‹ Les États-UnisChapitre 58 sur 64 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

i^uelques notes sur la période préhistorique des Etats-Unis. — Les Mound huilders^ les Cliff dicellers, les Pueblos. — Etat actuel des Indiens.

L'immense région sur laquelle s'étend aujourd'hui le pouvoir des Etats-Unis avait vu, avant l'arrivée des Européens, plusieurs couches successives de races sauvages dont le souvenir même s'était effacé chez les Indiens en possession du sol, lors de la découverte du continent américain. L'étude des vestiges de leur œuvre est du plus haut intérêt, captivant comme toutes les recherches qui ouvrent la porte aux hypothèses les plus variées, et fait croire à l'archéologue que ces premiers habitants du nouveau monde avaient atteint un certain degré de civilisation.

Dans la vallée du Mississipi, se rencontrent un grand nombre des tertres élevés de main d'homme par une race qu'on ne saurait rattacher à aucune tribu connue dans l'histoire ; on s'est contenté de désigner les auteurs de ces constructions sous le nom de Mound builders, constructeurs de tertres. A quoi servaient ces amas de terres ? On a conjecturé durant longtemps que c'étaient des tertres funéraires, mais on n'y trouve point de sépultures et cette hypothèse a dû être mise de côté et

le mystère a rei)ris son obscurité. Ces moimds affectent les formes les plus variées, surtout celles des animaux, du serpent, du lézard ; d'autres représentent une grenouille, un ours, un oiseau, un caïman. Un des plus célèbres est celui du serpent, situé sur le sommet d'une colline dans l'Oliio. Il s'étend sur une longueur de 600 pieds, décrivant une ondulation qui l'allonge encore. 8a hauteur est d'environ cinq pieds. A Gran ville (Oliio) on rencontre V Alligator moimcl ; la tête, le corps, la queue recourbée de Tanimal se dessinent visiblement. A Pewakee, c'est un groupe de sept tortues et de deux lézards qui offre aux interrogations du voyageur ses mystérieux et obscurs symboles, objets de respect et de vénération pour le sauvage de nos jours, mais dont le sens lui reste caché.

Il existe encore, outre ces tertres, des vestiges de fortifications ; ces ouvrages défensifs occupent des points élevés : le mur du camp de Bourneville a presque trois pieds de hauteur. On cite aussi celui de Clark qui couvre une superficie de 40 acres. A Newark, c'est autre chose : " On trouve là, dit un voyageur qui a visité le pays, toute une série de travaux de forme géométrique, un octogone, un carré, deux cercles, des murs parallèles ; à Aztalan, dans le Wisconsin, on voit les restes d'une ville fortifiée. En dedans du mur d'enceinte en terre, renforcé à intervalles par des tertres, et dont la matière a été en maints endroits calcinée, on aperçoit une sorte de pyramide, des remblais, des excavations où pouvait se réfugier pendant quelque temps une population assez nombreuse. Enfin il y avait des tertres à sacrifices formés de couches superposées de granit, terre et sable, recouvrant un autel fait d'argile et de pierre où

l'on a remarqué des cendres et du bois carbonisé, mais dont le but exact échappe au curieux. Y faisait-on périr dans le feu les ennemis vaincus, ou des victimes choisies d'avance ? Etaient-ce des bûchers oii l'on brûlait les morts? On ne sait."

Que le canibaUsme ait existé chez les sauvages, tout le ftiit présumer. On sait parfaitement que les festins de chair humaine ne répugnaient nullement à nos Indiens du Canada. Les Mouncl huilders ne connaissaient pas le fer ; on a trouvé dans leurs demeures de nombreux outils et ustensiles de cuivre, mais l'art de fondre ce métal leur était inconnu ; ils ne le traçai liaient qu'au marteau.

Non moins curieuses sont les Clif divellings de rUtah, du Colorado et de l'Arizona : édifices en pierre, tours, palais, placés à l'intérieur de cavernes immenses, nichées au sommet des falaises et des rochers, et qui n'étaient accessibles qu'au moyen d'échelles.

Ces habitations de falaises, élevées souvent de quatre étages, étaient construites en pierre et en bois, et servaient de refuge à la population environnante en cas d'attaques d'ennemis redoutables. Il est présumable qu'elles étaient habitées par des tribus pacifiques, en butte aux incursions de peuplades belliqueuses. On estime que certaines de ces habitations, comme celle du eanion Mancos, pouvaient loger jusqu'à 1200 personnes. Le cliff Canion (Colorado) montre un grand nombre de ces maisons " juchées à mi-falaises, en apparence inaccessibles, comme des nids d'hirondelles accrochés dans les fentes horizontales du rocher."

