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LES

Etats superficiels de l'hypnose

La science officielle n'a consenti à admettre l'influence exercée sur l'organisme humain par l'approche de difïérents corps, et en particulier des aimants, que depuis quelques années*.

En i842, le docteur Dumont rappelle' que, d'après plusieurs observations, chaque pôle magnétique jouissait d'une propriété différente, qu'avec l'un on enlevait la douleur^ qu'avec l'autre on la reproduisait. Il ajoute que, lui-même, eut un jour l'occasion d'en avoir la preuve.

Un plombier, dit-il, atteint de cette névralgie douloureuse des articulations commune aux gens de sa profession, s'était adressé à M. Bagly, qui déjà plusieurs fois l'avait débarrassé de sa douleur par l'aimantation. Mais, craignant de continuer un traitement dont il ne connaissait point les effets, sans consulter un docteur, ce patient s'adressa à moi et me pria instamment

* ïhouret, dans son « Observation sur les vertus de l'aimant » (Mémoires de la Société royale de Médecine, 1776, t. i, p. 28o), donne un excellent résumé des observations faites avant lui et par lui. On en trouvera du reste quelques-unes décrites à la fin de ce chapitre.

* Journal de médecine et de chirurgie^ ji"* 355-

de vouloir aimanter son poignet. Je le fis en effet et j'eus le plaisir de lui enlever son mal dans Tespace de quelques minutes en promenant le pôle nord de mon aimant sur l'articulation malade ; mais^ curieux de constater l'effet contraire du pôle sud, je le passai à plusieurs reprises sur le poignet. Après trois à quatre minutes, le patient, que je n'avais prévenu de rien, me dit qu'il éprouvait un fourmillement continuel au bout des doigts. Cette sensation augmenta rapidement et devint si vive, en même temps que le poignet devenait le siège d'une douleur poignante, que le malade retira brusquement la main et ne voulut pas me laisser continuer, prétendant que mon aimant n'était pas le même que celui de M. Bagly. Ce n'est que lorsque je lui promis positivement de le délivrer de sa douleur qu'il m'abandonna de nouveau sa main. Je fis passer le pôle nord le long de l'articulation, et la douleur disparut.

Plus tard, M. Burq' constata les actions esthésiogènes dues à l'application, sur la peau d'un certain nombre de métaux. M. Landouzy rapporta le cas d'un sommeil léthargique déterminé par l'approche d'un aimant, Weinhold un cas semblable produit par l'électricité, Dumontpallier et Pitres des cas d'hypnose et de réveil par une application métallique".

Des expériences nombreuses, faites presque en même temps en France (à la Salpêtrière) par M. Charcot et ses élèves^ en Italie par le professeur Maggiorani*, éta-

* Thèse inaugurale. Paris, i853. — Métallothérapie du cuivre. Paris, i867, etc.

a Landouzy : Relation d'un cas de léthargie provoquée par l'application d'un aimant (Progrès médical, 1879). — Weinhold : Hypnotische Versuche. Chemnitz, 1880. — Dumontpallier et Ma- GNiN : Action de divers agents physiques dans l'hypnotisme provoqué (Bulletin de la Société de Biologie, 1881).

5 R. ViGouRoux : Métalloscopie, métallothérapie, œsthésiogènes. Paris, 1882, etc.

* Le Magnese e i nervosi. Milano, 1869. — Alcune esperienze de métallo scopia. Romp, 1^78, etc.

blirent l'action puissante de l'aimant sur les hystériques, ainsi que les phénomènes de transfert ; elles mirent en évidence des faits analogues produits, soit parles diverses sources d'électricité, soit par les vibrations d'un diapason. Mais aucun lien théorique ne réunissait encore tous ces faits. C'est seulement en i885 que M. Dècle, qui avait étudié avec une patiente sagacité les phénomènes de contracture et de décontracture produits sous l'influence d'une foule de substances sur une certaine classe de sensilifs, formula une loi précise et détaillée'. Afin de faire comprendre sa notation, je commencerai par l'exposé rapide de quelques expériences. Voici un sujet sensitij, je touche la partie externe de son petit doigt avec un morceau de verre électrisé, l'électrode positif d'une pile ou le pôle nord d'un aimant; au bout de quelques secondes, le petit doigt est contracture. Le même effet se serait produit si j'avais touché, avec une fleur ou la partie supérieure d'une racine^ un acide, mon propre petit doigt ou même le petit doigt de son autre main^ un morceau d'or ou d'argent, etc.

Si ensuite je touche la même partie du petit doigt contracture avec un bâton de résine électrisé, l'électrode négatif d'une pile, le pôle sud d'un aimant, la partie inférieure de la tige ou de la racine d'une plante, un corps basique, mon pouce ou le sien, un morceau de nickel ou de soufre, j'obtiens la résolution de la contracture.

