‹ Les États-UnisChapitre 17 sur 64 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

Elle impose la liberté de conscience au Massachusetts. — Exceptit)n au détriment des catholiques. — Les jésuites proscrits. — Population de la colonie. — Jugements de l'historien américain Hildreth sur les puritains.

La constitution de 1691, mentionnée plus haut, constitue le régime définitif du Massachusetts avant la révolution, C'est dès ce moment un Etat considéral)le que cette colonie et sa puissance augmente de jour en jour. Plymouth et le Maine, trop faibles pour lui résister, ont été réunis à son domaine, qu'elle a l'amlntion d'étendre sur l'Acadie jusqu'au Saint-Laurent. On dirait une petite république qui se développe sous la tutelle, à peine acceptée, de l'Angleterre. Son alhire, toujours provocante pour la métropole, n'a cessé de viser rindé})endance et ses actes ont toujours été ceux <rune puissance autonome. C'est elle qui, en 1644, avait pris l'initiative du projet de confédération de la Nouvelle-Angleterre, comme elle décidera plus tard, sans attendre le mot d'ordre de Londres, de s'emparer de Louisbourg. Sa Hotte marchande, très considérable, très active, finit par exciter la jalousie de l'Angleterre, dont les lois restrictives du commerce colonial sont sans cesse foulées aux pieds, par les traficpiants de Boston qui se plaignent quand même.

La libei'tc de conscience avait été stipulée dans la nouvelle charte au profit des anglicans, des quakers et des presbytériens ; ce fut un coup sérieux porté à la congrégation, mais la théocratie puritaine réussit à maintenir son influence pendant encore de longues années. La tolérance ne s'étendait pas aux catholiques qui n'osèrent jamais s'y risquer avant la révolution. En 1701, la cour générale rendit un arrêt de proscription contre les jésuites et les prêtres. "Aux termes de ces lois, dit Hildreth, tout jésuite, tout prêtre trouvé sur le territoire du Massachusetts et de New-York était regardé comme un incendiaire et un perturbateur de la paix publique, un danger pour la société et un ennemi de la vraie religion chrétienne. Il devait subir un emprisonnement per])étuel, et la mort s'il tentait de s'échapper. Quiconque lui donnait asile était passible d'une amende de $200, et s'exj^osait à être mis au ])ilori."

C'était une société qui ne laissait guère de piace, nous ne dirons pas aux sentiments élevés, mais même aux sentiments d'humanité les plus ordinaires que celle de Massachusetts et de ses voisins. La loi que nous venons de citer fait connaître son fanatisme religieux qui, rapproché de sa croyance à une prétendue sorcellerie, lui donne un caractère d'étroitesse d'esprit révoltant lorsque l'on songe qu'il conduisit les puritains au meurtre juridique. Quelle fut la conduite de ces sectaires à l'égard des Indiens ? Non contents de les avoir dépouillés de leur propriété, ils les vendent comme esclaves. La piraterie ne leur répugnait pas lorsqu'ils pouvaient tirer profit des raj)ines des individus engagés dans cette triste carrière.

Eux qui se plaignaient des excursions des Français et

<les Iiuliens, no mettaient-ils pas à prix la tête do ces derniers ? En 1722, le Massachusetts offrait £15 pour chaque chevelure, et il en vint à payer £100 pour une de ces tristes dépouilles. Quelle ])rinie à la férocité qui n'avait pourtant guère besoin d'être stimulée î II n'est question (jue de sauvages dans cet appel l)arbare, iliais il ne faudrait pas connaître nos Bostonnais pour ne pas voir ([u'ils visaient tous leurs ennemis, et que le scalpe d'un blanc valait autant, à leurs yeux, que celui d'un peau rouge, comme le prouve le meurtre du Père Rasle, victime des chasseurs de chevelures. Le bon missionnaire, fixé au milieu des Abénaquis du Maine, travaillait il leur évangilisation. Pour excuser ce meurtre, on prétendit qu'il poussait les Indiens au massacre des Anglais. Jamais accusation plus fausse ne vit le jour. Ve saint missionnaire employait sa vie à instruire ses néophytes et à leur donner des leçons d'humanité. ^^■

L'esclavage des nègres et des Indiens existait au Massachusetts, mais dans des proportions restreintes ; car le travail des blancs était, pour les besoins du pays, préférable à celui des noirs. Il y avait aussi, comme en Yii'ginie, des serviteurs engagés dont la condition n'était guère meilleure que celle des esclaves, car il était permis de les vendre pendant la durée de leur servitude, limitée à quatre années et souvent prolongée au delà de ce terme II entrait dans la population un autre élément fort peu désirable : des forçats, tirés des prisons d'Angleterre et que le gouvernement expédiait sur tous les points de ses colonies. Cette immigration

(1) On conserve dans la bibliothèque de l'université de Harvard un dictionnaire abéna(|uis-français écrit tout entier de la main du Père Kasle.

LA CONSTITUTION DK l()9l

provoqua, à niaiiites reprises, les protestations indignées de ces dernières. Un plaisant proposa, un jour, d'envoyer à la métropole, à titre de représailles, tous les serpents à sonnettes qu'il serait possible de trouver en Amérique.

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