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Harrison, élu président en 1840, meurt un mois après son inauguration.— John Tyler, le vice-président, le remplace. — Le Texas se déclare indépendant. — Sam Houston et les Américains établis dans ce pays défont les troupes mexicaines. —Le Texas, constitué en république, demande son entrée dans l'Union. — Tyler favorise cette demandé.
Van Buren ambitionnait une réélection, et ses amis le mirent en nomination. Le choix des whigs, ses adversaires, devait naturellement se porter sur Henry Clay, l'homme le plus remarquable de l'époque, le sauveur du pays à deux reprises. Mais, comme cela s'est souvent renouvelé depuis aux Etats-Unis, les manipulateurs d'élections préférèrent la médiocrité au mérite, car elle offre moins de prise à la critique, qui peut toujours travestir les actes de ceux qu'elle prend à partie. Ils mirent donc sur les rangs le général Harrison, ancien officier vainqueur des sauvages à Tippecanoe, (1811) affaire de peu d'importance.
Comme c'était un homme sans valeur politique réelle, on créa une légende autour de son nom. On en fit un héros, un foudre'' dé^ guerre et, afin de plaire au Sud, il fut décidé de lui accoler, comme candidat à la viceprésidence, un représentant de la Virginie, M. Tyler
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dont les opinions étaient loin de cadrer avec celles des whigs. " Mais (juimporte ? " disaient les meneurs, " la vice-présidence enchaînera sa liberté d'action, et nous n'aurons pas à appréhender son hostilité." Nous verrons dans l'instant qu'ils comptaient sans le chapitre de l'imprévu.
Les whigs, ])Our faire mousser cette double candidature, montèrent une de ces gigantesques campagnes électorales à grand orchestre, comme l'on n'en voit qu'aux Etats-Unis. Pour faire pièce à Van Bureu qui, d'après la légende, mangeait dans de la vaisselle plate, et buvait dans des coupes de vermeil, les whigs posèrent leur candidat en modèle de la simplicité primitive. " C'est un homme qui passe sa vie dans une log house, disait-on, mange son pain sec et ne boit que du cidre, " (hard eider). Dans tous les Etats-Unis, on traînait en procession la log house d'Harrison et un tonneau rempli de son breuvage aimé. Pour lui faire honneur, ses partisans faisaient force libations de cidre aigre qui leur tirait les larmes des yeux tout en stimulant leur enthousiasme. Il n'était guère question de principes en tout ceci ; mais on voulait combattre les démocrates avec des moyens analogues à ceux qui avaient naguère assuré la seconde élection de Jackson.
La victoire se rangea du côté des whigs auxquels elle ne profita guère, car la mort enleva Harrison, un mois après son entrée au Capitole.
Tyler qui le remplaça se plut, durant toute son administration, à contrecarrer les desseins d'une partie de ses partisans politiques divisés en deux factions. A deux reprises, il frappa du veto présidentiel des projets de lois qui créaient une Banque des Etats-Unis,
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alléguant, pour justifier cette mesure de rigueur, que cette création appartenait aux divers Etats. C'était la continuation de la querelle qui avait eu lieu sous l'administration de Washington, lors de l'établissement de la prennère banque, dont la charte était devenue caduque. Tyler partageait sur ce point les idées de JefFerson et de Jackson. Après le second désaveu de la mesure, tous ses ministres, moins Webster, donnèrent leur démission.
Ce conflit eut bientôt fait de miner le crédit du président, et, comme il avait l'ambition de prolonger son séjour à la Maison Blanche, il crut qu'il se referait une popularité en favorisant l'annexion du Texas aux Etats- Unis. Dès 1821, un grand nombre d'Américains du Sud s'étaient établis sur ces possessions mexicaines avec l'intention de les faire entrer, un jour ou l'autre, dans la grande république. Lorsqu'ils se sentirent assez forts pour exécuter leur projet, ils prirent prétexte des difficultés qui bouleversaient le Mexique pour refuser de reconnaître ses lois. Le président Santa Anna marcha contre les rebelles, qu'il vainquit dans les premiers engagements, pour tomber ensuite entre les mains du général Sam Houston à la bataille de San Jacinto. Se déclarer indépendants du Mexique et proclamer la république, fut le second acte de la comédie montée par les Américains établis au Texas. Il restait à jouer le troisième, et c'est à Washington qu'il se déroula.
