‹ Les États-UnisChapitre 35 sur 64 · JOHN HAMILTON · texte numérisé non relu

JOHN HAMILTON

l'inauguration de sa seconde carrière administrative eut lieu le 4 mars 1805.

Les événements qui agitaient alors l'Europe eurent leur contre-coup aux Etats-Unis où ils firent naître de

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sérieux embarras. Napoléon était au faîte de sa puissance, et l'Angleterre avait entrepris de jeter le colosse par terre, avec l'aide des ennemis qu'elle lui suscitait.

Maîtresse des mers, la Grande-Bretagne, abusant de sa force, interdit aux neutres l'entrée des ports français et passa un règlement en vertu duquel les navires américains chargés de marchandises pour la France étaient arrêtés. De plus, elle s'arrogeait le droit de visite sur les vaisseaux des Etats-Unis. Napoléon répondit aux arrêtés-en-conseil du cabinet de Saint- James par les décrets de Berlin (1808) et de Milan (1809), qui fermaient l'entrée des ports de l'Europe, depuis l'Elbe jusqu'à l'Adriatique, à tout navire portant des marchandises anglaises. Pris entre le blocus continental de Napoléon et l'interdiction de trafiquer avec la France et ses alliés proclamée par Pitt, les Américains se débattaient péniblement ; il leur aurait mieux convenu de s'entendre avec les deux adversaires, et ils se seraient bien accommodés d'un régime qui leur aurait permis de faire fortune aux dépens de l'un et de l'autre. Bonaparte avait traité les Anglais de nation de boutiquiers, et les Yankees ne demandaient qu'a prouver qu'ils étaient les dignes fils de ces gens les plus utilitaires du monde. Lorsque le gouvernement américain se plaignait à Napoléon du blocus continental, " Aidez-moi à ramener la Clrande-Bretagne à la raison, disait-il, et nous nous entendrons ensuite." Puis, lorsque le cabinet de Washington se tournait du côté des ministres de Georges III, pour protester contre la police arbitraire exercée sur les mers, ceux-ci répondaient : " Prêtez-nous main forte contre le i)erturbateur de la paix publique et nous vous ferons des concessions."

Embarrassé par ce dilemne, Jefferson eut recours h

une mesure extrême qui n'eut pas le succès qu'il en espérait ; il s'avisa d'un plan qui dans son idée ramènerait à la raison l'un ou l'autre des belligérents, peutêtre les deux. Comme les produits des Etats-Unis, présumait-il, leur étaient indispensables, il crut qu'en les en privant tout à fait, il les contraindrait à relâcher la sévérité de leurs règlements. Il fit donc décréter la loi dite de Yewhargo, qui défendait l'exportation des marchandises américaines, et la sortie de tout navire des ports des Etats-Unis. Il est bien rare qu'un homme ou un gouvernement puisse prévoir les conséquences de ses actes. Celui de JeflPerson en eut de bien inattendues, soulevant des protestations plus fortes dans la Nouvelle- Angleterre et les Etats de l'Est qu'en France et en Angleterre. De plus, Vembargo retenait dans les ports des Etats-Unis la marine marchande américaine, qui avait trouvé son compte à forcer le blocus ; car si les risques étaient grands, les profits s'élevaient aussi en cas de réussite à des chiffres considérables. L'opposition à cette loi devint si intense que les Etats de la Nouvelle- Angleterre, dans le but d'échapper à ces conséquences ruineuses, songèrent à se séparer du gouvernement central pour reprendre leur autonomie. La loi fut modifiée et remplacée par une autre qui faisait la vie moins dure au commerce.

Cette dernière s'appelait le Non-intercourse acA, et se contentait d'interdire toute relation commerciale avec les belligérants, sans exiger l'immobilisation des navires marchands dans les ports américains.

Jefferson prit sa retraite à la fin de sa seconde présidence, et consacra dès lors son temps à la création de l'Université de la Vii'ginie. Il vécut jusqu'en 1826.

Ses dernières années furent assombries par les premières luttes sur la question de l'esclavage. Avec un instinct presque prophétique, il eut la prévision des terribles déchirements qu'elle causerait.

Il a été le véritable initiateur de la démocratie américaine qui n'a cessé d'entourer sa mémoire d'un sentiment d'affectueuse vénération.

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