De là on doit conclure qu'il existe dans la première série des corps cités un dynamide différent de celui qui

' l^a. Revue scientifique du 28 janvier 1893 contient un article sur les Origines de la vie où M. Lueiani résume les expériences récentes relatives à l'action de l'électricité, de la lumière, de la chaleur, des acides, des bases, etc., sur les microbes qui remplissent les organes des êtres vivants ; il montre que ces actions se manifestent, selon leur intensité ou leur mode d'application, par des contractures de leur protoplasma et des mouvements d'attraction ou de répulsion,

se trouve dans la seconde. Il est naturel de désigner, par analogie avec les dénominations déjà en usage dans l'électricité, le premier sous le nom de dynamide positif et le signe -j-, le second sous le nom de dynamide négatif et le signe — ; c'est ce qu'a fait M. Dècle.

En se servant tantôt d'un corps positif, tantôt d^'un corps négatif, l'effet de l'un servant à contrôler celui de l'autre, il a pu arriver à déterminer d'une façon générale la répartition des dynamides sur le corps humain.

La tête et le tronc sont positifs du côté gauche et négatifs du côté droit, aussi bien par devant que par derrière*.

Les bras et les jambes sont positifs du côté du petit doigt et négatifs du côté du pouce ou du gros orteil.

Les végétaux vivants ou desséchés sont positifs du côté de la fleur et négatifs du côté de la racine ; comme les aimants, chacun de leurs tronçons présente la double polarité. Un fruit est négatif du côté de la queue et positif du côté opposé".

Deux polarités isonomes quelconques mises en contact (ou même simplement rapprochées^ si leur énergie est suffisante) produisent d'emblée une contracture ou une répulsion; deux polarités hétéronomes, dans les mêmes conditions, produisent décontracture ou attraction.

Ces phénomènes se traduisent par des actions différentes, suivant la partie du corps où on les provoque.

* Certains observateurs, comme M, Pelletier (de Madon), ont constaté en outre une polarité secondaire de l'avant à l'arrière pour la tète : le front serait positif et la nuque négative.

^ Mes expériences personnelles m'ont fait classer :

Dans les corps positifs : le diamant, la platine, l'or, l'argent. . . les acides énergiques. . . les rayons rouges, l'oxygène. . .

Dans les corps négatifs : le bismuth, le nickel, le soufre... les bases puissantes, les rayons bleus ou violets, l'hydrogène. . .

Ainsi la contracture du cerveau amène successivement les différentes phases superficielles de l'hypnose que nous étudierons dans le chapitre II (phases dont la suggestibilité est le caractère commun), suivant que Taction de l'agent isonome est plus ou moins prolongée . La résolution du cerveau sous l'action d'un hétéronome passe par les mêmes phases en ordre inverse.

La répartition de la polarité que nous venons d'indiquer, diaprés M. Dècle, est celle qu'on trouve d'ordinaire ; mais elle paraît ne pas être constante, même chez le même individu. J'ai vu une inflammation causée par un clou sur un côté du cou inverser la polarité du tronc d'un sujet. Je suis aussi porté à croire qu'elle se développe et se confirme par l'usage, peut-être même par l'effet de l'imagination.

Quoi qu'il en soit de' la cause^ et quelque part que puisse avoir sur les effets la suggestion que j'ai cependant cherché à éliminer, voici les phénomènes que j'ai obtenus à Blois sur un certain nombre de jeunes gens :

En moins d'une minute j'endors Emile en lui posant les fleurs d'un bouquet de violettes sur la partie gauche delà tête. Il a les yeux ouverts, a conservé la flexibilité des membres, mais a perdu toute sensibilité ; un flacon d'ammoniaque débouché sous son nez ne provoque pas le moindre mouvement.

J'approche de sa main, à vingt centimètres de distance, un aimant en fer à cheval de telle manière que le pôle nord soit en regard du petit doigt et le pôle sud en regard du pouce : instantanément la contracture de toute la main se produit. Je fais cesser la contracture en appliquant ma main sur la sienne en hétéronome^ pouce sur petit doigt et petit doigt sur pouce.

Je soulève l'un de ses bras^ et sur la partie postérieure

de répaule je pose une carotte du côté de la tige supérieure (-|-), le bras reste contracture dans la position horizontale. Je le décontracture, soit en retournant la carotte sur son autre extrémité (— ), soit en transférant la contracture à l'autre bras en posant la carotte sur son côté + contre l'épaule de ce bras absolument comme avec un aimant.

J'impose la main droite en hétéronome sur la tête d'Emile endormi et la main gauche en isonome sur celle de Paul réveillé. En même temps que je réveille l'un, j'endors l'autre.

