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PRÉFACE IX

démocratie, il arriverait à constituer une organisation sociale parfaite, telle que la rêvera Jean- Jacques Rousseau un siècle plus tard. Le désenchantement suivit de près cette erreur, qui ne fut pas plus grande que celle de lord Shaftesbury. Aux yeux de ce dernier, la Nouvelle-Angleterre avait trop sacrifié aux libertés populaires, et il lui parut que le régime féodal, implanté de toutes pièces dans les Carblines, réaliserait l'idéal en fait de système politique. Mais le grand modèle de son ami Locke, avec ses comtats et ses baronnies présidées par de grands seigneurs, n'était qu'une utopie de philosophe contre laquelle s'insurgea le sens pratique et indépendant des rudes colons qu'elle était appelée, dans l'esprit de ses auteurs, à rendre heureux. Ils firent comprendre à lord Shaftesbury que l'homme ne court pas volontairement à la servitude, lorsque s'offre à son choix l'alternative de vivre sous des institutions libres, comme il s'en trouvait dans toutes les autres colonies.

Du double échec de Roger Williams et de lord Shaftesbury et du succès de la Nouvelle-Angleterre, ressort la démonstration évidente que le meilleur gouvernement se trouve à mi-chemin entre ces deux extrêmes.

Un des traits les plus frappants de leur histoire que nous avons essayé, au cours de notre travail, de mettre en relief, c'est leur esprit d'indépendance vis-à-vis de la métropole et l'allure de nation presque libre qu'ils ne tardèrent pas à prendre. En 1643, les différents groupes de la Nouvelle-Angleterre forment entre eux une confédération qui dure vingt ans En 1745, ils se mettent en tête, sans consulter le gouvernement anglais, d'aller

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