CHAPITRE III
Etude détaillée des états superficiels de l'hyp>ose,
§ I«^ — Etat somnamhiilique.
Les expériences qui suivent ne font, en général, que reproduire des phénomènes déjà connus par les hommes spéciaux, mais l'hypnotisme est une science encore trop récente pour que de nouveaux témoignages lui soient inutiles. Chaque opérateur élucide du reste des points de détail différents.
Les suggestions ont toujours été données dans Tétat somnambulique ; les sujets ont été endormis et réveillés soit par injonction, soit par l'imposition des mains, suivant leur degré de sensibilité.
Sujet. — T. , 23 ans^ à l'asile de Saint- Robert (Isère), pour hystéro-chorée.
Suggestion. — « Vous êtes M. X., employé de Tadministration de l'asile. »
3i LES ÉTATS SUPERFICIELS DE L'HYPNOSE
Effet. — Aussitôt qu'il est réveillé, T. se dirige sans affectation vers Madame X. qui assistait à la séance et lui dit : Tu as la clef, n'est-ce pas? On se met à rire, et je demande : « Quelle clef? — Eh bien ! qu'est-ce qu'il y a de drôle là? je demande à ma femme si elle a bien fermé la porte de la maison ; tout le monde est sorti. — Vous dites que Madame X. est votre femme; etM.X. quiestlà?»
T. le regarde d'un air étonné, réfléchit : « C'est bien ]V[. X. — Eh bien ! et vous? — Moi, je suis le véritable X., et lui est un faux. »
Je lui présente un miroir : « Regardez -vous bien ; M. X. porte toute sa barbe et vous n'en avez point. — C'est bien ma figure ; mais c'est bien moi M. X. comptable de l'asile.
— Mais Madame X. ne peut avoir deux maris cependant.
— C'est vrai, il faut que l'un de nous deux disparaisse. » Et il s'avance d'un air menaçant vers M. X.. . , . — Je
m'empresse de l'endormir et de lui enlever la suggestion.
Sujet. — R., 20 ans, employé dans les bureaux de la mairie à Grenoble.
Suggestion. — (( Quand vous vous réveillerez, M. T. sera devenu invisible, vous ne le sentirez ni ne l'entendrez. »
Effet. — Au réveil, R. ne voit pas M. T. qui lui parle et qui le pince sans provoquer le moindre mouvement. M. T. prend dans ses bras un des assistants et le soulève : étonnementdeR. qui cherche en vain à comprendre, qui tourne autour de la personne soulevée, passe la main sur sa tête, sous ses pieds, tout en évitant instinctivement 1^ X... — M. T. prend sur la table un crayon et l'agite en l'air; R. le suit des yeux, non moins étonné, car il le voit voltiger tout seul. Je dis que ce sont là des expériences
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de spiritisme et que le crayon va répondre aux questions qu'on lui posera; R. demande son âge et son prénom, et le crayon répond facilement d'une manière exacte, car M. T., qui le tient, est son chef de service.
Sujet. — R.
Suggestion. — u Vous entendrez tout à l'heure crier au feu, puis vous vous accuserez d'avoir tué une femme. »
Effet. — Quand il est réveillé, il ne tarde pas à prendre l'attitude d'un homme qui écoute. Je lui demande ce qu'il a : « N'entendez-vous pas la sonnette ? répond-il; c'est rue Très-Cloître. » (A Grenoble, c'est au moyen d'unesonnette qu'on annonce les incendies) Je cause avec les assistants d'un assassinat qui vient de se commettre ; il écoute attentivement sans rien dire. Au bout de quelques instants, je me tourne vers lui et lui dis qu'on l'accuse d'en être l'auteur; il nie. J'insiste en ajoutant que devant les preuves qu'on donne il ferait mieux d'avouer. Il rougit, se cacheta figure dans ses mains, pleure, et finit par avouer. Je lui ordonne de tout oublier. Il ne se souvient plus de rien.