Je réveille Paul en lui plaçant sur le côté gauche de la tête (+) une pomme reposant du côté de la queue (— ) et sur le côté droit ( — ) une autre pomme reposant par son extrémité positive.

Je dis à l'un d'eux de me montrer le dessus de ses mains en les joignant du côté des pouces ; il ne peut plus les séparer par suite de la contracture des avant-bras. J'opère la séparation en faisant glisser ma montre sur la ligne de jonction des pouces et index. S'il présente ses mains, la paumeau-dessus, enjoignant les petits doigts (-f-), un effet semblable se produit ; il se guérit lui-même en portant ses mains entre ses cuisses ( — ).

Je le fais mettre à genoux en lui recommandant de serrer les jambes et de joindre les mains dans l'attitude de la prière. Il reste dans cette position, les mains et les jambes contracturées, sans pouvoir se relever. S'il appuie, sur la partie droite du front, les pouces de ses mains jointes, il s'endort lui-même. Je le réveille et lui rends la liberté de ses mouvements en écartant sa main que je remplace par mon petit doigt, puis en passant ce petit doigt entre ses jambes et enfin en prenant ses mains entre les miennes en hétéronome.

LA POLARITE HUMAINE 11

Il s'endormira également tout seul, et debout dans l'attitude du penseur, avec son index appuyé contre la partie droite du front. De même, s'il met son index contre la partie droite de la bouche dans la position convenue pour indiquer le silence, sa bouche se contracture d'un côté, et il ne peut plus parler, pendant que son bras tout entier se raidit peu à peu.

Si j'abaisse ses paupières, quand il me regarde, avec le pouce et le petit doigt de la main droite, il ne peut plus les relever. Je lui rends la vue en les touchant avec le petit doigt et le pouce de la'main gauche.

En pressant ses narines entre deux doigts, on enlève et on rend l'odorat, suivant que les contacts sont isonomes ou hétéronomes. De même pour l'ouïe.

Prenant la position du soldat sans armes, les jambes jointes et les petits doigts contïe la couture du pantalon, le sujet est immobilisé avec contracture des bras et des jambes.

S'il élève verticalement son bras droit en l'appuyant contre la tête, le contact — contre — produit la contracturation des bras ; le bras gauche dans une position semblable n'est point contracture ( — contre +).

En plaçant Paul et Emile l'un derrière Pàutre, comme deux soldats dans le rang, en conjonction d'isonomes, ils sont contractures du haut en bas et ne peuvent bouger de place. En les plaçant côte à côte sur le même rang, ils se contracturent mutuellement les jambes et les bras en contact. En les plaçant dos à dos, en conjonction d'hétéronome, il n'y a pas contracture, mais attraction ; le plus fort entraîne l'autre en marchant. S'ils se placent l'un en face de l'autre et qu'ils s'embrassent, joue droite contre joue gauche, ils restent collés par les épaules et les joues. Faisant monter l'un d'eux à cheval, l'intérieur de sa jambe

n LES ÉTATS SUPERFICIELS DE L'HYPNOSE

droite ( — ) est en contact avec le flanc (— ) de Tanimal et la jambe tout entière se contracture'.

On a vu que l'hypnose était déterminée par les polarités isonomes et que l'action en hétéronome ramenait à l'état normal. Je vais étudier maintenant ce qui se produit lorsque l'on prolonge celte action.

N'agissons d'abord que sur un seul côté du cerveau :

Je donne, avec un procédé quelconque, une hallucination unilatérale, sur le côté droit, par exemple.

J'applique sur ce côté droit une polarité — , il y a aggravation de rhypnose et sommeil proprement dit .

J'applique la polarité — sur le côté gauche, il y a transfert de l'hallucination.

J'applique une polarité -f- sur ce côté gauche, il y a transfert de l'hallucination, puis sommeil.

J'applique enfin sur le côté droit la polarité -j-, il y a d'abord suppression de l'hallucination, puis production en général d'une hallucination opposée dont je spécifierai tout à l'heure les caractères.

Si Ton produit, par suggestion, le mouvement d'une partie du corps, on peut déterminer mécaniquement le transfert de ce mouvement à la partie symétrique en agissant en hétéronome, soit sur cette dernière partie, soit sur le lobe du cerveau qui est du même côté .

Ainsi Gabrielle a les deux mains sur la table. Je lui dis de penser à tambouriner avec les doigts de la main

' Dans ses lettres odiques-magnétiques, Reichenbach cite les chevaliers Auguste et Henri Oberlœnder, ses amis, jeunes gens vifs et vigoureux, très portés à tous les exercices du corps et auxquels celui du cheval était complètement interdit par suite de la gêne qu'ils éprouvaient dès qu'ils étaient sur le dos de l'animal . Des faits analogues ont été observés plusieurs fois dans des régiments de cavalerie, et de malheureux soldats ont payé de leur vie l'obéissance aux ordres de leurs chefs qui ne voulaient pas croire à une impossibilité phy. sique .

