‹ Les États-UnisChapitre 48 sur 64 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

L'affaire Dred Scott. - La cour suprême décide que l'esclavage est légitime. - Les abolitionnistes redoublent de fureur et gagnent de nouveaux adhérents. — John Brovvn s' empa,ve de Harper^ s Ferry , en Virginie. — Sa tentative de soulever les nègres contre leurs maître échoue. - Il est fait prisonnier, traduit devant les tribunaux, condamné à mort et exécuté. — Le Nord le proclame martyr d'une cause sacrée. — Elections présidentielles de 1859. —Les démocrates divisés ont trois candidats sur les rangs. — Lincoln, porte-drapeau des républicains anti-esclavagistes, sort vainqueur de la lutte.

Durant toute radniinisti'atiou du nouveau président, un sentiment pénible pèse sur le pays ; on sent que le dénouement approche et qu'il sera terrible, bien que personne ne soupçonne les horreurs qui vont accabler la patrie. C'est en vain que l'on cherche à éviter la redoutable échéance ; les mesures que l'on prend pour enrayer le double mouvement qui pousse les deux factions ennemies l'une contre l'autre, lui impriment une impulsion plus rapide.

Tout ne servait qu'à mettre en un relief frappant l'impuissance de la sagesse humaine dans les grandes crises.

C'est au milieu de ce malaise et de cette inquiétude des esprits clairvoyants que fut jugée (1859) l'aftairel

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Dred Scott, comme^pour fournir un nouvel aliment aux passions populaires.

Cet important procès qui, à cette époque, excita les passions à un degré extraordinaire, avait pris naissance dans la demande qu'un esclave fit aux tribunaux pour obtenir sa liberté. Cet individu, du nom de Dred Scott, avait habité durant plusieurs années au nord de la ligne 36** 30', par conséquent en terre libre, et réclamait sa liberté du fait de cette résidence. Son maître, Sanford, combattit cette requête dont furent d'abord saisis les tribunaux du Missouri, qui donnèrent gain de cause au défendeur. I.e procès n'en resta point là ; la cour suprême des Etats-Unis reçut la mission de trancher d'une façon définitive la question soulevée par les antiesclavagistes. Neuf juges composaient la cour. Cette cause, célèbre entre toutes, fut plaidée longuement devant ces sommités judiciaires des Etats-Unis. Sept d'entre eux opposèrent aux amis de la liberté une fin de non-recevoir des plus qualifiées comme des plus inattendues. Tous les arguments et les raisons possibles tirés du droit naturel avaient été invoqués en faveur de l'esclave Scott, et surtout le préambule de la déclaration de l'indépendance : " Tous les hommes " sont créés égaux et dotés par le Créateur de certains *' droits inaliénables, parmi lesquels figurent la vie, la '' liberté et la recherche du bonheur." Il semble que cet article eût dû inspirer de sérieuses reflexions aux juges ; mais il ne les arrêta pas un seul instant, car sans la moindre hésitation, ils posèrent en principe que les auteurs de la déclaration de l'indépendance n'avaient pas les noirs en vue lorsqu'ils proclamaient ce?t)tfe vérité banale dans une forme si ampoulée. Puis,

appuyant leur argumentation sur cette interprétation (lu fameux article qui, depuis près de cent ans, figurait comme une contradiction flagrante entre les paroles et les faits chez nos voisins, ils prononcèrent un jugement qui aurait été déplacé dans la bouche d'un juge du moyen-âge, cai\ bien avant nos jours, il s'est rencontré des esprits assez éclairés pour flétrir l'esclavage. '' De- " puis plus d'un siècle," osa dire le juge en chef Taney, *' les nègres sont regardés comme des êtres d'une espèce '' inférieure et nullement aptes à se mêler aux blancs " dans la société civile ou politique. Ils n'ont aucun " droit que les blancs soient tenus de respecter. Le noir " peut être, en droit et en justice, réduit à l'état '* d'esclave et est vendable et achetable comme une " marchandise ordinaire."

La majorité de la cour opina dans le même sens. Le juge Daniel osa formuler les atroces propositions qu'on va lire et les présenter comme articles de foi : l'aberration de l'esprit ne pouvait aller plus loin.

