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CHAPITRE XXXVII

Le général Grant, le vainqueur du Sud, désire ramener l'harmonie entre les deux grandes divisions géographiques du pays. — Les radicaux veulent continuer à opprimer le Sud. — Résultat de l'émancipation des nègres.— Etat actuel du Sud. — Grant est réélu en 1872. — Traité de Washington conclu sous son administration.

Ulysse S. Grant, le vainqueur de Lee, remplaça Johnson à la Maison Blanche. Il l'avait emporté par une immense majorité sur son concurrent, M. Seymour, de New- York. Ce militaire apportait à la suprême magistrature un esprit de modération qui lui fit honneur. C'est souvent chez le soldat que l'on rencontre, après les fureurs de la guerre, le plus de générosité pour les vaincus. Grant avait appris à respecter les Sudistes sur le champ de bataille, où leur courage fut poussé jusqu'à l'héroïsme, et, conquérant magnanime, il aurait voulu, s'il n'en avait été empêché par les politiciens, traiter comme des amis revenus d'une erreur les partisans de la ^' coMse perdue''

'' Let us hâve peace ", avait dit Grant aux républicains qui lui offraient la présidence ; c'était son mot d'ordre, sa devise peu conforme, il est vrai, aux idées de ses amis, qui entendaient bien exercer leur vengeance et encore plus exploiter le Sud, en le privant de ses droits jjolitiques pour perpétuer leur pouvoir. Le général

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désirait ouvrir l'ère de la pacification dont le pays avait tant besoin. Il se sentait pris d'une immense pitié pour les victimes de la guerre, sentiment qui découlait d'un esprit élevé. Les Etats à esclaves avaient voulu rompre l'Union ; mais les plus féroces partisans des doctrines centralisatrices pouvaient-ils, de bonne foi, leur en faire un reproche, dans l'état d'incertitude oii l'on avait vécu jusqu'à la guerre, sur le droit d'un Etat à reprendre cette indépendance dont il s'était dépouillé en 1787 ? L'Union avait-elle un caractère de perpétuité ? Les opinions étaient assez partagées sur ce point, même dans la Nouvelle-Angleterre, pour que celles du Sud ne fussent pas imputées à crime. Cette question ouvrait une large porte à la discussion, et une grande indulgence pour leurs adversaires, eût été le moins qu'il aurait été légitime d'exiger de la part des partisans de l'Union une et perpétuelle y surtout si l'on ne perd pas de vue le fait que les Etats-Unis avaient trouvé leur berceau dans une insurrection. Certains Etats s'étaient réservé, lors du pacte de 1787, le privilège de reprendre leur souveraineté, qu'ils n'auraient jamais aliénée avec la condition de perpétuité, tellement ils tenaient à leur indépendance. La sécession n'était, à leurs yeux, que l'acte d'un gouvernement qui rompt une alliance dont les obligations n'ont pas été remplies par une des parties contractantes. L'Union résultait d'un contrat entre les différents Etats traitant de puissance à puissance, ou bien elle dérivait de la volonté de tous les citoyens, sans tenir compte des autorités régionales, comme une émanation du suffrage universel. Si l'on adopte le dernier point de vue, les rebelles s'insurgeaient contre le vœu de la majorité, et le devoir de les mettre à la raison

incombait à Tautorité centrale. Les arguments se présentaient en foule aux avocats des droits des Etats pour soutenir la première hypothèse ; mais leur point faible a été de ne pas avoir la force des gros bataillons pour la faire valoir. Il est regrettable que la doctrine de l'autonomie des Etats, excellente en elle-même, ait été mise au service d'une aussi détestable cause que celle de l'esclavage, avec laquelle elle a sombré : cause qui ne valait pas les sacrifices d'hommes et d'argent qu'elle a coûtés.

Il ressort de tous les débats qui duraient depuis soixante ans qu'une révision de la constitution s'imposait, à l'époque de la guerre. Elle n'aurait certes pas dû être faite à coups de canon, avec l'argument suprême de la force. Cette révision par voie des armes a affirmé le principe de l'indissolubilité de l'Union, partout accepté aujourd'hui, et mis à néant une partie des States' rights. L'autonomie des Etats n'a plus ce caractère de souveraineté des premiers jours de la république. La devise E phirïbus mmm est devenue A h uno plitres. Le droit découle du centre, au lieu d'émaner des Etats. Le pouvoir concentré à Washington s'est substitué, pour ainsi dire, au gouvernement anglais, en qui résidait le principe d'autorité avant la révolution.