LA POLARITE HUMAINE 13

droite, puis j'approclie du petit doigt de sa main gauche (+) un morceau* de soufre (— ) ; au bout de quelques secondes, cg sont les doigts de la main gauche qui se mettent d'eux-mêmes en mouvement. Pour que la main droite puisse tambouriner, il faut que je mette le morceau de soufre auprès du petit doigt de cette main. Voici encore Benoît qui écrit de la main droite. J'approche mon pouce du côté gauche de son cerveau ( — contre -|-) ; la main gauche se rapproche peu à peu de la plume, la prend et se met à écrire. Je ramène la plume dans la main droite en posant mon petit doigt sur le côté droit de sa tête.

Si, au lieu d'opérer sur un côté du cerveau, j'opère à la fois sur les deux, et de la même manière au point de vue de la polarité, les phénomènes suivent les mêmes lois.

L'action en isonome permet d'abord de donner la suggestion, puis elle endort. L'action en hétéronome détruit d'abord la suggestion, puis la remplace par une hallucination opposée, et enfin détermine une congestion sanguine du cerveau manifestée par le mal de tête.

Je commande par exemple à un sujet de voir bleu un cercle tracé sur du papier blanc ; par une action en hétéronome, la couleur commence par disparaître, puis le cercle devient jaune ; un cercle vert devient rouge. En général (car il y a des exceptions) une couleur est remplacée par la couleur complémentaire.

Il est plus facile d'obtenir des oppositions d'odeurs et de saveurs ; niais ici encore les phénomènes ne se produisent pas toujours d'une façon identique.

Voici, pour trois personnes sur lesquelles j'ai essayé, les résultats obtenus :

* Je dis morceau et non bâton, parce que, pour les sujets très sensibles, un bâton de soufre un peu long est polarisé.

i4 LES ÉTATS SUPERFICIELS DE L'HYPNOSE

En suggérant un son aigu, j'obtiens comme opposé un son grave. Pour l'un des sujets, j'ai fait l'expérience avec un piano et je suis arrivé, de proche en proche^ à déterminer la note moyenne, c'est-à-dire qui se reproduisait par hétéronome : c'était le ré de l'octave du milieu. Ceci, naturellement, n'a rien d'absolu.

Tous ces phénomènes peuvent s'obtenir en agissant, soit sur le cerveaU;, soit directement sur l'organe enjeu.

En agissant sur la sensibilité on obtient des effets analogues : à la suggestion du pincement par les ongles succède celle du pincement à pleine peau ; à celle de la piqûre avec une épingle, celle du contact avec un corps mousse comme le bout du doigt ; à celle du grattement celle du chatouillement, etc.

Pour les souvenirs suggérés, je les fais disparaître et reparaître à volonté, sans déterminer autre chose que des espèces d'oscillations d'oubli dont je n'ai pas bien pu me rendre compte.

La concentration à^V attention sur un objet déterminé a, au contraire, souvent pour complémentaire la nonexistence de l'objet pour le sujet.

Ainsi, je concentre l'attention de Benoît sur un aimant en fer achevai. Au bout de quelques instants je place une de mes mains en hétéronome sur sa tête. Il commence par ne plus savoir le nom de l'objet qu'il regarde, pais il ne le voit plus. Je le lui fais toucher en isonome ; il ne le sent pas et n'est point contracture. Je change de main et j'agis en isonome sur sa tête, sa main se contracture avec force : il sent, voit et reconnaît l'aimant.

De même pour un piano. L'action en hétéronome le rend invisible. On peut jouer tout ce qu'on voudra, le sujet qui, dans son état normal, tombe en extase à la suite de quelques accords^ reste complètement insensible à tous les sons qu'on peut tirer du piano.

A un sentiment suggéré succède, en employant les mêmes procédés, un sentiment contraire.

Je prescris à Benoît, mis en état de crédulité par 1*00clusion des yeux, d'être en colère contre son frère. Quand il ouvre les yeux^ il entame des récriminations contre cet enfant ; j'agis en hétéronome dune façon quelconque sur sa tête, il cesse d'être en colère, puis cherche à excuser la peccadille qu'il vient d'exposer avec aigreur.

De même je commande brusquement à Marie d'aller embrasser M. I. ; elle hésite d'abord, puis cède à l'obsession et s'avance vers lui. A ce moment j'agis à distance par derrière en hétéronome ; elle s'arrête, se met à rire, puis allonge une gifle à la joue qui s'avançait pour recevoir un baiser.

De tout cela il faut conclure que l'action en hétéronome, quand elle est unilatérale, a pour effet de porter l'influx nerveux du côté où elle est appliquée, et, par suite, de déterminer de ce côté la réalisation de la sensation ou de l'acte qui est dans la pensée du sujet.