" Voici des vérités, disait-il, que la connaissance de l'histoire du monde, et particulièrement celle de notre pays, nous oblige d'accepter : La race noire de l'Afrique n'a jamais été regardée comme faisant partie de la famille des nations ; cellesrci n'ont jamais reconnu parmi les nègres d'organisation politique ou civile, ou nationale. Les peuples de l'Europe les ont toujours considérés comme objets de commerce, de trafic et de chasse (mpture). Enfin les noirs ont été introduits dans ce pays, non comme membres de la société civile et poli^ ticpie, mais comme esclaves et propriétés dans le sens le j)lus absolu du mot."

Ces principes devaient conduire la cour à des coucIut

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sioiis extrêmes et elle ne faillit pas à des prémises si cruellement posées. La logique poussa les juges à déclarer que le compromis du Missouri était nul de plein droit en ce qu'il prohibait la servitude au nord de la ligne 36"^ î30' et que par conséquent l'esclave Dred Scott n'avait pas acquis sa liberté parce qu'il avait habité avec son maître en pays libre ; que les propriétaires avaient droit de transporter leurs biens dans tout territoire et d'en jouir ; que les esclaves étaient une propriété de par la constitution. Enfin la cour suprême décida qu'un individu d'origine africaine, même libéré, mais descendant d'ancêtres amenés en Amérique comme esclaves, n'était pas un citoyen au sens de la constitution.

La portée des actes des juges et des législateurs leur échappe souvent, et il est rare qu'ils produisent l'effet attendu. A peine cet arrêt avait-il été rendu, que le Sud se sentit plus sûr dans ses retranchements. La plus haute autorité judiciaire du pays proclamait la légitimité de l'esclavage: qui, après cela, oserait l'attaquer ? La justice étendait sa protection sur l'institution chère à ses intérêts : qui voudrait encore la taxer d'infamie ? Appuyé sur le droit, n'était-il pas fondé maintenant à se rire de l'agression aboli tionniste et à accabler de ses dédains et de ses malédictions ces législatures qui avaient mis de côté l'acte du congrès concernant les esclaves fugitifs ? Ne pouvait-il pas reprocher au Nord de se rendre coupable de cette mise en pratique de la nullificMÛon tant reprochée jadis à la Caroline ?

Si la décision de la cour avait calmé le Sud, en l'enfonçant davantage dans son erreur, là s'arrêtait son effet bienfaisant. Un long cri de rage accueillit ce jugement

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dans le camp aholitioimiste où lagitatioii eut bientôt atteint son dernier degré d'acuité. L'opinion publique qui, vingt ans auparavant, repoussait les anti-esclavagistes de l'école Garrison comme des fauteurs de troubles, inclinait maintenant de leur côté, exaspérée qu'elle était par la doctrine arriérée, barbare de MM. Taney et Daniel.

Durant les querelles qui éclatent entre les factions, les passions amassent des matériaux inflammables, et il se trouve presque toujours à point un fanatique pour y appliquer l'étincelle incendiaire. Tout était prêt dans la situation actuelle pour une catastrophe et John Brovrn, qui s'était fait remarquer, au Kansas, au premier rang des combattants, vint provoquer l'explosion, prélude de la grande tuerie de la sécession.

Placé à la tête de quelques individus exaltés comme lui, il forme avec eux le complot insensé de soulever les noirs contre leurs maîtres et d'infliger au Sud une guerre servile. Au milieu de la nuit, le 16 octobre 1859, il s'empare de l'arsenal du gouvernement à Harper's Ferry (Virginie), fait prisonniers les habitants des fermes voisines, met les esclaves en liberté et leur fournit des armes. Par malheur pour la conspiration, les nègres refusent d'attaquer leurs maîtres, et Brown, avec quatre de ses compagnons, tombe entre les mains des Virginiens, On les traduit devant la cour de lEtat, <|ui, après les avoir trouvés coupables de meurtre, les condamne à mort. Brown monte à l'échafaud le 2 décembre 1859.

