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CHAPITRE V

LEXTAS£

On confond souvent sous le nom à'extase des phénomènes tout à fait différents.

On sait combien est vive Faction produite par la musique sur la plupart des sujets à l'état cataleptique. Si la musique est douce, le sujet, tout entier au plaisir qu'elle lui cause et aux idées qu'elle lui suggère, joint les mains (Qg. 3), lève les yeux au ciel et prend les poses qu'on voit dans l'extase religieuse. Mais si la musique était gaie, le sujet manifesterait de la gaieté : si elle était triste, de la tristesse, etc. La pose représentée par la figure 4 et provoquée par Tair de la Marseillaise montre qu'il n'y a là qu'une mimique plus ou moins parfaite des sentiments que fait naître l'air joué.

Les poses extatiques pourraient être également produites dans cet état par la simple pression du milieu du front, ainsi qu'on l'a déjà vu dans le chapitre P'. Là encore, il n'y a qu'un sentiment

développé par une action physique sur certaines cellules du cerveau, car on amène des sentiments et des poses différentes par d'autres attouchements.

Fig. 3.

Quand l'hypnose est plus profonde, le magnétiseur peut provoquer les mêmes phénomènes par les mêmes procédés (musique et attouchements sur le crâne) avec plus d'intensité encore, car dans Tétai cataleptique Ia

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^ujet est muet et se borne à exprimer ce qu'il ressent par (les gestes tandis que, dans Tétat de rapport et -dans les suivants, il raconte les visions qu'il perçoit.

Fig. 4.

D'après les anciens magnétiseurs, certains sujets finissent par arriver à un état où ces impressions sont poussées à un tel degré d'intensité qu'on a cru devoir les expliquer en disant que l'âme se dégageait du corps.

(c L'extase magnétique, dit Charpignon (1)^ se montre encore bien plus rarement que le somnambulisme ; à peine la rencontre-t-on une fois sur vingt cas de somnambulisme lucide, ce qui suppose presque deux cents sujets magnétisés^ car nous croyons que bien souvent on a pris de la haute lucidité pour l'extase.

a Ce phénomène ne se manifeste que chez les somnambules très lucides, et principalement chez ceux qui sont portés à des sentiments d'une religion tendre ou élevée ou qui sont animés d'un amour profond ; sur ces sujets la crise s'opère spontanément; sur les autres, elle peut être provoquée par Tart. Etudions d'abord l'extase déterminée par le magnétisme.

« Il arrive qu'en magnétisant avec énergie un somnambule prédisposé à la crise dont nous parlons, il cesse tout à coup d'entendre son magnétiseur ; il pâlit, ses membres s'affaissent complètement, et, si ron ne sentait encore des battements au cœur, on croirait que la mort vient de frapper le somnambule. C'est que ce surcroit de fluide magnétique a comme rompu les centres où la circulation nerveuse se faisait, et que l'âme inondée de cette lumière se trouve sur le point de perdre ses rapports avec le corps. Elle est sur la limite du monde physique, attirée par le monde spirituel qui est lumière pure. Alors, si l'on reste observateur, on voit le visage de Textatique exprimer un sourire de bonheur ; il demeure silencieux ordinairement, quelquefois il parle seul et très bas ; ce que Ton

(1) Physiologie du Magnétisme^ p. 96 et suivantes.

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peut saisir, ce sont les expressions d'amour, de béatitude, adressées à un être qui semble converser avec lui, ou bien ce sont des parcdes de consolation, des conseils sur un événement d'avenir adressés à celui qui occupe les pensées de Textatique ; très rarement il pense pour lui : il a oublié la terre... Après une demiheure de durée, cette crise s'éteint, et le somnambulisme se rencontre comme avant sans qu'il reste aucun souvenir de ce qui s'est passé dans l'extase... La plupart des extatiques qu'on laisse libres dans la crise disent voir un ange qui s'intéresse à eux et les conseille...

« Les extatiques qui ont ces visions célestes et ces tendances d'abnégation personnelle sont toujours des jeunes personnes dont l'âge n'a pas permis au soufQe des passions de ternir la candeur de l'&me, ou des individus dont la vie est remplie de vertus. Quelle que soit d'ailleurs leur religion, le caractère mystique est le même; amour^ indifférence pour les affections terrestres, désir ardent du ciel, visions d'êtres spirituels. Cette assertion que nous répétons d'après Deleuze nous parait fort contestable et demande, pour être admise, plus d'études comparatives en différents pays.

