comme il arrive dans les époques troublées, son honorable conduite au moment de la défection de son chef ne fut pas une preuve suffisante de son dévouement à la République.

Il fut mandé au Comité de sûreté générale de la Convention, pour fournir des explications. En le faisant partir, le 8 mai, le général Dampierre tinta lui remettre une lettre des plus élogieuses, qui lui servit en arrivant à Paris. Au début en effet, tout alla pour le mieux. Le Comité l'interrogea le 22, et ne trouvant contre lui aucun grief, le fit remettre en liberté.

Quelques jours après, le 14 juin, le ministre de la guerre lui confia des fonctions de sou grade à l'armée des côtes de la Rochelle, où il se rendit sans délai. Il y était depuis un mois à peine quand il fut chargé de conduire à Paris le général Westermann qui était traduit à la barre de la Convention. Arrivé dans la capitale, le 16 juillet, il s'acquitta de sa mission, et en fut déchargé quand Westermann fut enfermé à l'Abbaye.

Désireux de rejoindre son poste, il se présenta aux bureaux delà guerrcpour en obtenir l'autorisation. Il eut

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