'' Les habitants des falaises," dit de Varigny,à qui nous empruntons une partie de ces descriptions, "étaient d'ex-

cellents architectes : leurs maisons, tours, châteaux, comprenant parfois deux ou trois étages ou plus encore, étaient subdivisés en nombre de pièces ayant plancher en bois et âtre au centre, caves pour les grains, niches pour conserver les momies, balcons sur la vallée. Ils vivaient de produits agricoles principalement, et avaient imaginé des aqueducs et réservoirs, bien nécessaires dans les régions sèches ; on a trouvé les ruines des ouvrages d'irrigation considérables. Ils fabriquaient des ustensiles de toutes formes, des mortiers, des cuillères, des ornements de toutes espèces, ou outils en pierre, en bois, en os." Toutes leurs habitations paraissent avoir été abandonnées subitement à une époque déjà très reculée, sans qu'il soit possible d'expliquer la cause de leur désertion.

Il existe encore, dans la région sud des Etats-Unis, des tribus sauvages plus avancées que ne le sont les Indiens du Nord : ce sont surtout les Zunis, les ïaos, et les Taltos du Nouveau-Mexique et les Moquis de l'Arizona. D'aucuns les regardent comme les descendants des Clif dwellêrs ; d'autres sont portés à croire qu'ils appartiennent à la famille des Astèques. Nous voulons parler des Indiens puéblos. <^^ Ceux-ci vivent en agglomérations dans de vastes édifices selon un plan communistique ; on dirait une sorte de phalanstère tel que le rêvaient Fourrier et Saint-Simon. On ne compte pas moins de dix-neuf de ces puéblos où loge une population d'environ 7,000 âmes.

A côté des habitations actuelles, se trouvent les ruines des anciens puéblos. On a pu, à force d'études, se

(1) De l'espagnol Puéblo, village.

faire une idée assez exacte de leur étendue et de leur construction. C'étaient d'immenses édifices en état d'abriter de 1,000 à 3,000 personnes. La préoccupation de se défendre contre un ennemi féroce apparaît là comme chez les habitants des falaises.

COUPE VERTlCAlvE D'UN PUEBI^O REvSTAURE.

Le rez-de-chaussé du puéblo ancien ne laisse voir aucune ouverture. On y pénétrait par le premier étage au moyen d'échelles qu'on retirait ensuite. Ce premier étage était moins large et moins profond que le rez-dechaussé dont le plancher supérieur servait de base à une cour commune à tout l'établissement. Le second étage était encore moins profond que celui qui était au-dessous, et ainsi de suite jusqu'au cinquième et dernier, en sorte que l'ensemble figurait un amphithéâtre dont les gradins auraient été d'immenses terraces sur lesquelles s'ouvraient les logements des différentes familles.

Il n'entre pas dans notre plan de discuter la question de l'origine des sauvages de l'Amérique ; qu'il nous suf-

ftse de noter l'opinion la plus probable qui veut que le Nouveau-Monde ait été peuplé par des migrations venues de l'Asie ; elles auraient traversé le détroit de Behring où ramoncellement des glaces offre une voie praticable durant quelques semaines de l'hiver. D'aucuns sont même d'avis qu'à une époque très reculée un isthme soudait l'Asie à l'Amérique. L'anthropologie a relevé des traits communs entre les crânes des Mongols et ceux des sauvages américains. Ceux-ci appartenaient d'après les mêmes autorités à la race algique, à l'exception des Esquimaux.

Au Nord, se trouvaient les Algonquins, les Iroquois ou les Cinq nations connues sous le nom de Mohawks, Onéidas, Onondagas, Cayugas et Sénécas. Vers 1713, les Tuscaroras de la Caroline vinrent se joindre aux Iroquois et formèrent les Six Nations.

Les Indiens du Sud appartenaient à la famille des Muskogees dont les groupes les plus importants étaient les Creeks, Chickasaws, Choctaws, et les Séminoles, les Lenni-Lenape ou Delawares, dont les Mohicans formaient partie, les Sioux et les Pawnees. L'annexion des territoires enlevés au Mexique ou achetés à la France et à l'Espagne, a placé dans la confédération américaine les Zuni, les Moquis, dont il a été question plus haut, et les Natchez.

L'état actuel de l'indien aux Etats-Unis est celui d'une race luttant contre l'extinction qui la menace depuis deux siècles. Dès son premier contact avec l'Européen au dix-septième siècle, il a battu en retraite vers l'intérieur, sans cesse refoulé par la marche envahissante des puritains et des colons anglais en général.