« Ce n'est guère que dans l'extase que l'on observe de ces vues à distance subite et sans qu'il existe aucun rapport entre les lieux et le sujet, ou de ces communications intimes des pensées... ou bien encore qu'on le voit pris de la maladie d'un étranger en symptômes et en douleurs y et le malade subitement soulagé.

« Parmi les extatiques religieux ou très affectueux,

on en observe qui se font un bonheur de mettre à profit la faculté d'influence dont jouit tout somnambule lucide pour soutirer le principe morbide qui entretient une maladie dans une personne qu*ik ont prise en amitié. Ainsi, auprès d'eux, le malade ne sent plus ses souffrances; ce soulagement continue plus ou moins longtemps ; et si le rapport est souvent répété, la guérison a lieu, tandis que V extatique est pris de fièvres et de douleurs, et les mêmes organes présentent chez lui les mêmes symptômes de maladie. Cette absorption de maux a lieu sans qu'on s'en doute ; l'extatique est concentré : il vous prend ordinairement la main comme d'amitié, et, pendant que vous le contemplez et que vous donnez cours à votre réflexion, il aspire volontairement le mal qui vous détruit. »

Ceux qui suivent la marche de la science moderne ont certainement été frappés du rapport entre les derniers faits que je viens de rapporter et les guérisons par transfert obtenues à Fhôpital de la Charité par 1© D"^ Luys (1) M. Luys détermine artificiellement, au moyen de passes avec un aimant sur le malade, uae déséquilibration entre les états nerveux des deux individus mis en présence, de telle sorte que Yun^ se

(i) Voici un exemple de transfert produit par Lafontaine d*nne façon tout à fait imprévue et cité par lui :

« J'ai magnétisé un jeune peintre, M. Devienne : j'étais extrêmement fatigué en arrivant chez lui, et je lui demandai un verre d'eaa sucrée. U m'apporta du vin et du sucre ; et j'en bus, tout en magnétisant, plusieurs verres qui auraient pu, en toute autre circonstance, agir sur moi. J'étais excessivement calme, mais, au réveil ^ M. Devienne était tout à fait gris, au point même de ne pouvoir manger de toute la journée. » {UArt de magnétiser^ Paris, 1352, p. 245.)

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trouvant, pour ainsi dire, rempli jusqu'au bord, se déverse dans Tautre. C'est, pour employer une autre image^ comme si Ton avait deux vases dont le premier contiendrait une liqueur toxique et le second de l'eau ; en mettant le premier en communication avec le second, on dilue la liqueur qui s'y trouve et, à la fin de l'opération, le liquide contenu dans les deux récipients est le même ;la toxicité de l'un s'est affaiblie de toute celle qui a été transmise à l'autre. Au bout d'un certain nombre d'opérations analogues, la liqueur du premier finira par être devenue tout à fait inoflensive.

D'après cette manière de concevoir les choses on pourrait arriver à peu près au même résultat en saturant le malade d'un fluide quelconque non morbide, soit avec des passes à la main, soit avec une machine électrique : c'est en efi'et ce qui se produit.

Dans le transfert extatique, les choses paraissent ne pas se passer exactement de la même façon. J'emploie encore une comparaison à laquelle je prie le lecteur de ne pas attacher d'autre importance que celle d'un procédé mnémonique : le vide se fait dans le corps de l'extatique par l'extériorisation de son fluide sous l'influence de cause morale ou physique, et alors ce corps aspire le fluide du malade. On a vu, en effet, qu'à mesure que le sujet s'approfondissait dans l'hypnose, sa sensibilité se transportait plus au dehors.

