FLUCTUATIONS DES ACTIONS DU TRUST DE L* ACIER DEPUIS SA FONDATION
Actions ordinaires.
Actions privilégiées.
Plus haut.
Plus bas.
Plus haut.
Plus bas.
iOO
Au 10 mai 1904, le cours des actions ordinaires était tombé à 10 et celui des actions privilégiées à 55; les obligations 5 p. 100, au pair de 100, ne sont cotées que 72.
La chute a été d'autant plus rapide depuis le milieu de 1903 que les premiers signes avant-coureurs d'une dépression économique se font sentir en Amérique. Les bénéfices du trust de Tacier avaient déjà été assez sensiblement inférieurs, pendant le premier trimestre de 1903, à ceux de la période correspondante de 1902 ; mais pendant le deuxième trimestre ils étaient remontés à peu près au même niveau ; le troisième trimestre les a vu fléchir de nouveau, d'une manière très marquée et le quatrième a encore accentué la chute. Aussi n'a-t-on guère été étonné de voir le troisième et le quatrième dividende trimestriel de 1903, se trouver réduits chacun à un demi p. 100, ce qui fait 2 p. lOOl'an^ Aux cours actuels, le rendement des .actions ordinaires serait de 20 p. 100 ; celui des actions privilégiées s'élèverait à 121/2 p. 100 et, si Ton songe qu'il s'agit là de titres 7 p. 100 cumulatifs, ce taux de capitalisation, de même que celui des obligations, qui représente 7 p. 100 met bien en évidence la défiance du public.
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Elle n'est que trcq> motivée, semble4-il. L'idée de soutenir contre vents et marées les cours des produits métallurgiques apparaît de plus en plus aux yeux de tous ce qu'elle a toujours été aux yeux des hommes réfléchis, c'est-à-dire chimérique. Depuis juillet 1903 le prix de la fonte de fer (pig irori) a bai^ de 40 p. 100 et nombre de hauts fourneaux ont été éteints; le trust luimême a décidé de fermer temporairement plusieurs des usines de la Compagnie Carnée, les commandes faisant défaut — alors qu'elles étaient encore surabondantes au printemps de 1903. La production mensuelle de fonte dans l'ensemble des États-Unis est tombée de plus de 1.600.000 tonnes en août 1903 à moins d'un iftillion en décembre; elle s^est un peu relevée depuis, et l'on fait de grands efforts pour la maintenir en recommençant d'exporter des articks de fer et d'acier, pour lesquels on a oblenu des compagnies de chemins de fer, eu décembre 1903, une récNtetica de 33i p. iOO sur les tarifs àe transports de Pittsburg à New-York; miais ces ventes au dehors sont moins lucratives que celle» à l'intérieur. De toutes p^rts, les af£aires paraissent se ralentir : de nom;brettses et grandes grèves, qui se soat succédé depuis ceile des maneTirs d'anthracite,, avaient déjà provoqué du malaise. L'arrêt d'une notabîe proportion des filatures de coton — u» donoième des brocfaevy dit-on, à la suite de Fexagératioadesprixde la matière première^ vieM l'augmenter. Les Compagnies minaès^es réduisent l'extraction de Fanfehracite. Les chemins de fer commandent moins de wagons et de matériaux pour la construction des ponts. Bref, il sesnble certain qife la consommatiM^n, qui, juisqu'ici, avait marché au;x Étals^ Unis du même pas,, vodre d'u» pas plus rapide que la production, malgré l'énonne progrès de celle-ci, reste en arrière aujourd'hui.
Une fois un pareil mouvement commencé, il est difficile de Tenrayer, il y a lieu de craindre, au contraire, qu'il n'aille s'accélérant ; cette accélération serait même fatale s'il survenait de mauvaises récoltes, ce qui arrivera bien un jour. Majorés comme le sont leurs capitaux, les trusts ne peuvent guère résister à un ralentissement sensible des affaires, et quoi d'étonnant à ce que celui-ci se produise, après un boom qui a porté la production de la fonte de fer, par exemple, de 9.800.000 tonnes en 1897 à 17.800.000 en 1902? N'est-il pas évident que la consommation d'un pays, ce pays fût-il les États-Unis, ne peut augmenter, d'une façon suivie, dans une telle proportion? Sans doute, quelques faiseurs d'affaires rêvaient qu'elle allait s'accroître encore, indéfiniment et sans interruption. Tel ce financier, d'origine française ou franco-canadienne, M. F. H. Glergue, fondateur de la Consolidated Lake Superior Company, qui s'est écroulée bruyamment en 1903, et qui était vraiment le type du trust. Constituée avec l'aide de capitaux et de capitalistes américains considérables, elle se proposait d'acquérir ou de créer une douzaine au moins d'usines ou d'entreprises industrielles de divers genres, sur les deux rives de la rivière Sainte-Marie, qui dévei;se les eaux du Lac Supérieur dans le Lac Huron. La Société, disait le correspondant à New -York de VEcono* mist de Londres, prit en mains plusieurs lignes de tramways électriques^ des installations d'éclairage et de force motrice, une fabrique de papier et de pulpe de bois, 200 milles de chemins de fer desservant des mines, deux hauts fourneaux, une aciérie ; elle creusa une dérivation susceptible de lui procurer une force de 60.000 chevaux, olHint des concessions forestières du Gouvernement canadien.
On voyait déjà naître, dans l'Extrème-Nord, un empire
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industriel rival de celui du Pittsburg en Pennsylvanie. Mais, un jour, ce ùmst eut besoin d'emprunter 5 millions de dollars; il avait déjà une dette flottante de 1.500.000 dollars; et ses filiales devaient à des tiers 5 ou 6 autres millions de dollars. Un syndicat de banquiers de New-York lui prêta et prit en gage les actions et obligations de ses filiales. Mais, l'échéance arrivée, malgré la garantie de tous ces titres de filiales, où il a été dépensé 30 millions de dollars, et qui représentent VeLCiifdn trust (dont le capital est de 100 millions de dollars), les banquiers ont refusé de renouveler le prêt de 5 millions de dollars ! La Consolidated Lake Superior Company est donc entrée en liquidation. Voilà qui met bien en relief la majoration des capitaux des trusts et leur mégalomanie. Ab uno diacc omnes, pourrionsnous ajouter. S'ils ne sont tous pareils, c'est du moins le plus grand nombre. Aussi peut-on s'attendre à les voir, pour la plupart, tomber les uns sur les autres, comme capucins de cartes.
Les fondements solides des industries américaines n'en seront pas atteints, sans doute. L'industrie du fer et de l'acier, en particulier, restera, quoiqu'il arrive, la première, la plus puissante et la plus progressive entre toutes les industries similaires du monde ; mais les exagérations des trustomanes auront causé de rudes secousses. Nous en ressentirons le contre-coup en Europe de diverses manières, et, notamment, selon toutes les vraisemblances, sous la forme d'une invasion des produits américains. La consommation indigène ne suffisant pas à alimenter leur outillage démesurément accru, les États-Unis s'efforceront de déverser au dehors une quantité considérable de fer, d'acier et, probablement, de bien d'autres articles. L'Europe aura grand'peine à se défendre chez elle et, a fortiori, sur les mar-
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chés OÙ elle exporte, et dont plusieurs risqu être définitivemeDl enlevés. Il faut prévoir 1' d'une période où la concurrence industi'ielle Unis sera aussi redoutable que l'a été jusq ■oncurrence agricole.