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CHAPITRE II

L'organisation de l'indastrie américaine. — La grande et la petite Indat La concentration industrielle.

L'industrie américaine dont les causes que venons d'énumérer ont tait la plus puissant même temps que la plus Jeune du monde, passer pour le type de l'industrie moderne, s Teloppant dans les conditions les plus favor Aussi, est-il particulièrement instructif cl'en esa l'organisation et les tendances, de voir quelles f elle a revêtues pour tirer le meilleur parti des reas* qui s'offraient à elle et qui n'auraient pas suffi à a: ea prospérité, si l'ingéniosilë des- hommes ne les admirablement mises en œuvre.

De même qu'en étudiant l'agriculture, nous d'abord recherché quelle était, aux États-Un' situation de la propriété? et dans quelles proporti< mêlaient les grandes, les moyennes, les petites e tations, de même nous devons étudier quelle est l'activité manufacturière de l'Union, la part de la g et celle de la petite industrie. Bien ne saurait êtr important, au point de vue social et au point d économique même, que l'étal de concentration pi moins grand de la production et les tendances manifestent îi ce point de vue.

Nous avons vu qu'en 1900, il existait aux États-Unis 512.339 établissements industriels* employant 5.316.802 ouvriers, qui recevaient 2 milliards 329 millions de dollars ou environ 12 milliards de francs de salaires ; ces établissements possédaient un capital d'ensemble de 9 milliards 835 millions de dollars, soit presque exactement 50 milliards de francs et fournissaient une somme totale de 13 milliards de dollars ou 67 milliards de francs de produits.

Le chiffre des établissements est trois fois et demie plus considérable qu'en 1860, celui des ouvriers quatre fois plus, celui du capital près de dix fois plus, celui des salaireset des produits six fois plus. Ceci n'indique pas de tendance bien marquée à une concentration croissante.

1. Il importe de bien s'entendre sur la signification de ce mot établissement : « Le terme établissement ^ dit le rapport sur le CensuSy est défmi comme désignant une ou plusieurs usines appartenant à, ou se trouvant sous la direction de (controlled by) un même individu, une même firme, ou une même Sociétés situées dans une même ville ou un même comté, et affectées à une même industrie. » Le comté est, on le sait, une subdivision de l'Etat, qu'on pourrait, en général, comparer, grosso modo, à notre canton pour ce qui est de la population (mais le plus souvent bien supérieur en étendue). 11 résulte de là que, si une Société prospère construit pour s'agrandir de nouvelles usines, soit à. côté de celles qu'elle possède déjà, soit à quelque distance, mais dans le même comté, elle ne crée pas ainsi de nouveaux établissements, au sens du Census. Mais si, un tissage, par exemple, s'adjoint une filature, c'est un nouvel établissement. Cependant dans beaucoup de cas, lorsque plusieurs industries sont exploitées par un même individu ou une même Société dans un même groupe de bâtiments, « sous le même toit », dit le Census, l'ensemble ne compte que pour un seul établissement, C'est ce que Ton fait, notamment pour les usines, assez nombreuses dans le Sud, où a suivant la saison, on scie du bois, on égrène du coton ou on carde de la laine ». On voit que le mot a une certaine élasticité. Gela est nécessaire et, en 1870, où l'on avait voulu lui donner trop de précision, on était arrivé à multiplier d'une façon arbitraire et excessive le nombre des « établissements ».

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en ce qui concerne le nombre moyen des ouvriers par établissement. Nous reviendrons dans un instant sur les réserves qu'il convient de faire à ce sujet. Mais on voit que, si chacun de ces établissements ne paraît pas^ avoir beaucoup plus d'ouvriers, il a un capital près de trois fois plus considérable qu'il y a quarante ans et fabrique des produits pour une valeur presque double. Il paye aussi près de deux fois plus de salaires. Il résulte également de ces données que, pour obtenir une valeur déterminée de produits, il faut plus de capital en 1900 qu'en 1860 : il en est généralement ainsi, quand un pays et une industrie cessent d'être tout à fait neufs, quand la concurrence s'y développe et fait baisser les prix, en même temps que les perfectionnements successifs des machines entraînent des augmentations de capital importantes. Par contre, pour fabriquer une valeur donnée de produits, il faut moins de main-d'œuvre en 1900 qu'en 1860 (puisque la valeur des produits a plus que sextuplé durant ces quarante ans, tandis que le nombre des ouvriers a seulement quadruplé).