Si le Sud avait accepté la loi qui élevait l'homme de couleur au niveau du blanc, c'était avec la volonté bien arrêtée d'y faire échec per fas et nef as. Il lui avait bien fallu, pour retrouver ses droits politiques, passer par les fourches caudines préparées par les radicaux, mais avec l'arrière-pensée de reconquérir le pouvoir à son profit exclusif. Il se rencontre encore aujourd'hui des gens qui s'imaginent que les nègres, une fois leurs chaînes

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brisées, sont entrés de plein pied dans le domaine de toutes les félicités. Lorsque, chaque année, une troupe de comédiens jouent, sur les scènes de nos villes, YUnde Tom's cahin dramatisé, on entend des âmes naïves se dire heureuses parce qu'il n'y a plus de blood hounds lancés aux trousses des nègres fugitifs, plus de ventes de chair humaine, plus de dispersions des membres d'une même famille, mais des émancipés jouissant des bienfaits de la civilisation. Plût au Ciel qu'il en fût ainsi î Par malheur, l'œuvre de la réparation se fait plus lentement. Les misères engendrées par des siècles de servitude semblent parfois incurables, tellement elles sont lentes à se guérir. Hélas ! l'infortune n'a fait que changer de forme, et aujourd'hui, trente ans après la guerre, des partisans de Lincoln sont à se demander si l'émancipation a été un bienfait pour les noirs. Cette grande mesure de justice — si mal aj^pliquée— a nui aux propriétaires d'esclaves, sans que la liberté se soit montré fée bienfaisante pour ces derniers. La servitude n'était pas l'abominable régime décrit par Mme Stowe, qui a tenu surtout à en peindre les abus. L'intérêt, sinon l'humanité, obligeait le maître à ménager ses serviteurs comme des instruments précieux, indispensables, puisqu'il était alors admis que les blancs ne pouvaient supporter les travaux des plantations de cannes à sucre, de coton et de tabac. Groupés dans des cases autour de la maison du maître, contents de peu, ne s'inquiétant pas de l'avenir, les esclaves coulaient une existence qui n'était pas sans charmes pour eux. Leur ignorance leur faisait trouver le joug moins lourd, surtout lorsque la bonté des propriétaires— ce qui arrivait souvent — s'employait à adoucir leur sort. Il résultait de ces relations de maîtres à

serviteurs des liens d'attachement, et ce qui le prouve bien, c'est que, durant la guerre, lorsque tous les blancs étaient sous les armes, les nègres restés seuls sur les plantations avec les femmes et les enfants, n'ont pas profité de l'occasion pour les massacrer.

L'émancipation a donné l'essor à tous les défauts de la race noire qui ont pris le pas sur ses qualités, et son ignorance est restée la même ; l'idée qu'ils sont égaux aux blancs a inspiré aux nègres des prétentions absurdes, et la paresse, fonds de leur nature, les a plongés dans le vice, avec son cortège de crimes. Un ancien colonel de l'armée du Nord, établi en Géorgie, disait naguère à M. Paul Bourget, son hôte de passage : " Lorsqu'un noir a un " morceau de pain sur la planche, vous ne lui feriez pas " remuer un doigt." L'ambition des nègres a creusé un abîme entre eux et les blancs qui les méprisent comme race inférieure. Si les Uncle Tom ne sont plus exposés aux coups de fouet des Sam Legris, la loi de Lynch, les pendaisons sans forme de procès ne viennent que trop souvent leur rappeler qu'ils n'ont fait que changer de misères.

Loin de nous la pensée de vouloir justifier l'esclavage: la liberté n'est pas l'apanage exclusif d'une race ; mais encore faut-il être préparé à s'en servir. Pourquoi la tutelle de l'Etat imposée aux Indiens ne s'est -elle pas étendue aux émancipés, placés plus bas que ceux-ci dans l'échelle de l'intelligence et aussi réfractaires qu'eux à la civilisation ?

Une statistique porte à 175 le nombre de noirs accusés ou soupçonnés de crimes, jugés par la foule et exécutés sur place en 1895 sans autre forme de procès. Cette façon sommaire, barbare, de rendre la justice, a

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soulevé l'indignation des hommes de couleur de Chicago. A un congrès tenu dans cette ville, au mois de décembre 1895, ils y décidaient d'envoyer des armes à leurs frères des Etats du Sud.

Nous venons de voir un côté de la situation faite aux noirs par la liberté, mais il ne sera pas hors de propos, avant de continuer ce sujet, de résumer ici les différentes phases par lesquelles a passé aux Etats-Unis la question de l'esclavage, autour de laquelle la politique américaine a gravité durant soixante ans.