Si l'action est bilatérale on peut admettre, simplement pour fixer les idées, qu'il s'établit deux courants de transfert en sens contraire d'un lobe du cerveau à l'autre, et que ces deux courants commencent par se rencontrer en annulant ainsi leur effet, puis produisent, par leur pression l'un contre l'autre, un effet contraire.

MM. Binet et Féré ont observé des phénomènes de même nature en faisant agir des aimants en fer à cheval sur des hystériques*, ils ont constaté qu'il se produisait une série d'alternances entre la suggestion primitive et sa complémentaire. Je suis porté à croire que ce résultat est dû à ce qu'ils employaient les aimants sans se préoccuper de la manière dont agissait chaque pôle.

Revue philosophique, janvier et avril i885.

Si, en effets je donne à Gabrielle la suggestion d'être gaie, par exemple, et si je place ensuite un aimant en fer à cheval en face du milieu du front, de telle sorte que les deux branches soient dans le même plan vertical et agissent ainsi à peu près également sur les lobes du cerveau, la jeune fille passe par des alternatives très rapides de gaieté et de tristesse.

On se demande, au premier abord, comment il se fait que des phénomènes analogues ne se produisent pas plus souvent ; mais il faut remarquer que les personnes d'une impressionnabilité aussi vive sont des exceptions. Du reste, l'histoire n'est point toujours là pour enregistrer leurs faits et gestes. Tous les sujets que j'ai interrogés sentent un malaise vague dès qu'ils prennent des positions propres à amener une contracture, et j'ai souvent constaté qu'ils les fuyaient instinctivement^

* Jl y a quelques jours, Emile était à une noce et avait mis une fleur un peu grosse à la boutonnière de son habit du côté gauche ; il ne tarda pas à sentir son cou se contracturer. 11 se guérit luimême par une friction du pouce et plaça la fleur à la boutonnière de son gilet au milieu du corps : il n'éprouva plus aucune gêne.

Mil» Marie D..., sujet très sensible, m'a raconté qu'une fois, s'étant réveillée avec les deux jambes jointes et contracturées, elle était restée près d'une heure fort effrayée dans cet état que l'on ne savait pas faire cesser.

L'ayant prise comme pour la faire valser, je l'ai clouée sur place en touchant l'orteil de son pied droit avec celui de mon pied gauche ; lui donnant le bras, il me suffit de presser légèrement le sien contre mon côté gauche pour le contracturer.

S'étant fait magnétiser, elle perdit l'usage de la parole a la suite d'une passe près du cou, et il fallut qu'une personne au courant de' mes études vint la décontracturer par des applications en hétéronome au-dessus des omoplates. Enfin il lui est arrivé de rester la bouche contracturée en mordant un fruit en isonome.

M™« P. . . a été endormie, au moment de partir pour une fête, par quelques fleurs placées dans sa coiffure, probablement la tige à droite et la fleur à gauche.

M. le docteur Doiitrebente, médecin en chef de l'asile des aliénés de Blois, a signalé en ces termes, à la réunion annuelle de la Société de médecine de Loir-et-Cher, une application thérapeutique de la loi de polarité :

M"^ X, .., que j'ai eu l'occasion de soigner en dehors de l'asile, est atteinte d'homianesthésie depuis deux ans ; cet état a résisté aux traitomonts les plus énergiques ; tout d'abord, j'avais employé les différentes méthodes œsthésiogéniques énumérées dans la Revue du docteur Romain Vigouroux, spécialiste de l'école du professeur Gharcot. Les divers traitements préconisés par cet auteur ne reposant pas sur des données scientifiques bien précises ou déterminées, on peut dire sans crainte d'exagération que ce sont des médications empiriques. En opérant ainsi je n'ai obtenu que des résultats irréguliers et absolument insuffisants ; c'est alors que, mettant à profit les renseignements fournis par M. de Rochas, j'ai appliqué sur ma malade un aimant en fer à cheval, de façon à mettre en rapport les pôles de noms contraires, c'est-à-dire le pôle positif de l'aimant en rapport avec le pouce, et le pôle négatif en rapport avec le petit doigL L'effet désiré s'est produit presque immédiatement, à savoir que l'hémianesthésie disparaissait et qu'avec le retour de la circulation la chaleur revenait dans le membre malade : nous avons vu aussi le sang suinter après une piqûre d'aiguille, ce qui ne se produisait pas auparavant. Les applications d'aimant ont été continuées régulièrement pendant quinze jours et pendant une durée de cinq minutes à chaque séance (six séances par jour). Au bout de ce temps, la malade nous a quitté et est retournée dans sa famille complètement débarrassée de ce syndrome hystérique qui a malheureusement reparu un mois après. Le traitement qui nous a réussi une première fois vient d'être repris à nouveau avec le même succès. Nous avons lieu d'espérer que maintenant il aura un résultat définilif si l'on songe que la malade, en arrivant chez elle, a eu, avec des émotions morales bien faciles à comprendre, l'arrivée concomittente de la période menstruelle ; notons enfin que, depuis l'amélioration de Fhémianesthésie, nous avons vu complètement disparaître les grandes attaques d'hystérie qui se produisaient autrefois cinq ou six fois par semaine.