Ce n'est ni la justice, ni l'équité, ni les moindres

notions d'humanité qui ont caractérisé les rapports des ancêtres des Américains avec les sauvages. Sous prétexte qu'ils étaient réfractaires à la civilisation, les différents groupes de la Nouvelle -Angleterre et de la Virginie leur firent une guerre acharnée. On les vit user de tous les moyens pour faire disparaître les aborigènes : tantôt traqués comme des bêtes fauves, tantôt poussés les uns contre les autres dans des luttes où ils s'entr'égorgèrent, ils allaient de tous côtés vers la destruction de leur race. C'est l'extermination du sauvage que le puritain visait, non son entrée dans la civilisation. ^^^

Que les Anglo-américains aient réduit les Indiens en esclavage, le fait est bien établi ; tous les écrivains l'attestent et c'est le trait le plus odieux de leur politique à l'égard des aborigènes. Les condamner à la servitude c'était les vouer à la mort, car les chaînes de l'esclave leur étaient beaucoup plus lourdes qu'au nègre : avant peu de temps on voyait dépérir et s'éteindre le rude homme de la forêt, ennemi de toute contrainte, habitué à respirer l'air libre des espaces sans bornes.

Dès que le but de la politique anglaise apparût évident aux plus éclairés des aborigènes, l'instinct de la conservation les fit se ruer contre leurs persécuteurs. La lutte fut courte mais terrible et coûta des torrents de sang. La première prise d'armes sérieuse eut lieu en 1637. La nation des Péquots se précipite sur les colons de la région de Boston, mais grâce à l'appui d'autres tribus sauvages, les puritains ont assez facilement raison de leurs malheureux et faibles agresseurs. La paix

(1) Thèse american wars tended always to the extermination of tbe savages ; and this work is going on still, vvhenever war is resuraed, Robert. P. Howison. History of the United States.

règne ensuite pendant nombre d'années, mais l'inquiétude, l'anxiété sur leur avenir dévorent les Indiens et finissent par leur mettre les armes à la main. En 1675, éclate la plus formidable insurrection que les colons anglais aient eue à maîtriser. Elle est connue sous le nom de la guerre du roi Philippe. Ce chef était le fils d'un ancien et fidèle allié, et il avait fini par voir avec appréhension la puissance sans cesse grandissante des nouveaux venus.

Il avait sans doute compris qu'il fallait écraser au plus tôt l'invasion européenne pour sauver sa race de la mort. Rallier à sa cause les tribus du Connecticut et les Narragansetts qui avaient jadis aidé à la ruine des Péquots, fut le premier soin du roi Philippe qui, doué d'une grande intelligence, semble avoir eu une claire vision de l'avenir réservé aux siens. Cette tentative suprême des Indiens pour reconquérir l'héritage de leurs ancêtres, aboutit à un désastre. L'un après l'autre ces malheureux succombèrent. Philippe périt les armes à la main. Son héritier, le petit-fils de Massassoit qui avait rendu tant de services aux puritains, aux premiers jours de la colonie de Plymouth, ne put toucher le cœur de ses impitoyables vainqueurs qui le vendirent comme esclave. ^^^

De la défaite de Philippe date la soumission des sauvages de la Nouvelle- Angleterre. L'heure de la fin d'une nation avait sonné, et l'histoire ne peut enregistrer ce fait sans un sentiment de tristesse, surtout aujourd'hui qu'elle a tout à fait disparu et ne vit plus que comme

(1) R. Howison dit à ce sujet : " Nothing in ail the unhappy and inconsistent history of the Puritains and their descendants on the subject of slaveiy, lias lefc a deeper stain than this event."

souvenir. La mort avait décimé les Indiens ; une centaine de Narragansetts à peine survécurent à la lutte. De toutes les tribus sauvages du pays, seuls les Mohawks s'étaient rangés du côté des Anglais et leur restèrent avec les autres Iroquois à jamais fidèles, surtout dans leurs guerres contre les Français.

En devenant maîtres de leur destinée, les Américains n'ont pas modifié la politique de leurs ancêtres à l'égard des Indiens. Ils ont perfectionné les anciennes méthodes d'extermination en se conformant à leur maxime favorite : *' The only good Indians are the dead Indians.''