Quant à la somme des salaires distribués, elle s'est accrue, non pas seulement en proportion du nombre des ouvriers, mais sensiblement plus vite, presque dans la même proportion que la valeur des produits. Ainsi, depuis 1860, la rémunération de la main-d'œuvre a augmenté aux États-Unis. Celle du capital a fléchi, au contraire, pour une double raison : d'une part la valeur brute des produits qu'on peut obtenir avec un capital donné est moindre aujourd'hui, d'autre part — nous le verrons ultérieurement — le profit réalisé sur un chiffre d'affaires déterminé, se trouve plus faible également.

Ce contraste est intéressant à noter; il ne fait que confirmer ce qu'on observe en Europe; mais il est bon de remarquer qu'aux États-Unis aussi, en ce pays

moderne par excellence, les faits démentent complètement les diverses théories socialistes sur la loi d*airain des salaires, sur la paupérisation croissante du prolétariat, sur les bénéfices exorbitants du capital.

Il est probable qu'en réalité, le nombre des établissements industriels s*est accru moins rapidement depuis quarante ans que ne semblent l'indiquer les statistiques des C&iisus successifs. Ceux-ci sont faits chaque fois avec plus de soin, en sorte que le nombre des choses h recenser qui se trouvent omises devient chaque fois moindre*. Or les établissements qui ont échappé aux recensements lors des anciens Census sont, évidemment, à peu près tous, de petits établissements, occupant un nombre d'ouvriers très faible, inférieur à la moyenne ; il en résulte que leur omission a réduit le chiffre constaté des établissements dans une proportion plus forte que celui des ouvriers et a pu avoir ainsi pour effet de masquer la tendance à la concentration de l'industrie, qu'on s'étonne de ne pas voir plus marquée. Quelque importance qu'on accorde toutefois à ces

1. Il est notoire, par exemple, que jusqu'au dernier Census (ou l'attention des recenseurs a été spécialement attirée sur ce sujet) la plupart des égrenages de coton annexés aux plantations importantes du Sud échappaient à la statistique industrielle, étant considérés comme des accessoires de l'exploitation agricole. D'autre part, en 1900, un nombre de villes plus grand que précédemment a été confié, pour la statistique industrielle, à des agents spéciaux qui opèrent avec plus de soin et de compétence que les recenseurs ordinaires, ce qui a écarté bien des omissions. Enfin, on pourrait croire que l'abolition de l'esclavage, ayant modifié profondément les conditions économiques du Sud, a eu pour conséquence d'y faire naître un grand nombre de petits métiers, pour suppléer aux travaux que la main-d'œuvre servile exécutait naguère sur les plantations, et que cela a pu masquer le développement de la grande industrie dans le Nord. L'iiypothèse ne paraît pas vérifiée, car de 1880 à 1900 le nombre des établissements a crû plus vite encore que de 1860 à 1880.

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erreurs, et h moins d'admettre que le Census de 1860 soit tout à fait faux, ce qui n'est certainement pas, on n'en est pas moins porté à conclure que la concentration industrielle est moins accusée et moins générale qu'on ne serait tenté de le croire d'abord.

Quoi qu'il en soit, ce que nous venons de dire des omissions de nombreux petits établissements, qui ont dû être commises lors des précédents Census, n'affecte que peu la statistique du nombre des ouvriers, celle des salaires, celle des capitaux et celle des produits, précisément parce que ces établissements n'ont échappé à la statistique qu'à raison de leur peu d'importance. Les observations que nous avons faites au sujet de la situation respective du capital et de la maind'œuvre, de la rémunération croissante de cette dernière et de la productivité moindre du premier subsistent donc ; il semble même qu'elles prennent plus de force en ce qui concerne la hausse des salaires, car dans les petits établissements omis, la main-d'œuvre peu rémunérée d'apprentis ou de membres de la famille du patron devait jouer un grand rôle ; en sorte que la moyenne des salaires était en réalité plus basse en 1860 ou 1880 qu'il n'appert des chiffres des Census.

Les 512.339 établissements recensés en 1900 et dont nous nous sommes occupés jusqu'ici, occupaient S. 316. 802 ouvriers, soit une moyenne d'un peu plus de 10 ouvriers par établissement. Mais il ne s'agit là que des établissements obtenant plus de 500 dollars ou 2.590 francs de produits annuels. Certes, un atelier où l'on n'arrive pas à fabriquer une telle valeur de produits (il ne s'agit pas de bénéfices), n'a qu'une impor^ tance bien faible ; il s'en rencontre pourtant beaucoup dans ce cas. On en a dressé la statistique pour la première fois au dernier Census et l'on en a trouvé près de

130.000. Ils figurent dans le tableau suivant qui donne l'état de l'industrie américaine, en distinguant entre les arts et métiers et les ateliers industriels proprement dits :

SITUATION DB l'INDUSTRIE AMÉRICAINE EN 1900

ÉUblissemeuts fabriquaat moins de ArU et 500 dollars Tous autres métiers, de produits, établissements. Total ^.

