‹ Les états mélancoliques post-oniriquesChapitre 14 sur 19 · CHARPENTIER · texte numérisé non relu

CHARPENTIER

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Observation III.

O. J.. 37 ans, célibataire, quartier-maître Lorpilleur à la défense

lixe de Rochefort. Pas d’antécédents héréditaires. Antécédents per-

sonnels : quelques bronchites, typhoïde à 22 ans.

Première entrée à l'hôpital en mai 1918 ponr éthylisme chronique, excitation alcoooique très prononcée ». Symptômes alors relevés sur sa feuille de clinique : Faciès coloré, ecchymoses répandues sur le Corps; émotivité exagérée; réflexes rotuliens vifs, rêves professionnels ; crampe des mollets. Fourmillement des extrémités. Etat mental fait d’inquiétude avec excitation des gestes el des idées. Pas d'idées délirantes. Sort guéri après un séjour de 25 jours.

Deuxième entrée le 26 mars 1916. Le malade a été conduit à l’hôpilal peu con scien! de sasituation, el à peu près désorienté. Depuis quelques jours, il est incapable de tout service, ne veut plus trav ailler, sé prétend poursuivi, présente de l’incohérence des idées, des hallucina tions. cel état a succédé à des excès de boisson.

A son entrée au service de neuro-psychiatrie, le malade sait à peine qu'il est à l'hôpital. Panophobie, dépression diurne, excitation noc- Lurne. Confusion des idées, est mal orienté dans le Lemps. Dysmnésie de-fixation, Chaque nuit ils’agile en criant qu'il voit des animaux autour de son lil : serpents, rats, qui lraversent sa chambre, le menacent, courent le long de la fenêtre; il voit aussi des apaches, porteurs de grands couteaux. I est persuadé au moins sur le moment, et dans l’obscurilé de la réalité de ses visions. Il raconte avec beaucoup de détails frappants dont certains sont tout-à-fait caractéristiques de la fugue délirante alcoolique qu'il a été pris en ville par la police, qu'il a assassiné une femme d’un coup de revolver dans une chambre garnie de la rue de l'Arsenal pour lui voler son porte-monnaie, qu'il a été traduit devant “un conseil de guerre el condamné après avoir été défendu par un camarade; qu'il a été également condamné pour avoir été surpris dans une cour faisant du tapage, etc., etc. Tout ce délire qui est fixé, semblable à lui-même dans les différents récits, a dû être vécu par le malade car il est raconté par lui-même avec la même fidélité qu’un souvenif

réel qui Paurait beaucoup frappé. Il ajoute que l'officier qui lui parle

(le médecin) est sans doute le juge d'instruction, que l’hôpital doit être plutôt une prison qu’un hôpital. Pas de fabulation extemporanée.

Au point de vue physique: faciès hagard, très congestif. Trembiemen réflexes exagérés. Foie un peu gros, Symptômes de gastrite irritative. Urines {rè sdiminuées de volume, rétention de chlorurée et uréique, diurèse irrégulière.

Au bout d’une dizaine de jours, le malade devient moins anxieux son Leint pâlit, l’étal viscéral se relève, le sommeil apparaît, Les urines augmentent et leur secrétion se régularise. La confusion mentale disparail par longues périodes, les hallucinations s’évanouissent complètement pour faire place à des cauchemars simples.

Néanmoins, le malade persiste dans ses idées délirantes d’auto-aceusalion et d’auto-dénoncialtion relatives aux événements imaginaires racontés. À la suite des conversations avec le médecin, il en doute assez fortement. Un jour, même, il convient que ces idées sont maladives, mais il ne les abandonne pas complètement.

La guérison de la psychose survient lentement, mais il semble qu'au fur et à mesure que ses fonctions psychiques redeviennent normales

au point dé vue de la lucidité et des opérations intellectuelles, un étal affectif pathologique particulier se manifeste en lui. Le 16 avril, l’attitude générale est déprimée, le gesté rare; il y a de la tendance au mutisme:; le faciès est triste, les traits contractés. Le malade reste immobile sur sa chaise, sans dire un mot, la Lête penchée, les sourcils froncés. On lui arrache des réponses dénolant qu'il est bien orienté el lucide mais qu'il n’a pas abandonné les idées délirantes nées dans son rêve éthylique. Au contraire, celles-ci, si elles n’entrainent pas absolumenL Ja conviction ont fait en quelque sorte boule de beige, en appellent d’autres empreintes de la même tonalité émolive, qui paraissent se fortilfier de nouvelles idées d’auto-accusation à base interprétatives el chaque jour nouvelles : les camarades parlent de lui dans la cour de l'hôpital, lui font comprendre par leur air de mépris et leurs allusions dans leurs conversations, qu’il est un criminel, un voleur, un pédérasle, ele. On se détourne de lui el il a honte de son état; il mérite tous ces affronts. Quand nous lui démontrons qu'il n’est coupable d'aucun acte répréhensible, il nous répond : « Vous dites que c’est la maladie ou la boisson qui me font croire que j’ai tué