A mesure que la frontière de la civilisation reculait vers l'Ouest, les aborigènes refoulés tentaient un semblant de résistance, rarement bien sérieuse. Le levée de boucliers de Pontiac (1764) qui, après la chute de la puissance française au Canada, avait réussi à organiser contre les vainqueurs une coalition formidable des tribus de l'ouest, fut le suprême effort des Indiens contre l'étranger. Depuis cette époque, il n'y a eu que des soulèvements partiels répétés, suivis de répressions terribles. C'est une besogne toujours à recommencer. Telle a été la situation depuis cent ans ; la petite guerre à l'état chronique, au point de rencontre des blancs et des Peaux Rouges.

L'humanité a rarement eu son mot à dire dans les conseils du cabinet de Washington en ce qui regarde les Indiens, cependant, en 1873, on a semblé leur rendre un commencement de justice. Une vaste con-

trée a été mise à part pour leur usage exclusif, et dans cet Indian Territorif ont été parquées les cinq tribus des Oherokees, Creeks, Séminoles, Choctaws et Chickasas. Cette réserve est située entre le Kansas, le Texas et l'Arkansas. Sa superficie est de 25,000 milles carrés. Il y a, en outre, un certain nombre de colonies du même genre, mais bien moins considérables.

La loi américaine regarde les Indiens comme des mineurs et les place sous la direction d'un bureau, Y Indian Office, qui leur distribue des provisions et des vêtements, par les mains d'un certain nombre d'agents. Ceux-ci ont souvent commis des abus de confiance au dépens des pupilles du gouvernement. Une réserve sauvage vaut souvent plus qu'une mine d'or à exploiter, pour les créatures politiques. On a vu des employés, préposés à la garde des Indiens, retirer durant plusieurs années des provisions pour 3,000 personnes, lorsque la réserve ne contenait en réalité que la moitié de ce nombre. ^^^

Si l'on en croit les rapports officiels, les habitants de X Indian Territory sont civilisés. L'agriculture est en honneur chez eux ; les écoles qu'on a fondées dans la réserve sont fréquentées par une foule d'enfants. Selon

(1) Un homme important des Etats-Unis, qui fut un jour gouverneur de l'Etat de New- York, s'exprime comme suit relativement à la façon dont les Indiens sont traités par les Américains :

" Every human being born upon our continent, or who comes hère f rom any quarter of the world, whether savage or civllized, can go to our courts for protection — except those who belong to the tribes who once owned this country. The cannibals from the islands of the Pacific, the worse criminals from Europe, Asia or Africa, can appeal to the laws and courts for their riglits of person and property — ail save our native Indians, who above ail, should be protected from wrong. — Governor Horatio SeyTïiour."

le dernier recensement des Etats-Unis, ils seraient comparativement riches.

Mais les apparences sont trompeuses et les dénonciations de quelques Américains sont venues donner un éclatant démenti aux publications officielles. Il parait que non-seulement les " réserves sauvages " servent de prétextes à toutes espèces de concussions, mais que " rindian Territory " cache, sous le couvert d'un acte de justice tardive, la plus affreuse perfidie possible, pratiquée au détriment des sauvages. La spéculation s'est glissée au travers des mailles trop larges de la loi, pour dépouiller les aborigènes de leur propriété. Voici comment l'on a opéré. Chaque tribu possède un gouvernement autonome, mais comme le pauvre diable de Peau- Rouge ne sait guère se servir d'un instrument aussi compliqué, il a dû recourir aux lumières — offertes avec complaisance— des blancs qui ont tout arrangé à leur guise. La loi du congrès déclare que seuls les Indiens auront droit de posséder des terres dans ce territoire. Comment éluder cette volonté précise de l'autorité ? Rien de plus simple, comme on va le voir. Il a été décidé par les législatures des Chickasas et des Creeks, contrôlées par de fins Yankees, que dans le cas du mariage d'une femme sauvage avec un blanc, ce dernier deviendrait membre de la tribu à laquelle il doit sa compagne. Il a suffi de cette loi pour changer la situation du territoire et faire passer les quatre-cinquièmes de la propriété entre les mains des étrangers, dont le nombre est aujourd'hui supérieur à celui des " protégés " du congrès. •^^

(1) In such appropriation, the white man who has become an " Indian ", iiierely by intermarriage, has taken the land until at the

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Le rester de la population, en dehors du territoire indien et des réserves, est éparpillé dans différents Etats : 8,000 dans les puéblos du Nouveau-Mexique et de l'Arizona ; environ 5,000 sur différents points de l'Etat de New-York, descendants des Six-Nations La Caroline du Nord en compte un peu plus de 2,000. Les Six-Nations démentent l'opinion que le sauvage est absolument réfractaire à tout progrès. Elles vivent aujourd'hui de la vie des blancs. On note un adoucissement même chez les féroces Sioux. Il n'y a que les Apaches, les Utes, les Pieds-Noirs, les Corbeaux, les Commanches, les Cheyennes, et les Arapahoes qui soient restés en dehors de la civilisation. Ils pillent, massacrent, comme au bon vieux temps de leurs ancêtres, chaque fois que l'occasion s'en présente.

