CHAPITRE XXVII
Les difficultés avec la Grande-Bretagne s'aggravent. — Le commerce américain est de plus en plus gêné. — Napoléon abroge les décrets de Berlin en ce qui concerne les Etats-Unis.— La Grande-Bretagne persiste à exercer son droit de visite sur les navires américains. — Guerre de 1812.
En arrivant au pouvoir, James Maclison, élu président au mois de décembre 1807, se trouva en face d'une situation grosse de complications internationales. L'irritation des esprits était grande aux Etats-Unis vis-à-vis l'Angleterre ; non seulement cette puissance persistait à interdire l'Europe au commerce américain, mais elle bloquait les ports des Etats-Unis et faisait arrêter tout navire portant le drapeau étoile qui se risquait vers la haute mer.
Les visites à bord des vaisseaux américains se faisaient de plus en plus nombreuses, et l'Angleterre en enlevait avec le moindre sans gêne des centaines de matelots pour les tranformer de force en marins anglais. On porte à 600 le nombre des prises faites par la Grande-Bretagne et à 6,000 celui de ces enrôlements forcés.
Il y avait au fond de la querelle plus de motifs d'animosités que l'on n'en apercevait à la surface. La Grande- Bretagne avait l'intuition qu'il lui était née en Amérique
une formidable rivale qui lui ferait la guerre sur tous les marchés du monde. De là une jalousie intense qui se traduisit en actes d'hostilités permanentes à l'égard des Etats-Unis. Ceux-ci étaient bien peu en état de résister aux règlements imposés aux neutres par le gouvernement anglais. Durant de longues années, Madison partagea sur ce point l'avis de Jefferson, à savoir que ce serait folie de lutter à main armée contre la puissante Albion; qu'il ftillait user de prudence et attendre l'aurore de jours meilleurs. Mais Madison était un de ces hommes faits pour briller au second plan, auxquels manquent les qualités nécessaires aux chefs d'Etat. L'influence de quelques jeunes membres du congrès pleins d'une ardeur belliqueuse finit par l'atteindre. La sagesse lui commandait de contenir leur fougue ; sa faiblesse le fit marcher à leur remorque. Parmi ces anglophobes se faisaient remarquer Calhoun et Clay, qui se vantaient de pouvoir faire la conquête du Canada avec quelques régiment des milices du Kentucky. La guerre fut déclarée le 17 juin 1812, à la suite d'un message de Madison, en date du 1er avril de la même année, recommandant cette mesure extrême. On apprit quelques semaines plus tard que les arrêtés-en-conseil, causes de la guerre entre les deux pays, avaient été abrogés avant la rupture officielle des relations entre les deux pays. On n'en passa pas moins outre, décidé qu'on était d'humilier l'Angleterre. Le congrès ressentait d'autant plus d'irritation contre le cabinet de Saint-James que Napoléon avait annulé les décrets de Berlin et de- Milan, acte de générosité qui rendait encore plus odieux les règlements de la Grande Bretagne.
L^ne suite de querelles interminables avec l'Angleterre
avait fait prendre cette résolution si inopportune aux yeux de JefFerson. Sans armée, sans flotte, Madison ne se lançait-il pas en aveugle dans une aventure bien aléatoire ? On connaît les désastreuses campagnes de
1812 et de 181:] au Canada; les troupes américaines, repoussées sur les bords des grands lacs, battues à, Lacolle et à Cliateauguay, ne possédaient pas, vers la fin de la guerre, un pouce du territoire qu'elles s'étaient flattées de
conquérir en quelques semaines. C'était un désastre plus grand que celui de 1775.
Après la chute de Napoléon, il fut possible à l'Angleterre d'expédier en Amérique de nouvelles troupes. En 1814, l'amiral Cockburn et le général Ross débarquent sur les rives du Potomac et marchent contre Washington, avec 7,000 soldats de l'arniée de Wellington, des vétérans de la guerre d'Espagne qui depuis sept années n'avaient pas couché ailleurs que sous la tente. La capitale se rendit avant que ses défenseurs eussent brûlé une amorce. Madame Madison n'eut que le temps de quitter la Maison Blanche en toute hâte par une porte, pendant que les Anglais entraient ]3ar une autre.
Le chronique rapporte que le général Koss se précipita dans la chambre des représentants et que monté sur le fauteuil du Speaker, il s'écria : Shall this harhour ofyankee democracy be burned ? AU for it shall say : aye. Il parait que la réponse fut affirmative, car ordre fut donné de mettre le feu au Capitole et à tous les édifices publics.
La victoire remportée à la Nouvelle-Orléans par le général Jackson fut un des rares faits d'armes de nature à consoler les Américains de leurs malheurs. Disons cependant que la fortune de la guerre les favorisa beaucoup plus sur mer que sur terre. Le congrès n'avait pas de flotte à opposer à celle de l'Angleterre, mais un certain nombre de frégates qui, dans des rencontres avec des vaisseaux isolés de l'ennemi, soutinrent avec avantage l'honneur du pavillon américain. Enfin la paix fut conclue, en 1814, par le traité de Gand qui démontra bien l'inutilité de la dernière guerre, car il n'y fut nullement question des causes de la rupture entre les deux pays : le droit de visiter les vaisseaux neutres que l'Angleterre
exerçait avec si peu de ménagements, l'enrôlement forcé des matelots pris sur les navires américains dans les cadres de la flotte anglaise. Madison et le congrès se trouvaient très heureux d'être sortis de leur équipée, et s'abandonnèrent à des manifestations de joie auxquelles la gloire restait étrangère.