Entre la date de la sentence et son exécution, les aboli tionnistes mettent tout en œuvre pour empêcher la justice de suivre son cours. Des discussions violentes

s'engagent entre les deux partis sur la cause de cet homme. Dans la Nouvelle -Angleterre, à l'Est et à rOuest, Brown est un héros en attendant qu'il soit un martyr. Pour les Etats à esclaves, c'est un bandit, un meurtrier. ^^^ Le gouverneur Wise, de la Virginie, reçoit en une seule journée cinq cents lettres réclamant la mise en liberté du coupable. Le Sud répond que ces sentiments de pitié auraient dû se manifester lorsque Brown se rendait coupable de meurtre et poussait les noirs à regorgement des blancs.

Il y a des moments où les passions sont montées à un tel degré que ceux qui les subissent perdent la notion exacte des paroles et des choses. Les abolitionnistes sont arrivés à ce point d'aveuglement. Voyez, par exemple, Wendell Philips dans le temple de H. W. Beecher, (11 novembre 1859) et écoutez-le parler. Après avoir approuvé l'agression meurtrière de Brown, il s'écrie : " L'histoire verra avec plus de plaisir les rives " du Potomac parce que Brown leur aura donné le " lustre de sa glorieuse action que parce que les cendres " de Washington y reposent. Et si les tyrans de la " Virginie osent pendre ce héros, il faudra plus de '' deux Washington pour laver l'abomination dont ce '' pays aura été témoin."

Le révérend M. Wheelock clame à son tour : " L'écha- '' faud d'où Brown va monter au ciel sera, en politique, '■ ce que la croix est dans notre religion : le signe et le '' symbole du suprême dévouement. De son sang sacrifié '' sortira le salut temporel de quatre millions de notre '' peuple. Il sera étranglé le 2 décembre, pour avoir

(1) Tout cela ne rappelle-t-il pas, sur une plus petite scène, l'affaire Riel?

'' obéi au sermon de la montagne. Mais être pendu en '' Virginie équivaut à être crucifié à Jérusalem : c'est le '' dernier tribut que le péché paiera à la vertu." A peu d'exception près, la presse du Nord plaidait la cause de Brown. '^^

Dire qu'il y eut, à la suite de l'exécution de Brown, recrudescence de colère, ce serait tomber dans l'exagération : depuis longtemps elle avait atteint son paroxysme, dominant toute la politique des Etats-Unis. Il devenait évident que la fureur anti-esclavagiste pénétrait de plus en plus toutes les classes de la société du Nord. Que vont faire les Sudistes en face de cette attitude menaçante de leurs adversaires ? Il leur parait que si, dans une partie du pays la population regarde comme des héros les individus trouvés coupables de meurtre par les tribunaux dans l'autre, l'expression ''les Etats-Unis " a perdu sa signification primitive et que '4'Union," qui comportait, primitivement, bonne entente entre tous au point de vue des idées, des intérêts, n'existe plus ; il leur parait que, si l'acte de Brown constitue ])Our la Nouvelle- Angleterre un précédent glorieux, il est digne aussi d'imitation et (qu'ils seront, à l'avenir, exposés aux coups de main de toute bande fanatique qu'il plaira aux abolitionnistes de soudoyer. Pour les classes dirigeantes des Etats à esclaves, le pacte fédéral n'a plus sa raison d'être

(1) Au milieu de cette lugubre affaire se glisse une note comique. L'agitation dans les Etats libres provoqua une contre-agitation en Virginie et dans les Carolines. Il y fut décidé, par plusieurs assemblées, que l'on cesserait d'acheter des marchandises de provenance américaine. Cette résolution eut pour effet de provoquer des réunions, à Boston et ailleurs, sympathiques à la cause sudiste. Mais on découvrit bientôt qu'elles avaient été organisées par des marchands du Nord, fournisseurs des Etats esclavagistes-

et elles songent à le rompre, afin de sauvegarder leurs droits garantis par la Constitution.