Nombre d'établissements. 215.814 127.419 296.440 640.494

Capital (millions de dolK). 392 44.4 9.425 9.862

Propriétaires ou associés. 242.164 136.127 330.457 708.738

Ouvriers ; . 559.130 64.702 4.749.276 5.373.108

Salaires (millions de dolL). 288 2.1 2.034 2.324

Dépenses div. — . 125 2.5 903 1.030 Goût total des matériaux

(en millions de doM.) . 483 8.9 6.863 7.365

Dont :

Matières brutes 9 1.4 2.380 2.392

Matériaux partiellement

manufacturés 463 7.4 4.171 4.650

Combustible et transports. 11 » 311 323

Valeur des produits . . . 1.184 29.8 11.821 13.0G3

11 manque à ce tableau, tel qu'il figure dans le rapport sur le Census, un élément intéressant : c'est le

1. Dans ces totaux sont compris, outre les établissements dont les statistiques se trouvent dans les trois premières colonnes du tableau, 138 établisssements de TEtat et 383 établissements appartenant à des institutions scolaires, charitables ou pénitentiaires (la plupart des établissements de ces deux dernières catégories n'ayant pas été recensés aux précédents Census ne figurent pas non plus dans les 512.339 établissements dont on s'est occupé plus haut). Pour ces établissements gouvernementaux, scolaires, charitables et pénitentiaires, on ne nous donne, du reste, dans ce tableau, que les renseignements relatifs aux matières premières et aux produits; ce qui concerne le capital, les ouvriers, les dépenses diverses, étant omis. C'est peut-être là l'explication d'un léger manque de concordance que l'on observe pour les ouvriers et les salaires, entre les chillres de ce tableau et ceux donnés plus haut, pages 189 et IDO.

nombre des employés payés au mois ou à l'année, total de leurs traitements. En nous reportant au ta que nous avons donné dans le précédent chapitre voyons que ce nombre est de 397.174 (dont 22.34! lement pour les arts et métiers). Leurs traitej s'élèvent' ensemble à 404 millions de dollars {do peu moins de 16 millions pour ceux employés dai arts et métiers).

Des données qui se trouvent résumées dans les et ci-dessus, il résulte que, si l'industrie propremeni {opposée aux arts et métiers et aus établissemen nuscules), occupe moins de la moitié des établissen elle emploie les dix-neuf vingtièmes des capitaux des neuf dixièmes des ouvriers et fabrique plu neuf dixièmes des produits. Ou peut considère tous les établissements classés parmi les arts et m appartiennent h la petite industrie, sauf de bien exceptions; de môme, sans exception cette foi petits établissements qui n'obtiennent pas cl 500 dollars de produits. Quant au reste, quant i dustrie proprement dite, où chaque établissement moyenne, 31.400 dollars de capital, occupe 16 ou et fabrique 39.400 dollars de produits, il convient miner les choses de plus près, afin de faire le c entre la grande, la petite et la moyenne industrie, autant qu'on puisse tracer de ligne de démarcation entre ces divers groupes.

Le Census de 1900 nous en fournit le moyen, l'un de ses plus intéressants tableaux, il clas établissements industriels suivant le nombre de sonnes qu'ils emploient en comprenant dans ce n< les ouvriers aussi bien que les employés au moi l'année, mais non les propriétaires des établisse ou leurs associés.

D'après ce tableau, sur les 512.254 établissements industriels privés fabriquant plus de 500 dollars de produits, qui existaient aux Etats-Unis en 1900*, il s'en trouve 110.510, plus de 20 p. 100 qui n'ont aucun employé, où tout l'ouvrage est fait par le ou les propriétaires ; 232 726 ou 45 p. 100 ont moins de 5 employés ; 112.138, soit 22 p. 100 occupent de 5 à 20 personnes; on peut encore comprendre ces derniers dans les cadres de la petite industrie, qui engloberait ainsi la proportion énorme de 89 p. 100 des établissements industriels de l'Union, même en ne considérant que ceux dont le chiffre d'affaires dépasse 500 dollars. Ce qu'il y aurait de plus intéressant serait de savoir quel est le nombre total des personnes occupées dans ces établissements de petite industrie. On ne nous donne aucun renseignement à ce sujet, de sorte que nous en sommes, malheureusement réduit aux conjectures. Faisons-en donc, puisqu'il le faut, et supposons que le nombre moyen d'employés occupés dans les établissements ayant moins de 5 employés soit de 2, supposons de môme que le nombre moyen des employés occupés dans les établissements qui en ont de 5 à 20 soit de 10, ce qui paraît être dans l'ordre des vraisemblances. Il suivrait de là que le nombre des employés et ouvriers de la petite industrie serait tout près de 1.587.000, sur un total de 5.700.000. Mais il faut tenir compte encore des propriétaires ou associés; ceux-ci sont, dans l'ensemble, un peu plus nombreux que les établissements. On peut donc évaluer leur nombre à 500.000 environ pour la petite industrie, qui occuperait ainsi 2 millions à 2.100.000 personnes,

