‹ Les États-Unis au XXe [i.e. vingtième] siècleChapitre 40 sur 94 · LA CULTURE DES CÉRÉALES H · texte numérisé non relu

LA CULTURE DES CÉRÉALES H

de céréales; il en avait plus de 1.100.000 en 1900; lo Territoire Indien lui-môme, où l'on prenait, en 1900, pour la première fois, un recensement exact, mais dont on peut dire avec certitude qu'il n'avait presque aucune terre cultivée il y a vingt ans, possédait, au dernier census, 600.000 hectares de céréales. Le Texas, enfin, faisait plus que doubler ses cultures en les augmentant de 1.550.000 hectares depuis 1880. Pour ces trois États ou Territoires réunis l'augmentation était de 3.200.000 hectares environ.

Les progrès faits aux Etats-Unis par la culture des céréales au cours des vingt dernières années du XLx" siècle proviennent ainsi, pour un peu plus des deux tiers, d'une large bande de pays s'étendant de la frontière du Canada au golfe du Mexique, limitée (très approximativement) de part et d'autre, par le 95^ et le 105^ degré de longitude Ouest de Paris. Cette zone de grand développement est même, en réalité, un peu plus étroite, parce que toute la moitié Ouest des deux Dakotas et du Nebraska, une notable portion duKansas et du Texas, sont à peu près impropres à l'agriculture par suite de la sécheresse et n'ont pas contribué à l'augmentation : la grande culture des céréales ne dépasse pas le 100"= degré de longitude Ouest de Greenwich (102 degrés et demi Ouest de Paris).

Dans les huit Etats et Territoires qui se trouvent entre la zone que nous venons de définir et les États riverains du Pacifique, la culture des céréales était tout à fait insignifiante, comme la population elle-même, en 1880; depuis, la population a augmenté, mais les surfaces en culture se sont bien peu développées. Dans aucun de ces immenses États qui ont, chacun, de 20 à 37 millions d'hectares, cette surface n'a progressé même de 200.000 hectares. Non seulement la colonisation a^ri-

cole ne les atteint pas encore, mais elle ne peut y prendre une grande extension, nous l'avons dit, à cause de l'insuffisance des pluies. C'est au delà de cette zone aride, sur les bords mêmes du Pacifique, qu'il faut aller chercher de nouvelles terres susceptibles d'exploitation. Cependant, on n'observe pas, dans les trois États riverains du Grand Oce'an, un essor aussi rapide de la culture des céréales qu'on aurait pu le croire : de 1880 à 1900, la Californie n'a augmenté ses surfaces que de 600.000 hectares, soit de 65 p. 100, l'Oregon ne les a pas tout à fait doublées, gagnant 240.000 hectares ; à l'extrême Nord-Ouest, le Washington, qui n'avait que 55.000 hectares en céréales en 1880, en comptait 540.000 en 1900. L'augmentation, pour ce groupe d'États, ne ressort donc qu'à 1.400.000 hectares. Ce n'est rien de comparable aux progrès effectués dans la grande bande centrale, qui va des Dakotas au Texas.

Au contraire, à l'est de cette bande, les régions comprises entre l'Ohio et les Grands Lacs ainsi que sur le moyen Mississipi, qui sont, depuis longtemps, les grandes productrices de céréales, ont encore sensiblement développé leurs cultures : dans l'Illinois, le Missouri, l'Indiana, l'Ohio, le Michigan, on observe des gains allant de 400.000 à 900.000 hectares en vingt ans. En outre, la plupart des États du Sud, qui négligeaient fort la culture des céréales, se sont mis à y donner plus d'attention; c'est le cas, notamment, de l'Arkansas, qui a 1.200.000 hectares de céréales, contre 700.000 il y a vingt ans, de la Louisiane, qui en a 640.000 au lieu de 325.000, et, à un moindre degré, de presque tous les autres. L'augmentation réalisée dans ces États, relativement vieux, est ainsi plus importante, en définitive, que dans la région de l'Extrême-Ouest.

Il existe, par contre, aux États-Unis, des régions où.

LA CULTURE DES ClîlllÎALES 121

loin d'augmenter, la culture des céréales a perdu de son importance depuis vingt ans. Ce sont les vieux Etals riverains de l'Atlantique : le Maine, leNcw-Hampshire, le Vermont, le Massachusetts, le Rhode-Island, le Gonnecticut, le New- York, le New-Jersey, le Maryland, la Virginie. Ils forment, depuis la frontière canadienne jusqu'au 36*^ degré de latitude, une bande qui serait continue, si elle n'était interrompue par la Pennsylvanie; encore, dans cet État, l'augmentation a-t-elle été tout à fait infime* et vraiment négligeable. Dans son ensemble, toute cette région de vieille colonisation, de sol en grande partie médiocre et le plus souvent épuisé, nécessitant, par conséquent, plus de frais de culture, souffre, comme l'Europe elle-même, de la concurrence de l'Ouest. Le pâturage et la production du lait s'y substituent, dans une large mesure, au labourage et à la production des grains. Encore ces nouveaux modes d'utilisation du sol ont-Us, eux aussi, de lapeine à se maintenir, depuis que le perfectionnement des procédés frigorifiques permet aux produits de l'Ouest de venir les concurrencer. La Pennsylvanie, qui, en 1880, figurait encore au septième rang des États producteurs de céréales, n'est plus, en 4900, qu'au quinzième. New-York est tombé, de même, du treizième au vingt et unième, et les surfaces en cultures y ont diminué de 220.000 hectares, soit de 15 p. 100.