Tout d'abord se présente l'ordonnance de 1787 décrétant que la servitude ne sera pas permise du côté du Nord, au-delà de la ligne Dixon et Mason, c'est-à-dire la rivière Ohio et la frontière sud de la Pennsylvanie.

En 1790, une requête est présentée au congrès pour le prier d'abolir l'esclavage, et la chambre des représentants déclare, en opposant une fin de non-recevoir à cette demande, qu'aux Etats appartient le pouvoir de légiférer sur ce sujet.

Il n'en fut plus question à Washington que trente ans plus tard. En 1820, la demande du Missouri de faire partie de l'Union, comme Etat esclavagiste, fut accueillie par une violente opposition de la part de la représentation du Nord au Congrès, car ce territoire se trouvait en deçà de la ligne Mason et Dixon, au nord de la rivière Ohio. Il fut allégué, à l'encontre de cette objection, que le Missouri n'était qu'un démembrement de la Louisiane, admise dans l'Union comme pays de servitude et ne tombant point de ce fait sous le coup de l'ordonnance de 1787. En vertu du compromis accepté en 1821 par les partisans et les adversaires du travail libre, le Missouri entrait dans l'Union comme Etat à esclave, mais

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avec la condition que dans les territoires limitrophes, au nord et à l'ouest, il n'y aurait que des citoyens libres, quelle que fut la couleur de leur peau. La nouvelle ligne, qui séparait la terre franche de celle qui ne l'était pas, fut la latitude 36° 30', c'est-à-dire la frontière sud du Missouri.

Ce ne fut qu'en 1846, lors de l'annexion du Texas, que les hostilités reprirent de nouveau. Le Proviso Wilmot, accepté par le congrès, déclarait qu'à l'avenir la servitude serait exclue de tout territoire entrant dans l'Union.

Cette déclaration incorporée dans la loi était une dérogation au compromis du Missouri qui, prohibant l'esclavage au nord de la ligne 36° 30', le laissait facultatif ailleurs.

Le Sud était bien décidé de prendre sa revanche, tôt ou tard. L'affaire du Nebraska lui en fournira l'occasion En attendant, il dut accepter l'entrée dans l'Union de la Californie comme Etat libre, bien qu'une partie de son territoire fut au-dessous de la ligne 36° 30' ; c'était un nouvel accroc fait à la loi de 182L Mais le droit que le compromis de 1850 lui accordait de poursuivre les esclaves fugitifs jusque dans les Etats du Nord lui parut une compensation suffisante pour le présent.

Comme nous l'avons déjà dit, le parti démocratique avait pris l'esclavage et les droits des Etats sous sa protection et durant de longues années, il réussit à conserver le pouvoir entre les mains de ses chefs. Cette organisation politique recrutait ses forces au Sud, qui lui donnait son appui tout entier, tke solid South ; elle trouva dans les Etats du Nord et de l'Ouest un appoint qui lui permit, pendant cinquante ans, de tenir en échec les whÀgs, les frt^e soilers et les knotr-riothings, les abolitionnistes et les républicains.

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En 1859, les démocrates se crurent assez puissants, non seulement pour défaire le compromis du Missouri, mais pour aller bien au-delà et ouvrir tous les territoires de l'Ouest à la servitude, lors de leur entrée dans l'Union. C'est ce qu'édictait la loi passée cette année. La restriction de 1821 était rayée d'un trait de plume. Le Sud vit dans ce fait une grande victoire, mais c'étaient les préliminaires d'une grande guerre qu'on avait posés.

La proclamation du 1er janvier 1863, qui appelait à la vie politique quatre millions de nègres, fut la dernière de la longue série de mesures élaborées, soit pour ajourner des difficultés créées par les divergences d'opinions sur cette question, soit pour régler d'une façon définitive. Il s'agit de savoir maintenant quels services la liberté a rendus aux esclaves.