Une seconde observation m'a été fournie par M. le D' Proust, également à Blois :

M^^* X . . . est atteinte de crises hystériques depuis deux ans . J'ai été appelé le 22 août 1886 auprès de cette jeune fille, parce qu'elle était plongée depuis 24 heures dans un sommeil dont sa famille ne pouvait la tirer. Je constatai d'abord que ce sommeil présentait les caractères de l'état cataleptique, les positions que je donnais aux membres persistant au moins pendant quelque temps. Me plaçant alors à gauche de la malade, j'appliquai la paume de la main gauche sur la partie médiane du front. N'ayant obtenu aucun résultat', au bout de trois ou quatre minutes j'appliquai la main droite de la même façon.

Deux minutes ne s'étaient point écoulées que je vis se produire des mouvements convulsifs dans les membres supérieurs, puis des contractures surtout du côté des fléchisseurs de l'avant-bras gauche. La malade entra complètement dans l'état somnambulique, je pus la faire lever et lui donner des suggestions diverses.

Imposant de nouveau la main gauche, je la réveillai complètement, et, depuis cette époque, le sommeil morbide ne s'est pas représenté.

Maintenant que l'on connaît les principaux phénomènes de la polarité on peut y chercher l'explication d'un certain nombre de procédés empiriques employés par les magnétiseurs, hypnotiseurs, masseurs, toucheurs, etc.

Prosper Alpinus, médecin du XVP siècle, qui passa plusieurs années en Egypte, dit, dans son Traité de la médecine des Egyptiens, que :

Les frictions médicales et les frictions mystérieuses étaient les remèdes secrets dont les prêtres se servaient pour les maladies incurables. Après de nombreuses cérémonies, les malades,

' Cet insuccès tient peut-être à la position du côté gauche du médecin contre le côté gauche de la milade, qui par la conjonction isonome combattait la résolution du cerveau, efTet qui s'observe chez les sujets extrêmement sensibles.

enveloppés de peaux de béliers, étaient portés dans le sanctuaire du temple, où le dieu leur apparaissait en songe et leur révélait les remèdes qui devaient les guérir. Lorsque les malades ne recevaient pas les communications divines, des prêtres appelés Onéïropoles s'endormaient pour eux, et le dieu ne leur refusait pas le bienfait demandé (liv. i, chap. 8).

La production de ce sommeil lucide^ en se couchant sur des peaux de bête, est confirmée par Pausanias (liv. i, ch. 3i).

Celui qui veut consulter Amphiaraûs se purifie d'abord par un sacrifice qu'il offre au dieu ; après plusieurs jours d'abstinences et de fréquentes expiations, il lui immole un bélier, sur la peau duquel il se couche et il attend en dormant qu'un songe lui apprenne ce qu'il veut savoir.

De même, Virgile nous montre {Enéide, VI, 79-95) le roi Latinus allant consulter Toracle de son père, le dieu prophète Faunus, dans le bois que domine la haute Albunée où toutes les nations italiques venaient interroger les dieux :

En ce lieu, le prêtre, après avoir fait ses offrandes et s'être couché durant la nuit silencieuse sur des peaux de brebis immolées, voit, une fois sa paupière fermée par le sommeil, des fantômes pressés qui voltigent dans des attitudes étonnantes ; il entend des voix diverses, jouit de la conversation des dieux et adresse la parole à FAchéron évoqué des profondeurs de l'Averne. Là, le père Latinus en personne, demandant une réponse, immolait suivant les rites cent brebis de deux ans, et, appuyé sur leurs dépouilles, se tenait couché sur leurs toisons étendues. Tout à coup une voix retentit dans les profondeurs des bois. . .

Faunus était apparu à Numa dans des circonstances analogues :

Il y avait alors une forêt antique, longtemps respectée par la hache et abandonnée au dieu du Mexale, dont elle était le sanctuaire. Là, dans le silence des nuits7 le dieu donnait ses

réponses à l'âme calmée par le repos. C'est là que le roi Numa immole deux brebis. La première tombe destinée à Faunus, l'autre pour le doux sommeil ; puis l'une et l'autre toison est

étendue sur le sol nu Vêtu d'une étoffe grossière, le roi

s'étend sur les toisons toutes fraîches, après avoir adoré le dieu dans les termes qui lui sont propres. Cependant la nuit vient... Faunus apparaît

Certainement, beaucoup de facteurs devaient intervenir dans le phénomène produit, mais il résulte de ce que nous avons dit plus haut qu'il suffit à un sensitif de poser sa tête, en position isonome, sur une peau d'animal pour tomber dans le sommeil magnétique.

