‹ Les états superficiels de l'hypnoseChapitre 16 sur 19 · ORIGINE DES SUGGESTIONS · texte numérisé non relu

ORIGINE DES SUGGESTIONS

§ 3. — Comment on peut reconnaître V auteur dune suggestion.

On peut résumer ainsi qu'il suit les principes qui régissent, à de très rares exceptions près, les suggestions et leurs effets :

1° Le sujet est susceptible de recevoir des suggestions par la parole dans tous les états superficiels de l'hypnose^ y compris les phases léthargiques* ;

2° L'insensibilité cutanée est la marque à laquelle on reconnaît que le sujet est entré en hypnose et qu'il est devenu suggestible ;

3° Quand un sujet se trouve sous l'influence d'une suggestion post-hypnotique, il retombe dans l'état de crédulité, le premier des états de l'hypnose, et devient insensible ;

4" La suggestion prend d'autant mieux, quand elle est contraire aux instincts du sujet, qu'elle est donnée dans un état où l'esprit de celui-ci est le moins libre de se raidir contre, c'est-à-dire dans les premiers états léthargiques. Mais quand elle a pris, il peut arriver que le sujet auquel elle répugne parvienne à se soustraire à son exécution en tombant en catalepsie ou en léthargie au moment où il commence à y céder ;

5° La suggestion qui s'exécute s'accomplit presque toujours littéralement, ou du moins de la manière dont le sujet Fa comprise au moment même ;

6® Le sujet oublie au réveil tout ce qui s'est passé dans l'hypnose ;

' Cette faculté disparaît généralement dans les états profonds* HYPNOSE 9

7° Il suffit, pour rappeler le souvenir de ce qui s'est passé dans un état déterminé de l'hypnose, de ramener le sujet dans cet état. La pression d'un certain point du front détermine, à l'état de veille, chez le plus grand nombre des sujets, la mémoire de ce qu'ils ont perçu dans une phase quelconque de l'hypnose (Mémoire somnambulîqae).

Je vais examiner maintenant les différents cas qui peuvent se présenter relativement à un attentat commis sur la personne du sujet pendant l'hypnose ou à une suggestion criminelle post-hypnotique.

i" Cas. — L'hypnotiseur n a pris aucune précaution et a agi pendant que le sujet était, soit en état de crédulité, soit en état de somnambulisme.

11 suffit de ramener successivement le sujet dans ces deux états et de faire appel à ses souvenirs relatifs au point intéressant, il raconte alors ce qui s'est passé.

J'ai eu l'occasion de reconstituer ainsi tous les détails d'une scène qui s'était passée, deux ans auparavant, entre un hypnotiseur de passage à Grenoble et une femme galante, sujet professionnel, dont le personnage en question avait abusé pendant son sommeil.

2" Cas. — L'hypnotiseur a eu soin d'agir dans l'une des phases léthargiques oà le sujet, quand il y est ramené, na pas Vusage de la parole et par suite ne peut répondre aux demandes qui lui sont faites.

Il y a alors deux procédés : ou bien presser, à l'état de veille, le point du front qui correspond à la mémoire somnambulique et interroger le sujet sur ce qui s'est passé dans l'hypnose, ou bien ramener successivement le sujet

ORIGINIi: DES SUGGESTIONS 127

dans les différentes phases léthargiques et lui suggérer', dans chacune de ces phases, de se rappeler au réveil ce qui s'y est passé dans des circonstances déterminées^.

3« Cas. — V hypnotiseur a pris toutes les précautions imaginables pour déjouer les recherches ; il a, par exemple, suggéré au sujet de perdre tout souvenir de lui ou de l'acte, ou mieux, il lui a suggéré des souvenirs Jaux pour lui faire porter son accusation sur d'autres personnes.

On commencera par donner au sujet, successivement dans tous les étals, la suggestion de se rappeler au réveil ce qui s'est passé dans cet état relativement au point qu'on veut élucider, puis on l'interrogera au réveil.

Si le sujet réveillé et revenu à son état de sensibilité cutanée normale parle en obéissant à une suggestion antérieure, il redeviendra insensible, et la constatation de ce fait prouvera qu'il ment.