Les élections présidentielles (IS59) se préparèrent au milieu de cette fermentation. Les démocrates auraient encore remporté la victoire, sans lems divisions intestines. Kéunis en convention à Richmond (Virginie), ils ne purent s'entendre sur une base d'action commune. Les délégués du Nord avaient dû fatalement suVjir l'infiuence de leur milieu, et ils redoutaient de présenter à leurs électeurs un programme conforme aux doctrines sudistes ; les accepter en entier, c'était courir à la défaite. L'écart dans les idées se manifesta dès qu'une résolution affirmant les droits des Etats en matière d'esclavage eût été présentée. C'est en vain que l'on tenta, au moyen de cinquante scrutins de faire disparaître les divergences d'opinion : il fallut se séparer, divisés, et cette scission prépara le triomphe des républicains, ou free soilers, groupés autour de Lincoln. Les démocrates, éparpillant leurs forces, repartirent leurs voix sur trois candidats : Douglass, Lane et Breckenridge. Les Know-nothings donnèrent leur suffrage à Bell et à lOverett.

Lincoln ne reçut qu'un million et trois (piarts de suffrages, sur quatre millions exprimés à l'élection. C'était un honmie d'une éducation restreinte, mais doué d'un grand fonds de bon sens, d'un esprit éclairé et d'une détermination peu commune, (qualités qui lui suffirent pour sauver l'Union. Des personnages politiques d'une intelligence supérieure et d'une haute éducation, comme Seward, auraient fléchi devant la tourmente qui éclatait; plutôt que de courir les hasards d'une guerre civile, ils auraient laissé les Etats du Sud se séparer" sans éclat.

A peine le télégraphe a-t-il fait connaître le résultat de l'élection présidentielle, que le Sud se décide à se retirer de l'Union. La Caroline du Sud prend les devants et, le 2 décembre 1860, elle déclare dissout le pacte formé en 1787. Le Mississippi, la Floride, la Géorgie, la Louisiane, le Texas, l'Alabama suivent bientôt son exemple. Les considérants qui servent de base à cette résolution extrême sont : que les Etats du Nord violant les lois du congrès, ont refusé de rendre au Sud des esclaves fugitifs, de livrer aux tribunaux de la Virginie des personnes accusées de meurtre dans l'affaire de J. Brown et enfin qu'ils se sont rendus coupables d'excitation à la guerre civile.

La situation, pleine de périls, s'aggravait d'une minute à l'autre. Il aurait fallu à la tête des affaires une volonté énergique, prompte à l'action, un soldat comme Jackson, et on n'y voyait qu'un vieillard affaibli par l'âge, opposé, disait-il à la sécession, mais ayant jusqu'alors fait cause commune avec les Sudistes et paralysé par son cabinet composé en majorité d'esclavagistes, dont plusieurs prêtèrent ouvertement main forte aux rebelles. C'est ainsi que le ministre de la guerre, M. Lloyd, leur fit distribuer cent - cinquante mille fusils. En même temps, les séparatistes s'emparaient des arsenaux et des forts situés à leur portée, et, le 4 février 1861, leurs délégués, réunis en convention à Montgomery, dans l'Alabama, organisaient le gouvernement des " Etats- Confédérés," dont Jefferson Davis devenait le président.

Que faisait le Nord en présence de ce mouvement? L'audace de Jefferson Davis et de ses amis produisit chez les républicains, à peine remis des émotions de leur triomphe, une réaction inattendue. Ces hommes qui,

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depuis trente ans, poussaient à la lutte, voyant les colères du Sud s'amonceler, furent pris de terreur en constatant le résultat de leurs manœuvres ; l'explosion par eux provoquée jeta la panique même dans les rangs des abolitionnistes. Et, chose incroyable, les chefs des free soilers et des républicains, des hommes déterminés, comme Horace Greeley, rédacteur de la Tribune de New- York, Wendell Philips, aussi anti-esclavagiste que Lloyd Garrison, Seward, le futur secrétaire d'Etat de Lincoln, en vinrent à conseiller à leurs partisans de consentir à la scission du Nord et du Sud. Le Neiv- York Herald, qui avait autant d'autorité parmi les démocrates que la Tribune chez leurs adversaires, préférait le démembrement à la guerre. C'étaient les esprits dirigeants des Etats libres qui prenaient cette attitude. "Si " les Etats du Sud (cotton States ), écrivait Greeley le 9 '* novembre 1860, décident qu'il leur est plus avantageux " de sortir de l'Union que d'y rester, nous demandons,