Sujet. — Benoît^ i8 ans , employé à la préfecture de Blois. •
Suggestion. — « Vous irez prendre dans ma bibliothèque le 3^ volume à droite du second rayon, vous le feuilletterez, et arrivé à la page 34 vous trouverez votre portrait. Vous le montrerez à M. L. Quand M. L. touchera sa bague, il
deviendra invisible. Vous irez ensuite au tableau, vous écrirez vôtre nom et, arrivé à la lettre o, vous vous endormirez. »
Effet. — Benoît accomplit ce que je lui ai ordonné , il prend un volume de La Nature, et, arrivé à la p. 34, il est fort étonné de trouver son portrait; il me demande comment cela peut se faire; il le trouve bien ressemblant et le montre à M. L. A ce moment, M L. touche sa bague ; Benoit fait un geste d'étonnement, jette les yeux autour de lui : (( M. L. a disparu, je ne le vois plus. » Je fais disparaître l'hallucination de la vue en disant brusquement : « Voyezle. » Benoît se rend alors au tableau, écrit Ben, commence 1*0 et s'endort. Je le réveille, il recommence, et les mêmes phénomènes se reproduisent. Enfin, impatienté, il écrit de nouveau rapidement Ben, hésite un instant, puis laisse un blanc et termine par it en poussant un soupir de satisfaction.
Sujet. — Benoît.
Suggestion. — c Dans un quart d'heure vous entendrez la porte s'ouvrir^ vous verrez entrer le concierge de la préfecture qui vous remettra une lettre; vous la prendrez, vous la lirez, vous verrez qu'elle est d'Emile qui vous prie de me dire qull ne peut pas venir ce soir, vous me ferez sa commission et vous renverrez le concierge. »
Ej^et. — Au bout de dix minutes, il s'est tourné vers la porte et m'a dit : u Le préfet me fait probablement demander, voici le père Robin. » Il prend la lettre imaginaire, la lit et me fait la commission, puis dit au concierge : « Gela suffit. »
Il reprend sa place à côté de moi et je lui demande la
lettre ; il la cherche clans toutes ses poches et, ne la trouvant pas, il me dit que vraisemblablement il l'a rendue au concierge sans y faire attention. Je le prie de me dire exactement ce qu'elle contenait et il me répond : « Mon cher Benoît, je te prie de dire à M. de Rochas que je ne pourrai aller ce soir chez lui comme c'était convenu. » — Je lui affirme que tout cela n'est qu'une suggestion, il ne veut pas me croire et en appelle au témoignage des personnes présentes.
Suggestion. — « Vous sentirez le parfum de la rose toutes les fois que vous appellerez votre père, et vous aurez à la bouche le goût de la liqueur de la Grande-Chartreuse chaque fois que vous prononcerez le nom de votre frère. »
Effet. — Le lendemain, B. vient me demander l'explication des sensations qu'il avait éprouvées telles que je les avais suggérées. L'effet de la suggestion ne cesse qu'au bout de trois jours.
Rapprochements. — L'abbé Ribet rapporte que « sainte Catherine de Gênes, en flairant la main du prêtre qui dirigeait son âme, ressentait une odeur d'une suavité ineffable qui lui réconfortait à la fois et l'âme et le corps, et dont la vertu était telle qu'il lui semblait que les morts, selon son expression, dussent en ressusciter. Le confesseur aurait voulu jouir de la même faveur ; mais il avait beau flairer sa main, pour lui l'odeur merveilleuse n'existait point. » (Mystique divine, t. II, p. 3i8.)
Un écrivain parisien très connu, qui est en même temps un sujet remarquable, prétend me trouver une
odeur balsamique fort agréable, qu'il est du reste le seul à sentir, et qui augmente quand je fais des efforts musculaires en lui présentant la pointe de mes doigts. Il peut y avoir dans ces perceptions anormales , soit un effet de suggestion , soit une hyperexcitabilité de l'odorat par rapport aux émanations du magnétiseur.
Sujet. — Benoit.
Suggestion. — « Trois et deux font quatre, non pas cinq. ))
Effet. — Au réveil , je prie B. d'additionner les nombres : 35,i42