C'est alors qu'intervient le 5* principe dans la lutte qui va s'engager entre l'enquêteur et la suggestion destinée à le dérouter.

Quelques exemples tirés d'expériences faites réellement vont montrer comment on peut opérer :

Voici un sujet qu'on soupçonne d'avoir volé M. A sous l'influence d'une suggestion donnée par M. X. Endormi il a raconté des histoires dont rien ne permet de constater la véracité,, puisque, dans tous les cas, il présente l'insensibilité cutanée. On détermine alors le souvenir au réveil par un des procédés indiqués plus haut. Quand il est réveillé, bien dégagé de l'influence de l'hypnose et revenu

' Pour qu'une suggestion prenne bien, il faut la prononcer lentement, nettement et successivement devant chacune des oreilles.

2 II est clair qu'il faut éviter, dans cette opération, de créer, par suggestion, des souvenirs faux.

à sa sensibilité normale, on l'interroge de nouveau. Il raconte les mêmes histoires ; mais, cette fois, on peut constater que, pendant qu'il les raconte, il est redevenu insensible.

On lui dit : a Celui qui vous a envoyé voler vous a ordonné de ne jamais dire son nom et même de l'oublier ; c'est bien, je ne vous le demanderai pas : seulement il ne vous a pas ordonné de ne pas dire où il demeurait, ni comment il était fait. )) Le sujet, lié seulement par la lettre de la suggestion, indique le domicile ou donne le signalement.

Ou bien encore, s'il désigne une personne déterminée et que le critérium de l'insensibilité démontre qu'il agit ainsi par suggestion, on lui dit : « C'est bien entendu, c'est M*** qui vous a envoyé ; mais qui vous a ordonné de le dire ? » le sujet nomme le suggestionneur.

On peut aussi, dans l'hypnose et en particulier dans les phases léthargiques, superposer à l'ancienne suggestion que l'on cherche à évincer une nouvelle suggestion qui, en apparence, ne la contredit pas. Ainsi : « Quand vous serez réveillé, je nommerai devant vous différents individus, et quand je prononcerai le nom de celui qui vous a défendu de dire que c'est lui qui vous a ordonné de voler, vous le reconnaîtrez et vous m'affirmerez que ce n'est pas lui. » Le sujet, amené par ces différentes suggestions à une tension d'esprit qui concentre toutes ses forces sur un seul côté, ne raisonne plus, et quand on prononce le nom du coupable, il s'élance comme pour le défendre en disant : « Non, ce n'est pas lui ! »

Je pourrais prolonger longtemps l'exposé de cette série de ruses enfantines qui réussissent presque toujours sans qu'on puisse cependant avoir dans les indications qu'elles fournissent une confiance absolue. L'hypnotisé peut, en effet, avoir mal vu ou mal enlendu dans son sommeil

ORIGINR DES SUGGESTIONS 129

comme cela peut lui arriver à l'état de veille. Si la justice opérait constamment à coup sûr, il n'y aurait jamais ni affaires classées ni erreurs judiciaires ; mais ce que je viens de dire suffira, je l'espère^ à rassurer bien des esprits qui considèrent l'hypnotisme comme destiné à perpétrer des crimes protégés par un éternel mystère.

On remarquera que si un sujet a quelque raison de douter qu'il est ou a été sous l'empire d'une suggestion, il peut faire son enquête lui-même, dans la plupart des cas, en appliquant les principes précédents.

Il conserve en effet dans l'hypnose la mémoire de l'état de veille ; il peut donc prendre, dans ce dernier état, la résolution de chercher à élucider le point qui l'intéresse, quand il sera endormi, puis s'endormir lui-même, soit par l'occlusion des yeux, soit par l'imposition de la main droite sur la tête.

Mais, la mémoire de ce qu'il découvrira dans l'hypnose ne se conservant pas normalement à l'état de veille, il devra, avant de s'endormir, prendre la résolution, soit d'écrire pendant le sommeil ce qui peut l'intéresser, soit de s'auto-suggestioner dans cet état le souvenir au réveil.

Page 1