De ces variations dans la surface cultivée en céréales, qui s'est considérablement étendue à l'Ouest tandis qu'elle se réduisait à l'Est, il est résulté un déplacement très marqué du centre de production des grains qui, en 1860, se trouvait dans l'Indiana, non loin de la frontière de l'Ohio, par S^ô°^W de longitude ouest (de Greenwich),

1. 5.400 hectares seulement, sur un total de plus de 1.800.000.

puis, en 1880, passait dans l'Illinois par89°i9', de longitude, atteignait presque, en 1890, la frontière occidentale de cet Etat, c'est-à-dire le Mississipi, par91°13' et franchissait enfin le grand fleuve en 1900 pour se placer dans l'Iowa, par 91°38'. Ce mouvement vers l'Ouest a été accompagné d'un déplacement assez sensible vers le Nord, de 39°29' en 1860 à 40''3T en 1900 : le Minnesota, les deux Dakotas, l'Iowa, même le Nebraska, devenus aujourd'hui de très grands centres de la production des grains, se trouvent, en effet, à une latitude plus septentrionale que la Pennsylvanie, l'Ohio, l'Indiana, l'Illinois, qui étaient les principaux États producteurs vers 1860. Il convient de remarquer, toutefois, que le mouvement vers l'Ouest s'est beaucoup ralenti durant la dernière décade; au lieu de s'avancer de près de 2 degrés, soit d'environ 195 kilomètres, comme il l'avait fait régulièrement pendant chacune des décades précédentes, le centre de production des céréales n'a plus progressé que de 40 kilomètres.

C'est là un symptôme important; le rapport sur le Census le relève : « La suspension du progrès vers l'Ouest pendant la dernière décade pose la question de savoir si ce mouvement vers l'Ouest n'approche pas de sa limite et si l'accroissement à venir de la production des céréales ne doit pas dépendre plutôt de l'amélioration des méthodes agricoles que de la mise en valeur de terres nouvelles à l'Ouest. » En effet, ces terres nouvelles paraissent commencer à manquer. Il n'y a plus maintenant, comme il y avait encore en 1880, de vastes étendues de contrées tout à fait vierges entre la limite occidentale de la colonisation et la limite orientale de la zone semi-aride. Ces deux limites se confondent presque aujourd'hui.

Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait, dans les États récem-

LA CULTURK DES CKHÉALES i23

ment colonisés, et en dehors de cette zone aride, dans le Minnesota, môme dans l'Iowa, dans la bonne partie des deux Dakotas, du Kansas, du Nebraska, des terres non encore exploitées et propres h la culture des cdréalcs. Il s'en trouve, et beaucoup, mais ce ne sont plus les plus fertiles. Toutes les régions des États-Unis où le climat est suffisamment humide pour permettre la culture du sol ont été maintenant abordées parla colonisation, qui les a écrémées, qui a pris possession déjà des terres les meilleures et les mieux, placées. En fait de pays complètement vierge, où tout est à prendre même les meilleures terres, c'est tout au plus s'il reste quelques portions du Territoire Indien, qui pourront être livrées aux immigrants aussitôt l'expiration des traités avec les tribus indiennes, c'est-à-dire bientôt ; il y a aussi certaines parties du Texas, puis, à l'extrême Nord-Ouest, du Washington et de l'Oregon . Cela est assez peu considérable en somme. Par contre, dans l'Ouest-Canadien, les étendues encore vierges sont très vastes ; c'est pourquoi beaucoup d'Américains s'y portent. Mais aux États-Unis mêmes, il faudra se résigner, pour accroître les cultures de céréales, à exploiter les terres vacantes qui restent dans les États déjà colonisés et qui, sans avoir une valeur négligeable, ne sont naturellement pas les meilleures ni les mieux placées, en général. C'est ce que l'on a commencé à faire déjà de 1890 à 1900, car c'est au cours de ces dix dernières années qu'ont été réalisées la plupart des augmentations que nous avons relevées pour la période 1880-1900 dans les États situés à l'est du Mississipi.

