‹ Les États-UnisChapitre 7 sur 64 · PRÉFACE ' XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE ' XI

Les contradictions fourmillent entre la doctrine du puritain et sa conduite. Trop souvent on l'entend prêcher un évangile que son intérêt ne pratique point. Dans la plupart des colonies, la piraterie s'exerçait au vu et au su des autorités. <^^ En plusieurs endroits on donnait asile aux écumeurs de mer moyeimant finance. Les Indiens, qu'on avait dépouillés de leurs terres, étaient traités avec la dernière l3arbarie, pourchassés, pris et vendus comme esclaves. La rigueur des puritains à l'égard des catholiques ne connaissait pas de bornes et dans le Massachusets et à New-York, les prêtres et les jésuites étaient assimilés par la loi aux criminels. La liberté politique n'a existé dans la Nouvelle- Angleterre, durant de longues années, qu'à l'état de privilège réservé à une catégorie de la population. Il fallait i30ur en jouir faire partie de la congrégation puritaine. Hors de là point de droits pour les dissidents. Il nous a semblé à propos de faire, au cours de notre travail, des rapprochements et des comparaisons entre l'histoire de la Nouvelle-France et celle de sa puissante voisine. D'un côté comme de l'autre, se manifestent souvent, à l'origine, les mêmes ambitions. Lors de la fondation de Montréal (1642), le père Vimont entrevoyait les développements considérables que prendrait la fondation nouvelle. " Je ne fais mic/an doute, disait-il, que ('e 'petit grain de sénevé, jeté en terre par des mains si pieuses, ne produise un jour un grand arbre T Vers le

(1) " Adonnés (les colons anglais) la plupart à la piraterie (sic), (les co. lonies du plus difficile accès sont toujours pour eux des repaires de forbans, de voleurs, qui pillent d'autant plus sûrement qu'ils sont appuyés sous mains par les gouverneurs." {Lettre d'un habitant de Louishourij.)

L'historien Hildreth dit que l'Angleterre dut intervenir dans ses colonies pour combattre la piraterie, qui disparut, dit il, en 1723.

Xll PREFACE ..

même temps, Edward Johnson, de Boston, s'écriait d'un ton prophétique : Le Seigneur C/wist a formé le dessein (V accoinplir de plus grandes choses, par V entremise de cette poignée d'hommes, que le monde n'en a Tidée. ^^^ Mais l)ourquoi tant de succès d'un côté, et si peu de l'autre, au point de vue des intérêts matériels ? Nous avons essayé de répondre à cette question. On verra entre autres causes que nous ne saurions toutes indiquer ici, l'individualisme dans la Nouvelle- Angleterre, laissé seul, se prendre corps à corps avec les difficultés et les vaincre, tandis que le colon français, protégé par l'autorité, c'est-à-dire contrôlé, gêné dans tous ses mouvements, arrêté par des règlements à tous les tournants de la route, est forcé de languir et de végéter.

D'après le principe en honneur sur les bords du Saint- Laurent, le roi, du fond de son palais de Versailles, doit penser pour ses colons de l'Amérique, pourvoir à tous leurs besoins, comme le ferait un père pour des enfants qu'il honge à établir. C'est le système des lisières perpétuelles imposées à l'homme pour l'empêcher de compter sur soi-même. Le colon anglais tente d'échapper le plus possible à toute ingérence bureaucratique, et, lorsqu'elle lui arrive, sous forme de fonctionnaires royaux investis de toutes sortes de pouvoirs, il élude la loi. Trop de protection embarrasse, écrase le Canadien, qui voit son rival croître, s'agrandir loin de la contrainte gouvernementale.

Au point de vue de la création d'un vaste empire colonial, la conception française a été bien supérieure à

(1) "The Lord Christ intends to acheive greater matters by this Httle handful than the world is aware of." Ed. Johnson, Wonder tvorkhig Providence of Zion's Saviour in Neiv England.

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