Le Texas demanda son annexion aux Etats-Unis, que le Sud appelait de tous ses vœux, car il entrevoyait dans cet accroissement de territoire un appoint à son influence, comptant bien que l'esclavage s'y développerait comme dans le pays environnant. Quelle force ne tireraitil pas du Texas, assez vaste pour contenir quatre nou-
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veaux Etats, qui lui donneraient huit votes de plus au sénat ! Comme il était naturel, la Nouvelle-Angleterre et ses alliés s'efforcèrent de faire échec à ce projet qu'ils ne voyaient d'un bon œil qu'en autant qu'il favorisait l'acquisition d'un riche pays.
On finit par s'entendre, au congrès, rn acceptant une proposition comportant l'entrée du Texas, comme un seul Etat, avec faculté laissée aux citoyens des Etats qui y seraient établis plus tard, de décider si l'esclavage y serait admis, ou non. Le président Tyler fit un traité avec la jeune république sur les bases de cette résolution, et elle devint partie intégrante des Etats-Unis en 1845.
C'est la question de l'annexion du Texas qui avait servi de champ de bataille aux partis, lors de la campagne présidentielle de 1844. Polk portait le drapeau des démocrates partisans déclarés de l'acquisition du nouveau territoire, et Henry Clay, celui des whigs. Si l'éminence du talent, les services publics, le prestige de l'éloquence pesaient d'un grand poids dans une démocratie, ce dernier l'aurait emporté sur son concurrent, homme de peu de valeur. Mais l'illustre orateur qui, en deux circonstances, avait appaisé, au moyen de compromis, les partis prêts à en venir aux mains, s'imagina qu'en prêchant la conciliation au peuple, il réunirait autour de son nom la majorité des électeurs. C'était vouloir jouer un jeu difficile. La multitude portée aux extrêmes et voyant la conclusion à côté des prémisses n'est guère apte à goûter les moyens termes. Cet état d'esprit de Clay le portait à l'indécision, et nombre de whigs, opposés à l'entrée du Texas dans l'Union, prirent ombrage de ses déclarations ambiguës. Etait-il favorable à ce grand projet ? Son programme ne donnait pas de réponse sur
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ce ])ôiiit. Or, ses amis du Nord n'en voulaient pas car si, d'un côté l'annexion du territoire projeté donnait un surcroît de force au Sud, et menaçait de ramener avec violence la querelle de l'esclavage, elle pouvait aussi entraîner une guerre avec le Mexique, qui n'avait jamais reconnu l'indépendance du pays arraché à son empire au mépris du droit international. En voulant ménager le Sud, le chef des whigs heurta de front les abolitionnistes, qui lui tournèrent le dos au moment décisif et Polk fut élu.
Il fut aussi question durant cette élection d'une difficulté pendante entre les Etats-Unis et la Grande- Bretagne, au sujet des frontières du côté de l'Orégon. Les démocrates avaient inventé pour présenter l'affaire au peuple d'une façon saisissante, une de ces formules (ju'ils affectionnent, '' Jfftjf-f(yfir forty or Jight, " disait-on. Ce qui voulait dire (pie si l'Angleterre ne cédait pas la latitude '' Ô4.40 " aux Etats-Unis comme frontière, ce serait la guerre. Après l'élection, les chauvins acceptèrent la ligne 49 sans protestation.
Lorsque le pays se ressaisit, après l'effervesce électorale, la défaite de C^lay lui apparut comme un désastre national. Ses ])artisans, au désespoir, eurent la faible consolation de voir les plus sensés parmi les vainqueurs rougir de leur victoire.
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