C'est à la fin du moyen âge qu'on voit apparaître les premières théories relatives à la polarité. Paracelse comparait l'homme à un aimant, et il disait (De Peste) que l'aimantation des peronnes saines attirait l'aimantation dépravée des personnes malades. Il fit aimanter des couteaux, des lames d'épée avec lesquels il guérissait le mal de dents ; suivant lui^ toutes les sympathies et antipathies qu'on observe dans la nature proviennent d'un grand principe qui émane des régions célestes et y retourne par un perpétuel mouvement de flux et de reflux, mettant ainsi en communication tous les êtres.

A Le P. Kircher(/lfa^/ze5,Rome,i654, p. 489) compare c les végétaux à des aimants, a Prenez, dit-il,

D un rameau A B et coupez -le de manière à avoir

E trois morceaux A C, D E et F B ; vous pourrez

F greffer G sur F, il y aura cohésion, mais jamais

B vous ne pourrez réunir D avec F. »

A la fia du XVIÏP siècle, on vit se produire de nombreuses guérisons en Allemagne' par un savant astro-

* A, la même époque, un chanoine de Ratisbonne, du nom de Gassner, guérissait les malades, et plus spécialement ceux qui étaient

LA POLARITE HUMAINE 21

nome, lepèreHell, au moyen de l'aimant; en Amérique, par un médecin Elisha Perkins, au moyen de tracteurs métalliques, c'est-à-dire de barreaux de cinq à six centimètres de long, formés par la réunion de deux métaux différents que l'on promenait lentement sur les parties malades; enfin, en France, par le docteur autrichien Mesmer, qui opérait plus spécialement avec son propre fluide' .

C'est dans les nombreux écrits du célèbre magnétiseur que l'on va trouver nettement exposée la doctrine de la polarité.

Dans un premier mémoire, il dit :

1° Il existe une influence naturelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés.

2° Un fluide universellement répandu et continu de manière à ne souffrir aucun vide, dont la subtilité ne permet aucune comparaison et qui de sa nature est susceptible de recevoir, de propager et communiquer toutes les impressions de mouvement, est le moyen de cette influence.

3<» Cette action réciproque est soumise à des lois mécaniques inconnues jusqu'à présent

9° Il se manifeste particulièrement dans le corps humain des propriétés analogues à celles de l'aimant ; on y distingue des pôles également divers et opposés qui peuvent être communiqués, changés, détruits et renforcés; le phénomène même de l'inclinaison y est observé.

10*^ La propriété du corps animal qui le rend susceptible de l'influence des corps célestes et de l'action réciproque de ceux

atteints de douleurs locales ou d'affections du système nerveux, par les exorcismes et les impositiotis de ses mains ; il promenait cellesci sur la tète, le cou, la nuque du patient ou sur les parties affectées de douleurs, après les avoir vivement frottées à sa ceinture, à son étole ou à son mouchoir.

' Mesmer fît construire un grand nombre d'aimants de toutes formes et de toutes puissances, réunit beaucoup de malades et se livra à une foule d'expériences à la suite desquels il s'aperçut que sa main, seule et sans le secours de l'aimant, suffisait pour produire les mêmes effets.

n LES ETATS SUPERFICIELS DE L'HYPNOSE

qui l'environnent, manifestée par son analogie avec l'aimant, m'a déterminé à la nommer Magnétisme animal.

On lit ensuite dans ses Aphorismes 288 et 289 :

La position respective de deux êtres qui agissent l'un sur l'autre n'est pas indifférente. Pour entretenir l'harmonie du tout, on doit toucher la partie droite avec le bras gauche, et réciproquement. De cette nécessité, il résulte l'opposition des pôles dans le corps humain. Ces pôles, comme on le remarque dans l'aimant, font opposition l'un à l'égard de l'autre. Pour concevoir l'opposition des pôles, il faut considérer l'homme comme partagé en deux par une ligne tirée de haut en bas. Tous les points de la partie gauche peuvent être considérés comme les pôles opposés à ceux des points correspondants à la partie droite. Mais l'émission des courants se faisant d'une manière plus sensible par les extrémités, nous ne considérons véritablement comme pôles que ces extrémités. La main gauche sera le pôle opposé de la main droite et ainsi de suite. Considérant ensuite ces mêmes extrémités comme un tout, ou considérant encore dans chacune d'elles des pôles opposés, dans la main le petit doigt seia le pôle opposé du pouce, le second doigt participera de la vertu du pouce, et le quatrième de celle du petit doigt, et celui du milieu, semblable au centre ou équateur de l'aimant, sera dénué d'une propriété spéciale.

