CAUSES DE L'HYPNOSE
(( C'est une loi générale pour tous les animaux, dit en effet Claude Bernard', depuis la grenouille jusqu'à l'homme, que la suspension de la circulation du saug amène en premier lieu la perte des fonctions cérébrales et nerveuses, de même que l'exagération de la circulation exalte d'abord les manifestations cérébrales et nerveuses.))
Maxvell, ayant observé le cerveau d'un homme atteint d'une plaie à la têle avec perte de la substance des os du crâne, reconnut que, lorsque le malade était plongé dans un sommeil calme et paisible, le cerveau était presque immobile dans son enveloppe ; faisait-il au contraire quelque rêve assez lucide pour qu'il pût en garder le souvenir à son réveil, l'enveloppe cérébrale venait faire saillie au niveau de la perforation. Bllimenbach, dans une circonstance analogue, remarqua également que le cerveau s'affaissait pendant le sommeil, tandis qu'au réveil il augmentait de volume et le sang y affluait alors davantage^.
De plus, M. BroAvn-Séquard a prouvé que la tonicité musculaire tend à passer à l'état de contracture quand la circulation diminue dans les muscles. Si on lie l'aorte d'un mammifère et qu'on attende un certain temps, on voit apparaître peu à peu la raideur dans les membres postérieurs, et enfin l'état que l'on nomme rigidité cadavérique survient dans ces mêmes parties encore liées à un être vivant. Si on lâche la ligature après quelque temps de raideur complète, le sang revenant dans les membres postérieurs y fait disparaître la contracture et réapparaître l'irritabilité. Il ne manquait donc que du sang aux muscles rigides pour avoir leurs propriétés à l'état de vie.
Toute impression faible, monotone et continue, perçue par l'un de nos sens, produit chez beaucoup de personnes
* Leçons sur les pr. des t. mu., p. 461. ' Archives générales de la médecine^ 1861 ; t. i, p. 637. HYPNOSE 3
une concentration d'esprit sur une seule pensée qui amène peu à peu le sommeil. C'est ainsi queles mères endorment leurs enfants par le bercement et le chant.
La fixation du regard peut agir soit par une action analogue, soit par polarité rayonnante. D'après les sensitifs, qui voient le fluide, chaque œil émet en effet une radiation de même nature que celle du côté auquel il appartient. Cette radiation de l'opérateur, pénétrant dans l'œil du sujet placé en face de lui, agirait en isonome sur le lobe cervical de même polarité par suite de Fentrecroisement dans la tête des nerfs optiques.
Par conséquent, en regardant un sujet, l'œil droit dans l'œil gauche et l'œil gauche dans l'œil droit, on doit Yendormir. On doit le réveiller si, au lieu de le regarder dans les yeux, on le regarde sur le front, parce qu'alors on agit en hétéronome : c'est ce que vérifie l'expérience.
Quant aux hallucinations et suggestions qui constituent la manifestation de l'état de crédulité, on ne les détermine d'ordinaire qu'en provoquant d'abord une certaine émotion par le ton ou le geste. Or, « dans l'émotion, il y a toujours une impression initiale, qui surprend en quelque sorte et arrête très légèrement le cœur'. »
Enfin chez beaucoup de sujets il suffit de quantités très petites de vapeurs anesthésiantes, comme le chloroforme ou l'éther, dans l'air ambiant, pour amener cet état de crédulité.
Ainsi l'on peut, semble-t-il, admettre déjà, d'une façon générale, que le sommeil^ naturel ou nerveux, est le résultat d'actions ayant pour premier effet de ralentir la circulation sanguine dans le cerveau.
' Cl. Bernard, ^ c, p. A6/i.