Il faudra aussi, comme dit le rapport sur le Census, et ce sera d'autant plus indispensable qu'on aura affaire à des terres de moindre fertilité, perfectionner les méthodes agricoles. Nous avons dit combien sont sommaires aux États-Unis les soins donnés au sol. Ils le

sont particulièrement dans la culture des grains. Si l'on considère les exploitations dont cette culture, jointe à In production du fourrage, forme la principale source d< revenu(et, dans la très grande majorité des cas, les grain> l'emportent de beaucoup sur le fourrage), on voit qu' les dépenses d'engrais sont presque nulles dans toute la région des États très grands producteurs. Elles atteignent, au maximum, la moyenne de 93 dollars par exploitation dans le Maryland ; ceci est assez important, quoique non encore énorme pour des exploitations d'une étendue moyenne de 70 hectares; mais le Maryland est un petit producteur ; en Pennsylvanie et dans le New- York, seuls États de l'Est où la culture des céréales ait quelque importance, on tombe à 18 et 2o dollars de dépenses d'engrais par exploitation. Dès qu'on passe les Alleghanys, c'est bien autre chose. On trouve encore 9 dollars par farm, ce qui ressort à un peu plus d'un franc par hectare dans l'Ohio, 8 dollars, par farm, dans rindiana; dans l'Illinois on tombe à 3 dollars pour des exploitations d'une étendue moyenne de 60 hectares, ce qui fait moins de 25 centimes par hectare. Dans aucun autre État grand producteur on ne dépasse une moyenne de 2 dollars par exploitation, et celles-ci sont plus vastes que dans l'Illinois, l'Ohio et l'Indiana. C'est dire qu'on n'achète d'engrais que dans des cas tout à fait exceptionnels; et, quant au fumier de ferme dont on dispose, c'est bien peu de chose pour des exploitations qui ont, en moyenne, 64 hectares dans l'ensemble des États-Unis et davantage dans l'Ouest.

Ce qui montre encore combien la culture est extensive, c'est le peu de dépenses faites pour la maind'œuvre. Dans le Missouri, qui figure au sixième rang des cinquante États ou Territoires pour la culture des céréales, cette catégorie de dépenses n'absorbe que

LA CULTUHE DES CEKÉALES 125

31 dollars par exploitation et par an. Dans l'Iowa, qui est nu premier rang, elle n'est encore que de 60 dollars ; dans le Kansas, le Nebraska, l'Indiana, l'Ohio qui sont tous parmi les dix premiers Etats producteurs, elle varie de 45 à hS dollars. Tout ceci fait moins de 300 francs. C'est donc bien loin de représenter le salaire annuel d'un homme, surtout dans le Centre des États-Unis', et jela signifie que, dans les Etats que nous venons d'indiquer, les exploitations sont généralement cultivées par l'exploitant seul et ses enfants, bien que leur étendue moyenne varie de 40 hectares dans l'Ohio à 80 dans le Nebraska. On n'emploie pas de travailleurs salariés en permanence; on n'en a sans doute quelques-uns qu'au moment de la moisson. Dans l'Illinois, qui vient au second rang pour la culture des céréales, les frais annuels de main-d'œuvre ne sont encore que de 91 dollars, 470 francs, ce qui entraîne la même conclusion. Ils atteignent 112 et 128 dollars dans le Dakota du Sud et le Minnesota, 216 dans le Dakota du Nord ; mais les étendues moyennes des farms faisant des céréales et des fourrages y sont respectivement de 80, 130 et 140 hectares. Dans l'Extrême-Ouest, pour le Washington, rOregon et la Californie, les dépenses de main-d'œuvre s'élèvent à 310, 166 et 414 dollars ; mais les étendues moyennes atteignent 160, 130 et 200 hectares. L'exploitant, fut-il aidé en permanence par un salarié — et ces chiffres n'impliquent guère davantage — il est clair qu'il ne pourrait encore donner à de pareilles surfaces une culture un tant soit peu intensive, si nombreux que soient les animaux de ferme et si répandu que soit l'usage des machines agricoles. La valeur moyenne de

1. Il convient de remarquer que l'on comprend, dans les frais d6 majn-d'œuvre, la valeur estimée des allocations en nature données aux salariés, nourriture et logement.

ces machines, par exploitation produisant des grains, est de 187 dollars, soit près de 1 .000 francs pour la région du Centre-Nord et atteint 328 dollars dans le Dakota du Nord, 335 dans le Washington et 425 en Californie.

Les États où l'on cultive le plus de céréales sont actuellement les suivants : l'Iowa (G. 800. 000 hectares), rillinois (6.700.000), le Kansas (5.300.000), leNebraska (4.800.000), le Minnesota (4.500.000), le Missouri (4.200.000). Ce sont les seuls États qui aient plus de 4 millions d'hectares en céréales. Viennent ensuite, dans l'ordre décroissant, l'Indiana, lOhio, le Texas, le Dakota du Sud, le Wisconsin, le Kentucky, le Tennessee qui ont plus de 2 millions d'hectares chacun ; puis avec 1 à 2 millions d'hectares, la Pennsylvanie, le Michigan, la Géorgie, la Californie, la Caroline du Nord, la Virginie, le New-York, l'Alabama, l'Arkansas et l'Oklahoma ; les 26 autres États ou Territoires ont moins d'un million d'hectares en grains.

Ayant examiné les caractères généraux de la culture des céréales, nous n'avons qu'à rappeler, pour chacune d'entre elles, la surface totale qu'elle occupe, les quantités produites, la valeur de la production et le rendement par hectare, puis à indiquer leur répartition sur le territoire.

Page 1