cette femme; c’est possible, mais si je n’ai commis aucun crime, je suis

du moins capable d'en commettre. » Il ne mérite pas ce qu'il mange, il n’ose plus toucher à ses aliments. Il parle de se pendre. Il dit qu’il ne

peut surmonter sa tristesse, qu’il ne peut s'empêcher de se considérer

comme un misérable, indigne de vivre.

Il offre à ce moment Lous les signes psychiques et tomatiques de la

dépression mélancolique. Notons aussi que les troubles de la diu-

rèse qu'il a conservés de son délire éthylique primitif, bien qu'ils se soient améliorés n’ontpas disparu complètement.

Le malade reste dans cel état jusqu’à la fin d'avril. A ce moment-là

il s’améliora de nouveau en quelques semaines. Les idées délirantes ayant complètement disparu, il partit en congé de convalescence, conservant une certaine dépression morale et une tristesse encore marquée. Nous l’avons vu après son congé ayant repris son service à l’Arsenal, à peu près complètement guéri et redevenu ce qu'il était avant sa dernière entrée à l'hôpital, c’est-à-dire offrant quelques stigamates

atténués mais trés nets d’alcoolisme chronique.

Nous donnerons maintenant pour finir, un nouveau cas, à état mélancolique post-onirique, d'une interprétation

pus délicate. Dans les observations qui précèdent en effet, il s'agissait toujours d'état transitoire. La durée comparée de l’épisode onirique primaire, du court intervalle de latence et de la psychose mélancolique secondaire, indiquait nettement que l’état mélancolique n'était qu'une complication immédiate et en partie, au moins accidentelle de l’accès onirique toxi-infectieux. Dans le cas que nous allons maintenant rapporter ia première partie de l’évolution a été conforme à notre description en ce sens que le malade a présenté un accès onirique classique puis une courte période de latence, puis enfin un syndrome mélancolique offrant des relations non douteuses de caractère et d’origine avec l’onirisme antérieur. Mais la durée prolongée de l’état mélancolique, suggère qu'il s’agit peut-être malheureusement d’une psychose chronique ou à tendance chronique chez un constitutionnel ayant été

déclanchée par l'accès toxique.

En tous cas, il s’agit d’une psychose sensiblement plus

dl durable que les autres (puisqu'aucune améioration franche ne se manifeste après quatre mois d'évolution) de plus, l'aspect clinique du malade se modifie et il parait évoluer de plus en plus vers le délire de persécution.

Des faits de ce genre n’ont rien qui doivent surprendre. L'alcool ouvre la porte à toutes Les formes psychyatiques chez les constitutionnels, et l’état mélancolique, post-onirique peut n'avoir été, chez un grand prédisposé de ce genre qu'un court moment- dans une longue évolution devenues banale par la suite. Le court moment n’en n'offre pas moins d'intérêt clinique.

Nous reviendrons sur ce point dans Le chapitre suivant, en traitant de la nosologie et de la pathogénrie des dates méiancoliques post-oniriques.

Il n’en est pas moins vrai que l’état mélancolique déclanché chez ce malade par la psychose toxique, quoique évoluant de façon anormale probablement à cause de la constitution a contracté suffisamment de rapports avec le délire onirique qui à ouvert la scène clinique pour être étudié parmi les états mélancoliques post-oniriques.

Observation IV.

Affection psychopathique caractérisée pur de l'excitation psychique avec idées délirantes de persécution à base d'hallucinalionsterrifiantes de nature onirique et réactions impulsives à la fugue, el par des symplomes d'éthylisme subaiqu.

B... F..., 37 ans, boucher. entre au pavillon d'opservalion psychiàtrique le27 avril 1920.

Antécédents héréditaires : Père mort de rhumatisme, mère morte de «neurasthénie » elle était paralysée depuis quelques années déjà. Deux frères et sœurs en bonne santé.

Antécédents personnels : Scarlatine en bas-âge, fièvre typhoïde à 15 ans, sujet à des poussées d’herpès génital.

Hisloire de la maladie. — A été à l’école primaire, a fait son ser-

vice militaire, a été mobilisé, sans incidents.

“Etail garçon boucher à Tarbes, mais il a quitté son emploi à cause de la méfiance que lui témoigne depuis quelque temps son patron et de la surveillance qu’exercent sur lui les autres employés, H buvait beaucoup à celle époque du vin blanc principalement.