Cette libération subite des esclaves fut un triste legs pour tout le pays. A la question de la servitude a succédé une question sociale, qui pose un redoutable problème d'une solution difficile. Elle a mis en présence deux populations presque égales en nombre dans plusieurs Etats. Les deux races condamnées à vivre côte à côte soni, moralement plus éloignées l'une de l'autre qu'à l'époque de la Sécession. Inutile de songer à un rappro- (Cliement, à une fusion : les unions libres contractées jadis entre blancs et noirs ne se voient que rarement de nos jours ; il n'y a pas de point de contact, même dans les couches les plus basses des deux sociétés. D'un côté, le sentiment de la supériorité intellectuelle, le mépris pour des êtres réputés inférieurs ; de l'autre, la cupidité, le vice bas, l'ignorance et la superstition, se dressent comme une double muraille entre des ennemis irréconciliables. C'est à ces infimes noirs que les républicains avaient

remis rinfliieiice politique après la guerre. On imagine ce que fut leur règne : le grotesque y coudoyait l'absurde ; l'extravagance, la folie. C'est pour y mettre fin que les anciens confédérés acceptèrent les humiliations que les radicaux leur avaient ménagées. Une fois remis en possession de leurs droits, les blancs eurent bientôt fait de reprendre leur ancienne domination et de pousser les protégés des radicaux à l'arrière-plan. On les vit recourir à toutes espèces de ruses et de fraudes pour resaisir le pouvoir. C'est ainsi qu'aux élections, les blancs bourraient les boîtes au scrutin de faux bulletins. Comme l'esprit superstitieux des noirs est très accessible au merveilleux, on ne manqua pas d'agir sur ces natures primitives. Des sociétés secrètes, affublées du nom bizarre de Ku-kluxklan (du grec kuMos, cercle), les menaçaient durant la nuit, au moyen d'apparitions regardées comme surnaturelles par les noirs, des vengeances des farfadets, des gnomes, s'ils osaient soutenir les républicains. Les exploits de ces organisations, qui ont terrorisé les anciens esclaves, constituent une curieuse page de l'histoire des Etats-Unis. En 1868, un acte du congrès, sanctionné par Grant, prononça la dissolution de ces sociétés auxquelles l'autorité fit une guerre acharnée.

Le singulier état de choses que présente le Sud ne préoccupe guère nos voisins. Ils repoussent, comme une obsession, la pensée des dangers qu'il comporte, tout comme leurs ancêtres ont ajourné, en 1789, la solution de la question de l'esclavage. De temps à autre, un esprit sérieux jette un cri d'alarme qui reste souvent sans écho. Le professeur Gilliam a traité ce sujet dans la North Amerwan Review^ et le juge Tourgee a écrit un

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volume pour mettre le problème sous les yeux du général Grant. ^^^ Ni l'un ni l'autre n'ont réussi à saisir sérieusement l'opinion publique de ce sujet. Le président Garfield paraît avoir voulu attirer l'attention sur les dangers de la situation, lorsqu'il disait, dans son message au congrès (1881) : ''Le danger qui découle de l'igno- " rance du votant ne peut être contesté. Nous ne '' saurions mesurer l'étendue des périls que peuvent nous " attirer l'ignorance et le. vice, ajoutés à la corruption et

''à la fraude, dans le suffrage universel Si les

" générations à venir héritent du droit de suffrage aveu- *' glé par le manque de connaissances et corrompu par " le vice, la chute de la république sera inévitable." On pourrait trouver Garfield un peu trop alarmiste, ou bien il assombrissait la situation à dessein, afin d'engager le congrès à parer à de dangereuses éventualités.

Pour compléter cette peinture de l'état des noirs dans le Sud, nous citerons un extrait d'un rapport consulaire belge (1895) fait sur place et par un homme sans préjugé :

" Le Sud compte près de 8 millions de nègres, et le recensement constate une augmentation de 14 p. 100 pendant la dernière période décennale, tandis que l'augmentation de la population blanche est de 24.70 p. 100. Quoiqu'en théorie le nègre soit sur un pied de parfaite égalité avec les blancs, en pratique il est loin d'en être ainsi. C'est une race inférieure, considérée et traitée comme telle. Le nègre est exclu de tout contact social avec le blanc, même le plus humble. Malgré les efforts de quelques

(1) An appeal io Cœsar.