Avant de clore ce chapitre, qu'il nous soit permis de faire remarquer, après bien des historiens, la conduite si humaine des Français à l'égard des sauvages

présent time, it may be said with approximate accuracy that less than five hundred Indian citizens, a large proportion of whom hâve net a drop of indian blood in their veins, hâve secured and occupy nine-tenths of the agricultural and grazing land of the country.

Some of the holdings thiis secured by white " Indian " citizens exceed 100,000 acres in extent. In the Creek nation, sixty one persons liave thus appropriated and hold 1,237,000 acres of land, practically ail the valuable arable and grazing land belonging to the nation.

The share of the common Indian has been as truly stolen from him as if lie had been driven ofï the land by the white man. Problems in the Indian territory, by Senator Orville Platt, of Connecticiit. North Avierican Revieiv, Feb. 1895. Voir aussi sur ce sujet H. Jackson : A century of diahonoicr.

de r Amérique, contrastant avec la férocité des Espagnols et la politique intéressée, parfois cruelle, des Anglais vis-à-vis les premiers habitants du nouveau monde.

Traiter ces races inférieures avec bonté, gagner leur confiance et leur amitié, les civiliser en faisant pénétrer dans leur intelligence la lumière du christianisme : telle fut toujours la ligne de conduite des Français. Malgré les fautes commises par les traitants, on n'aperçoit pas dans la Nouvelle-France cette exploitation systématique qui déshonora les spoliateurs du Mexique et du Pérou et les puritains de la Nouvelle- Angleterre.

Malgré la distance qui sépare le blanc du Peau- Kouge, le Français en fait son ami, le compagnon de ses courses, et cette confraternité le conduit jusqu'au mariage avec la femme indigène. Même le hautain Frontenac quitte sa morgue pour prendre part à leur danse nationale. ^^^ Tant de condescendance gagne le cœur de l'aborigène et le prestige du nom français " sert de saufconduit au coureur de bois, au milieu des peuplades sauvages à travers l'immensité de l'Ouest et du Sud, tandis que le puritain, odieux aux enfants de la forêt, n'ose pas se risquer isolé en dehors de sa demeure.

Que dire du missionnaire qui, malgré d'invincibles répugnances, suit les sauvages dans la solitude, tandis que le seul Bostonnais qui se soit consacré à leur conversion, Eliot, restait tranquillement dans sa maison de lioxbury, faisant du dévouement à distance. Ni Eliot, ni ses aides n'ont partagé comme les Brébeuf, les Jogues, les misères de la vie errante de l'homme

(1) "Je leur mis inoy-mêitie la hache à la main pour m'accomoder à leur façon de faire," dit Frontenac.

des bois, logé dans son wigwani enfumé, repoussant de malpropreté, couru à travers les forêts, affronté la pénible navigation des lacs et des rivières, subi le contact continuel d'un barbare à l'intelligence bornée. <i>

Le regard fixé sur la croix, ils s'imposent ces sacrifices (|ui font les saints, afin de gagner des âmes au ciel et des amis à la France. Deux pensées les dominent sans cesse ; celle des récompenses de la vie future, et celle de la grandeur de la patrie. Voilà les deux sources de la force de l'apôtre de la Nouvelle France — et il n'en est pas de plus ])ure. C'est elle qui le soutient dans ce chemin qu'il poursuit péniblement, jusqu'au jour où un coup de tomahawk vient l'arrêter dans son labeur. Quiconque considère l'histoire de la Nouvelle-France, au point de vue de la grandeur morale et en dehors des préoccupations des intérêts matériels, la voit se dérouler comme les récits des chansons de gestes ou les pages du martyrologe.

(1) "The pageantry of the Roman Catholic Church had, moreover, its charm for native converts ; the French officers taught theni how to fight ; the French priests taught them how to die. Thèse heroic missionnaries conld bear torture iike Indians, and could forgive their tornientors as Indians could not. This combination of gentleness with courage was something wlioUy new to the Indian philosophy of life. Père Brébeuf wrote to Rouie from Canada: " That which above ail things is demanded of laborers in this vineyard is an unfailing sweetness and a patience thoroughly tested." And when he died by torture, in 1649, he so conducted hiniself that the Indians drank his blood, and the chief devoured his heatt, in the hope that they might share his hëroism."

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