Le 25 avril se rend à Saint-Macaire pour voir son frère, puis vient à Bordeaux, y trouve de l'embauche à compter du premier juin; mais ce travail de nuit ne lui convient guère car il sent que l’on continue à l’épier el à le poursuivre. Il écrit à son frère que « M. D... le prend deux fois par semaine pour porteur de viande de 10 h: du soir à 3 h. du mätin travail de nuit ne me convient pas beaucoup, surtout ne connaissant pas la ville. Je suis au restaurant avee Mme M... Tu peux croire, cher Frère, que je souffre énormément; je ne comprends rien à tout ceci, personne ne me dit rien, el je comprends que l’on parle beaucoup de moi. Je me demande que puis-je avoir fait pour qu’on me poursuive comme l’on fait. Enfin, s’il y a quelque chose contre moi ou que j'aie mal lait comme je te l’ai déjà dit que l’on fasse le devoir qu'il faut que l’on fasse. Quand une personne n’a pas fait ce qu’il faut, quant à moi, s’il y à un soupçon sur moi ou quoi que ce soit comme je te l’ai déjà dit par avis el par lettres, encore une fois que l’on fasse leur devoir, ce que je Ve te dire, cher Frère, c’est que ma conscience est nette et que je ï’ai rien à me reprocher, je le jure sur la tête de notre pauvre Mère. »

Le 27, prend le train pour Tarbes; à la gare, très inquiet. Dans le train voit des individus qui le surveillent, les entend qui échangent des réflexions sur lui et parlent de le «zigouille». A Pessac, se croyant poursuivi, hallyciné, panophobique, éperdu, il se Jette par la portière pour leur échapper.

Recueilli immédiatement, ne présente aucune lésion traumatique: est conduit à la mairie de Pessac qui fait le nécessaire pour le diriger sur le pavillon d’obsérvation psychiâ (rique.

Elal acluel. — Le 1er mai : Homme de complexion puissante au facies vultueux, au regard alone, repose très calmement sur son lit. Est assez mal orienté dans l’espace ef dans le temps ;son attentionest assez facile à capter. Il a conservé la mémoire des faits récents les plus frappants, mois les délails manquent; de plus il confond sans cesse des souvenirs vrais et des souvenirs hallucinatoires ou délirants; de plus

les souvenirs des faits curieux manquent de précision,

Jugement relativemerL correct. Quoique le malade soit beaucoup plus calme el lucide que le jour de son entrée, nous notons des troubles psycho sensoriels : hallucinalions de la vue el de l’ouïe le sujet a vu des individus se faire des signes el a entendu (très distinctement un d’entre eux s’écrier : « Il nous laut sa peau b'avec idées délirantes de persécution vague. Il voit le soir des bêtes aulour de lui: croil par instant être à son travail.

I écrit à son frère : j’ai le pressenltiment que quelqu’ chose doil m'arriver; donc, si tu aimes Lon frère, viens de suite reçu la lettre que je puisse tout arranger; une fois tout arrangé, je serai tranquille : fais- Loi accompagner par ton ami et paie lui le voyage avec mon argent; viens je L’en prie, cher frère..Ton frèrc-BF..., qui t'attend avec impatience. »

Du côté de la sphère affective, on constate une indifférence relative à l’égard des siens el une vive anxiété quant à l’avenir.

Le sujet n’a rien à se reprocher, affirme-l-il, et cependant, ila le -pressentiment d’un malheur qui Surviendra bientôt.

Nous ne notons pas de troubles psycho-moleurs : Ce malade est maintenant calme, correct, et mange proprement

Sommeil nul, entrecoupé de rêves terrifiants à Lypes zoopsiques. Examen physique. — Réflexes pupillaires normaux.

Réflexes rotuliens un peu vifs, inégaux.

Rétflexes achilléens, vils.

Réflexes culanéo-muqueux légèrement diminués.

Pas de modification de la sensibilifé superficielle ou profonde et

pas de troubles d’incoordonation motrice ou d’équilibre.

Appareil digestif. Appétit bon, pituites matutinales.

Appareil circulatoire. — Bruils du cœur normaux, artlêres légorement indurées. Pouls à 84. :

Rien de particulier du côté des autres appareils. Stigmates alcooliques : pituites, zoopsie, tremblement fibrillaire de la langue el des doigts dans l'attitude du serment. Interrogé sur ses habitudes, nous à confié qu'il buvait en moyenne trois à quatre litres de vin par jour.

Ees jours suivants (du ? au 8 mai) le malade reste calme. Il manifeste cependant une inquiétude vague qu'il nous avoue d’ailleurs à

peine et que l’on remarque surtout quand on l’observe alors qu'il se

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