PREFACE XIII
celle de l'Angleterre. La France voulait faire grand. Quel plan d'une superbe envergure que celui qui apparut au commencement du dix-huitième siècle ! L'influence du roi s'étendait alors de l'embouchure du Saint-Laurent à celle du Mississipi, en contournant les grands lacs. De distance en distance, des forts et des postes maintenaient la sûreté des communications d'un bout du pays à l'autre. Le nom français y était respecté des tribus sauvages échelonnées sur le -parcours des deux plus grands fleuves de l'Amérique du Nord. A l'appel qui retentissait du château Saint-Louis, tous ces barbares couraient sus à l'ennemi. La France se faisait écouter par les aborigènes, comme aujourd'hui l'Angleterre par les rajahs de l'Inde. Ce fut longtemps le secret de sa force.
Ce spectacle de la France américaine arrachait un cri d'admiration et aussi de désespoir à un Anglais qui écrivait vers la fin de la guerre de Sept- Ans. ^^> Voyez — nous résumons ici ses observations — voyez comme les Français ont admirablement tiré parti des fleuves et des rivières qui coupent ce pays. Leurs coureurs de bois ont trouvé une route nouvelle par eau, de Québec à la Nouvelle-Orléans, interrompue seulement par deux portages insignifiants. Au lieu de suivre les grands lacs, comme autrefois, jusqu'au Mississipi, ils tournent au sud à Niagara et, en utilisant de petites rivières, tombent dans l'Ohio, et de là dans le vaste fleuve. A des endroits convenables, choisis avec une inteUigence bien rare, ils ont élevé des forts qui les rendent maîtres de ces contrées. Ceux de Niagara et de Pittsburg
(1) Tlie Contest in America hetween Eiigland and France, hy an Impartial hand. London, 1757.