Voici maintenant comment certains somnambules expliquent eux-mêmes cette crise suprême de l'extase:

Le D* Chardel rapporte (1) qu'un jour, ayant poussé

(1) Esquisse de la nature humaine expliquée par le magné» tisme animal, Paris, ""^"

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très loin une somnambule, il lui récita, sur sa demande une tragédie de Racine, et il le fit en exprimant avec émotion les sentiments suscités par le poète. La jeune femme qui Técoutait s'exalta au point de tomber sans connaissance. Jamais privation de sentiment ne fut plus effrayante ; le corps avait toute la souplesse de la mort : chaque membre que Ton soulevait retombait de son propre poids, la respiration s'était arrêtée, le pouls et les battements du cœur ne se faisaient plus sentir; les lèvres et les gencives se décolorèrent et la peau^ que la circulation n'animait plus, prit une teinte livide et jaunâtre? Chardel parvint à ranimer par des insufflations sa somnambule qui, dès que la parole lui fut revenue, l'assura que, bien que la circulation sanguine fût revenue partout, la circulation nerveuse n'était encore rétablie que dans la tête et la poitrine, en sorte qu' « elle voyait son corps comme un objeS étranger dont elle répugnait à se revêtir. Elle n'y consentit qu'en cédant à ma volonté, et me prévint que c'était ma vie spiritualisée (fluide magnétique) qui rétablissait chez elle la circulation nerveuse, p

LeD' Charpignon avait une malade qui tombait spontanément en extase pendant la nuit et éprouvait des sensations analogues.

a J'entre, dit-elle (1), dans un étatsemblable à celui que le magnétisme me procure ; puis peu à peu mon corps se dilate et je le vois très distinctement loin de moi, immobile, pâle et froid comme un mort ; quant à moi, je me parais une vapeur lumineuse, je me sens

(1) Charpignon, Physiologie du Magnétisme, p. 105.

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penser séparée de mon corps (dans cet état, je comprends et je vois bien plus de choses que dans le somnambulisme), tandis que, dans le somftambulisme magnétique, je pense sans être séparée de mon corps. Après quelques minutes, un' quart d'heure au plus, cette vapeur se rapproche de plus en plus de mon corps ; je perds connaissance et Textase a cessé. »

J'ai eu récemment l'occasion de pouvoir magnétiser très régulièrement une jeune femme qui était un sujet neuf et d'une sensibilité extrême ; je faisais peu d'expériences et je me bornais à essayer d'approfondir de plus en plus Thypnose.

Ce n'est qu'au bout de huit ou dix séances que je parvins à dépasser l'état de rapport ; dans cet état comme dans les précédents, j'obtins dès le début avec la plus grande facilité, par les procédés décrits précédemment, les phénomènes de l'extase ordinaire. Ces phénomènes étaient de plus en plus accentués à mesure que le sommeil était plus profond, mais il y avait entre eux une continuité évidente : c'étaient bien les souvenirs d'impressions antérieures qui s'objectivaient avec une intensité croissante. Un jour, la vision, au lieu de porter sur des vierges en robe bleue, des enfants Jésus et des anges, fut tout à fait païenne ; les dieux de rOlympe avaient remplacé les habitants du paradis chrétien et la scène vue par M"® Z... était l'exacte reproduction d'un tableau de mon cabinet devant lequel je l'avais trouvée en contemplation au commencement de la séance.

Tout à coup, au bout d'un mois environ, la crise décrite par Deleuze, Chardel, Charpignon, etc.. se déclara, absolument nette, caractérisée par le mépris

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des choses terrestres et le souvenir au réveil non seulement de sa dernière vision, mais encore de toutes les visions antérieures.

Dès lors les allures de M™«Z... se raodiQèrent com* plètemenl. Elle, qui jusqu'alors admettait sans conteste mes explications, déclara que, cette fois, elle avait été réellement transportée hors de son corps: qu'elle ne s'était pas bornée à voir, comme dans les séances précédentes, ses souvenirs matérialisés, maïs que son âme avait été directement en communication avec l'esprit de Dieu : que du reste ces choses-là ne pouvaient s'expliquer et que c'était les profaner que d'en parler devant des gens qui refusaient d'y croire.

Elle revint encore une fois chez moi ; j'appris alors par son mari que, depuis sa dernière visite, elle était tombée plusieurs fois spontanément en extase, et que^ quand on la réveillait, elle se plaignait mélancoliquement d'être ramenée aux misères de la vie. Puis je ne la revis plus.

J'appris également que, depuis quelques jours, elle avait eu l'occasion de causer avec un spirite. Sont-ce ces conversations qui l'ont suggestionnée? C'est possible, mais ce n'est pas là mon impression.

Ce qui reste acquis, c'est l'existence d'un état exta* tique particulier décrit d'une façon presque identique par tous ceux qui ont eu l'occasion de l'observer.

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