‹ Les états superficiels de l'hypnoseChapitre 12 sur 19 · C. — Expériences diverses · texte numérisé non relu

C. — Expériences diverses

Benoit se met lui-même en état de crédulité en posant son index en isonome sur la partie droite du front. Je lui lis ce fragment des Lettres d'un voyageur de Georges Sand :

On vient d'ouvrir l'écluse de la rivière. Un bruit de cascade, qui me rappelle la continuelle harmonie des Alpes, s'élève dans le silence. Mille voix d'oiseaux s'éveillent à leur tour. Voici la cadence voluptueuse du rossignol ; là, dans le buisson, le cri moqueur de la fauvette ; là-haut, dans les airs, l'hymne de l'alouette ravie qui monte avec le soleil ; l'astre magnifique boit les vapeurs de la vallée et plonge son rayon dans la rivière, dont il écarte le voile brumeux. Le voilà qui s'empare de moi, de ma tète humide, de mon papier. Il semble que j'écris sur une table de métal ardent. . . Tout s'embrase, tout chante : les coqs s'éveillent mutuellement et s'appellent d'une chaumière à l'autre ; la cloche du village sonne V Angélus ; un paysan qui recèpe sa vigne au-dessous de moi pose ses outils et fait le signe de la croix . . .

A mesure que je lis, Benoit suit dans l'espace les visions que j'évoque; il voit tout, il entend tout, et, la figure rayonnante, il s'écrie : « Mon Dieu ! que c'est beau ! »

Je lui fais lire à lui-même une autre description ; mais, son attention étant concentrée sur l'acte même de la lecture, il ne voit et n'entend qu'à la condition d'interrompre cette lecture et]de regarder dans l'espace.

Benoît et Gabrielle sont extrêmement sensibles à l'action de l'éther. Il suffit d'approcher de leurs narines une pilule qui en contient, percée par une épingle, pour déterminer d'abord l'état de crédulité^ puis l'hypnose.

Voici deux expériences basées sur cette propriété :

J'écris sur une feuille de papier : Ce papier hrûle^ et je la donne à Benoit en même temps que je lui fais respirer un peu d'éther. Aussitôt quil a lu, il jette vivement le papier à terre et l'écrase avec le pied. Il ne peut croire que le papier n'a pas flambé, avant de l'avoir ramassé et constaté qu'il ne portait aucune trace de brûlure.

J'écris sur une autre feuille : Voas êtes aveugle, et je place cette feuille pliée dans une enveloppe cachetée avec un peu de coton imbibé d'éther. Je vais dans une pièce voisine et, quelque temps après, je fais remettre la lettre à Gabrielle. Elle ouvre l'enveloppe, respire l'élher pendant qu'elle lire la feuille de papier et la déplie ; elle lit la phrase et cesse de voir.

Au bout de cinq minutes, la cécité par suggestion durait encore. Je l'enlève par dicWow réveillante en souillant sur ses yeux.

Plusieurs personnes étaient réunies chez moi ; je fais venir quatre sujets, et, après quelques expériences de polarité, j'annonce que je vais essayer de reproduire une ascension de table comme on l'a fait chez M. de Gasparin et à la Société psychique de Londres.

Pour préparer l'esprit des spectateurs, je donne quelques détails sur ces expériences et je montre la réalité du courant déterminé par une chaîne humaine.

Je place alors un crayon sur une petite table ; nous nous mettons autour en nous tenant par la main ; je dis que je vais concentrer ma volonté pour que la table s'élève jusqu'au plafond, s'y colle, et que le crayon y écrive en grosses lettres : « Êtes- vous convaincus? »

Au bout d'un instant, j'affirme que je sens un courant

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passer et que je vois la table vaciller ; puis je m'écrie : « La voilà qui s'enlève, elle est collée au plafond. »

Tous les sujets la virent ainsi et lurent l'inscription ; je crois bien, à en juger par l'expression de leur figure^, que certaines spectatrices qui n'étaient point dans le secret en firent autant, mais je ne voulus point leur faire avouer leur état. Quant aux quatre sensilifs^je lesfis causer entre eux de manière à confirmer, par leurs témoignages réciproques, la réalité du phénomène, au sujet duquel je ne les édifiai que plus tard'.

J'ai déjà dit (p. 63) que Marie voit des esprits quand elle est dans le sommeil magnétique et que l'un de ceux avec lesquels elle se trouve habituellement en rapport est un ancien habitant de son , quartier, M. V.

Ayant mené Benoit voir une de ces séances de spiritisme, je lui demande s'il a connu M. V. : il me répond que non. — « Eh bien ! je vais vous le montrer. Tenez, le voilà. 0 111e voit ; il lève la tête pour lui parler. — « Il est donc bien grand ? — Oh ! oui. — Gomment est-il habillé ? — Tout en noir. — En habit ou en redingote ? — Je ne vois pas bien. — Tendez-lui la main et dites-lui de vous contracturer. »

Il tend la main et la main se contracture. « Dites-lui de vous décontracturer. » La main se décontracture. « Demandez-lui s'il a connu votre père. » Et le dialogue s'engage entre Benoît et l'esprit.

* Ici, comme dans l'expérience suivante, je me borne à rapporter des faits sans prétendre en rien conclure relativement à la réalité des phcnomcnes d'un autre ordre dont ils sont une sorte de contrefaçon.

Marie suit cette scène avec un profond étonnement. Je lui ordonne tout à coup de le voir aussi ; elle le voit, (( Est-il grand ? — Non. » Suit alors un signalement assez vague et différent de celui précédemment donné par Benoît qui continue à parler au vide.

Je fais également contracturer et décontracturer la main de Marie. Mêmes phénomènes avec Rose qui était aussi là et qui se moquait des deux hallucinés.

J'appris le lendemain qu'après mon départ, on avait interrogé, au moyen de la table^ M. V. qui naturellement a répondu que tout avait été pure illusion.

J'ai suggéré à plusieurs sujets d'avoir^ pendant la nuit, des rêves déterminés. Ces rêves se sont réalisés ; pendant toute la nuit les dormeurs se sont agités et ont parlé, au dire des personnes qui couchaient dans la même chambre. La première fois, j'avais oublié de suggérer en même temps le souvenir au réveil, de sorte que le sujet crut que je n'avais pas réussi ; mais, quand j'eus pris cette précaution, je pus entendre raconter le lendemain des histoires fort amusantes brodées diversement par l'imagination des divers individus sur un même thème, comme par exemple leur entrée au paradis.

L'impression ressentie est si vive que Tun d'eux m'a confié, en termes émus, la profonde tristesse éprouvée par lui au réveil, lorsqu'il dut quitter, pour aller à son bureau, les béatitudes éternelles auxquelles il s'était si bien habitué.

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