1. Sont compris datns ces chiCFres tous les établissements privés, les arts et métiers inclus ; par contre sont exclus les établissements gouvernementaux, scolaires, charitables et pénitentiaires.

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soit presque exactement le tiers des 6.300.000 environ qu'occupe l'ensemble de l'industrie. En admettant niume que nos coefficients soient un peu exagérés, il paraît, en tout cas, impossible d'évaluer à moins de 1.800.000 les personnes occupées dans la petite industrie. C'est encore une proportion considérable.

Ce que l'on peut appeler la moyenne industrie, c'està-dire l'ensemble des établissements occupant de 20 à 100 ouvriers, comprend 43.000 établissements, soit 8p. 100 du total dont 32. 408 emploient 21 à 50 personnes et 11.663 emploient 51 à 100 personnes. En estimant à 25 et 60 respectivement le nombre moyen des employés dans ces deux groupes, on obtient un chiffre de 800.000 pour le premier, de 700.000 pour le second, soit 1 .500.000 personnes qu'il faudrait encore grossir du nombre des propriétaires et associés ; mais nous nous en tiendrons là, de crainte d'exagérer. La moyenne industrie occuperait donc un quart environ de la population industrielle.

L'ensemble des établissements employant moins de iOO personnes forme ainsi plus de 97 p. 100 du nombre total et paraît occuper 3.500.000 personnes, soit très sensiblement plus de la moitié de l'ensemble.

La grande industrie fait vivre les autres. Elle comprend 8.494 établissements occupant de 101 à 250 personnes, 2.809 ayant de 251 à 500 employés et ouvriers, 1.063 de 501 à 1.000, et enfin 443 établissements ayant plus de I.OOOemployés ou salariés. Ces énormes usines des deux dernières catégories, dont l'existence est le trait caractéristique de l'industrie moderne, sont peu nombreuses, on le voit, mais elles occupent une très forte proportion de la population industrielle, quelque 20 p. 100 sans doute, aux États-Unis. Le plus grand de tous les établissements industriels est une usine productrice de fer et d'acier, qui se trouve dans l'État d'Ohio et emploie

7.477 personnes ; vient ensuite une. manufacture de coton du New-Hampshire avec 7.268 personnes, puis une fa])rique de machines agricoles de l'Illinois, avec 6.728, et une fabrique d'appareils électriques en Pennsylvanie avec 6.318. Quatre autres aciéries, en Pennsylvanie, dans l'Illinois et le Massachusetts occupent de 4.000 à 6.000 personnes; une autre fabrique de machines agricoles de l'Illinois et une d'appareils électriques, de l'Illinois également, ont aussi plus de 4.000 ouvriers et employés.

Ces établissements monstres appartiennent à des industries où la tendance h la concentration s'est montrée beaucoup plus forte que dans la généralité des autres. C'est ainsi que la production du fer et de l'acier avait lieu en 1860 dans 542 établissements ayant chacun, en moyenne, 82.000 dollars de capital, employant 65 ouvriers et fabriquant pour 97.000 dollars de produits; en 1900, elle a 668 établissements, moins qu'en 1890, 1880 et 1870, et le capital moyen de chacun est 858.000 dollars, dix fois plus qu'il y a quarante ans, trois fois plus qu'il y a vingt ans, avec 333 ouvriers et 1.203.000 dollars de produits. De même, en 1860, la filature et le tissage du coton occupaient 1.091 établissements ; en 1900, il s'en trouve 1.055, plus il est vrai que dans tous les Census intermédiaires, mais le capital moyen de chacun a passé de 90.000 à 442.000 dollars, le nombre des ouvriers de 112 à 287, la valeur des produits de 106.000 à 321.000 dollars.

Les machines agricoles forment un exemple plus remarquable encore au point de vue de la rapidité avec laquelle la concentration s'opère ; il y a quarante ans, leur fabrication appartenait surtout à la petite industrie, bien que la célèbre maison Mac Gormick remonte plus haut; aujourd'hui, c'est devenu une branche de la grande industrie. En 1860, il n'existait pas moins dô

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