philanthropes généreux, la race noire est restée jusqu'ici dans un avilissement intellectuel et moral qu'il faudra longtemps pour modifier. Les nègres forment la classe ouvrière la plus basse et ne s'élèvent pas aux professions libérales. Les conditions d'ostracisme dans lesquelles ils sont tenus expliquent la répugnance des ouvriers blancs à venir travailler dans ces régions où les industriels les demandent et les attirent. Quoique blancs, ils n'appartiennent pas à la classe des maîtres et souffrent d'être confondus avec ces hordes noires qu'ils voient traitées avec tant de mépris. Les nègres ne sont admis nulle part avec les blancs, quel que puisse être leur degré de culture et d'éducation : ils ont leurs écoles, leurs églises, leurs théâtres, leurs hôtels ; dans les chemins de fer il y a partout des salles d'attente et des compartiments spéciaux pour les gens de couleur. Quelques-uns d'entre eux sont arrivés à être élus dans les Parlements d'Etats et y occupent un siège officiel ; mais dès qu'ils sortent de là ils doivent rentrer avec les leurs et aucun de leurs collègues du parlement ne se montrerait avec eux en public. Cette division sociale, au lieu de disparaître, ne fait qu'augmenter. Cet ostracisme de plu3 de 8 millions de citoyens, proclamés égaux devant la loi, est considéré par les gens les plus sensés du Sud comme une nécessité, mais il a quelque chose de si humiliant qu'il doit provoquer un jour une réaction formidable qui couve déjà partout et qui est la raison pour laquelle le nègre, cherchant une issue à la situation, pense émigrer."

Instruire les nègres n'est pas une tâche facile, et d'aucuns prétendent que l'instruction accentuerait davantage leur haine pour les blancs. On a proposé de les trans-

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porter en Afrique, projet qui n'a pas été du goût de ces ambitieux citoyens We are AmericanSjîiot Africans,'' ont-ils répondu à ceux qui leur offraient l'hospitalité du continent noir. De quelque côté qu'on l'envisage, la situation est grosse de difficultés pour l'avenir.

Le régime de compression à outrance imaginé par les républicains pour tenir le Sud sous leurs pieds, finit par provoquer une réaction au sein de leur parti. Il était temps d'en finir ; la persécution avait assez duré. La pitié et la justice devaient prévaloir enfin contre la vengeance. Horace Greeley. qui, après la guerre, avait prêché la croisade contre les vaincus, dirigeait maintenant les républicains revenus à des sentiments plus humains. Il fut choisi comme candidat des modérés aux élections présidentielles de 1872 ; mais le prestige du restaurateur de l'Union était trop considérable, et il sortit vainqueur de la lutte. Les démocrates se sentant trop faibles pour faire la guerre à Grant, s'étaient sagement abstenus de mettre un candidat sur les rangs. L'attitude de Greeley, malgré son échec, ne contribua pas peu à provoquer chez ses amis politiques une réaction favorable au Sud.

La seconde administration de Grant ne fut marquée par aucun événement saillant. Notons seulement, comme fait dt seconde importance, la crise financière de 1873, provoquée par des spéculations excessives et une mesure dangereuse du congrès. Il avait été statué, à la session de 1872, que la monnaie d'argent ne serait plus une valeur légale pour tous les paiements faits à l'Etat au-dessus de cinq dollars. Cette loi importante, faite à la demande de quelques agioteurs tout-puissants, avait été glissée subrepticement dans les Statuts révisés.

C'était une atteinte sérieuse portée au régime financier américain, qui; basé sur le bi-métallisme, admettait le double étalon d'or et d'argent. Il s'en suivit de grandes perturbations dans le monde des affaires. Ce n'est qu'en 1878 que le silver dollar reprit sa valeur ordinaire.

C'est sous l'administration de Grant que fut conclu (1871) le traité de Washington qui réglait les difficultés pendantes entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Ceux-ci tenaient le cabinet de Saint-James, responsable des pertes que les corsaires confédérés, VAlabama et le S/ienandooh, avaient fait subir au commerce américain car ces navires équipés dans des ports anglais, s'y étaient aussi réfugiés, à plusieurs reprises, contrairement au droit international. Il s'agissait aussi de régler la question des pêcheries sur la côte est de l'Amérique du Nord.

En vertu de cette importante convention, la libre navigation du fleuve Saint-Laurent depuis son embouchure jusqu'au point initial de son cours navigable, fut accordé- aux Américains, qui en échange de ce privilège cédèrent aux Canadiens le droit de se servir des rivières Yukon, Stikine, et Porcupine dans l'Alaska. Les pêcheurs des deux pays reçurent le droit de pêcher le long des côtes des Etats-Unis et du Canada. La question des dommages causés par les corsaires confédérés fut laissée à la décision d'une commission, (celle de Genève), qui fixa à 15 millions de dollars les dommagesintérêts que la Grande-Bretage devait payer aux Etats- Unis.

Sir John A. MacDonald alors premier ministre du Canada, prit part aux négociations du traité de Washington.

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La perspective d'une troisième installation à la Maison Blanche souriait beaucoup à Grant ; mais il parut à un bon nombre de ses amis que ce serait créer un précédent fâcheux et qu'il serait plus sage de s'en tenir à l'exemple donné par les premiers présidents de la république.

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