"■ avec instance, qu'on les laisse s'en aller en paix

'' Dès qu'une partie considérable de l'Union aura décidé " d'en sortir, nous nous opposerons à toute mesure '' coercitive prise pour les empêcher de mettre leur "■ dessein à exécution. " Un mois plus tard, Greeley tenait encore le même langage, condamnant '' l'emploi ■' de la force militaire pour attacher une section de la '' confédération à une autre. Si huit Etats, ayant une " population de dix millions veulent se séparer de nous, '' on ne peut pas les en empêcher à coups de canon." Le 17 décembre, la Tribune ajoutait : " We could not " stand up for coercion, for subjugatlon'' because it ivould not be just. Ce journal, organe des républicains, fourmille de phrases du même genre. Thurlow Weed, de

XEvening Star d'Albany, le conseiller intime de Seward, exprime la même opinion. Quant au New- York Herald, alors comme aujourd'hui, très répandu aux Etats-Unis, il allait encore plus loin et mettait son immense publicité au service de l'idée séparatiste, posant en principe que, *' chaque Etat a le droit de briser le lien fédéral, tout '' comme une nation a celui de rompre un traité, et de '' repousser la coercition, ou une invasion." Wendell Philips, le féroce abolitionniste, s'écriait dans une assemblée publique, quelques jours avant la prise du fort Sumter : " Qui pourrait leur dénier le droit de se '' séparer, en face des principes de 1776 ? Abraham " Lincoln, ne saurait donner d'ordre à aucun soldat du " fort Sumter. Il n'y a plus d'Union. Jefferson Davis " est furieux ; Lincoln, enragé et ils veulent se battre. " Vous ne pouvez lever, dans le Massachusetts, des " soldats qui voudraient bombarder Charlestown, ou la " Nouvelle- Orléans." Enfin, le 10 avril, trois jours avant la première action, Seward, alors membre du cabinet, écrivait officiellement à M. Adams, le ministre américain à Londres : " Un gouvernement absolu et despotique, " peut seul subjuguer des membres mécontents etinsur- '' gés d'un Etat," Les esprits les plus éminents en étaient arrivés à ce point d'affolement, qu'ils justifiaient l'attitude des Sudistes, appuyés dans leur rébellion sur des raisons bien plus sérieuses que celles qui avaient provoqué la déclaration de l'Indépendance de 1776. C'était vrai, mais on ne s'attendait pas à trouver cet argument dans la bouche des républicains.

Au regard de cette défaillance momentanée du Nord, les chefs sécessionnistes exultaient et en prenaient acte pour rallier à leur cause la multitude encore hésitante,

car, on était loin au Sud d'accepter la mesure extrême qu'on lui proposait. Le tarif fédéral, tout à l'avantage de l'industrie de la Nouvelle- Angleterre, les tendances centralisatrices des républicains, si menaçantes pour l'autonomie des Etats, et par-dessus tout l'agitation antiesclavagiste exaspéraient, sans doute, la partie méridionale du pays ; mais le démembrement de l'Union répugnait encore à ses idées. Il fallait un coup de foudre pour fondre toutes ces hésitations et il ne tardera pas à éclater.

Entre l'élection d'un président, aux Etats-Unis, et son entrée en fonctions, il s'écoule un laps de temps (du mois de décembre au 4 mars) qui n'est pas toujours employé au point de vue des intérêts publics. C'est là, un des points faibles de l'exécutif américain. Dans la monarchie, cette espèce d'interrègne n'existe pas ; le mort saisit le vif sans qu'il y ait interruption, et la main de l'autorité ne cesse jamais de se faire sentir. Les chefs du Sud mirent à profit les quatre mois d'inaction ou de complicité du pouvoir pour prendre les devants et se préparer à une lutte probable.

Leur confédération existait de fait ; l'armée apprenait à connaître ses chefs et les ordres de JefFerson Davis étaient écoutés sur tous les points des six Etats confédérés, (la Virginie, la Caroline du Nord, le Tennessee et l'Arkansas n'en faisaient pas encore partie) et, dans toute l'étendue de la nouvelle république, le drapeau étoile ne flottait plus que sur le fort Sumter, petite île, située dans le port de Charlestown et d'où va partir le signal de la grande collision.

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