CHAPITRE XXXVIII
Hayes (1877-81) remplace Grant. — Les partisans de Tilden, son concurrent, contestent la validité de son élection. — Commencement des grandes grèves aux Etats-Unis. — Le traité de Washington. — Garfield élu président (1881-1885). — Assassiné par Guiteau. — Chester Arthur le remplace.— L'élection présidentielle de 1884 donne la magistrature suprême à Grover Cleveland. — 11 combat le protectionnisme exagéré des Etats-Unis.— Il exerce son droit de veto 147 fois durant les quatre années de sa présidence. Cleveland est battu aux élections de 1888 par Harrison, — Le parti protectionniste fait adopter par le sénat le tarif Mackinley, qui élève les droits sur les marchandises étrangères importées aux Etats-Unis. Réaction contre cette loi et élection de Cleveland aux élections de 1892.
Il ne nous reste plus, avant de toucher au terme de notre travail, qu'à résumer sommairement les événements très peu importants au point de vue des grandes lignes de l'histoire, qui ont rempli les quatre dernières présidences, et à dire un mot de la question de l'instruction publique et des Indiens des Etats-Unis.
Hayes préféré à Grant à la convention républicaine de Chicago en 1876, défait son concurrent ïilden, le porte-drapeau des démocrates. Durant plusieurs mois après la réunion du collège électoral, l'élection était restée en suspens. Dans trois Etats, la Caroline, la Louisiane et la Géorgie, deux rapports avaient été présentés sur le résultat du scrutin ; l'un donnait la majo- 'rité à Tilden et l'autre à Hayes. Le soin de trancher
la question fut remis à une commission composée de membres du congrès et de juges de la cour suprême. Ces commissaires, au nombre de quinze, se séparèrent en deux camps, selon leurs convictions politiques, c'està-dire que huit républicains se rangèrent du côté de Hayes et les sept démocrates, de celui de Tilden.
C'est sous l'administration du successeur de Grant que l'on voit surgir les premiers troubles sérieux entre le travail et le capital, aux Etats-Unis. En 1877, vingt mille ouvriers, employés du chemin de fer Baltimore é Ohio, se mettent en grève et se signalent par des scènes de désordres terribles. Maîtres de la ville de Pittsburg pendant deux jours, ils détruisent 125 locomotives et 2,500 voitures. Ce n'est qu'avec peine, que l'ordre est rétabli par la milice. Les villes de Chicago et de Saint- Louis sont aussi, vers la même époque, le théâtre de .(grèves formidables.
La commission qui, en vertu du traité de Washington, devait régler les difficultés pendantes entre le Canada et les Etats-Unis au sujet des pêcheries du golfe Saint- Laurent, siège à Halifax en 1878. I^a sentence arbitrale de ce tribunal donne aux Américains le droit de pêche dans les eaux ca.nadiennes, et en échange de ce privilège, une indemnité de cinq millions de dollars payable par les États-Unis est accordée au Canada.
Hayes, dès le début de son administration, s'inspirant des idées de conciliation du général Grant, retire les troupes fédérales stationnées dans le Sud à la suite de la guerre, au grand contentement des ex-confédérés.
Le général Garfield lui succède (1881), et quelques mois après son entrée à la Maison Blanche, la balle d'un assassin, du nom de Guiteau, coupe court à sa carrière.
Il est remplacé par Chester Arthur le vice-président. L'adoption de deux lois importantes (1882) marque son administration. L'une dirigée contre les Mormons, établis dans le territoire de l'Utali, proscrit la polygamie, et l'autre oppose une digue à l'immigration chinoise. Mentionnons aussi l'acte du service civil de 1883, qui a pour but d'assurer la permanence des employés administratifs, et de mettre fin au spoil System, inventé par Jackson.
En 1885, Grover Cleveland arrive à la présidence, à la grande joie du parti démocrate exclu du pouvoir depuis vingt-quatre ans. Le nouvel élu est partisan du libreéchange modéré ; avec l'appui de la députation des Etats du Sud au congrès, il s'efforce de faire prévaloir ses idées en économie politique. Mais trop de ses partisans sont inféodés au protectionnisme pour qu'il puisse réussir. Il n'en fait pas moins la lutte aux monopoles de toutes sortes, tente d'arrêter la corruption au sein du congrès, et durant son administration ne frappe pas moins de 147 lois de son veto, qui est soutenu le plus souvent. Harrison le défait à l'élection de 1888, et c'est sous l'égide de ce dernier que les protectionnistes font adopter le tarif Mckinley (1890-91), la mesure la plus anti libre-échangiste que les Etats-Unis eussent encore vue. Les radicaux, voulant reconquérir une partie de leur influence dans les Etats du Sud, présentent un bill électoral qui a pour but de gêner le suffrage des blancs au profit des noirs. La chambre des représentants adopte le Force MU (c'est le surnom donné à cette mesure) que le sénat, heureusement, refuse de sanctionner.