DEGRE DE PUISSANCE DES SUGGESTIONS
fois que le membre reprendrait sa position vicieuse. La crainte des douleurs provoquées par ce redressement brusque amena la guérison de la contracture et de l'arthralgie. « Pour une monoplégie brachiale, M. Charcot a réveillé l'idée du mouvement chez le malade en lui plaçant un dynanomètre dans la main et en lui enjoignant de serrer de toutes ses forces.-
Sobernheim raconte qu'un médecin donnait des soins à un homme atteint d'une paralysie de la langue et que nul traitement n'avait pu guérir. Il voulut essayer un instrument de son invention dans lequel il avait grande confiance, mais, avant de procéder à l'opération, il introduisit dans la bouche du patient un thermomètre de poche. Le muet s'imagine que c'est là l'instrument sauveur, et, au bout de quelques minutes, il s'écrie, plein de joie, qu'il peut remuer librement la langue.
Le D"" Bernheim a guéri, par un procédé analogue, une jeune fille atteinte, depuis quatre semaines, d'un aphonie nerveuse complète. Ayant appliqué la main sur le larynx et imprimé quelques mouvements à l'organe, il lui dit : (( Maintenant vous pouvez parler. » En un instant il lui fait prononcer successivement a, puis b, puis Marie. Elle continua à parler distinctement, l'aphonie avait disparu.
Dans le même hôpital de Nancy un jeune homme hystéro-épileptique avait, pour son œil gauche, le champ de la vision notablement rétréci et l'acuité visuelle réduite dun tiers (optomètre de Badal). M. Charpentier augmenta noblement l'un et l'autre par l'application d'un courant interrompu à l'œil infirme ; M. Bernheim obtint une nouvelle amélioration en faisant simplement le simulacre de l'opération'.
' Bernheim, l. c, p. 283,
A plusieurs reprises on a vu, dans les hôpitaux de Paris, une intimation soudaine déterminer brusquement la guérison d'une paralysie psychique datant peut-être de fort loin et qui^ jusque-là, avait résisté à la mise en œuvre des agents thérapeutiques les plus variés. « Ainsi, par exemple, dit M. Charcot, l'on fait sortir de force du lit, où elle était depuis longtemps immobile, une femme atteinte d'une paraplégie de ce genre ; puis, l'ayant placée sur ses pieds, on lui dit : Marchez, et voilà qu'elle marche. C'est là un exemple de guérison miraculeuse qui en explique beaucoup d'autres. Rien de mieux établi que ces faits dont, pour mon compte, j'ai été témoin plus d'une fois*. »
Le D'' Voisin a donné l'observation d'une monoplégie hystérique avec contracture du membre supérieur droit datant de six mois, guérie par la suggestion hypnotique.
Pour moi, j'ai très souvent déterminé, soit par suggestion, soit par simple contact en isonome, l'abolition de la douleur d'une blessure, d'un panaris, etc., ou provoqué l'insensibilité pour une petite opération comme Textraclion d'une dent, l'ouverture d'un clou, etc.
Parmi les plus curieuses cures, on peut citer celles des nœvi ou taches vineuses, guéries à l'hôpital de la Charité par le D"" Luys au moyen d'une série de suggestions répétées quelquefois pendant plusieurs semaines. Certaines taches ont disparu complètement ; d'autres ont beaucoup diminué ; ici le résultat saute aux yeux.
* Leçon sur les paralysies psychiques, citée par le D^" Lober, p. io3. — Charcot: Leçons sur les maladies du système nerveux, t. i, 5e éd., p. 356 et suiv. — P. Janet : Re-cue politique et littéraire, n» du a août i88A, p. i3i.