Le docteur d'Eslon^ élève de Mesmer^ est encore plus explicite (p. 208 de l'édition des Aphorismes de Mesmer, publiée en i846, par Ricard) :

Le corps, partagé du Zénith au Nadir (c'est-à-dire dans sa longueur) en deux parties, a le côté droit pôle sud et le côté gauche pôle nord. Comme deux barreaux aimantés influent réciproquement l'un sur l'autre s'ils sont opposés, c'est-à-dire si le pôle sud est présenté au pôle nord et celui-ci au pôle sud, de même l'homme qui magnétise pour procurer des mouvements attractifs et mettre en équilibre le fluide qui circule en lui et dans celui qui est magnétisé doit se mettre en face et opposer son côté droit au côté gauche , c'est-à-dire le pôle sud au pôle nord, et le pôle nord au pôle sud. En se plaçant derrière les personnes magnétisées et en opposant par conséquent

LA POLARITE HUMAINE 23

le pôle nord au pôle sud, on excite une répulsion, on change la direction du fluide et on dérange son cours. On emploie quelquefois cette dernière manière pour procurer des crises et rétablir la circulation.

Il y a une cinquantaine d'années, un savant autrichien, le baron de Reichenbach, se livra à de très nombreuses recherches sur le même sujet, à l'aide de sensitifs doués d^une faculté particulière.

Ces sensitifs, plongés pendant plusieurs heures dans une obscurité profonde, finissaient par voir la partie droite de la tête et du tronc luire d'un feu bleuâtre et leur partie gauche d'un feu jaune rougeâtre, de telle sorte que la première paraissait bien moins brillante que la seconde. De même les pieds et les mains du côté gauche étaient plus brillants que ceux du côté droit. Les mains éclairées par leurpropre lumière paraissaient transparentes comme lorsqu'on les place devant une lampe, et chaque doigt avait un prolongement luisant qui atteignait parfois la longueur du doigt lui-même. — Cette atmosphère odique s'apercevait également autour des autres parties du corps, mais sur une épaisseur d'autant moindre que la partie avait moins de saillie; son éclat et sa nuance variaient suivant les individus et l'état de santé de ces individus'.

La pointe d'un cristal de roche et le pôle nord d'un aimant dégageaient des effluves bleus^ la base du cristal et le pôle sud un effluve rouge.

Je n'insisterai pas davantage sur ces phénomènes de la

* J'ajouterai que les couleurs mêmes varient et s'intervertissent suivant l'état du voyant. Il n'y a qu'une constante, c'est la vue des effluves. — Indépendamment des causes d'erreur dues à l'expérimentateur, il est possible que la répartition de l'agent qui est perçu par les yeux du sujet soit indépendante de celle de l'agent qui pro- A'oque chez lui la contracture de la résolution.

polarité qui, non seulement paraît être très mobile chez les animaux, mais encore dont l'influence se trouve souvent masquée par des causes plus puissantes.

Nous nous trouvons pour l'observer dans une situation analogue à celle d'un expérimentateur qui chercherait à reconnaître des attractions ou des répulsions magnétiques extrêmement faibles à l'aide d'une aiguille aimantée suspendue à l'extrémité d'un long fil tenu entre les doigts d'un aide. La moindre émotion de celui-ci fera mouvoir l'aiguille, souvent dans un sens contraire au mouvement qui devrait résulter de l'action magnétiqueV Est-ce une raison pour en conclure que Teffet n'existe pas? Certainement non, surtout si nous parvenons aie reconnaître avec netteté, en remplaçant l'aide par un piquet en bois ou en métal.

Ici nous ne pouvons changer le support et nous n^avons point encore trouvé le moyen de le rendre inerte. Il faut donc se résigner, pour le moment du moins, à voir échouer la plupart des expériences où l'on chercherait une preuve décisive des hypothèses par la reproduction continue d'une même conséquence, chaque fois que le procédé opératoire influera sur le système nerveux du sujet, soit par la fatigue d'une trop longue attente, soit par la surexcitation due à la répétition du phénomène.

* C'est ainsi qu'on peut expliquer comment on a été amené à dire que Cagent qui défait est le même que celui qui fait. Le sujet, étant dans un état déterminé, juge inconsciemment qu'il doit en changer quand il sent une action, et l'efTet de cette suggestion peut être tout différent de l'effet caractéristique de l'agent. Peut-être même faut-il admettre, ainsi que je l'indique à la fin du chapitre suivant, qu'une action quelconque ayant prise sur le système nerveux du sujet détermine un changement d'étant dans un sens oy dans un autre, selon l'idée qu'en a le sujet,

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