LE FLAIR ET LA PISTE
L'hyperesthésie du sens du toucher que j'ai signalée pour Benoist dans l'état de lucidité rappelle le cas célèbre du sourcier dauphinois Jacques Aymar qui, en 1692, suivit à la piste un meurtrier depuis Lyon jusqu'à Avignon. J'ai été pour ainsi dire témoin, à Blois, en 1886, d'un fait analogue.
Le sergent B..., du 113* de ligne, sur lequel j'avais fait quelques expériences relatives à la polarité, était sujet à des accès de somnambulisme naturel se reproduisant en moyenne tous les huit ou dix jours. L'accès s'annonçait généralement dans la journée par un grand besoin de sommeil; et^ le soir, B... s'endormait dès qu'il était au lit. Deux heures après environ, il se levait, s'habillait, allait s'asseoir à sa table, et parlant alors tout haut, il racontait le plus souvent ce que faisaient à ce moment-là les personnes avec lesquelles il était en relation ; de là des révélations piquantes, mais
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fort ennuyeuses, parce que son camarade de chambrée était toujours là pour les recueillir.
Un vol fut commis au régiment ; on avait pris pendant la nuit le porte-monnaie d'un sergent-major dans la poche de son pantalon déposé sur une chaise près do son lit. Quatre ou cinq nuits après, B.„, qui avait beaucoup entendu parler de l'affaire» prend son accès de somnambulisme à l'heure ordinaire, mais, au lieu d'aller à sa table, il sort de sa chambre, suivi de son camarade qui tenait à savoir ce qu'il allait faire.
Tl se rend droit à la chambre du sergent-major volé, regarde le pantalon, /Zaïre le plancher^ et, la tête peachée, les narines ouvertes^ comme un chien qui sait une trace, il longe les corridors j descend les élag^es, traverse la cour, s'arrêtant parfois pour se coucher à terre et renifler en maugréant de ce qu'il ne sentait presque plus ; enfin, après quelques crochets vers les angles des bâtiments où le voleur imaginaire qu'il suivait ainsi semblait avoir guetté sll n'y avait personne plus loin, il enfile un corridor^ monte un étage et va droit «au lit d'un soldat qu'il ne connaît pas du tout et dans la chambrée duquel il n'avait jamais mis les pieds ; là, après quelques secondes d'examen, il dit avec dépit: a Trop tard! s^ puis retourna se coucher-
Le lendemain, l'histoire se répandit. Le soldat ainsi désigné avait une mauvaise réputation; on Tarrèta, on fit une enquête, au cours de laquelle, étonné de la précision avec laquelle on lui décrivait son itinéraire, U se laissa aller à dire : u. Onm'a donc suivi ? » Mais cette preiive J^e pouvait suffire et on dut le relâcher, Uen que tout le inonde fut convaincu de sa culpabilité.
Deux ans plus tard, à Grenoble, se produisit un